10 mars 2018. Manchester United cède de plus en plus de terrain. Liverpool a le pied sur la ballon et intensifie la pression. L'équipe de José Mourinho menait pourtant 2-0 à la pause mais n'est plus que l'ombre d'elle-même en seconde période. Un auto-goal d'Eric Bailly à la 66e glace Old Trafford.
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10 mars 2018. Manchester United cède de plus en plus de terrain. Liverpool a le pied sur la ballon et intensifie la pression. L'équipe de José Mourinho menait pourtant 2-0 à la pause mais n'est plus que l'ombre d'elle-même en seconde période. Un auto-goal d'Eric Bailly à la 66e glace Old Trafford. A 20 minutes du terme, le coach portugais choisit de lancer son soldat dans la bagarre. Marouane Fellaini monte au jeu pour la première fois depuis le 31 janvier. Mais dès les premiers ballons, Big Mo s'impose, garde le cuir et permet au bloc mancunien de sortir de son rectangle. United finit par remporter la mise (2-1). Fellaini est, lui, salué pour sa montée au jeu. Après avoir brillé en fin de saison dernière avec les Red Devils, l'international belge a connu une saison gâchée par les blessures. Mais avec 244 matches de Premier League au compteur et dix saisons outre-Manche, l'homme connaît la chanson. Quelques semaines plus tard, nous le retrouvons chez lui à seulement dix kilomètres au nord d'Old Trafford, souriant et détaché de l'actualité. Et pourtant, la presse internationale l'annonce au PSG, à Monaco, au Besiktas, à la Juve, voire même en Chine. L'international belge garde la cote, d'autant qu'en juin, son contrat chez United prend fin. Tu sembles être à un moment charnière de ta carrière.MAROUANE FELLAINI : J'ai 30 ans et j'arrive en fin de contrat. Je suis en négociations avec Manchester United, mais il y a aussi plusieurs clubs intéressés. Ça bouge. Mais j'attends que les choses se décantent... On imagine que les déclarations de José Mourinho, qui aimerait te voir prolonger à United, ont dû te faire plaisir.FELLAINI : Evidemment. J'ai toujours eu la confiance du staff mais il faut encore arriver à trouver un terrain d'entente. Après plus de dix saisons en Premier League, t'as pas envie d'autre chose, de quitter par exemple la grisaille mancunienne ? FELLAINI : Peut-être mais faut pas oublier que j'évolue dans l'un des plus grands clubs du monde, ça se passe bien, je connais parfaitement mes coéquipiers, le staff, tout le monde me respecte. Changer pourquoi pas ? Mais ça ne sert à rien de se précipiter ou d'accepter n'importe quoi. Je suis très tranquille pour le moment. Est-ce que tu n'as pas le sentiment que ton image en Angleterre a changé depuis ta fin de saison, l'an dernier, où tu as brillé notamment lors de la finale de l'Europa League ? FELLAINI : La saison passée, j'ai joué 50 matches, dont plus de 30 comme titulaire. J'ai essuyé pas mal de critiques au début mais j'ai jamais rien lâché et, au final, j'ai été récompensé de cet acharnement lors d'une saison où l'on a gagné trois trophées. Cette saison, mon début était très bon, malheureusement je me suis blessé très vite. Ces dix ans en Premier League n'ont-ils pas fait trop de dégâts physiques ? FELLAINI : Non, je pense que c'est davantage dû à la malchance. Quand je me suis blessé, j'ai voulu revenir un peu trop vite dans le parcours, c'est comme ça, rien de bien grave. Où en sont tes rapports avec Mourinho, qui a toujours semblé élogieux envers toi, même quand la critique était la plus virulente ? FELLAINI : Ça se passe bien, il me fait confiance. Il sait parfaitement ce que je peux apporter à l'équipe. Que ce soit 10, 15 ou 20 minutes, il sait que je vais tout donner, que je vais arracher des ballons, que je vais faire monter le bloc. Il connaît mon utilité. Depuis que tu es Angleterre, on t'a mis à toutes les sauces mais quelle est ta position préférée ? FELLAINI : J'aime évoluer comme milieu défensif mais ici, à Manchester, on préfère m'utiliser comme box-to-box, surtout depuis l'arrivée cette saison de Nemanja Matic. Mon rôle varie, les consignes sont parfois plus offensives que défensives et inversement. En fin de saison, tu auras connu dix saisons en premier League. Tu es fier de ce parcours ? FELLAINI : C'est pas mal quand même, non ? (il rit). J'en connais peu qui durent aussi longtemps dans un tel championnat. Il y aura aussi eu de la stabilité dans mon parcours : 5 ans à Everton, 5 ans à Manchester United. Tu ne te sens pas usé ? FELLAINI : Oui, ça use. Mais c'est une incroyable expérience aussi. Le jour où je quitterai l'Angleterre, je pourrai être fier de ce que j'ai parcouru... Malgré toutes les complications, tu as toujours fini par t'imposer dans chaque équipe, peu importe le coach et ceux-ci ont défilé à United. C'est ça dont tu es le plus fier ? FELLAINI : Aujourd'hui encore, tout le staff fait tout pour que je reste. Mais le club a fait une erreur en ne me prolongeant pas la saison dernière. Ici, je suis en position de force, surtout que Mourinho a bien expliqué qu'il voulait me garder. L'année passée, j'ai été voir le coach en disant que je voulais un nouveau contrat, j'ai eu une deuxième rencontre, je ne vais pas demander ça dix fois. Et par après, je suis devenu important pour l'équipe. Un bon joueur maintenant, c'est minimum 50 millions. Et moi en juin, je suis gratuit. Le club sait qu'il a fait une erreur. L'an dernier, les supporters t'ont pris à partie assez durement. Tu en as souffert ? FELLAINI : C'est arrivé une fois, on exagère avec ça. C'était contre Tottenham quand je suis monté au jeu, une semaine après avoir commis un pénalty à Everton. Au final, je sais une chose et les supporters le savent aussi : j'ai eu un rôle important dans tous les trophées que le club a remportés ces dernières années. La presse et notamment certains consultants comme l'ex-défenseur de Liverpool, Jamie Carragher ont souvent souligné ton jeu trop brutal.FELLAINI : Comment quelqu'un comme Carragher peut-il se permettre de faire la leçon ? Le type a craché de sa voiture sur une fille après un Manchester-Liverpool. Tu sais, les critiques ça te fait aussi progresser, tu bosses plus, t'as envie de leur montrer qu'ils se trompent. Depuis tout petit, tu sembles avoir toujours été un énorme bosseur...FELLAINI : Quand j'étais jeune, j'ai énormément bossé. Par après, j'ai aussi su profiter de la vie quand j'avais quelques jours de congé mais avant d'y arriver, j'ai dû faire énormément de sacrifices. Aujourd'hui, j'ai appris à gérer. Je connais mon corps, j'ai un très bon entourage pour me conseiller. Comme Lieven Maesschalck, que tu consultes régulièrement ? FELLAINI : Oui, il a une expérience incroyable. C'est un maître dans son domaine et, en plus, c'est un mec bien. Nos rapports dépassent aujourd'hui le cadre du travail. La Chine est une éventualité pour toi ? FELLAINI : Je ne sais pas vraiment mais c'est une option. Je suis ouvert à beaucoup de possibilités. La vie en Chine ne me dérangerait pas. J'aime bien découvrir d'autres endroits, d'autres cultures. Et puis, je ne vais pas y aller tout seul. Si j'y vais, c'est en famille. On sait que ton père a toujours été très proche de toi durant ta carrière. Où en est-il aujourd'hui ? FELLAINI : Il vit au Maroc désormais et il est très heureux là-bas. Mais il me suit toujours de très près. Ça ne risque pas de changer. Tu avais déclaré dans la presse que tu arrêterais les Diables après la Coupe du Monde. Tu confirmes cette position aujourd'hui ? FELLAINI : Si je n'ai pas de pépin physique, j'irai à la Coupe du Monde. Après, on verra, mais il n'y a rien de décidé aujourd'hui. Qu'attends-tu de cette Coupe du Monde ? FELLAINI : Notre génération a connu deux grandes épreuves avec la Coupe du Monde au Brésil et le Championnat d'Europe en France où on est arrivé en quarts de finale à chaque fois. Aujourd'hui, on est à maturité, ça nous oblige à passer un cap et donc d'aller en demi-finale. On a les qualités et l'expérience pour. Faudra surtout faire preuve de la bonne mentalité. Et elle est aujourd'hui présente cette mentalité ? Car on reproche souvent aux Diables de ne pas avoir la même culture de la gagne que les grandes nations ? FELLAINI : Les joueurs l'ont puisqu'ils évoluent tous ou presque dans de grands championnats, dans des clubs qui gagnent des titres. Maintenant, il faut arriver à créer un ensemble. Mais c'est pas évident, surtout par rapport à de grandes nations comme l'Allemagne ou le Brésil qui ont grandi avec cette culture de la gagne. On doit aussi soigner notre jeu car face à l'Arabie saoudite, on était encore trop dépendants de certaines individualités. Le stage et les trois matches amicaux qui arrivent vont être extrêmement importants pour régler tout ça. On va avoir le temps de bien travailler. Qu'est-ce qu'il faut améliorer ? FELLAINI : Le pressing, le repli défensif. Il faut apprendre aussi à subir et faire le gros dos face à de grandes nations. Le coach sait mieux que quiconque les points à travailler. Vous disposez de suffisamment de leaders pour montrer la marche à suivre ? FELLAINI : On a Vincent (Kompany) qui revient en grande forme, Jan (Vertonghen), Eden qui est notre leader technique. Mais si c'est pas lui qui va l'ouvrir, Vincent lui ne va pas hésiter. T'as pas envie d'occuper ce rôle, vu ton historique chez les Diables ? FELLAINI : Si j'avais eu envie de ce brassard, je pense que j'aurais été capitaine. Je sais que les joueurs me respectent, je m'entends avec tout le monde, ça fait maintenant un bail que je suis là. Tu penses être titulaire à la Coupe du Monde ? FELLAINI : Ça dépendra en partie de mon état de forme. Mais je sais que chaque fois que j'étais fit, j'ai joué. Et ça veut dire quelque chose. Et je sais que le coach compte sur moi. Est-ce que l'image d'Epinal qui a été construite autour du groupe des Diables correspond bien à la réalité ? FELLAINI : Franchement, et sans langue de bois, il y a vraiment une très bonne entente dans ce groupe. Même si on est logiquement pas tous potes, il y a une vraie unité. Parfois, on te résume à un joueur de combat physique. Est-ce que tu te sens apte à évoluer dans une équipe qui a la balle 60-70 % du temps ? FELLAINI : Il m'est arrivé dans une rencontre de toucher 60 à 70 ballons. Moi ça me dérangerait pas du tout d'avoir le cuir 80 % du temps. Tu te vois footballeur jusque quand ? FELLAINI : Jusqu'à 35 ans, je dirais. J'ai encore le plaisir de jouer. En revenant de blessure, quand je peux regoûter au terrain d'entraînement, courir, toucher la balle, ça me fait vraiment du bien. Ça n'en devient pas répétitif ? FELLAINI : J'aime ce que je fais, même si c'est vrai que ça peut parfois être répétitif. Ça fait longtemps que ce n'est plus un hobby mais mon métier. Je me lève le matin pour aller bosser. Mais j'ai un chouette boulot. Aujourd'hui, je commence à réfléchir à l'après-football même si on est très loin. J'ai investi dans l'immobilier en Espagne, au Maroc, en Belgique. J'ai cinq ans pour anticiper la sortie. Tu fais aussi partie des footballeurs qui aiment la mode. On t'a vu récemment poser dans le magazine GQ notamment.FELLAINI : Quand on m'a contacté sur le moment même, j'avais refusé. On me demandait de changer de look et puis, je me suis dit pourquoi pas. On est resté 5-6 heures dans le studio, on a bien rigolé. Et je suis plutôt content du résultat. Vous vous voyez en dehors du foot avec les joueurs de United ? FELLAINI : Je fais parfois quelques restos avec des équipiers. On est partis récemment quelques jours à Dubai pour une sorte de team-building même si on s'entraînait tous les jours. Le foot à ce niveau, c'est un vrai métier...