Un peu cliché, c'est vrai, un peu forcé aussi. Une courte hésitation et c'est un " Liégeois " qui nous est commandé, mixture d'orangeade et de grenadine, une solide dose de sucre qui vous reste au palais ; sorte de madeleine de Proust qui rappelle le ticket-consommation d'après-match gamin. Comment d'ailleurs évoquer le Football Club Liégeois, sans être nostalgique.
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Un peu cliché, c'est vrai, un peu forcé aussi. Une courte hésitation et c'est un " Liégeois " qui nous est commandé, mixture d'orangeade et de grenadine, une solide dose de sucre qui vous reste au palais ; sorte de madeleine de Proust qui rappelle le ticket-consommation d'après-match gamin. Comment d'ailleurs évoquer le Football Club Liégeois, sans être nostalgique. " Par les temps qui courent, être nostalgique est un acte révolutionnaire ", intervient BouliLanners, qui nous reçoit dans son bistrot de quartier, le Kleyer, à Cointe sur les hauteurs de la Cité ardente, lieu de ralliement de bon nombre de supporters du RFCL. Car, oui, le réalisateur du sublime " Les Géants " ou du plus méconnu mais très touchant, " Ultranova ", voue une véritable passion pour les Sang et Marine. " Liège n'est pas un club de vieux. Il y a de tout, des grands-pères, des mecs de mon âge, et des jeunes. Et souvent ils viennent à trois, en famille. Liège est multi-générationnel. Ceux qui s'occupent admirablement du fanshop, ce sont des jeunes, qui n'ont peut-être pas connu les heures de gloire du club. Mais il existe une réelle transmission chez les supporters. Ce qui explique ma passion pour ce club puisque mon père était fan. Et puis, j'ai toujours aimé cette appellation Sang et Marine, ça m'interpellait, je trouvais ça super classe, et les vareuses étaient très belles. Parfois être supporter d'un club n'a rien de rationnel, on s'attache simplement à des couleurs. Le Football Club Liégeois avait aussi quelque chose d'épique que j'ai toujours adoré. Aujourd'hui, et comme dans toute grande trajectoire, ça ne va pas, c'est le déclin mais ce n'est pas le déclin définitif. Il y a un tel noyau de supporters que le club est très loin d'être mort. " Et pourtant, le matricule 4 fut à plusieurs reprises proche de la radiation. En 2010, alors que la banqueroute guette, le coeur des Sang et Marine, ses supporters, le maintient en vie. Ils sont nombreux à se saigner afin d'éviter la mise à mort ; comme ce supporter de Boom qui légua l'intégralité de l'héritage de son père, lui aussi supporter invétéré, au club. " C'est un club mythique, qui a une histoire dramatique, qui lui donne une dimension épique que j'aime beaucoup ", enchaîne Bouli.. " Les gens sont " simplement " attachés à leur club et quand leur club va mal, ils le soutiennent. Les dirigeants actuels (ndrl, plusieurs investisseurs dont le président, Jean-PaulLacomble ou l'administrateur délégué, Georges-HenriBodson), ce sont des gars du coin, et non un émir qatari, ils ont repris le club parce que leur père, leur grand-père allaient voir Liège et parce que ça fait partie des souvenirs, de leur histoire. C'est tout ça qui crée une communauté. Il y a un noyau de 8000 supporters, ce qui est énorme pour un club de promotion. Quand j'ai été voir Liège face à Namur, ils étaient 40, nous étions 2000, il y a une forme de disproportion. " Une communauté bien en voix et en vie mais sans domicile fixe. Depuis la fin de Rocourt en 1995, Liège a été ballotté un peu partout : Eupen, Tilleur, Seraing, Ans, Verviers, et à nouveau Seraing où le club loue aujourd'hui le Pairay. Avec l'espoir de voir aboutir, le fameux projet de stade de 10.000 places à la caserne de Ans. " J'aime le foot pour des raisons périphériques, je ne suis pas un technicien du jeu ", poursuit Bouli. " J'aime aller au Pairay car t'es à Srain, qu'en hiver en tribune debout, t'as le soleil dans la gueule, et tu vois au loin les cheminées, le stade de Sclessin en-bas. Nous on est au-dessus, on est mieux, l'air est meilleur, c'est plus beau. Tu lèves la tête, t'es à Srain, t'es dans le bassin liégeois, c'est magnifique. Tu n'es pas dans une espèce de bouloir rouge. Je n'aime pas la foule de façon absolue mais quand je suis au Pairay, je me retrouve chez moi, je dis bonjour à tout le monde, je m'y sens bien. J'aime aussi ce que les supporters ont construit, les buvettes, la plomberie, ils ont ramené les briques. C'est génial. Les supporters sont hyper-fiers d'être supporters du Football Club Liégeois même si l'investissement humain est énorme. Quand tu supportes un gros club, c'est normal, mais supporter Liège, ça n'entre pas dans l'ordre des choses, ce n'est pas à la mode. Il y a une réelle culture british dans ce club. J'ai parfois l'impression d'être dans un KenLoach. On est quand même dans une région sinistrée. Et puis il y a des personnages comme Ernest, un ancien machinot dont les jambes furent coupées par une locomotive quand il était sur les rails. Quand tu le croises, il te dit " Y fé freu mais dji n'a nain freu à mes pî " (il fait froid mais je n'ai pas froid à mes pieds). Il est là à chaque match, on va le chercher, on lui amène sa choppe. C'est un vrai club à dimension humaine. Tu n'es pas noyé dans un truc... " Un décor, des histoires, des rencontres, une ébauche d'un futur scénario ? " Les films sur le foot ne marchent pas. Mais un docu sur Liège, ça me plairait beaucoup. Car il existe une histoire hallucinante, avec une vraie descente aux enfers, un club sans " chez soi ". Lors de l'inauguration de Kinepolis à Rocourt, sur les restes du stade, j'ai un ami supporter qui dans la salle, s'est rendu compte du truc, qu'il était assis là où, avec son père, il allait voir les matches. Pendant le film, il s'est levé et a crié " Allons Lîdj ! ". Deux-trois autres l'ont suivi. C'était une forme de dernier baroud d'honneur. Pour moi, c'est ça le Football Club Liégeois. " " Je disais à ma femme récemment : t'imagines si nous étions pétés de tunes, ce que j'aimerais, c'est racheter le Football Club Liégeois ! Tu renoues avec l'histoire de ta ville. Ce club a plus d'un siècle, il a une charge historique énorme. C'est quand même le club mythique, le matricule numéro 4 ! Sur ce plan-là, le Standard, on le battra toujours. "PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: BELGAIMAGE/LAMBERT