"Ça ? ", interroge Ibrahim Maaroufi en montrant la cicatrice qui orne le côté gauche de son crâne sur quelques centimètres. " Tu sais qui m'a fait cette marque ? Zlatan Ibrahimovic. Il y a presque 10 ans, il tentait déjà ses fameuses " ailes de pigeon aériennes ", même à l'entraînement. J'ai voulu y aller et il m'a ouvert la tête. "
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"Ça ? ", interroge Ibrahim Maaroufi en montrant la cicatrice qui orne le côté gauche de son crâne sur quelques centimètres. " Tu sais qui m'a fait cette marque ? Zlatan Ibrahimovic. Il y a presque 10 ans, il tentait déjà ses fameuses " ailes de pigeon aériennes ", même à l'entraînement. J'ai voulu y aller et il m'a ouvert la tête. " Cet épisode paraît a priori peu heureux mais il a pourtant marqué le début de la carrière professionnelle du Belgo-Marocain. Le lendemain, à peine recousu, il porta pour la première fois le maillot de l'Inter Milan en championnat. Nous sommes alors proches de la fin d'année 2006 et Ibrahim Maaroufi est considéré comme LE wonder boy de sa génération. Bientôt dix ans se sont écoulés depuis cette période où tous les plus grands clubs lui faisaient du pied comme des groupies sans pudeur. Dix années qui ont finalement mené le prodige à Walhain, en D3. " Ils m'ont contacté et j'ai directement eu un bon feeling. Je vais être franc, je ne sais même pas quel type de contrat j'aurai. Je connais les chiffres, pour le reste, je leur fais une confiance aveugle. Je voulais juste revenir au pays, près de mes enfants. " IbrahimMaaroufi : J'ai débuté au parc près de chez moi à Anderlecht. J'ai passé les tests et j'ai été pris. J'avais 6 ans et j'étais déjà bien installé dans l'entrejeu. J'étais le passeur, le régisseur. Avec moi, il y avait des gars comme Hervé Kagé, Geoffrey Mujangi-Bia ou Franck Moussa. On était une génération folle. Je me souviens d'un championnat clôturé sur un 60 sur 60. Certains nous disaient ingérables mais on était des gars gentils, même si on a tous fait des conneries. J'étais sous les ordres d'Albert Martens, un grand monsieur du football. Il savait que je voulais jouer dans l'entrejeu, à la Riquelme ou à la Pirlo. Il m'a toujours dit que j'étais fait pour être médian axial et il avait fait de moi son capitaine. Durant l'été de mes 11 ans, Luc Spaepen a repris l'équipe en main. Le gars était prof mais pensait mieux connaître le football que Martens. Du jour au lendemain, il m'a retiré le brassard. Même si je m'en foutais, ça prouvait quelque chose, et il m'a aligné comme latéral droit. Il l'a fait une fois. Le jour d'après, je quittais le club. Je voulais rester à Anderlecht. Mon père était du même avis que moi même si Lille, le PSV et Arsenal voulaient que j'intègre leur centre de formation. Je me suis posé une question : après le replacement et la perte du brassard, quelle sera la prochaine étape ? Le banc ? Je voulais jouer et je me suis dit que le PSV était une formation de qualité qui n'est pas trop éloignée de la maison et qui offrait la possibilité d'un foot-études. J'étais vraiment bien. Guus Hiddinck m'adorait. Pareil pour Fred Rutten, son assistant. Quand l'Inter te fait une offre, tu te dis que le train ne passera pas deux fois. J'étais censé signer au PSV mais ils ont fait traîner les négociations. On a été vers eux avec mon agent et ils disaient toujours " demain, demain ". Nous n'avons jamais vu venir ce contrat et j'ai pris le pli de partir en Italie. Quand je suis venu leur annoncer la nouvelle, ils étaient complètement dégoûtés. La direction m'a alors dit, je ne sais pas si c'est vrai, qu'ils avaient un accord avec Chelsea. Je serais resté au PSV en prêt. C'était trop tard. J'ai d'abord fait 2 ou 3 semaines avec la réserve avant d'être sélectionné pour faire le stage avec les A. Je ne les ai plus quittés. Il y avait Ibrahimovic, Zanetti, Maxwell, Cambiasso, Vieira, Materazzi, Figo. Je devenais fou ! J'étais stressé. Non pas parce que j'avais peur, mais parce que je voulais me montrer. Les gars m'ont directement pris sous leur aile. Ce sont de grands joueurs qui gagnent des millions. Ils sont tranquilles, gagnent leur pognon et s'en foutent que tu sois un concurrent. Dans les petits clubs, t'as des crevards qui te voient comme le nouveau qui vient piquer leur place. Enfin, Zlatan voulait déjà tout jouer mais en dehors du terrain c'est un mec sympa, pas perso et vraiment drôle. Même avec nous il jouait un peu son personnage. Mais il faut prendre ça avec une certaine dose d'humour. Quand je vois comment il répond aux journalistes... Zanetti. Ce mec est une légende. Je n'ai jamais connu un tel motivateur. Il disait vamos non-stop mais je ne sais pas pourquoi, quand tu le voyais tu te transcendais, t'avais envie de te donner à fond. En dehors des pelouses, il gérait tout pour nous. Il négociait les hôtels, planifiait les sorties. Face à Barcelone, j'ai débuté sur le banc. À un moment, je vois Ronaldinho de l'autre côté du terrain. Il contrôle de la poitrine et balance un drop de 50 mètres dans la bouche du gars. J'avais l'impression qu'il s'entraînait, tellement c'était pur. Quand je suis monté sur la pelouse, mon rôle était de tenir Lionel Messi (ndlr ; il montre une photo de lui derrière Messi allongé au sol). Après 10 minutes, j'étais mort mais il n'a pas marqué. Je n'avais que cet objectif-là en tête et j'y suis parvenu. Je ne regardais même plus le ballon. Je ne pensais qu'à Messi. Il m'a mis quelques coups de reins, mais j'ai tenu bon. Non ! Je n'ai pas grillé les étapes. (il éclate de rire) Tout d'abord, je ne suis pas le plus grand fan des boîtes de nuit même si, comme tout le monde, je suis sorti. Je ne bois pas d'alcool et ça m'énerve d'être entouré de plein de gens bourrés qui ne sont pas dans le même délire que toi et qui te font traîner parce qu'ils ne veulent pas quitter la soirée. Je connais certains gars qui se faisaient un aller-retour de fou en voiture juste pour sortir. Je ne dirai pas où ils allaient car je ne veux pas les griller. Oui, j'ai parfois pris un jet privé mais pas pour aller en boîte. La première fois c'était avec Olivier Dacourt. Nous avions trois jours libres en stage et nous avons fait Birmingham-Paris. Je voulais jouer. J'avais goûté au Calcio et j'en voulais encore et plus. Je regrette ce choix, je n'ai pas été patient. C'est la plus grosse erreur de ma carrière. J'aurais dû rester mais j'ai fait mon choix. Je me suis ensuite cassé la gueule. Il m'a manqué cette personne pour me calmer et me guider. Mon père me disait de ne pas partir mais je n'écoutais pas. Je pensais que mon agent connaissait mieux le monde du football et pouvait mieux me guider. Au lieu de cela, il a juste dit " OK ", a appelé le club et a pris sa commission. Je ne voudrais jamais devenir agent, je ne suis pas un voleur. Ils sont tous pareils. Celui que j'avais à ce moment-là bossait avec Ronaldo, le vrai, Rui Costa, Maldini. Il ne quittait pas son bureau. Comme beaucoup, il voulait juste te faire signer alors que, selon moi, un jeune joueur a besoin que son manager l'appelle régulièrement pour le rassurer, pour prouver qu'il est là. À 17 ans, tu n'es pas capable de prendre de telles décisions seul. J'avais choisi d'y rester 18 mois car Fred Rutten en était le coach. Il m'a dit qu'il voulait que je m'adapte avant de pouvoir compter sur moi. Je suis arrivé à Enschede et il est parti à Schalke 04. Steve McClaren a pris le relais. Il ne m'a jamais vu à l'oeuvre mais m'a directement dit que je pouvais partir. Il restera toujours le pire entraîneur que j'ai connu. La preuve, il n'a jamais rien construit durant sa carrière. Il se nourrissait du boulot des autres. Et son égo... Le gars se la jouait plus qu'un Roberto Mancini (ndlr ; son coach à l'Inter). J'ai essayé de me battre pour ma place mais tu ne peux contrer les préférences du coach. Durant les 11 contre 11 à l'entraînement, je devais courir à côté. Tu comptes faire tous les clubs que j'ai connus ? Car t'en as pour 10 ans là ! (rires) Le club possédait la moitié de mes droits et je m'attendais à jouer, à me relancer en Serie B. Mais je n'étais pas bien dans cette ville. Je m'ennuyais. J'étais seul en dehors de tout. Je n'étais pas bien et ça se ressentait sur le terrain. Je rentrais beaucoup en Belgique. Cela engendrait de la fatigue et un manque de motivation. Je me donnais à fond mais dans la tête, ça ne passait pas. Comme à Twente, les deux coaches qui m'ont fait venir se sont barrés quand je suis arrivé. Au MVV, Fuat Capa m'a fait signer à 9 heures et à 10 heures, il était viré. Je n'ai pas eu l'occasion ni la patience de prouver à ces clubs ce que je valais vraiment. À raison. Je n'ai jamais vu ça. Si le président du Wydad était à la bourre, on décalait le match d'une demi-heure. Je suis sérieux, c'est véridique. Notre capitaine pouvait arriver parfois 30 ou 40 minutes en retard à l'entraînement, nous devions l'attendre sans sortir du vestiaire. Le mec s'habillait tranquille alors qu'il n'était pas à l'heure. Nos survêts étaient des Nike, les maillots venaient de chez Adidas. Tu vois le genre... Ça te donne envie de jouer tranquille. C'était génial et, honnêtement, le niveau de jeu n'était pas si mauvais et l'ambiance dans le stade était bouillante à Casablanca. Dans le vestiaire par contre, il y avait des clans. Les Marocains n'aiment pas les Européens, même si nous sommes originaires du pays. Les gars parlaient dans mon dos. Je prétendais ne pas parler arabe mais je comprenais ce qu'ils disaient à mon égard. Et j'ai signé à Eupen qui était le club le plus concret. Ils étaient en D1 et aux mains d'un président italien. J'avais signé pour 6 mois et on m'avait promis une belle prolongation si je faisais le taf. Je monte au jeu contre le Standard et le président me demande de passer dans son bureau dès le lundi. Là, il me propose un contrat 4 à 5 fois inférieur à ce qui était convenu. Il m'a dit " c'est ça ou tu ne joues pas. " J'hallucinais quand je voyais certains de mes équipiers en D1 qui gagnaient 1300 euros par mois. Croyez-le ou non, au Maroc, les étrangers sont nettement mieux payés qu'en Belgique. J'ai eu une chambre d'hôtel quelques jours mais je me suis vite barré. Je ne pouvais pas rester là. Je faisais le trajet depuis Bruxelles tous les jours. Il faut de la chance pour être au top même si je connais ma part de responsabilités dans mon échec. Pour Leeds, ce fut un concours de circonstances. Le contrat était prêt le vendredi mais mon agent était en Grèce pour un autre deal. Il devait venir le dimanche pour tout finaliser. Le samedi, Leeds a pris une claque. Le président a eu peur et a amené des joueurs directement prêts à jouer. Je n'entrais plus en ligne de compte. À un jour près. Je suis vite retombé sur mes pattes pour trouver du boulot au Racing Malines en D3. J'y ai côtoyé de vrais connaisseurs qui m'ont respecté. Je retrouvais enfin du plaisir dans un club bien organisé. J'avais fait les trois quarts de la planète, il fallait que je termine (sourire). Pourquoi le cacher ? Je suis parti pour le salaire. Je ne voulais pas parier sur l'avenir et risquer de me casser la gueule alors que je pouvais prendre beaucoup d'argent assuré. C'était la plus belle offre que j'avais reçue depuis l'Inter. Tu ne réfléchis pas, tu prends ce qu'on te donne. Puis, mets Damash Gilan en D1 belge, ils battent Westerlo, etc. Non ! Je ne bougeais pas de chez moi. J'étais là pour faire mon boulot et prendre ce que j'avais à prendre. J'assumais les raisons de ma présence. Non. Ils ne voulaient pas me rendre mon passeport tant que nous n'avions pas trouvé un accord quant à la rupture de mon contrat. Je ne pouvais pas quitter le pays mais je m'y baladais libre. Quand j'ai eu le cachet sur mon passeport, j'ai pris l'avion le lendemain. Et j'étais stressé qu'on m'arrête à la douane. En fait, j'ai voulu partir car après deux mois, nous n'étions plus payés. L'un des présidents avait détourné de l'argent sur un compte canadien et s'était barré avec. Les caisses étaient fermées tant qu'il ne rendait pas le fric. Sérieusement, ils espéraient le voir revenir ? Ils l'auraient pendu (rires). Mais ces gens ne connaissent rien au football. Ils m'ont promis des choses et n'ont pas respecté leur parole. Si un jour, ils veulent donner leur version de l'histoire, j'avancerai la mienne. Mais je sais qu'ils ne sortiront jamais du bois. Ce fut le moment le plus difficile. Je ne pouvais qu'attendre et bosser avec Mbo Mpenza et Grégoire Litt. J'ai finalement signé à Paganese en D3 italienne. Après 2 semaines, le président s'est fait mettre en prison. On n'est pas loin de Naples, tu vois. Les joueurs n'étaient plus payés, ne venaient plus. On a dû changer de terrain car les factures n'étaient plus réglées. Je suis rentré au pays depuis mi-janvier et, désormais, je me dis " on verra bien demain. " Je ne rêve plus mais j'espère toujours.?PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTOS: BELGAIMAGE/ KETELS " Zlatan est un mec bien mais si j'ai un nom à retenir, c'est Zanetti. " " Je ne voudrais jamais devenir agent, je ne suis pas un voleur. "