On tombe sur Silvio Proto à Neerpede quelques heures avant le Belgique - France qui fait saliver deux peuples depuis plusieurs semaines. Lui, il s'entraîne depuis trois jours avec les quelques Mauves qui ne sont pas repris par l'une ou l'autre équipe nationale. Une question, curieuse, tombe sous le sens ! Une façon d'éclaircir définitivement sa relation (faite d'un peu d'amour et de beaucoup d'incompréhension) avec les Diables.
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On tombe sur Silvio Proto à Neerpede quelques heures avant le Belgique - France qui fait saliver deux peuples depuis plusieurs semaines. Lui, il s'entraîne depuis trois jours avec les quelques Mauves qui ne sont pas repris par l'une ou l'autre équipe nationale. Une question, curieuse, tombe sous le sens ! Une façon d'éclaircir définitivement sa relation (faite d'un peu d'amour et de beaucoup d'incompréhension) avec les Diables. Silvio Proto : Non. (Il réfléchit). Ah non, pas possible, on va chez des amis ce soir. Mais tu sais, moi, quand je quitte le centre d'entraînement ou le stade, le foot, c'est fini. Il arrive que je regarde à la télé si je tombe sur un match, mais je ne m'acharne jamais sur ma télécommande pour en trouver un. Aucun. Bah, ce n'est jamais qu'un match amical... Ce n'est pas non plus la Ligue des Champions. Celle-là est plus importante. Par contre, évidemment, un match éliminatoire des Diables comme celui qu'on aura bientôt contre l'Ecosse, ce n'est pas la même chose. Même si l'adversaire est moins coté, c'est plus prestigieux qu'un Belgique - France sans enjeu. Tant mieux pour eux. Pas forcément. De toute façon, je mets le même sérieux dans l'approche de tous mes matches, je ressens la même pression. Parce qu'un gardien n'a quand même jamais droit à l'erreur, quel que soit l'adversaire. Il est toujours jugé de la même façon, en fonction des buts qu'il prend ou ne prend pas. C'est ce que je fais en Ligue des Champions, je suis content... Bien sûr mais il ne faut pas se voiler la face. Thibaut Courtois et Simon Mignolet sont partis pour occuper les places de numéro 1 et de numéro 2 pendant des années. C'est très rare. Je me suis retrouvé une fois en salle de musculation avec Vincent Kompany, c'est tout. Mais vraiment, tout ça, ce n'est pas un problème pour moi. J'ai dit qu'on pouvait m'appeler si on avait besoin de moi. Ce n'est pas une obsession. Si je ne suis plus convoqué, je ne serai pas malade. Vivre sans l'équipe nationale n'est pas un souci. Il y a aussi des côtés positifs. La saison dernière, les joueurs non repris par une sélection ont subitement reçu quatre jours de congé. J'ai vite réservé des billets d'avion et je suis parti avec ma femme à New York. En plein championnat, ce n'est pas possible pour tout le monde et ça m'a fait une belle coupure. On s'habitue à tout. La première fois que tu joues contre des légendes, c'est un peu spécial. Après, ce n'est plus la même chose, tu as simplement l'impression que ça fait partie du métier. Tu te dis que ce sont des gars comme toi, sauf qu'ils sont plus forts que toi... J'ai seulement dit que s'il y avait un problème à cause de la suspension de Jean-François Gillet, on pouvait me téléphoner. Je me suis mis à la disposition de la Fédération, je n'ai pas fait un appel du pied. Etre repris contre la France, c'était une possibilité dans mon esprit. Mais je n'ai pas été déçu quand j'ai appris que je n'étais pas convoqué. Marc Wilmots a sûrement de bonnes raisons de reprendre Koen Casteels comme troisième. J'ai 30 ans, il est jeune et on veut peut-être le former pour le futur. On ne s'est pas parlé une seule fois depuis qu'il est devenu coach. Absolument pas. Si je veux voir le Brésil, j'achète des tickets et j'y vais en vacances. Ça peut aller très vite. Une blessure, par exemple. Mais c'est la dernière chose que je souhaite aux Diables parce que Courtois gagne pour eux 50 ou 60 % des points. Je ne sais pas si ça s'est retourné contre moi entre-temps, on ne m'a jamais fait de reproche, mais si on m'en veut pour ça, aucun problème. Je referais exactement la même chose. Ma famille passera toujours avant le foot. Mon métier, ce n'est qu'un épisode de ma vie. Ma famille, elle était là avant le football et elle sera encore là après. Même si ça avait été une grande finale, j'aurais fait le même choix. Imagine le pire des cas : je perds ma femme et mon fils lors de l'accouchement. Et je ne suis pas là. Tout ça parce que je joue un bête match de foot ! Je n'ai jamais refusé une sélection. J'ai donné mes arguments à Leekens, il m'a donné les siens, et il m'a dit à la fin : -On n'a pas de problème l'un avec l'autre, je ne te reprends plus, je te rappellerai si j'ai besoin de toi. Je ne veux pas en dire plus, nous avons convenu de garder pour nous le contenu de notre discussion. Il n'y avait pas que ça. C'était un aspect de la situation, mais pas l'aspect principal. Il y avait aussi des raisons privées. Mais... stop... je n'en dis pas plus. J'expliquerai peut-être les choses à la fin de ma carrière. Les gens doivent en tout cas savoir que je ne me suis jamais estimé trop bon pour aller dans la tribune. L'étranger, c'est aussi un risque. Six mois après mon arrivée à Anderlecht, je me suis démoli le genou. Qu'est-ce que je serais devenu si j'avais eu le même problème en étant loin d'ici ? Et je peux aussi citer des gardiens prometteurs qui ont choisi de quitter très tôt la Belgique mais n'ont pas eu le même parcours que les autres : Kenny Steppe, Brian Vandenbussche. Aucun. Si je dois recommencer, je refais exactement la même chose. Je gagne des titres avec Anderlecht, je suis un homme heureux. Et moi, je joue en Ligue des Champions. Chaque année, je fais des matches européens. Dans le temps, un joueur du championnat de Belgique disputait deux fois moins de matches que celui qui était en Angleterre. Entre-temps, ça s'est équilibré. La saison passée, j'en ai fait 63. Pas mal ! Quand la rumeur est sortie, mon agent a contacté un directeur sportif de Milan, qui lui a dit : -On ne cherche pas de gardien pour l'instant mais on a toujours Proto à l'oeil. On verra. Je pourrais aussi finir ma carrière à Anderlecht, j'en serais très fier. Si c'est purement financier, je ne le ferai pas. Je n'irais pas dans n'importe quel coin du monde pour gagner beaucoup d'argent. Par contre, ça me plairait beaucoup de finir ma carrière aux Etats-Unis. J'y pense. J'ai découvert les States il y a quelques mois et ça a été une révélation. J'aimerais aller m'installer là-bas pour un bon moment, y mettre mes enfants à l'université. C'est mon rêve américain ! Non. Ce qui me rend le plus fier, c'est ma régularité. Depuis 2009, j'ai toujours été sur le podium. En 2010, j'ai fini deuxième derrière Mignolet. En 2011, encore deuxième, derrière Courtois. En 2012 et 2013, j'ai eu le prix en apportant beaucoup à Anderlecht : deux titres, deux qualifications pour la Ligue des Champions. Il y a un an, j'ai fait quelques arrêts difficiles et décisifs contre Limassol, il ne faut pas non plus l'oublier ! Les trophées de Gardien de l'Année montrent que j'ai la reconnaissance de certaines personnes. Mais pas de tout le monde, je le sais. Pas par rapport à mon niveau mais par rapport à ce que je fais en dehors du terrain, à la façon dont je m'implique. On m'a déjà dit que j'avais intérêt à prendre mes distances, que ça allait me nuire si je ne changeais pas. Mais je reste le même. Quand l'équipe ne marche pas trop bien, je dors mal parce que je cherche des solutions. Régler des problèmes dans le vestiaire, je suis habitué. Quand des joueurs ne sont pas contents de leur contrat ou d'autre chose, je les calme et je fais le relais avec la direction. Il y a des moments où, à la limite, je dois tout gérer. Pour certains, ça semble normal. Moi, je dis que ça ne l'est pas parce que je n'ai pas un statut de star comme Lucas Biglia, Dieumerci Mbokani ou Milan Jovanovic. Quand ce travail est reconnu, ça me fait plaisir. Au moins, John van den Brom est reconnaissant, il constate des choses que tout le monde ne voit pas. (Il rigole). C'est bien pour lui. J'aurais été content, fier d'avoir le brassard, surtout au vu de tout ce que je fais dans le vestiaire. C'est pour ça que j'ai dit un jour : -Si je deviens le nouveau capitaine, ça ne sera que normal. Mais le coach a préféré prendre un joueur de champ. Je respecte son choix. Il ne m'a fallu qu'une journée pour digérer la décision, pour évacuer ma déception. La page est tournée. J'ai été le premier à avoir les explications de John van den Brom et je reste vice-capitaine : c'est important pour moi. Il faut faire ta remarque à l'entraîneur... (Il rigole). D'un autre côté, si un défenseur va trouver l'arbitre pour discuter, il n'aura pas de problème. Alors que si je sors de mon rectangle, je risque de prendre directement une carte. Aucune. Je l'ai eu dans quelques matches importants la saison dernière, je l'ai déjà porté en Coupe d'Europe quand Biglia était absent, ça ne m'a jamais posé de problème. Etre capitaine, ça ne me pousse pas à me surpasser et ça ne me tétanise pas. Finalement, ce n'est qu'un morceau de tissu. La personnalité, tu l'as ou tu ne l'as pas, le brassard n'y change rien. Les caractères sont fort différents. Biglia est un introverti, Gillet parle beaucoup plus. Il parlait peu, mais dès que quelque chose n'allait pas, nous affrontions tous les deux le groupe et les problèmes étaient vite solutionnés. Sa grande force, c'est qu'il était la première star de l'équipe. Le numéro 1, c'était Biglia, pas Mbokani ou Jovanovic. Parce que nous savions tous que sans lui, le niveau collectif chutait directement. C'est grâce à cela qu'il était considéré comme la personne la plus importante dans le vestiaire et sur le terrain. Jovanovic n'a jamais été une grande gueule dans le vestiaire ! Il pétait un câble sur le terrain, et une heure plus tard, il venait te trouver pour s'excuser platement, il disait : -Je ne comprends rien, je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai réagi comme ça. D'après lui, c'étaient des montées d'adrénaline qui devenaient subitement incontrôlables.PAR PIERRE DANVOYE" Je ne serai pas malade si je ne suis plus jamais appelé chez les Diables. Vivre sans l'équipe nationale n'est pas un souci pour moi. " " Le n°1, c'était Biglia et non Dieu ou Jova. Parce qu'on savait tous que, sans lui, le niveau collectif chutait directement. "