Quatre ans, cela passe vite: Ali Lukunku était arrivé en Belgique à la fin de la Coupe du Monde des Bleus, en 1998. Monaco voulait le garder après une grave blessure à la jambe, le louer à St-Etienne ou à Ajaccio pour qu'il y retrouve ses sensations. JeanTigana et Claude Puel entendaient l'avoir à portée de regard mais Ali céda finalement à l'appel du pied de Luciano D'Onofrio et du Standard.
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Quatre ans, cela passe vite: Ali Lukunku était arrivé en Belgique à la fin de la Coupe du Monde des Bleus, en 1998. Monaco voulait le garder après une grave blessure à la jambe, le louer à St-Etienne ou à Ajaccio pour qu'il y retrouve ses sensations. JeanTigana et Claude Puel entendaient l'avoir à portée de regard mais Ali céda finalement à l'appel du pied de Luciano D'Onofrio et du Standard. "On doit choisir des chemins dans la vie", dit-il. "Avant cela, j'avais opté pour Monaco plutôt qu'Auxerre où Guy Roux me voulait vraiment. Au pied du Rocher, même si je ne jouais pas souvent, j'ai progressé en travaillant avec des stars: Anderson, Trezeguet, Henri, Ikpeba, etc". Il ne regrette pas son choix belge et notre petit pays occupe à jamais une place importante dans son coeur. Le Standard aussi? "Oui...", répond-il. Pourtant, le thermomètre est souvent passé d'une température tropicale à un froid polaire dans les relations entre la direction et le grand artificier franco-congolais. Il a tranché: "Je m'en vais, j'ai des offres qui arrivent au Standard pour le moment. De l'étranger, de Belgique aussi. Il y a quelques mois, on m'a traité de fouteur de merde, de pomme pourrie. On a déclaré à la presse que je devais aller voir ailleurs, six mois après m'avoir fait signé un contrat de cinq ans. Maintenant, je lis que Michel Preud'homme déclare: -Ali veut partir, mais, nous, on ne le pousse pas dehors. Excusez-moi: ce qui a été dit a été dit. Je pars car on a voulu que je me taille. Quand cela allait mal, on demandait une tête de Turc pour cacher ses erreurs: c'est trop facile de changer d'avis comme de chemise. Maintenant, cela va mais qui dit qu'on ne me réserverait pas le même sort dans trois mois? Ils ont voulu que je foute le camp, il faudra trouver une solution". Lille a été récemment cité, tout comme l'Austria Vienne et quelques clubs allemands. Anderlecht? "Si je pouvais choisir, ce serait vite fait.", avance Ali Lukunku. "J'aimerais jouer à Genk. Je m'y rendrais même à pied car l'ambiance est superbe, positive, festive, respectueuse, et ce club obtient quelque chose chaque année ou presque. Daniel Kimoni m'a souvent parlé de l'atmosphère qui règne là-bas". Mais Genk peut-il s'aligner sur les prétentions du Standard où on exigerait, dit-on, sept millions d'euros pour un joueur qui est sous contrat jusqu'en 2006? Malin comme un signe, Luciano D'Onofrio sait qu'il a besoin d'un bélier et ne l'embarquera-t-il pas dans un échange avec, par exemple, Alexandre Kaklamanos de La Gantoise? La cote financière de tous les joueurs a d'autant plus baissé que la crise frappe désormais les grands pays. Cela risque donc d'encore chauffer avant qu'une solution ne se dégage entre Lukunku et le Standard. Le joueur est sûr de lui et s'est séparé de son manager, Didier Frenay: "J'ai 26 ans et je m'assume. J'en avais marre d'appartenir à un agent ou à la société qu'il représente. C'est déjà plus qu'assez d'être lié à un club. Je veux être libre, faire les choix qui me conviennent. Je consulte un ami qui habite en Belgique et son avis m'intéresse, et j'en tiens compte, car il ne fait pas partie des milieux du football.Et ça marche. Mon téléphone explose souvent: beaucoup de clubs me veulent, croyez-moi." Ivic pétait les plombsEn 1998, Tomislav Ivic en fait un médian...défensif. "C'était une saison de transition après la blessure", se souvient-il. "Je devais la digérer, m'adapter à un autre football. J'ai acquis la réputation d'être fragile: c'est faux. Le Standard savait que j'étais attaquant, m'a fait venir pour cela, et je me retrouvais à un poste ne collant pas à mon potentiel. J'en ai pleuré de rage. Ivic était passionné, d'accord, et il a restructuré le Standard mais cool en semaine, il pétait les plombs lors des matches. A Valence, j'avais eu un coach fabuleux, Léonce Lavagne, qui était enragé en semaine: il saignait du nez en me parlant en semaine tellement il s'impliquait. Impressionnant à faire peur. Mais le week-end, il était calme et disait:- Ali, cela ira, tu es fort, je sais que je peux compter sur toi. On serait mort au feu pour lui. Ivic, on ne le comprenait plus à la fin". Après l'intérim de Zeljko Mijac, le duo Jean Thissen- Henri Depireux prit la relève. Pour Ali, ce fut le fin du fin. Il est toujours sous le charme d'Henri Depireux, qui savait parler aux joueurs. Lukunku glisse alors sur la droite dans la ligne médiane et surgit de plus en plus dans la zone de vérité. Il accepte son rôle: "J'ai vu des cassettes vidéo et je ne me reconnaissais plus. Même si j'étais plus fort en pointe, je pouvais me débrouiller à droite. Henri m'expliquait le quand, le comment et le pourquoi. Enfin, mais Ivic était toujours là, hein, et cela péta,je ne dois pas faire un dessin. Bye-bye Henri, puis au revoir Jean avant de perdre la finale de la Coupe de Belgique". Les transferts se suivaient comme à la chaîne d'une usine de montage de voitures. A bientôt Mbo, bonne chance Emile, bienvenue Mika. "Quand il est revenu une dernière fois aux affaires, Tomislav Ivic était différent, plus ouvert au dialogue", avance Ali. Il apprécie mais ne quitte pas sa place de médian. Il s'amuse quand même avec de grands joueurs comme Antonio Folha, Robert Prosinecki, les frères Mpenza, André Cruz avant eux. Il y avait toujours quelqu'un pour boucher son horizon en pointe: Mbo, Emile, Frédéric Pierre, Michaël Goossens, Ivica Mornar, Ole-Martin Aarst, etc. Après les pépins de santé d'Ivic, Dominique D'Onofrio dépanne avec succès avant de céder le témoin à Michel Preud'homme. Le bonheur. Après avoir étudié le groupe, Michel avance Ali en pointe. Le Standard se qualifie pour la Coupe d'Europe. Six mois plus tard, les Rouches relancent le championnat, sont en tête en janvier avant de passer par la fenêtre. C'est le début du bordel entre la direction et le groupe. Michel Preud'homme dépose son tablier d'entraîneur et devient directeur sportif. Waseige était tout bonPuis, Robert Waseige débarque à Sclessin. Séjour abrégé après cinq matches. Ali Lukunku a affirmé récemment que les joueurs devaient s'excuser auprès de lui: "Quand un club gagne ou perd, ce sont d'abord les footballeurs qui sont les principaux acteurs, bien plus que les coaches. Alors, je prétends que les joueurs, certains pour être plus précis, n'ont pas tout fait pour que le message de Robert Waseige passe". C'est le moment ou jamais d'être plus précis: "Moi, je n'avais jamais travaillé avec un coach aussi attentif, au courant du psy des joueurs. J'étais comme libéré car il y avait échanges et c'est agréable d'expliquer ce qu'on ressent ou de savoir avec précision ce qu'on attend de vous. Waseige tendait la perche. Son vocabulaire était peut-être trop riche pour un vestiaire où beaucoup de joueurs ne parlent pas assez bien français. Certains ne le comprenaient pas ou n'avaient pas envie de le comprendre car cela ne les arrangeait pas. C'est faible comme ils l'ont joué minable en boycottant la presse car des supporters leur firent peur. J'ai toujours cru que des supporters encourageaient leurs couleurs en toutes circonstances. On a tenté de me mettre cela sur le dos alors que je n'avais même pas participé à cette réunion". La suite, ce furent d'autres coups fourrés entre joueurs, les clans, les cancans avant que Dominique D'Onofrio ne remette le train sur les rails. "On a tout dit, ça m'a fait mal", explique Ali. "Je ne suis pas une bête de travail en semaine mais je suis un pro et j'ai besoin de monter doucement en puissance avant de tout donner en match.Je n'ai jamais demandé d'être blessé. La saison passée, Gert Doumen, le gardien du RWDM m'a coupé en deux: sans ma musculature, j'en prenais pour un an, je suis revenu deux mois plus tard. Je suis sérieux, j'apprécie un verre de vin mais je ne bois pas. On dit que je suis un tombeur. Non, mais j'ai toujours eu plus de femmes que d'hommes autour de moi. Le foot, c'est tout pour moi. Et cette grande carcasse qui est devant vous, elle est sensible. On a voulu me casser comme quand on m'a remplacé àla mi-temps à Malines. Cette nuit-là, j'ai pleuré jusqu'au matin à la maison. Le lendemain, je n'ai voulu ouvrir la porte à personne. Personne ne m'aurait reconnu tant j'avais les yeux rouges. Je n'ai pas peur de le dire. Certains ne me comprirent pas et affirmèrent que je devais toucher mon fric et me foutre de tout ce qui se passait au Standard: impossible". Pierre Bilic"On a voulu que je me taille, alors je pars""Je ne serai jamais indifférent"