Mikael Lustig a joué 276 matches avec le Celtic Glasgow et compte 77 sélections en équipe nationale de Suède - deux formations très physiques - mais il court encore étonnamment vite. C'est la première chose que nous constatons lorsque nous le rencontrons au Wageningsche Berg, l'hôtel où la formation gantoise a pris ses quartiers pendant le stage aux Pays-Bas. Il est sec comme une trique et a la tête solidement ancrée sur les épaules. C'est sur ce Suédois de 32 ans que les Buffalos comptent pour mettre de l'ordre en défense et ils le lui ont dit lorsqu'ils sont allés le chercher gratuitement au Celtic, le mois dernier.
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Mikael Lustig a joué 276 matches avec le Celtic Glasgow et compte 77 sélections en équipe nationale de Suède - deux formations très physiques - mais il court encore étonnamment vite. C'est la première chose que nous constatons lorsque nous le rencontrons au Wageningsche Berg, l'hôtel où la formation gantoise a pris ses quartiers pendant le stage aux Pays-Bas. Il est sec comme une trique et a la tête solidement ancrée sur les épaules. C'est sur ce Suédois de 32 ans que les Buffalos comptent pour mettre de l'ordre en défense et ils le lui ont dit lorsqu'ils sont allés le chercher gratuitement au Celtic, le mois dernier. " J'ai commencé à discuter avec Peter Verbeke ( le directeur sportif du club, ndlr) en avril ", dit Lustig en s'installant à une table qui permet d'admirer le domaine naturel De HogeVeluwe. " Honnêtement, je ne connaissais pas grand-chose du club et je ne m'emballais donc pas (il rit). J'avais d'autres possibilités, je pouvais rentrer en Suède ou aller jouer en Italie mais plus mes recherches avançaient, plus je constatais que Gand correspondait le mieux à mes aspirations. Mon compatriote Erik Johansson, qui a joué à Gand, m'a également dit beaucoup de bien du club. " " Le contrat qu'ils m'ont proposé ( il a signé pour trois ans, ndlr) constituait aussi une preuve qu'ils me voulaient vraiment. Peter Verbeke m'a expliqué concrètement le rôle qui me serait réservé - l'accompagnement des jeunes joueurs constituait un point important - et, à ce stade de ma carrière, ça ne me paraissait pas être une mauvaise chose. J'aime prendre les choses en mains. Ça commence à l'entraînement et ça se poursuit automatiquement en match. Même celui qui ne joue pas doit aider l'équipe. Si on est mécontent, on règle ça en fin de saison. De plus, j'ai pu voir que Gand était une ville superbe, un environnement idéal pour ma famille. En vieillissant, on fait passer le bien-être des siens avant toute chose. " Il ne doit pas être facile de s'intégrer à un nouveau groupe et de découvrir un nouvel environnement quand on a passé huit ans au sein du même club. Mikael Lustig : Ça fait bizarre, en effet. A Glasgow, j'étais comme chez moi. Le groupe était très homogène, plusieurs joueurs étaient là depuis des années, nous étions de vrais amis et nous nous voyions même en dehors du club, ce qui arrive de plus en plus rarement dans le football moderne. A Gand, il y a pas mal de joueurs qui ne sont là que depuis un an ou moins, on ne peut donc pas attendre que ça fonctionne de la même façon. Pourtant, pour obtenir des résultats, il est crucial que nous soyons unis sur le terrain comme en dehors. Vous ne vous en êtes pas caché : il n'a pas été facile de devoir quitter le Celtic. Lustig : En effet. Ce club aura toujours une place énorme dans mon coeur. Mais en football, on n'est pas toujours seul à décider. On m'a proposé de rempiler mais... Allez, je respecte trop ce club pour en dire du mal. J'ai tout donné pendant huit ans, j'attendais un peu plus de respect en retour. Ma famille et mes ex-équipiers savent ce qui s'est passé, c'est le plus important. Je n'ai pas envie de refermer cette porte, je veux pouvoir me sentir bien lorsque je retournerai à Glasgow. Vous avez été deux fois champion avec Rosenborg puis huit fois d'affilée avec le Celtic. On s'habitue au succès ? Lustig : Au Celtic, on sait en entamant la saison qu'on a de fortes chances d'être champion, ça change tout. Mais huit fois de suite, ce n'est quand même pas banal. Chaque année, c'est un peu plus difficile. J'espère de tout coeur qu'ils vont signer la passe de dix. Pour moi, le titre le plus spécial fut celui de la saison dernière car nous avons signé le triplé pour la troisième fois d'affilée, ce qui n'était jamais arrivé en écosse. Mais je ne suis pas collectionneur : le plus important, ce n'étaient pas les trophées mais la reconnaissance des gens. Au Celtic, vous formiez un très bon duo avec Dedryck Boyata. Vous l'avez vu évoluer ? Lustig : Son parcours est bizarre. Dedryck était titulaire indiscutable jusqu'à ce que Ronny Deila reprenne l'équipe et le renvoie dans le noyau B sans la moindre explication. C'était très étrange. A un certain moment, nous avons eu tellement de blessés qu'il est redevenu titulaire. Il a été brillant et n'a plus quitté l'équipe. Pour moi, c'était un des meilleurs joueurs de ces dernières années au Celtic : fort dans le jeu aérien, rapide et solide mentalement. Vous avez également joué avec Virgil van Dijk. Lui aviez-vous prédit un tel avenir ? Lustig : Je ne suis pas surpris. Beaucoup disaient qu'il était bon parce qu'il ne jouait qu'en écosse. Parfois, on aurait dit un homme contre des gamins. Il les dominait aisément, ne perdait aucun duel. Mais on a vu la saison dernière qu'il faisait pareil en Ligue des Champions. Il n'y a donc pas de discussion : c'est la classe mondiale. Quel est le coach du Celtic qui vous a le plus appris ? Lustig : Neil Lennon m'a fait venir à Glasgow. A mes yeux, c'est donc lui le plus important. C'est un chouette type et j'ai encore des contacts avec lui. Sur le plan tactique, le meilleur, c'était Brendan Rodgers : un vrai perfectionniste. Je regrette seulement qu'il soit parti de cette manière : quand on se dit fan du Celtic, on ne quitte pas le club en février. Je n'approuve pas son choix et il le sait. L'entraîneur de Gand, Jess Thorup, est Danois. Est-ce un avantage ? Lustig : Ça ne change rien, je ne le comprends quand même pas (il sourit). Par contre, les Danois comprennent le Suédois. Ma première impression est bonne, ça m'a l'air d'être quelqu'un de très humain. Quand j'ai une question, j'aime qu'on en parle mais c'est le coach qui décide. Et une fois la décision prise, on doit se donner à fond en fonction de celle-ci, même si on ne l'approuve pas. Vous a-t-on engagé pour jouer comme arrière latéral ou comme arrière central ? Lustig : Je peux jouer aux deux places. Plus on vieillit, plus on rentre dans l'axe car un arrière latéral doit parfois faire tout le flanc pendant 90 minutes. Au Celtic, ces deux dernières saisons, j'ai plus souvent joué comme arrière central mais je crois qu'ici, dans un premier temps, je serai aligné à droite. Gand n'a jamais eu beaucoup de chance avec ses Suédois : Jacob Rinne, Erik Johansson, Magnus Eriksen, Emir Kujovic et Eric Smith ont tous eu des difficultés. A quoi cela est-il dû ? Lustig : Peut-être à la mentalité des Suédois, qui font toujours passer les intérêts de l'équipe avant les leurs. Trop, parfois. Du coup, ils ne se mettent pas en évidence. C'étaient pourtant tous des bons joueurs. J'espère vaincre le signe indien. Que savez-vous de la Jupiler Pro League ? Lustig : Que c'est un championnat difficile, avec beaucoup de clubs qui se valent et qui visent une place dans le top 6. Je connais bien Anderlecht pour les avoir affrontés en Ligue des Champions il y a deux ans. Même si j'ai vu que beaucoup de choses ont changé là-bas depuis lors. En tout cas, je me réjouis d'entamer le championnat. Êtes-vous différent dans la vie que sur un terrain de football ? Lustig : Tout à fait. Je ne pense pas que beaucoup d'adversaires diront du bien de moi. Après un match, je suis pas toujours fier de ce que j'ai pu dire sur le terrain. Mais ça fait partie du jeu. Parfois, il m'arrive de m'excuser au coup de sifflet final, ça dépend de la personne qui est en face de moi. Je me lance rarement dans une guerre psychologique mais celui qui me cherche peut s'attendre à me trouver. Pendant 90 minutes, je fais tout pour que mon équipe gagne. Le football déclenche tellement d'émotions, ça se joue en grande partie au mental. Dans quel état d'esprit abordez-vous un duel face à Neymar, Hazard, Ronaldo ou Messi ? Lustig : Je sais que, face à eux, je ne peux pas y arriver tout seul, j'ai besoin de l'aide de mes équipiers. Tout simplement parce qu'ils sont beaucoup plus forts que moi, surtout en un contre un. Ils sont trop rapides. Les mouvements de Ronaldo le rendent difficile à jouer. Il sait parfaitement quand il doit accélérer, surgir devant le but... On regarde le ballon et, soudain, il n'est plus là. C'est son timing qui le rend phénoménal. Vous avez eu des mots avec Neymar. Après Celtic - Barcelone, en Ligue des Champions, vous avez dit qu'à force de se comporter comme une diva, il n'aurait jamais le niveau de Messi. Lustig : Bah, Neymar a son tempérament et j'ai essayé de jouer là-dessus. Si on ne peut l'arrêter que comme ça, il faut le faire. Contre nous, il a pris un carton jaune et a été remplacé mais Barcelone a gagné, je ne dois donc pas faire le malin. Vous avez joué pendant des années avec Zlatan Ibrahimovic. Quel genre d'équipier est-il ? Lustig : Les médias prennent parfois ses déclarations à la lettre et il semble arrogant mais je peux vous dire que je n'ai jamais rencontré un joueur aussi professionnel que lui. On ne le dit pas suffisamment. La façon dont il s'entraîne et soigne son corps fait de lui un exemple pour les autres. Sans cela, il n'aurait pas fait une carrière aussi longue. A 37 ans, il est toujours performant en MLS. Quel souvenir garderez-vous de lui ? Lustig : Rien que la façon dont il utilise son corps sur le terrain est phénoménale. Il contrôle des ballons qui arrivent à deux mètres de lui comme si de rien n'était. Le moment le plus incroyable, c'est évidemment ce match contre l'Angleterre au cours duquel il a inscrit quatre buts, lors de l'inauguration de la Friends Arena de Stockholm. En fait, Zlatan est trop fort pour être suédois. Quand on a une telle star dans son équipe, il faut l'utiliser. Je pense que nous avons parfois trop focalisé sur lui. Ça se faisait automatiquement. A cause de cela, des médians et des attaquants qui l'entouraient n'ont pas eu le crédit qu'ils méritaient. Aujourd'hui, d'autres ont l'occasion de se montrer mais on ne peut pas en vouloir à Zlatan d'avoir été tout simplement plus fort que les autres. Votre épouse, Josefin, est une célébrité en Suède. Lustig : Célébrité, c'est exagéré. Disons qu'elle est très active sur les réseaux sociaux. J'ai l'impression qu'en Belgique, ceux-ci ne sont pas encore très développés. Le compte Instagram de Gand pourrait être bien meilleur. Chaque club devrait y penser : c'est via les réseaux sociaux qu'on touche les fans, surtout les jeunes. Au Celtic, une équipe de cinq personnes était employée à temps plein rien que pour s'occuper de cela. A Gand, ils postent une photo par semaine. C'est dommage. Vous avez un avis sur tout et vous osez l'exprimer. Ça devient rare dans le monde du football. Lustig : Je ferais parfois mieux de me taire mais je suis ouvert, je ne vois pas pourquoi je devrais changer ma façon d'être. Et puis, ça met un peu d'ambiance. Les clubs préfèrent qu'on suive les règles ou qu'on n'aborde pas les sujets délicats. La société suédoise a longtemps été considérée comme exemplaire mais, ces dernières années, il y est beaucoup question de racisme aussi. Ça vous tracasse ? Lustig : C'est un phénomène généralisé : en France, en Angleterre, en Belgique. A chaque élection, l'extrême droite gagne du terrain et ça me fait peur, oui. La Suède doit rester un pays ouvert, nous devons aider tout le monde. Les joueurs de football peuvent montrer l'exemple car nous partageons le vestiaire avec différentes cultures et nous devons atteindre un objectif ensemble. Je trouve très intéressant de pouvoir parler calmement avec des Africains, des musulmans, des gens d'origines très différentes. Noirs, blancs, hétéros ou homos, tout le monde doit pouvoir mener la vie qu'il veut.