Lorsqu'on compulse les statistiques de la Primera División, on distingue invariablement un nom en tête de liste : celui de Lionel Messi (31 ans). Classement des buteurs, des assists, des tirs au but... L'Argentin surprend le monde depuis de longues saisons avec son jeu. Entretien avec l'homme qui se surpasse chaque année.
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Lorsqu'on compulse les statistiques de la Primera División, on distingue invariablement un nom en tête de liste : celui de Lionel Messi (31 ans). Classement des buteurs, des assists, des tirs au but... L'Argentin surprend le monde depuis de longues saisons avec son jeu. Entretien avec l'homme qui se surpasse chaque année. Vous avez remporté votre cinquième Soulier d'Or européen, en terminant meilleur buteur d'Europe en 2017/18. N'êtes-vous jamais saturé par toutes ces récompenses ? LIONEL MESSI : C'est un joli trophée parce qu'il reconnaît le mérite de tout un chacun. C'est un trophée pour le groupe. Tout comme le Trofeo Zamora, qui récompense le meilleur gardien, est également une reconnaissance des mérites de toute l'équipe. Mais je suis heureux d'avoir gagné une nouvelle fois. Cinq Souliers d'Or, cinq Ballons d'Or, et maintenant une cinquième Ligue des Champions ? MESSI : Ce serait bien. Comme nous l'avions dit en début de saison, la Ligue des Champions est spéciale et nous aimerions la remporter une nouvelle fois. Cette saison, l'équipe a déjà disputé des rencontres spectaculaires en Ligue des Champions. La motivation est-elle supérieure pour cette compétition ? MESSI : Nous sommes chaque année très motivés à l'idée de remporter la Ligue des Champions. Elle est unique, spéciale, c'est la plus belle compétition au niveau des clubs. La phase de poules de la Ligue des Champions est terminée. Quelle équipe vous a le plus séduit : la Juventus, Manchester City, le PSG ? MESSI : Je n'ai pas encore vu jouer le PSG parce que nous jouions toujours le même jour. J'ai suivi l'équipe dans le championnat de France, mais c'est quand même différent. La Juventus est très forte, surtout depuis l'arrivée de Cristiano. La Vieille Dame est certainement candidate à la victoire finale. City est une équipe remarquable qui joue bien au football et qui possède de nombreux joueurs de qualité. Le Bayern est toujours présent également. C'est très difficile de sortir une équipe du lot, c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles cette compétition est aussi passionnante. Vos coups francs sont légendaires. Quel est votre secret ? On affirme qu'après l'entraînement, vous restez souvent avec quelques coéquipiers pour encore tirer quelques coups francs et que ces séances font parfois l'objet de paris. MESSI : C'est vrai que nous restons souvent pour nous exercer après l'entraînement. Pas seulement sur les coups francs, mais également sur des tirs en dehors de 16 mètres. De cette manière, on s'habitue à toucher le ballon d'une certaine façon. Ce qui revient à s'exercer. Il n'y a pas si longtemps, vous avez déclaré que vous devriez progresser dans le botter des penaltys. Comment allez-vous faire ? En regardant des images de gardiens ? MESSI : En s'entraînant et en regardant. Aujourd'hui, tout est étudié et analysé. Rien n'est laissé au hasard. Pour les autres, comme pour moi. Lorsque vous tirez un coup franc, vous n'avez qu'à vous emparer du ballon pour savoir que celui-ci atterrira dans les filets. Y a-t-il tellement des différences avec les penaltys ? MESSI : C'est différent. Sur les coups francs, il y a un mur, une distance, c'est un autre type d'exercice... Il n'existe pas, non plus, cette pression de devoir marquer à tout prix. Si vous ratez, personne ne vous le reprochera. Lors d'un penalty, on a beaucoup plus à perdre. Le gardien le ressent également. S'il laisse passer le ballon, c'est normal. Celui qui tire le penalty est davantage obligé de marquer que le gardien d'arrêter son envoi. Il y a quelques années, on disait du FC Barcelone que l'équipe battait plus de records défensifs qu'offensifs. Vous aviez alors déclaré qu'avec le départ de Neymar, l'équipe était mieux armée dans l'entrejeu et qu'il y avait plus de discipline. Comment expliquez-vous que vous encaissiez autant de buts cette saison ? MESSI : Cette saison, nous sommes revenus à un 4-3-3. Lors des campagnes précédentes, nous jouions avec deux lignes de quatre joueurs entre lesquelles il y avait peu d'espace. C'était alors plus difficile de marquer contre nous. Aujourd'hui, avec le 4-3-3, nous avons plus de possession et nous jouons mieux au football, mais nous sommes plus exposés aux contres. En contre-attaque, nos adversaires trouvent désormais les trous qui n'existaient pas la saison dernière. Mais nous nous sentons à l'aise avec le ballon dans l'équipe et en exerçant un pressing haut en perte de balle. Nous l'avons toujours fait. Lors des derniers matches, nous avons corrigé certaines choses en défense et j'espère que nous progresserons dans ce domaine. Vous avez toujours défendu le modèle de formation de Barcelone. Aujourd'hui, on voit que des garçons comme Carles Aleñá, Juan Miranda et Riqui Puig reçoivent du temps de jeu. Ces joueurs vous surprennent-ils ? MESSI : Au début ils m'ont surpris, oui, mais maintenant cela fait un moment que nous nous entraînons ensemble. Le club a bien fait de les faire monter dans le noyau A. Chez nous, ils progressent plus vite et c'est bien que des produits du cru montrent à nouveau le bout du nez, car il y avait un moment que ce n'était plus arrivé. Il est important, pour la cantera et pour le club, de retourner à cette philosophie. Pensez-vous qu'il soit possible de revoir, un jour, onze joueurs issus du centre de formation dans l'équipe de base du Barça ? C'est arrivé un jour à l'époque de Tito Vilanova. MESSI : C'est très compliqué, aujourd'hui. Mais il est important de miser sur des joueurs qui ont suivi cette formation et de leur donner une chance. Afin qu'ils voient que la porte de l'équipe Première leur est ouverte. Il faudra du temps, mais peut-être qu'un jour, nous rejouerons encore avec onze joueurs de la maison. Nous avons un centre de formation fantastique. Sergio Busquets a déclaré récemment que les jeunes d'aujourd'hui étaient plus pressés d'arriver au sommet et qu'ils sont trop influencés par les 'stupidités', comme il disait, sur les réseaux sociaux. Êtes-vous d'accord ? MESSI : Nous venons d'une autre époque. Aujourd'hui, la situation est différente et nous devons nous adapter. Il est vrai que les jeunes d'aujourd'hui sont très sollicités. Ce n'est pas facile de prendre une décision lorsque l'on vous propose non seulement plus d'argent, mais également de meilleures perspectives sportives. Je l'avais constaté également : les joueurs qui éprouvent des difficultés à atteindre l'équipe Première, reçoivent cette chance ailleurs, où on leur offre également plus d'argent. C'est tentant. Dès lors, c'est positif lorsque les bons joueurs du centre de formation ne quittent pas le club, qu'ils reçoivent une chance ici et que tout le monde se retrouve à la place qu'il mérite. Jordi Alba n'a pas de vrai concurrent dans le noyau, Samuel Umtiti souffre toujours du genou, Rafinha est indisponible pour le restant de la saison... Le noyau de Barcelone pourrait se révéler trop étroit cette saison. Pensez-vous que l'équipe devrait se renforcer en janvier pour atteindre ses objectifs ? MESSI : C'est une question qu'il faut poser à l'entraîneur et aux dirigeants du club. Personnellement, je trouve que nous avons une équipe formidable. Avec les garçons de la cantera en plus, nous sommes parés. Andrés Iniesta vous manque-t-il ? MESSI : Bien sûr, tant sur le terrain qu'en dehors. Nous avons joué tellement d'années ensemble. Les entraînements, les matches... Bien sûr, qu'il a laissé un vide. Cette année, la Liga est plus indécise que jamais. C'est, parmi les grands championnats européens, celui où il y a le plus de concurrence. Est-ce un nivellement par le haut, avec les progrès des petites équipes, ou plutôt par le bas, avec les grands clubs qui seraient moins compétitifs ? MESSI : Aujourd'hui, tout le monde peut battre tout le monde. À domicile, surtout, nous avons déjà perdu beaucoup de points. Cela n'arrivait pas les autres années. Est-ce une bonne chose qu'il y ait davantage de suspense, même si cela implique plus de matches compliqués pour les trois grands - le Barça, le Real et l'Atlético ? MESSI : On dit souvent que la Liga se résume aux trois grands, mais en fait, dans les autres championnats, on trouve aussi régulièrement deux ou trois équipes qui dominent, alors que les autres donnent l'impression de jouer une autre compétition. Mais c'est bien, pour la Primera División et pour les supporters, que nous luttions tous pour le titre et pour les places européennes, et que les autres équipes soient difficiles à battre. Vous n'avez terminé que cinquième au référendum du Ballon d'Or. Êtes-vous surpris ? MESSI : Honnêtement, je n'y accorde pas trop d'importance, même si c'est un trophée prestigieux. Je savais que je ne gagnerais pas cette saison. Alors, que je sois troisième, quatrième ou cinquième, peu importe. Je n'attendais rien, je n'ai donc pas été surpris. Le Real Madrid éprouve des difficultés sans Cristiano Ronaldo. Vous y attendiez-vous ? MESSI : En début de saison, j'avais déclaré que le Real Madrid était un très grand club, parmi les meilleurs du monde, et possédait suffisamment de bons joueurs, mais un joueur comme Cristiano manquerait dans toutes les équipes. Il inscrit énormément de buts chaque saison et il propose encore bien davantage sur le terrain. Je ne suis pas surpris qu'il manque au Real Madrid, mais cela n'empêche pas ce club de rester l'un des meilleurs du monde. Et les duels épiques qui vous opposaient tous les deux, pour le titre, les trophées individuels et les records : vous manquent-ils aussi ? MESSI : L'époque où nous jouions tous les deux dans le même championnat était très belle. Cristiano était un grand joueur et ces duels étaient passionnants, mas je vois toujours les choses de la même manière je veux gagner des trophées avec mon équipe, qu'il soit là ou pas. Étiez-vous conscient que cette rivalité était un phénomène que nous ne reverrons peut-être plus jamais ? MESSI : Je ne sais pas si j'en étais conscient. C'était une rivalité très saine, qui nous stimulait tous les deux pour être meilleur que l'autre et qui nous obligeait à donner le meilleur de nous-mêmes. Je pense que c'était aussi une bonne chose pour les spectateurs. Dans une interview, Cristiano vous a invité, un jour, à venir tâter du championnat italien. Cela vous attire-t-il ? MESSI : Je n'ai pas besoin de changer, je joue dans la meilleure équipe du monde. Chaque année, je me fixe de nouveaux objectifs. Je n'ai pas besoin d'une autre équipe ou d'un autre championnat pour cela. Je suis ici chez moi, dans le meilleur club du monde. On parle aussi beaucoup d'un retour possible de Neymar au FC Barcelone. Pensez-vous que cela soit possible ? MESSI : Ce sera compliqué. Nous aimerions qu'il revienne pour ce qu'il a représenté, tant comme joueur que dans le vestiaire. Nous sommes amis, nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Mais je pense que ce sera très difficile pour lui, ne fût-ce que de quitter le PSG. Le club ne le laissera pas partir. Vous avez aujourd'hui 31 ans. Le football reste-t-il votre priorité ou accordez-vous plus d'importance à votre famille ? MESSI : À partir du moment où j'ai eu mes enfants, la famille a toujours été ma priorité. C'est le plus important. J'aime le football, bien sûr, j'en suis fou et je vis pour ce sport, mais la famille passe avant tout. Vos trois fils vous suffisent-ils ou aimeriez-vous y ajouter une fille ? MESSI : Ciro vient à peine de commencer à marcher. Antonella et moi aimerions bien avoir une fille, nous verrons. Il est encore très tôt pour parler de cela. Dans un petit film amusant, on pouvait voir vos enfants danser. On vous voyait aussi en train de danser la cumbia à votre fête de mariage. Les Messi sont-ils de bons danseurs ? MESSI : Mateo ressemble plus à ma femme sous cet aspect-là, Thiago plus à moi. Il est plus introverti et plus timide. Mateo a déjà un sacré caractère, il aime la musique et la danse, comme sa mère. On vous a déjà vu plusieurs fois avec Thiago au Camp Nou. Vous l'avez aussi emmené à la finale de la Copa Libertadores à Bernabéu. Quelles questions vous pose-t-il ? MESSI : Mateo et Thiago aiment tous les deux le football, mais Thiago le comprend déjà mieux parce qu'il est plus âgé. Il donne des commentaires sur le match, sur le jeu, sur ce qu'il voit. Il s'y intéresse vraiment. Est-il très exigeant envers son papa ? MESSI : Oui, oui... J'ai déjà reçu quelques critiques ( il rit). Il suit Barcelone, le championnat d'Espagne, la Ligue des Champions. Il me pose des questions et lorsque les résultats ne sont pas bons, il n'hésite pas à le dire. Pendant la trêve hivernale, vous étiez en vacances en Argentine. Comment avez-vous passé les fêtes ? MESSI : Nous essayons toujours de passer la semaine de Noël en Argentine. Nous nous réunissons avec toute la famille. Et, avec les enfants, on profite beaucoup plus du Père Noël et des cadeaux. Que feriez-vous si un ange tombait du ciel et vous disait que votre fils deviendra le meilleur footballeur de l'histoire, mais qu'il devra pour cela jouer au Real Madrid ? MESSI : J'ignore ce que Thiago fera à l'avenir, il n'est encore qu'un petit garçon. J'aimerais seulement qu'il fasse ce qu'il aime et qu'il trouve son chemin. Qu'il devienne footballeur ou pas, peu importe. Je veux qu'il soit heureux dans ce qu'il fait.