Plus que quelques fois dormir : le 30 mai, Igor de Camargo épousera Giovanna Gutierrez, rencontrée il y a six ans lors d'une répétition de la chorale de Porto Feliz, la petite ville où ils ont grandi à une centaine de bornes de Sao Paulo. " Rendez-vous à 18 h 30 à l'église, puis grande fête avec près de 400 personnes ". Il y aura quelques Belges dans la salle : Aragon Espinoza, Felipe Soares (prêté cette saison par le Standard à Roulers), Rodrigo Costa (qu'on a brièvement vu à Sclessin pendant la saison 2006-2007). Se marier à l'église : Igor n'a jamais imaginé faire autrement.
...

Plus que quelques fois dormir : le 30 mai, Igor de Camargo épousera Giovanna Gutierrez, rencontrée il y a six ans lors d'une répétition de la chorale de Porto Feliz, la petite ville où ils ont grandi à une centaine de bornes de Sao Paulo. " Rendez-vous à 18 h 30 à l'église, puis grande fête avec près de 400 personnes ". Il y aura quelques Belges dans la salle : Aragon Espinoza, Felipe Soares (prêté cette saison par le Standard à Roulers), Rodrigo Costa (qu'on a brièvement vu à Sclessin pendant la saison 2006-2007). Se marier à l'église : Igor n'a jamais imaginé faire autrement. Igor de Camargo : Ici, on entend souvent que le mariage civil a plus de valeur que le mariage religieux. Au Brésil, c'est tout à fait l'inverse. Le papier que je vais recevoir de l'administration, je m'en fous à la limite. Par contre, le passage devant le prêtre, il n'y a que cela qui compte. Mais je suis champion... Par rapport à la moyenne des footballeurs, je ne peux pas me plaindre. Le gros truc, ce fut évidemment ma cheville, mais pour le reste, je n'ai eu que des problèmes mineurs. Certainement. Je saute continuellement parce que ma première force, c'est mon jeu aérien. Sauter, ça veut dire... devoir retomber ensuite. On peut atterrir sans dégâts mais on peut aussi se faire très mal. Je m'étais d'ailleurs fracturé la cheville en retombant mal. Les genoux trinquent aussi. Et mon explosivité m'expose aux petits soucis musculaires. C'est clair que sans toutes ces fêtes, nous n'aurions jamais perdu à Charleroi. Il ne fallait pas être savant pour voir que ce soir-là, nous avons méchamment ramé. Nous avions déjà la tête en vacances. Finir la saison sans perdre un seul match en championnat, c'était vraiment un objectif important. Mais impossible de nous priver de toutes ces festivités à partir du moment où nous étions champions. Et donc, nous savions très bien que ce serait très compliqué de terminer invaincus si nous décrochions le titre avant le dernier match. Nous avons un jeune groupe, avec des gars qui aiment forcément s'amuser. Pour rester invaincus après la consécration contre Anderlecht, il aurait fallu rester enfermés à l'Académie jusqu'au jour du dernier match ! (Il réfléchit). Quand je suis apte, j'ai envie d'être sur le terrain. Comme n'importe quel joueur. Ce soir-là, j'ai été fort déçu, c'est clair. Mais je me console en me disant que ça n'a pas été le seul moment clé de la saison et que j'ai été quand même souvent dans l'équipe. Ce titre, c'est aussi le mien. Je suis champion... Sur un plan collectif, je suis hyper satisfait. Sur un plan individuel... J'ai été 32 fois sur le terrain en championnat : si on enlève ma petite opération en fin de saison, ça veut dire que j'ai joué chaque semaine. Mais pas toujours comme titulaire, loin de là. Et surtout, je n'ai marqué que 8 buts : beaucoup trop peu pour un buteur. Je ne peux pas être content de ce total-là. J'espérais plus de cette saison. Mais j'ai mordu sur ma chique quand je n'étais pas titulaire. J'aurais pu faire le petit gamin, allumer tout le monde avec des déclarations fortes dans la presse. Ce n'est pas mon style. Il m'est arrivé de râler, mais chaque fois, je me disais que ce n'était pas le moment de faire de mon nez, de dire n'importe quoi. Si tu as des réservistes qui commencent à grogner, c'est le début de la fin pour l'équipe. Pourquoi le Standard est-il champion ? Parce qu'il y avait des qualités dans le groupe, mais aussi une vraie ambiance collective. Personne ne s'est plaint, on n'a rien entendu à l'extérieur. Les réservistes sont restés calmes, discrets. J'ai su être intelligent comme tout le monde en mettant mes sentiments de côté. (Il rigole). Je dois faire attention à ce que je réponds... C'est clair que l'affaire Renard a été la seule fissure de la saison dans le groupe. J'aurais pu faire comme lui quand je ne jouais pas, mais que se serait-il passé pour moi ensuite ? (Il réfléchit longuement). Tu connais le film La ligne verte, avec Tom Hanks ? Une partie de l'histoire se déroule en prison. Et chaque truc qui s'y passe ne sort pas de là. Renard a agi autrement : il a raconté des trucs qui ne devaient pas sortir du vestiaire. Le linge sale doit se laver dans la maison. Aujourd'hui, il sait très bien qu'il a fait une erreur. C'est dommage de tomber dans un piège pareil quand on a autant de qualités sportives. J'ai défendu Espinoza parce que je voyais bien qu'il avait besoin du soutien du public. Psychologiquement, il n'était pas au mieux. Il comprenait bien qu'il n'avait pas la confiance du stade. En fin de saison, tout le monde l'a applaudi : la roue a tourné. Pas du tout. Je ne fais jamais de prévisions pareilles en public. Je connais tellement de joueurs qui disent n'importe quoi et s'en prennent plein la gueule après ! Non, mais j'ai eu trop de poisse la première année pour pouvoir être satisfait. J'ai signé en janvier et je me suis cassé la cheville en mars. Je suis resté plus de 6 mois à l'infirmerie. Mais bon, aujourd'hui, je suis champion et ça éclipse ce gros souci. Je serais un patron dur et je dirais souvent à tous les joueurs : -Tu ne donnes pas assez. De mon côté, je suis conscient de valoir mieux que ce que j'ai montré. Une satisfaction, c'est clair. Cela veut dire que je représente quelque chose dans ce club. On ne désigne jamais un capitaine au hasard, c'est toujours réfléchi de la part de ceux qui prennent les grandes décisions sportives. (Il rigole). Oui ! Mais je me suis toujours mis une carotte devant le nez pour essayer d'oublier que je n'étais pas bien dans ma tête : le titre. Tout le monde parlait sans arrêt du dernier sacre, il y a 25 ans. Je me disais que si je faisais partie de l'équipe championne, même sans jouer chaque semaine, j'entrerais dans l'histoire du Standard, qu'on se souviendrait encore de moi dans 10 ou 20 ans. J'ai beaucoup souffert en janvier. Quelques jours après avoir été l'homme du match de Coupe contre Genk, je me suis retrouvé sur le banc en championnat contre Zulte Waregem. Je pensais avoir retrouvé toute ma confiance, puis boum, nouveau coup sur la tête. Je me suis posé plein de questions. Je ne peux pas le dire. J'ai parlé avec l'entraîneur mais je n'en dirai pas plus. Quelques joueurs ont fait la Une pendant toute la saison mais c'est toute l'équipe qui s'est arrachée pour remporter le championnat. Je n'en veux pas aux médias de s'être concentrés sur quelques noms, mais des gars comme Dante Bonfim ou Marcos Camozzato auraient aussi mérité qu'on s'intéresse plus à eux. Jovanovic a mis 16 buts, Mbokani 15. Moi, je suis resté planté à 8. C'est partout pareil : on parle plus des attaquants qui marquent beaucoup. Je regrette seulement qu'on oublie tout le travail que j'ai fait pour eux. Leur total en goals, j'y suis quand même pour quelque chose. Non, c'est justifié. Quand Messi reçoit le ballon, il part comme un fou et c'est extrêmement compliqué de le rattraper. Il y a de cela chez Jovanovic. Une menace ? A partir du moment où on le transférait, c'est qu'on le considérait comme un renfort. Mais son éclosion n'a pas changé l'opinion que j'ai de moi : j'ai assez de qualités pour le Standard. Pour l'instant, oui... Jovanovic dit qu'il va partir mais je n'en suis pas aussi persuadé que lui. Il veut jouer en Ligue des Champions, mais ça y est, elle est là, au Standard. Tout pourrait être réglé au début du mois de juin. J'espère que ça ne traînera plus. Laquelle ? Oui. Pourquoi pas ? Si je me retrouve demain dans un grand championnat européen, j'aurai le droit de rêver. Viser le plus haut, c'est toujours ce qui m'a fait avancer. Quand tu commences à conduire, tu t'imagines au volant d'une Ferrari, pas d'une Golf... La sélection brésilienne sera toujours dans un coin de ma tête. J'y pense aussi, je ne vais pas mentir. Je suis toujours Brésilien mais il y a 8 ans que je vis en Belgique et je suis devenu en partie belge. J'ai joué en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie : on ne peut pas dire que je ne me sois pas imprégné de toutes les cultures qui existent ici. Si je suis appelé un jour chez les Diables Rouges, on ne pourra pas me reprocher d'avoir été naturalisé de façon artificielle, simplement pour les besoins de l'équipe nationale. Plus on sera et mieux ce sera. Une équipe nationale ne peut pas se reposer sur deux ou trois joueurs pour faire tourner son attaque. Il suffit de traverser une mauvaise passe sur le plan sportif ou privé, et on ne peut subitement plus rien apporter à son pays. Au Brésil, Romario et Ronaldo ont parfois dû laisser leur place quand ils avaient des soucis. Peut-être un gros regret pour Genk, pas pour moi... Ben oui, je réussis aujourd'hui au Standard, donc ce sont surtout les dirigeants de Genk qui doivent se mordre les doigts de m'avoir laissé filer. Je suis sûr et certain que si tu les questionnes aujourd'hui sur mon départ, ils avoueront qu'ils ont commis une erreur. Je n'ai plus envie de revenir là-dessus. Possible. Ce n'est pas que je ne le voyais pas... A chacun sa façon de penser, de juger les joueurs. (Il rigole). Oui, c'est lui... Mais ça n'a rien à voir. Le passé, c'est le passé. Je suis sûr que si tu parles de moi à Vandereycken, il n'aura plus la même image qu'à l'époque de Genk. J'ai fait un truc que peu de joueurs ont réussi en Belgique : rebondir dans un grand club après avoir quitté une autre équipe par la petite porte puis en étant passé par deux petits clubs. A Heusden-Zolder et au Brussels, j'aurais pu disparaître de la circulation. Mais j'ai fait parler la poudre là-bas. Après Heusden-Zolder, où j'étais simplement loué, Genk m'a repris. Et plus tard, le Standard est venu me chercher au Brussels. Mais je n'ai jamais joué de double jeu. J'avais été très clair avec les gens du Club Bruges. Aussi longtemps qu'il n'y a rien de signé, rien n'est définitif. L'AC Milan a beau mener 3-0 en finale de la Ligue des Champions, si Liverpool arrive à mettre 3 buts avant le coup de sifflet final puis à être plus fort dans les tirs au but, le trophée part en Angleterre, pas en Italie ! Si les gens de Bruges ont annoncé que tout était fait alors que j'étais en pleine réflexion, ils n'avaient plus qu'à assumer ensuite. Ils ont commis l'erreur, pas moi. Pas du tout. Ceux qui me connaissent savent que je suis incapable de faire un truc pareil. (Ironique). Cruz et Wamberto ont été champions avec le Standard ? par pierre danvoye - photos : reporters / hamers