Aviez-vous fait de gros sacrifices financiers pour revenir au Standard?

Régis Genaux: Evidemment, je serais revenu à pied car ce club, je l'avais dans le sang. Si je fais les comptes, j'ai gagné 1.500 euros nets par mois. Pas un rond de plus. Je devais toucher des primes à partir de ma cinquième présence en D1. J'en suis resté à quatre, évidemment. J'ai mis du temps pour revenir, j'en ai perdu un peu pour mon opération au ménisque: Preud'homme savait tout et, alors que j'étais prêt, il n'a rien fait pour que je dispute cinq matches et gagne correctement ma vie. Je suis resté sept fois sur le banc sans rentrer sur la pelouse. J'en ai parlé au coach mais il m'a dit que son but n'était pas de faire dépenser de l'argent inutilement au Standard. J'ai trouvé cela "grossier" et "sans coeur" de la part d'un ancien joueur. Or, pour avoir été pro tous les jours, prêt dix jours après une opération, je méritais de jouer plus que quatre matches. Je l'ai prouvé à Lommel. La conclusion n'est pas négative pour moi. Rester dans le Standard actuel, c'était impossible.
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Régis Genaux: Evidemment, je serais revenu à pied car ce club, je l'avais dans le sang. Si je fais les comptes, j'ai gagné 1.500 euros nets par mois. Pas un rond de plus. Je devais toucher des primes à partir de ma cinquième présence en D1. J'en suis resté à quatre, évidemment. J'ai mis du temps pour revenir, j'en ai perdu un peu pour mon opération au ménisque: Preud'homme savait tout et, alors que j'étais prêt, il n'a rien fait pour que je dispute cinq matches et gagne correctement ma vie. Je suis resté sept fois sur le banc sans rentrer sur la pelouse. J'en ai parlé au coach mais il m'a dit que son but n'était pas de faire dépenser de l'argent inutilement au Standard. J'ai trouvé cela "grossier" et "sans coeur" de la part d'un ancien joueur. Or, pour avoir été pro tous les jours, prêt dix jours après une opération, je méritais de jouer plus que quatre matches. Je l'ai prouvé à Lommel. La conclusion n'est pas négative pour moi. Rester dans le Standard actuel, c'était impossible. La tension est permanenteJ'avais cru redécouvrir un grand club. Or, le Standard a terriblement régressé dans tous les domaines par rapport à l'époque d'André Duchêne. Et je ne parle même pas du palmarès. Une maigre qualification pour l'UEFA en trois ans: minable. Je me suis blessé à Anderlecht mais deux joueurs, Dimvula et Walasiak, se sont pétés à l'entraînement sur de tristes pelouses, surtout à Sclessin. La tension est permanente, tout le monde se méfie de tout le monde. Les multiples conflits ne sont pas provoqués de l'extérieur, comme ils le disent, mais de l'intérieur et cela frise la folie. Je ne connais pas un joueur qui soit bien dans sa tête au Standard pour le moment. J'ai rapidement constaté qu'il y avait des dysfonctionnements entre le coach et la direction, le coach et les joueurs."Des espions partout"L'ambiance était malsaine dans le groupe. Mais pouvait-on parler de groupe alors que c'était chacun pour soi avec à la fin des méchancetés entre joueurs? Personne ne piffe Costantin. mais j'ai eu des contacts corrects avec lui. Je n'ai rien à lui reprocher. Pourtant j'ai vu et constaté que personne dans le groupe n'appréciait Costantin, Luciano D'Onofrio et Preud'homme. Les joueurs ne sont pas libres du tout. Dominique D'Onofrio était très correct en semaine. J'aimais bien travailler avec lui. Mais, en match, il massacrait les joueurs, comme je n'ai jamais vu de ma vie, à force de les insulter en étant sur le banc. A en pleurer. De plus, il va tout dire. Or, un adjoint est aussi le confident des joueurs. Léon Semmeling savait nous écouter, décoder une ambiance, comprendre et garder pour lui une critique ou une blague à l'égard du coach.Tout restait entre nous. Maintenant, on dirait qu'il y a des espions partout au Standard. Les joueurs doivent regarder qui est derrière la porte avant de prononcer un mot. Personne ne traîne une seconde après l'entraînement. C'est l'évasion, tout le monde n'a qu'un souci: aller respirer ailleurs. Il n'y a pas de vie au Standard: ce club est moribond."Des entraînements de Scolaires"Le Standard avait le meilleur groupe de D1. Son classement de l'époque n'était finalement que normal. Quand il a fallu travailler tactiquement, pour intégrer les nouveaux en janvier, tout le monde a vu que la maison ne reposait sur rien. En trois mois, alors que nous jouions la tête, le travail physique a été nul. On n'a rien fait sur le plan de l'endurance. Les entraînements duraient à peine une heure quart avec "rien" au programme, répétition de phases de jeu qu'on ne vit jamais en match, des tirs au but, des trucs et des machins qu'on fait en Scolaires. En Italie, on ajoute une heure d'entraînement et aucun détail physique ou tactique n'est laissé au hasard. Preud'homme a un schéma de jeu mais il ne suffit pas de travailler cinq minutes le vendredi pour que ça tourne en compétition. Pas de vraie théorie, pas de briefing avec ceux qui ne jouaient pas..."Preud'homme a tout faux"Je vais passer pour le mauvais, je sais. J'aime trop le Standard et ses supporters pour me taire. Je ne mettrai plus un pied à Sclessin mais je croise les doigts pour les supporters et les joueurs qui restent. J'ai dit que Preud'homme était un incapable en tant qu'entraîneur. C'est dur mais je le maintiens. Je l'ai admiré en tant que joueur et en équipe nationale. Il a été un des plus grands joueurs belges de tous les temps, peut-être même le meilleur. Ça, je ne le nierai jamais. C'était un monument en tant que joueur mais il n'en reste rien. Au poste de coach, il a tout faux: tactique, physique, gérer le groupe, maîtrise de ceux qui travaillent avec lui, indépendance par rapport à la direction de son club, etc.Je préférerais prétendre qu'il a été à la hauteur, croyez-moi, mais dans la situation présente, ce serait un mensonge. Je dis ce que j'ai vu et vécu. Le néant. Il a compris que ce n'était pas sa tasse de thé (peut-être pour le moment) en bifurquant vers le poste de directeur sportif. Son crédit auprès des joueurs a vite fondu comme du beurre parce qu'il n'était pas libre du tout par rapport à Luciano D'Onofrio. Et si c'est la même chose à l'avenir, il échouera aussi dans ses nouvelles fonctions. Preud'homme n'a pas de caractère, il est à la remorque de D'Onofrio qui décide et il ressemblait parfois à une poule mouillée. Il devra se heurter à D'Ono pour réussir.C'est grave de dire ça, c'est douloureux pour moi aussi mais c'est ce que j'ai vécu. Il s'est fait bouffer et cela m'a fait mal en regard de son passé. Si quelqu'un ne devrait avoir peur de personne, c'est lui mais il est écrasé par une direction qui a fait mille fois moins que lui pour le foot et qui s'appuye sur sa popularité. C'est lui qui devrait dicter le ton. "On en pisserait de rire en Italie"Je sais. Je ne comprends pas pourquoi il en est arrivé là: c'est Preud'homme quand même, merde, et je sais qu'on ne se parlera peut-être plus jamais. Tant pis.J'aurais pu me taire et basta, c'était plus confortable. Il n'avait rien à me reprocher. J'ai été hyper-pro même quand cela sentait le roussi. S'il veut que son nouvel entraîneur réussisse, il devra en choisir un qui ait la force d'être bien en phase avec le groupe, fort et indépendant par rapport à la direction. Si ce n'est pas le cas, ce sera encore et toujours zéro. Contre Gand, on n'a pas aligné Gonzague Van Dooren car il fallait montrer un joueur susceptible d'être vendu. Qui n'est pas sérieux? Les joueurs ou la direction? J'ai vu quelques joueurs anéantis dans ce climat pourri. J'ai connu Arie Haan et Robert Waseige, entre autres, au Standard et le club avait follement régressé. Les résultats sont là, très mauvais, malgré des éléments comme Walem, Okpara, Van Meir, Spehar, Meyssen, etc. Cinquième avec ça, c'est incroyable. On ne travaille pas assez et j'ai vu des joueurs ne devant même pas prendre une douche après l'entraînement. L'ambiance était chiante avec des conneries tous les jours. Impossible de bien bosser ainsi. Les joueurs doivent acheter les piles des testeurs... Et les échographies dont une partie est remboursée par la mutuelle et l'autre par le Standard qui ne le fait jamais. Quand on doit faire une résonnance magnétique, personne ne veut y aller car ça coûte 250 euros que le club ne remboursera pas malgré ses promesses. C'est de l'amateurisme. On en pisserait de rire en Italie. Je regrette d'avoir accepté ce contrat mais je suis heureux d'avoir revu les supporters du Standard, des amis, Mika, Ali, Gonzague, Johan, Laurent, Jean Bourguignont et le staff médical. J'avais envie de réussir. Ils n'ont pas voulu que je réalise cette ambition."J'ai été stupide de venir"J'ai été stupide de leur faire confiance. Mon manager et ma femme m'avaient prévenu. J'ai renoncé à la maison que je louais à Udine: c'est la preuve que j'y croyais, non? Cela dit, je suis plus fort dans ma tête et j'ai encore un contrat de trois ans à Udine. Je n'étais pas sans club comme Preud'homme l'a dit. Je n'ai pas besoin de sa pitié pour trouver un club, j'en ai un. Si quelqu'un est à plaindre aujourd'hui, c'est lui, pas moi. C'est finalement à moi de lui souhaiter bon courage.Ils craignent que mon genou repète. Ils n'y connaissent que dalle. Un ménisque, c'est rien. Je peux un peu les comprendre mais le Docteur Popovic m'a examiné à fond: je suis bon pour le service. Mes genoux sont impeccables. N'ont-ils donc pas confiance en celui qui chapeautera leur nouveau staff médical? L'option d'achat (moins d'un million d'euros) est-elle chère? Est-ce le salaire? Ils auraient dû le savoir en me proposant le pré-contrat. Si j'avais été éliminé sur ma valeur sportive, je n'aurais rien dit. J'ai été roulé.Je suis à 90% de mes moyens. Je serai super-prêt pour la reprise des entraînements le 10 juillet à Udine. Je rejouerai en Italie et je ferai tout pour retrouver l'équipe nationale. Je bosse chez Lieven Maesschalck pour le moment. Et cela va bien. J'ai toujours bien travaillé, joué en Réserve: Preud'homme a même souligné cet état d'esprit positif. Un jour, j'étais son leader, l'exemple pour les jeunes et, le lendemain, il oubliait tout. Preud'homme et D'Onofrio ont été malhonnêtes avec moi et c'est moi le con car je n'aurais jamais dû accepter un tel contrat. J'ai perdu beaucoup d'argent mais j'ai foncé car c'était le Standard. Je souhaite bonne chance au Standard mais pas à Preud'homme et à Luciano D'Onofrio.Pierre Bilic, ,Dia 1"Preud'homme est une poule mouillée"