Un nouveau propriétaire, de nouveaux dirigeants, un effectif remanié : l'Union Saint-Gilloise a fait peau neuve cet été et le poste d'entraîneur n'a pas échappé à la règle. Des bouleversements qui n'affectent pas les résultats puisque malgré la récente défaite à Tubize, les Unionistes font bonne figure en D1B et sont toujours en lice en Coupe de Belgique tout en proposant un jeu chatoyant. Architecte de cette bonne première partie de saison, Luka Elsner était un parfait inconnu en arrivant en Belgique en juin dernier. Un constat qui est tout autre chez lui, en Slovénie, puisqu'il fait partie d'une grande famille de footeux.
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Un nouveau propriétaire, de nouveaux dirigeants, un effectif remanié : l'Union Saint-Gilloise a fait peau neuve cet été et le poste d'entraîneur n'a pas échappé à la règle. Des bouleversements qui n'affectent pas les résultats puisque malgré la récente défaite à Tubize, les Unionistes font bonne figure en D1B et sont toujours en lice en Coupe de Belgique tout en proposant un jeu chatoyant. Architecte de cette bonne première partie de saison, Luka Elsner était un parfait inconnu en arrivant en Belgique en juin dernier. Un constat qui est tout autre chez lui, en Slovénie, puisqu'il fait partie d'une grande famille de footeux. " Mon grand-père était footballeur ", avance Elsner. " Il a ensuite il a été un des premiers à organiser la fédération slovène. Il en a été président et a été sélectionneur de l'équipe nationale autrichienne. Mon père a aussi été pro, il a notamment joué en France, à l'OGC Nice, et a été médaillé olympique aux Jeux de Los Angeles avec la Yougoslavie. Mon petit frère joue toujours en Slovénie et j'ai également un oncle responsable de la formation des entraîneurs à la fédération slovène. J'ai toujours baigné dans cet environnement. " Vous avez commencé votre carrière d'entraîneur très jeune, à 31 ans. Vous avez toujours su que c'était votre voie ? LUKA ELSNER : Oui, cette envie remonte à loin. Avant d'être footballeur professionnel, je n'avais pas l'impression qu'une carrière pro m'attendait mais je voulais travailler dans le football, dans un autre rôle. Peut-être pas coach mais avoir une fonction dans un staff. J'ai étudié, j'ai fait une maîtrise en entraînement sportif à l'université de Nice. Puis, à 22 ans, je suis finalement passé joueur pro en Slovénie. Plus tard, à 31 ans, je me suis rendu compte que j'avais fait un peu le tour de ce que je pouvais faire en tant que joueur, au pays et un peu à l'étranger. Ma motivation commençait à être mise en question et Domzale, le club ou j'ai passé l'essentiel de ma carrière, savait que j'avais l'ambition d'intégrer un staff. Lors d'un changement d'entraîneur, les dirigeants m'ont proposé de devenir adjoint. Ça a été difficile de mettre les crampons de côté mais j'ai accepté. Le dimanche, je jouais un match et le lundi matin, au décrassage, j'étais devenu adjoint. C'était d'ailleurs le premier avril donc tout le monde a cru à une blague. Vous êtes ensuite devenu T1, puis vous êtes passé par l'Olimpija Ljubljana et par Pafos, à Chypre. Comment vous êtes-vous retrouvé à l'Union Saint-Gilloise cet été ? ELSNER : J'ai été contacté via internet par Alex Hayes, notre directeur sportif. L'idée de l'Union, c'est de baser une partie du recrutement et du développement du club sur des aspects statistiques. Il est ressorti que je présentais un profil intéressant. Nous ne nous connaissions pas et nous nous sommes donc rencontrés à Londres, deux fois, avant de rapidement finaliser mon embauche. Nos chemins se sont croisés au bon moment : ce dont le club avait besoin à cet instant et ce à quoi j'aspirais correspondait. Pour moi, ça a été presque un cadeau du ciel d'avoir une opportunité pareille. J'en suis vraiment ravi et je pense avoir de la chance parce que ce n'est pas évident de trouver du travail à l'étranger pour un entraîneur slovène. Le recrutement des joueurs, cet été, a aussi été effectué sur base de ces statistiques ? À quel point avez-vous été impliqué dans ce processus ? ELSNER : Oui, c'est une base sur laquelle on s'appuie. On détermine nos besoins et on utilise la base statistique pour identifier les potentiels profils qui pourraient y correspondre. C'est, en fait, de l'analyse statistique. Il y a un travail humain fait par des gens qui sont compétents dans ce domaine et qui nous assistent. Il y a des gens qui regardent des matches, ce n'est pas juste un ordinateur. En plus de cela, il y a la personnalité, l'identité du joueur qui doivent coller à l'environnement et aux besoins que nous avons. Là, ce ne sont plus des chiffres, donc on a besoin de nos réseaux, de connaître le joueur, de le voir. Mais c'est un bon appui et je pense que le développement au niveau des statistiques en football a été assez conséquent ces dernières années. Je m'y étais déjà beaucoup intéressé quand j'étais à Chypre. Après, le recrutement est effectué en symbiose avec Alex Hayes et toute la structure qui est derrière. Je suis impliqué à un niveau suffisant pour moi, pour que je me sente bien. Mais je suis entraîneur et je n'ai pas vraiment envie de participer aux discussions avec les agents, à toutes ces négociations. C'est important de participer à la création de l'équipe mais ce que je préfère, c'est être sur le terrain, développer les joueurs et entraîner. C'est ma priorité. En arrivant, vous avez déclaré vouloir créer une identité de jeu propre à l'Union. Six mois plus tard, vous estimez y être arrivé ? ELSNER : Je pense qu'on a de bonnes bases. En tout cas, j'espère que nos supporters se reconnaissent dans ce qu'on essaye de faire sur le terrain. Il y a deux aspects primordiaux pour nous : d'abord éprouver du plaisir à jouer au football pour que nos supporters aient du plaisir à venir au stade. Les résultats sont importants, bien sûr, mais ce n'est pas l'ultra priorité. S'il y a un plaisir partagé au niveau du football, les gens sont contents, c'est une part importante de notre identité. Donc il faut essayer de produire du jeu. Ensuite, il faut être honnête par rapport à l'effort et tout donner. Je pense que dans une certaine mesure, on a réussi à le faire. D'où la communion assez intéressante de nos supporters et de nos joueurs. Je pense qu'ils s'identifient les uns aux autres et c'est peut-être un des éléments les plus importants sur lesquels on travaille, pour que nos supporters soient fiers. Vous avez des modèles dans le coaching ? ELSNER : Beaucoup, oui. Sans aucune prétention, j'ai envie de m'inspirer d'entraîneurs comme Guardiola, comme Tuchel. Je ne dis pas qu'on essaye de reproduire ce qu'ils font mais il y a une aspiration à produire ce genre de football-là. J'ai aussi beaucoup appris de Paulo Sousa, quand il était à la Fiorentina. Je me suis appuyé sur son travail pour beaucoup de principes que j'utilise. Ça ne veut pas dire que c'est possible dans tous les clubs et dans toutes les situations : il y a une adaptation nécessaire. J'ai produit un football qui était totalement différent, qui se rapprochait plus de Simeone à l'Atlético Madrid parce qu'il y avait un besoin de le faire par rapport au profil des joueurs et du club. Mais oui, j'aspire à créer plutôt qu'à détruire. Vos résultats sont positifs mais le bémol c'est que vous alignez peu de Belges. C'est une donnée qui compte pour vous ? ELSNER : Oui, c'est important. L'idéal serait d'avoir un maximum de joueurs belges et même de joueurs formés chez nous. Mais nous accusons un retard au niveau de la formation des jeunes. On y travaille mais ça ne se fera pas en deux ans. Quand je suis arrivé, l'idée des dirigeants était d'être compétitifs très rapidement. On a donc été obligé de recruter à l'étranger. On garde aussi à l'esprit cette universalité du football donc on ne se met pas trop de barrières. Mais si on pouvait avoir le maximum de joueurs de notre environnement ce serait forcément positif. J'ai un noyau multiculturel mais j'ai l'habitude : à Chypre j'avais 18 nationalités différentes. Le travail se fait en français avec des touches d'anglais, d'espagnol voire même d'allemand. Mais tous les joueurs étrangers suivent des cours de français, donc la communication est assez fluide. On arrive à transmettre le message. On a un groupe qui, malgré les différences culturelles, vit bien ensemble. C'est une vraie force. Quand tu travailles avec des gens bien, qui sont guidés par une motivation, une ambition commune, c'est plus facile. Vous avez terminé la deuxième tranche à la deuxième position, qu'est-ce qui vous a manqué pour l'emporter ? ELSNER : Il nous a manqué tous les points perdus en début de saison qui nous ont mis un petit peu en retard. Et il nous a manqué un peu de maturité sur la fin. On a lâché des points à Roulers qui devaient être gagnés. On n'a pas su concrétiser nos occasions contre Lommel pour nous offrir ce match final qui aurait été très intéressant à Malines. Maintenant, il faut être franc : Malines a un rythme extrêmement dur à suivre. Nous, on a eu des fluctuations parce que nos internationaux sont partis et revenus très fatigués, on a eu des petits pépins physiques, etc. Je pense que ce n'était pas encore le moment parce qu'on n'était pas suffisamment mûrs. Il y avait un besoin de créer une ambition et une mentalité de gagnants qu'on a, petit à petit, réussi à développer. Youssoufou Niakaté a connu une période de grâce où il a marqué des buts à la pelle. Depuis, il est rentré dans le rang, ça vous inquiète ? ELSNER : Ce qui m'ennuie, c'est qu'on a trop souvent pointé nos individualités dans la victoire. Quand Niakaté marque trois buts, il ne gagne pas le match tout seul. Moi, j'ai envie qu'on soit un collectif qui fonctionne, où les responsabilités sont partagées. Si un joueur ne marque pas, il y en a un autre qui prend le relais et j'ai envie qu'on soit capable, collectivement, de créer des décalages pour mettre nos joueurs offensifs en situation de s'exprimer. Après des périodes de doutes, tous les joueurs offensifs en ont. C'est le cas de Niakaté, mais il va rebondir, j'en suis complètement persuadé. Avant d'arriver à l'Union, c'était un ailier. C'est votre idée de l'aligner en pointe ? ELSNER : Il a fait beaucoup de va et vient entre l'aile et le front de l'attaque. Nous, on a décidé de le poster devant parce qu'il a des placements très logiques, une capacité physique à résister aux duels, des bons timings de déplacement et de courses en profondeur et une bonne finition. Il a un excellent pied gauche, il est bon de la tête, son pied droit est solide : il y avait plein d'éléments qui me disaient qu'il pouvait jouer sur le front de l'attaque. Il a eu un déclic en arrivant ici qui lui a fait passer un cap. Là, il paye peut être un peu son changement de statut : la présence médiatique, l'intérêt de clubs supérieurs, etc. C'est beaucoup pour un joueur qui n'y est pas habitué. Il est en apprentissage et prochainement ça ira mieux, j'en suis certain. On doit craindre des départs lors du mercato ? ELNSER : Je ne pense pas. On n'a pas de besoin excessif en terme de rentrées financières qui nous obligerait à laisser partir des joueurs. Aujourd'hui, la priorité c'est d'être compétitif sur le terrain et d'essayer d'engranger le maximum de points pour se donner une chance de batailler pour la première place. C'est l'objectif du club et pour ça, il faut que tous les meilleurs joueurs restent. On verra bien ce qu'il adviendra mais la situation ne m'inquiète pas plus que ça. Malines pourrait être sanctionné suite aux affaires, c'est quelque chose que vous avez en tête ? ELSNER : Non, vraiment pas. D'abord, on a envie d'être premiers. Et puis, on a encore à l'Union, ce côté sport amateur : il n'y a pas que la compétition, pas que gagner mais aussi être bon dans ce que tu fais, avoir des valeurs. J'ai juste envie d'être performant et de ne pas compter sur le fait qu'on va enlever des points à quelqu'un d'autre. Ce n'est pas le bon état d'esprit. Après, si des erreurs ont été faites, des sanctions seront prises. Mais pour moi, si je suis deuxième, dans ma tête je suis deuxième, pas premier. C'est cette réflexion que j'ai et que j'essaye de transmettre. Quel regard portez-vous sur le Footbelgate ? Vous avez déjà été confronté à des situations douteuses ? ELSNER : Je pense sincèrement que c'est beaucoup plus rare que ce que les gens pensent. Je lis très peu sur le sujet. Il y a des gens compétents pour ça qui vont régler ces affaires. Moi, mon rôle c'est le terrain, je m'y cantonne. Je n'ai jamais été confronté à des événements qui me feraient dire qu'aujourd'hui le football est complètement pourri. Ce n'est vraiment pas le cas et je pense qu'il y a toujours des valeurs. À partir de quel résultat serez-vous satisfait de la saison de l'Union ? ELSNER : Il n'y a pas de résultat minimal. Je veux être satisfait du contenu qu'on a proposé en ayant joué au football. C'est notre première priorité. On a loupé cette première tranche, ça me ronge de ne pas avoir pu disputer cette " finale " contre Malines. Le système du championnat nous offre une seconde chance, on doit y aller à fond, sans frein à main. De toute façon, tu ne décides pas des regrets que tu as ou pas. Quand ça s'arrête, est-ce que tu es satisfait de ce que tu as fait par rapport à ce que tu es capables de faire ? C'est à ce moment-là qu'on pourra dire si notre saison a été bonne ou pas, selon les opportunités qu'on aura saisies ou gâchées.