Johan Boskamp est de toutes les émissions TV. Son rire breughelien, ses réparties et son accent rotterdamois constituent sa marque de fabrique. Je l'aime bien mais ce ne fut pas toujours le cas. Quand je jouais à Anderlecht, Boskamp était la figure de proue du RWDM. Sous l'impulsion de son manager de l'époque, Michel Verschueren, ce club ne pensait qu'à briser l'hégémonie d'Anderlecht. Non sans succès, au début, puisqu'en 1975, le RWDM a été sacré champion de Belgique. Par-dessus le marché, Johan est devenu le premier étranger à recevoir le Soulier d'Or. Du coup, le Parc Astrid était nerveux. En plus, Johan n'hésitait pas à remettre de l'huile sur le feu. Bossie est donc devenu notre ennemi numéro un, l'homme à éliminer ! C'est tout juste si nous n'avons pas placardé sa photo avec la mention Wanted dans le vestiaire...
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Johan Boskamp est de toutes les émissions TV. Son rire breughelien, ses réparties et son accent rotterdamois constituent sa marque de fabrique. Je l'aime bien mais ce ne fut pas toujours le cas. Quand je jouais à Anderlecht, Boskamp était la figure de proue du RWDM. Sous l'impulsion de son manager de l'époque, Michel Verschueren, ce club ne pensait qu'à briser l'hégémonie d'Anderlecht. Non sans succès, au début, puisqu'en 1975, le RWDM a été sacré champion de Belgique. Par-dessus le marché, Johan est devenu le premier étranger à recevoir le Soulier d'Or. Du coup, le Parc Astrid était nerveux. En plus, Johan n'hésitait pas à remettre de l'huile sur le feu. Bossie est donc devenu notre ennemi numéro un, l'homme à éliminer ! C'est tout juste si nous n'avons pas placardé sa photo avec la mention Wanted dans le vestiaire... En même temps, nous espérions qu'Anderlecht parviendrait à l'enrôler un jour. Nous en discutions fréquemment dans le vestiaire. Plus tard, on m'a dit que son transfert était impossible. Vrai ou pas ? Celui qui aurait annoncé, à cette époque, qu'il allait un jour entraîner le Sporting aurait été emmené sur-le-champ à l'asile, en camisole de force ! Pourquoi n'a-t-il jamais joué pour les Mauves ? C'est une des nombreuses questions que je souhaitais lui poser. Nous nous sommes retrouvés à la brasserie TheGardens à Grand-Bigard. Premier thème ? Ses premières amours en Belgique, le RWDM. Johan Boskamp : Non. Je vais te faire une confidence : en principe, j'aurais dû signer à l'époque à Anderlecht. Mais, avant de se prononcer de manière définitive, la direction mauve entendait que je dispute un test avec la Première en Pologne, ce dont je n'avais nulle envie. Au RWDM, par contre, tout était prêt, je n'avais qu'à signer le contrat. Et je ne m'en suis pas privé. Je savais que plusieurs Néerlandais, comme Eddy Koens, Nico De Bree et Wietse Veenstra, y jouaient mais sans ce test, j'aurais sans doute rejoint Anderlecht. L'Ecluse, le grand patron du RWDM, m'a dit plus tard qu'il s'était trompé, qu'il voulait transférer Brokamp du MVV ! Après la fusion entre le Racing White et le Daring Molenbeek, le club avait tout en double : deux présidents, deux vice-présidents, deux managers, etc. Oui car son noyau était composé de joueurs qui n'avaient pas réussi ailleurs. Je venais de la réserve de Feyenoord, Anderlecht avait échangé Maurice Martens, Jacques Teugels et Gérard Desanghere contre Jean Dockx du Racing White, Kresten Bjerre n'était pas titulaire au PSV. Nous voulions faire nos preuves et on l'a vu dès le premier match de championnat. Quand nous ne trouvions pas de solutions footballistiques, nous retroussions nos manches. C'est le moins qu'on puisse dire. Tous les lundis, c'était la fête au dancing L'Entracte, Rue de Malines. Ce n'était pas vraiment mon truc mais j'accompagnais parfois les autres. J'ai sauvé la vie de Jacques Teugels ! Quelques supporters l'avaient hissé sur leurs épaules, sans remarquer le ventilateur au plafond. Je suis parvenu à le tirer en bas juste à temps. Une autre fois, j'ai sauvé sa tête au figuré. Dynamite Jack se battait pour un contrat et j'avais dit aux autres que tous les ballons devaient lui être donnés à l'occasion d'une joute amicale. Nous l'avions emporté 16-0 et il avait pris 12 buts à son compte. Du coup, les dirigeants le prolongèrent. Tu parles de mon accrochage avec Bjerre ? Après un match contre Bilbao, allongé, j'ai reçu un coup de fil. N'entendant rien en décrochant, j'ai reposé le téléphone. C'est arrivé trois fois de suite. La quatrième fois, c'était Bjerre, je l'avais reconnu. Je me suis rendu dans sa chambre. Huit joueurs étaient là, en train de fumer. L'atmosphère était irrespirable. Ils avaient aussi pas mal picolé ! J'ai fichu une paire de claques au Danois. Léonard, le gardien réserve, a voulu s'interposer et il a pris quelques baffes aussi. Mais il gérait cette bande incontrôlable avec une classe ! Il a réussi à former une vraie équipe. Il n'était pas passionné de football mais il était l'entraîneur idéal pour ce club. Bon vivant, il faisait parfois des bêtises. Une fois, il a apporté un crabe géant dans le vestiaire. Vivant. Nous ne savions qu'en faire. Il ne se mettait pas la pression. Tant qu'il avait à manger, tout allait bien ! Il acceptait bien les plaisanteries. Il y avait un grand jardin, gardé par deux énormes chiens, derrière le terrain d'entraînement. Nous prenions un malin plaisir à y expédier le ballon et il allait le récupérer. Parfois, il courait, les deux bêtes derrière lui. Mais chapeau pour avoir su gérer ce groupe. J'ai enfin pu profiter du football et de la vie ! Les gens étaient contents pour autant qu'on gagne une fois par mois ! À la limite, quand il pleuvait, nous jouions aux cartes au lieu de nous entraîner. Après six matches, nous étions deuxièmes ou troisièmes puis fini ! Nous avions de bons joueurs, pourtant : Herman Helleputte, Stan Van den Buys, Eddy Snelders... Hans Croon nous entraînait. Il a démissionné après trois mois. Je l'ai croisé alors qu'il venait rechercher ses affaires. Un choc ! Il était habillé en orange et portait des sandales. Après deux saisons sans souci, j'en ai eu marre de jouer. Bruno Cogghe, le nouveau président, m'a offert le poste d'entraîneur principal et j'ai accepté, car j'aimais bien le Lierse. Mais durant la deuxième saison, la vieille garde a profité de l'absence de Cogghe pour me virer, à quatre voix contre trois. A son retour, Cogghe a démissionné. Jef Vijverman, le président, était un supporter de Molenbeek. C'est ainsi que nous avons fait connaissance. C'est là que je suis devenu entraîneur professionnel. Huit joueurs étaient pros aussi. C'était dingue ! Vijverman fabriquait des jeans. Il possédait des usines en Inde et en Chine. Il n'était vraiment pas regardant. J'étais employé par sa société, je disposais d'une Mercedes et je gagnais 7.500 euros par mois, tout compris. Certains entraîneurs de Division Un n'avaient pas ce salaire ! J'ai cru que quelqu'un se fichait de moi, oui ! Peruzovic comptait 5 points d'avance avec Anderlecht en championnat. Le Sporting n'avait donc pas vraiment besoin d'un ennemi pour le coacher. Un peu plus tard, Michel Verschueren m'a téléphoné. J'ai immédiatement reconnu sa voix. Il a demandé à me parler. J'ai répondu : " Michel, tu ne joues pas avec mes couilles par hasard ? " Il m'a rassuré : " Non, non, viens. " Nous nous sommes retrouvés chez lui, à Grimbergen. Maître Michel m'a fait entrer et m'a immédiatement demandé : " As-tu envie de devenir entraîneur d'Anderlecht ? " Nous avons discuté quatre heures avant de parvenir à un accord. En remontant dans ma voiture, je ne comprenais toujours pas ce qui m'était arrivé ! Pas seulement pour certains supporters d'Anderlecht ! Par hasard, mon premier match m'opposait au RWDM. Les supporters de Molenbeek n'ont pas apprécié mon passage chez l'ennemi. Je n'ai jamais vécu une situation pareille ! Que n'ai-je pas entendu ! Le noyau dur d'Anderlecht ne s'est pas privé non plus. Lorsque je me suis présenté au Sporting pour mon premier entraînement, il y avait des banderoles partout : " Boskamp, dehors ". Je me souviens que La Dernière Heure/Les Sports a proposé un vote à ses lecteurs : pour ou contre l'arrivée de Boskamp à Anderlecht. 98 % y étaient opposés ! Jean Dockx, l'entraîneur adjoint, et moi ne nous supportions pas, alors. Il ne m'a pas adressé la parole pendant trois semaines. Nous avions eu quelques frictions quand nous jouions. Je me suis demandé dans quel nid de vipères j'avais mis les pieds mais à la longue, tout s'est arrangé. Mais j'avais une équipe fantastique. Son style de jeu, son esprit de corps, c'était la classe. Malheureusement, il y a eu l'arrêt Bosman. Les joueurs n'ont plus voulu prolonger leur contrat car l'année suivante, ils étaient libres et nous étions alors obligés de les laisser partir pour rien. Je crois que seul Marc Degryse avait un contrat de longue durée. Si Anderlecht était parvenu à conserver cette équipe, il aurait encore connu de belles années. Dommage ! Tu as le choix : tu leur rentres dedans ou tu optes pour une approche plus soft. J'avais trois joueurs dans ma poche. Luc Nilis était le patron des Limbourgeois, Philippe Albert celui des francophones et Marc Degryse le meneur de ceux qui restaient. Je les ai rendus plus importants qu'ils ne l'étaient, en leur confiant des responsabilités. Je m'arrangeais pour que le courant passe entre nous et ils s'occupaient du reste avec le groupe. J'étais vidé ! Tu le sais mieux que moi : trois ans à Anderlecht, c'est extrêmement long. J'ai voulu prendre une année sabbatique et Herbert Neumann a débarqué. Oui. Raymond Goethals a assuré l'intérim mais il n'avait pas envie de se lier pour une longue période. J'entraînais des jeunes en Thaïlande quand Jean Dockx m'a téléphoné. Il m'a demandé quand je revenais en Belgique. Je lui ai répondu que je serais là dans dix jours. Dockx m'attendait à Zaventem quand j'ai atterri. Je lui ai demandé ce qu'il faisait là. " Nous devons parler. Tu dois venir à Anderlecht. " Le club était quasiment dernier en championnat et il avait été éliminé de la Ligue des Champions. C'était la panique ! Il m'a convaincu de parler au Patron. On m'a fait entrer par un garage souterrain. Je revois encore Constant Vanden Stock assis dans son bureau. Il m'a tendu la main et m'a dit : " C'est bien que tu sois venu. " On aurait dit qu'Anderlecht avait enrôlé le Messie. Je ne savais pas quoi dire et j'ai conclu un accord avec lui, en imposant une condition : je m'en allais dès qu'ils avaient trouvé un entraîneur. Finalement, je suis resté un moment. Puis, après l'affaire Nottingham, le Patron est parti et j'ai jugé le moment venu de l'imiter. Le président du RC Malines m'a téléphoné. Nous nous sommes retrouvés à l'hôtel Crown Plaza à Anvers. Il était en compagnie de plusieurs Géorgiens, qui voulaient acheter le Racing Malines. Je devais entraîner le club et Paul Van Himst allait être nommé manager. Puis les journaux ont publié des histoires d'argent noir, de blanchiment d'argent, ils ont parlé de maffia. L'affaire ne s'est pas faite mais je suis resté en contact avec les Géorgiens, qui m'ont rappelé plus tard pour me proposer un contrat de six mois, pour entraîner le Dynamo Tbilissi. J'y ai gagné énormément d'argent, incroyable ! Nous avons été champions mais franchement, la compétition ne valait pas grand-chose. À la fin de la saison, ils m'ont proposé de diriger leur équipe nationale pendant un mois, pour quatre matches. Mon salaire ? 120.000 euros ! Je n'ai pas hésité longtemps. C'est incroyable : il n'y avait même pas 500 personnes à ces matches. Ce fut une période noire de ma vie à cause du cancer de ma femme. Le football ne m'intéressait plus. Quatre mois plus tôt, nous avions gagné la Coupe mais je m'en fichais. Si la clinique m'avait téléphoné pendant un match, je serais accouru. Je n'avais qu'une envie : voyager pour oublier. J'ai été soulagé que Genk me limoge pendant la trêve hivernale. Il y a d'abord eu Al-Wasl aux Émirats Arabes-Unis. L'équipe était le jouet du cheik. Il y avait quatre clubs à Dubaï : un pour chaque frère. Le cheik ne venait jamais. Il y avait peut-être vingt spectateurs, qui recevaient du thé. Les billets étaient gratuits et portaient un numéro de tombola. On pouvait gagner une Ferrari ! Dès qu'il y avait un peu de monde, nous savions qu'il y aurait une tombola. Les étrangers se précipitaient puis repartaient en seconde mi-temps, après le tirage. Les joueurs gagnaient 25.000 euros nets par mois. Pour eux, c'était un hobby bien payé. Nous nous entraînions une fois par jour, pour autant qu'il y ait assez de joueurs. Leur parc automobile était impressionnant. Ils possédaient tous trois autos. Les BMW étaient très prisées mais les Rolls-Royce n'étaient pas rares non plus. On ne va là que pour l'argent. Ceux qui disent le contraire mentent ! C'était exactement la même chose au Koweït. En trois ans, j'ai gagné 2,5 millions d'euros net ! Ça n'a duré que huit semaines. Je ne suis donc pas déçu, n'ayant pas eu le temps de construire quelque chose. Là, mieux vaut ne pas dire ce qu'on pense à certaines personnes. Manifestement, il fallait aussi procurer du travail à certains. Michel Preud'homme devait normalement devenir directeur général de l'UB. Comme par miracle, il m'a succédé. Pour deux mois car j'avais des problèmes de santé. J'ai été opéré à cinq reprises en septembre et en octobre. Aux yeux, à la tête - d'un kyste... Beveren m'a offert le poste de directeur technique mais pour moi, c'était terminé. J'adore le football. Il ne faut jamais dire jamais ! PHOTOS: IMAGEGLOBE/ DIEFFEMBACQ" Mon transfert au RWDM repose sur un malentendu : la direction voulait en réalité enrôler Brokamp, du MVV. " " J'ai sauvé à deux reprises la tête de Jacques Teugels : une fois au sens propre et une fois au figuré. "