Aisling D'Hooghe a tout pour être l'ambassadrice parfaite de son sport. Fille d'un père limbourgeois et d'une mère jamaïcaine, elle a grandi dans la banlieue bruxelloise, a fait l'école primaire en néerlandais puis ses études secondaires et supérieures en français. Elle est sympathique, jolie et loquace. Elle a également des qualités sportives exceptionnelles puisqu'elle fait partie de la crème des gardiennes mondiales en hockey. L'an dernier, elle a été élue meilleur dernier rempart de l'Euro et cette année, elle est deuxième gardienne du monde. Elle est également championne de Belgique avec son club, Waterloo Ducks.
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Aisling D'Hooghe a tout pour être l'ambassadrice parfaite de son sport. Fille d'un père limbourgeois et d'une mère jamaïcaine, elle a grandi dans la banlieue bruxelloise, a fait l'école primaire en néerlandais puis ses études secondaires et supérieures en français. Elle est sympathique, jolie et loquace. Elle a également des qualités sportives exceptionnelles puisqu'elle fait partie de la crème des gardiennes mondiales en hockey. L'an dernier, elle a été élue meilleur dernier rempart de l'Euro et cette année, elle est deuxième gardienne du monde. Elle est également championne de Belgique avec son club, Waterloo Ducks. Ces performances sont d'autant plus remarquables qu'elle souffre de sclérose en plaques, une maladie imprévisible qui paralyse le système nerveux, d'un moment à l'autre ou lentement. Si nous n'en avons pas fait mention dans l'introduction, c'est par respect pour cette athlète de haut niveau qu'est Aisling D'Hooghe. Depuis qu'elle a fait savoir l'an dernier avant les championnats d'Europe aux Pays-Bas - où les Red Panthers ont décroché la médaille d'argent, le meilleur résultat de leur histoire - qu'elle souffrait de cette maladie depuis l'âge de six ans, la Bruxelloise est en proie au doute. D'un côté, elle est satisfaite d'en avoir parlé et d'avoir ainsi encouragé de nombreuses personnes victimes de cette maladie. Mais elle est aussi bouleversée par les conséquences de sa confession. Depuis, tout le monde la veut : les sponsors, les médias, le public et un nombre incroyable d'ASBL. A chaque fois qu'on parle d'elle dans un article, on mentionne " la joueuse de hockey atteinte de sclérose en plaques. " Elle comprend parfaitement mais elle estime également que c'est réducteur. " Si je l'ai révélé aussi tard, c'est justement parce que je voulais d'abord faire mes preuves en tant que hockeyeuse, pas en tant que hockeyeuse souffrant de sclérose en plaques ", explique-t-elle. " Et honnêtement, je ne m'attendais pas à ce que cette révélation bouscule les choses à ce point. " Parfois, vous en avez un peu marre qu'on ne vous parle que de cela mais par respect pour les autres patients, vous ne voulez pas éviter le sujet, c'est ça ? Aisling D'Hooghe : Pas vraiment. L'an dernier, j'ai rencontré de nombreuses personnes souffrant de sclérose en plaques et je conçois désormais que j'ai révélé le côté positif de la maladie mais qu'il y a des gens qui ont beaucoup moins de chance que moi. Je prends de nombreux médicaments par jour mais je parviens à vivre normalement. Je ne me sens donc pas malade, ce n'est pas le cas de tout le monde. Je peux faire huit heures de sport par jour alors que d'autres ne parviennent même pas à monter les escaliers... Du coup, je culpabilise. Ce qui m'a incité à parler de ma maladie, c'est une petite fille qui est venue vers moi après un match. Elle m'a dit qu'elle était malade et qu'elle allait arrêter le sport parce que, plus tard, elle devrait tout de même s'y résoudre. Je l'ai contredite : lorsqu'on m'a diagnostiqué la sclérose en plaques, à l'âge de six ans, le médecin m'a conseillé d'y aller doucement avec le sport mais un autre docteur pensait exactement le contraire. J'ai suivi le deuxième avis. Avec mon histoire, je veux démontrer qu'on peut essayer et qu'on verra soi-même si la maladie prend le dessus. Je soutiens trois entreprises pharmaceutiques qui s'engagent dans la lutte contre la sclérose en plaques. Elles produisent des médicaments qui m'ont beaucoup aidée et m'aident encore. Je fais cela en guise de remerciement pour leur travail. Je suis aussi marraine de Move to Sport ( movetosport.be, ndlr). Je pense qu'il est important de bouger le plus possible - le hockey me donne cette chance - mais il n'est pas nécessaire de faire du sport de haut niveau. " Quelle est l'influence de la maladie sur votre vie quotidienne ? D'Hooghe : C'est difficile à dire. J'ai moins de globules blancs que la moyenne des gens mais pour le reste ? Je suis souvent fatiguée mais est-ce à cause de la maladie ou parce que j'ai un programme chargé. Les gens qui ont un boulot difficile sont aussi fatigués le soir, hein. Parfois, je travaille deux ou trois heures le matin, je m'entraîne pendant cinq heures, je fais une heure de fitness et j'ai encore des debriefings avec l'équipe. Vous avez peur de l'avenir ? D'Hooghe : Non. Je vis tellement de belles choses actuellement que je n'ai pas le temps d'y penser. Sauf quand on me pose la question (elle sourit). J'ai effectivement des moments difficiles et je me dis alors qu'un jour, ce sera trop dur. Tout peut s'arrêter demain mais si je vais dormir chaque soir en pensant à cela... je ne fais plus rien. Parlons de hockey... D'Hooghe : Ah, enfin de chouettes questions ! A partir du 21 juillet, les Red Panthers participeront au championnat du monde à Londres. Quelles sont les expectatives ? D'Hooghe : Nous sommes dans une poule où tout est possible. Nous pouvons terminer premières ou dernières. Nous commençons contre la Nouvelle-Zélande, grande favorite pour le titre : le top mondial. Nous l'avons certes battue l'an dernier en World League mais, depuis, cette équipe a progressé. L'Australie est plus une équipe de notre niveau : elle est bien balancée. Ce sera 50-50. Viendra alors le Japon, qu'il faudra battre. Le premier du groupe est directement qualifié, les deuxième et troisième disputent les barrages, le quatrième est éliminé. Nous avons souvent des problèmes face aux équipes asiatiques car elles pratiquent le marquage individuel sur tout le terrain. Une fois qu'on passe son adversaire direct, on a beaucoup d'espace mais il n'est pas facile d'entrer dans le match. Le statut des Red Panthers a-t-il changé depuis que vous êtes vice-championnes d'Europe ? D'Hooghe : Je pense que plus personne ne va nous sous-estimer. D'autant que nous nous battons toujours jusqu'au bout. Il nous arrive simplement toujours d'avoir un creux de cinq minutes et contre les grandes équipes, ça se paye cash. Lorsque nous perdons, c'est souvent par un but d'écart. On dit que, physiquement, vous êtes moins fortes que les grandes nations de hockey, comme les Pays-Bas. D'Hooghe : En matière de récupération oui, pas en matière de gabarit ou d'endurance. Nous avons beaucoup progressé dans ces domaines. Voici peu, nous avons eu un stage d'une semaine entièrement placé sous le signe de la préparation physique et de l'analyse. Pendant une semaine, nous n'avons pas touché un stick. Les chiffres étaient impressionnants. Le succès de l'été dernier a-t-il changé beaucoup de choses en matière d'encadrement ? D'Hooghe : Non, nous partions déjà en stage à l'étranger avant cela. Avant, c'était toujours en Afrique du Sud mais avant le championnat du monde, nous sommes parties en Argentine et au Chili. Il y a beaucoup d'intérêt pour le hockey féminin, nous sommes davantage reconnues par la presse et par le public. Grâce à nous, la fédération a de nouveaux sponsors et nous avons pu ajouter un stage en Angleterre à notre préparation pour le championnat du monde. Nous avons également pu faire venir de bonnes adversaires - comme la Chine - pour disputer des matches amicaux. Malheureusement, au niveau du personnel, il n'y a guère de changement. Nous aimerions par exemple que quelqu'un de la fédération nous aide à planifier notre carrière car il n'est pas évident de trouver un boulot que l'on puisse combiner avec le sport de haut niveau. Comment faites-vous ? D'Hooghe : Jusqu'à il y a peu, je travaillais chez Ladbrokes, où je m'occupais des réseaux sociaux mais j'ai dû arrêter parce qu'ils proposaient des paris sur nos matches au championnat du monde à Londres. Ce n'était ni éthique, ni légal de continuer à travailler là-bas. On peut donc dire que le championnat du monde m'a coûté mon boulot (elle sourit). L'avantage c'est que, depuis quelques mois, je peux me concentrer uniquement sur le hockey. Vous considérez le hockey comme un boulot ou comme une passion ? D'Hooghe : Au début c'était une passion mais à présent, je suis dans une situation où cette passion interfère avec ma vie personnelle. Comme dans le cas de mon boulot chez Ladbrokes. Je dois donc chercher un plan B. Chez les Red Panthers, les filles ont pratiquement toutes un diplôme. Ou alors, elles font des études supérieures. Notre agenda est chargé et il n'est malheureusement pas possible de ne vivre que du hockey. Même pas à l'étranger ? D'Hooghe : Oui mais sans pouvoir beaucoup épargner. L'an dernier, après les championnats d'Europe, j'aurais pu aller aux Pays-Bas mais ce n'était pas combinable avec notre programme chez les Red Panthers. J'ai donc dû faire un choix entre l'équipe nationale et un club étranger. Le calendrier belge est établi en fonction des Red Panthers, pas le calendrier hollandais. Notre sélectionneur national m'a fait comprendre que si je manquais des matches amicaux, je risquais de perdre ma place. Les sports collectifs féminins ont le vent en poupe en Belgique : les Red Flames, les Belgian Cats, les Yellow Tigers, vous... Il y a un regain de popularité et les victoires suivent. Vous avez une explication ? D'Hooghe : On sent que quelque chose a changé chez les filles. Lorsque j'étais à l'école secondaire, j'étais la seule fille qui faisait du sport de haut niveau. Au cours d'éducation physique, on me mettait toujours avec les garçons. Désormais, les filles ont pris conscience qu'elles pouvaient atteindre un certain niveau en sport et l'évolution va se poursuivre. Lors des prochaines élections communales à Waterloo, je serai sur la liste MR et une de mes priorités sera de construire davantage d'installations sportives ou de les rendre plus accessibles, de sorte que les garçons et les filles puissent encore fréquenter plus facilement les clubs ou les terrains de sport. Quel est le niveau du championnat de Belgique ? Suit-il l'évolution de l'équipe nationale ? D'Hooghe : Certainement mais pas encore assez. Il y a de plus en plus d'étrangères et elles tirent le niveau vers le haut mais ça reste difficile pour les entraîneurs car que peut-on exiger des joueuses qui ont encore un boulot ou sont aux études ? Le problème, c'est que le niveau des moins bonnes équipes reste vraiment bas. En fait, seules quatre ou cinq équipes peuvent prétendre aux play-offs. Pour beaucoup de gens, le hockey reste un sport élitiste. Vous pouvez affirmer le contraire ? D'Hooghe : C'était davantage le cas avant que maintenant. Il fallait avoir beaucoup d'argent pour pratiquer ce sport. Une paire de chaussures coûte 150 euros, le stick aussi, la cotisation est à 400 ou 500 euros, il faut encore ajouter les protège-tibias, les gants qu'il faut renouveler régulièrement. Comptez donc 1000 euros par enfant et par saison. Ce n'est pas rien. Heureusement, ma soeur ne s'intéressait pas au hockey (elle rit). Aujourd'hui, plus il y a de membres, plus les prix chutent. Le montant de la cotisation diminue petit à petit, c'est une évolution favorable. J'ai également eu la chance d'être rapidement sponsorisée : dès l'âge de 12 ans, des sponsors m'offraient du matériel. Pourquoi ? D'Hooghe : A l'âge de 13 ans, je jouais en équipe première. Ça a dû marquer les esprits. Comment vous est venue l'idée de jouer au goal ? D'Hooghe : A l'école primaire, pendant les matches de foot, j'étais souvent au but et lorsque je jouais au tennis, j'aimais faire du service-volée et monter au filet. Je n'avais peur de rien. Lorsque je me suis affiliée dans un club de hockey, personne ne voulait jouer au but. J'ai tout de suite trouvé ça chouette et il s'est rapidement avéré que j'avais des dispositions. Un talent inné ? Moi, je suis convaincue que tout le monde peut devenir bon en tout. Il suffit d'y croire et d'y consacrer du temps. La difficulté pour une gardienne au hockey, c'est de devoir jouer avec un stick. D'Hooghe : C'est justement ce qui fait ma force : j'arrête plus facilement la balle avec mon stick qu'avec les bras ou les jambes. Je me suis beaucoup entraînée avec Vincent Vanasch, le gardien des Red Lions. Nous jouons dans le même club ( Waterloo Ducks, ndlr) et avons plusieurs sponsors communs. C'est le meilleur gardien du monde et j'ai beaucoup appris à son contact. Vous fréquentez manifestement beaucoup les hommes... D'Hooghe : Oui, au Waterloo Ducks, le mercredi, il m'arrive même de jouer des matches amicaux avec eux. Tout va beaucoup plus vite, ce qui me permet d'améliorer ma vitesse de réaction et la trajectoire des balles. Après, quand je joue avec les femmes, tout me paraît plus lent et plus facile. Malgré votre jeune âge, vous êtes déjà très expérimentée. Vous n'aviez ainsi que 17 ans lorsque vous avez participé pour la première fois aux Jeux Olympiques. D'Hooghe : En fait c'était un grand cadeau car je n'avais pas grand-chose à perdre. Une fois qu'on a goûté à cette ambiance, on en veut toujours plus. Les Jeux Olympiques, pour chaque athlète, c'est le paradis. Tout est réglé dans les moindres détails. Au village des athlètes, on se laisse tranquille mutuellement mais on est impressionné par les grands noms - j'ai notamment aperçu Neymar. Le fait d'avoir un pass pour entrer dans une telle forteresse à l'âge de 17 ans, c'était magique. Notre grand objectif, avec les Red Panthers, ce sont les Jeux de Tokyo en 2020. Nous devons y être. Ce championnat du monde constitue une étape dans notre préparation. Il y a deux ans, à Rio, vous n'étiez pas là alors que l'équipe masculine de hockey a brillé et décroché la médaille d'argent. C'était difficile à vivre ? D'Hooghe : Je dois dire que je n'ai pratiquement pas suivi ces Jeux. J'étais trop déçue mais le résultat de l'équipe masculine était prévisible. Ils ont une génération d'avance sur nous. Ils étaient déjà présents aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, ils ont donc plus d'expérience, une meilleure base. Nous avons un train de retard. Vous avez eu une coach hollandaise, Ageeth Boomgaardt. Pourquoi cela n'a-t-il pas fonctionné ? D'Hooghe : Au cours des trois dernières années, nous avons eu trois entraîneurs différents. A chaque fois, j'ai compris qu'on change, même si je n'avais pas de problème personnel avec eux. Pascal Kina m'a lancée en équipe nationale. Il était très strict avec moi et me motivait constamment. Je dois admettre qu'au début, je me comportais un peu comme une princesse, tout était allé très vite pour moi. Aujourd'hui, je comprends pourquoi il a été aussi dur avec moi mais tout le monde n'admettait pas cela. Dans un grand groupe, il y a toujours différents caractères. Niels Thijssen a alors assuré l'intérim puis Ageeth Boomgaardt est arrivée. Elle mettait les leaders en évidence et considérait les autres comme leurs porteurs d'eau. On sentait très clairement qu'elle avait une équipe A et une équipe B. Je faisais partie des leaders donc je n'en souffrais pas mais je comprends que, pour certaines, c'était plus difficile. Niels traite tout le monde de la même façon, il est calme et se montre compréhensif. Le staff et les joueurs forment un groupe. L'absence aux Jeux de Rio a-t-elle produit un déclic chez les Red Panthers ? D'Hooghe : Après coup, je me dis que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose. En 2012, nous nous étions qualifiée pour Londres un peu par hasard, nous étions une des équipes les plus faibles. Par la suite, nous nous sommes un peu trop reposées sur cette participation à Londres et nous n'avons plus progressé. Nous affichions toujours les mêmes lacunes. Quand nous avons loupé l'avion pour Rio, nous avons compris que chacune devait faire un effort pour atteindre le sommet. Nous nous sommes réunies et nous avons pris une décision : celles qui voulaient rester dans le groupe devaient tout faire pour y arriver, même si ça ne nous rapportait pratiquement pas d'argent. Au cours des dernières années, nous avons fait ce qu'il fallait.