J'ai pris énormément de plaisir à lire le Sport/Foot Magazine du 10 septembre et j'ai dévoré le courrier des lecteurs, en particulier celui de Monsieur Didier Leisten, de Doische, grand littérateur devant l'éternel, juge suprême de l'ironie, glorieux hussard de l'humour, justicier supérieur de l'ordre footballistique, héros sans doute de l'actualité, auteur audacieux de mots d'esprit qui font se gausser ses amis û pas les ouvriers, bien entendu û et certainement fier de constater qu'il sera la vedette d'un article.
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J'ai pris énormément de plaisir à lire le Sport/Foot Magazine du 10 septembre et j'ai dévoré le courrier des lecteurs, en particulier celui de Monsieur Didier Leisten, de Doische, grand littérateur devant l'éternel, juge suprême de l'ironie, glorieux hussard de l'humour, justicier supérieur de l'ordre footballistique, héros sans doute de l'actualité, auteur audacieux de mots d'esprit qui font se gausser ses amis û pas les ouvriers, bien entendu û et certainement fier de constater qu'il sera la vedette d'un article. Ainsi ai-je eu l'honneur de figurer dans cette coterie, quelquefois sulfureuse, pas bien méchante, et qui exprime tous les sentiments distingués ou les pires reproches, ou encore les grands malheurs des acteurs du samedi soir. Devant cette illustre prose, à quelques heures de Lierse-Lokeren, je ne puis que m'incliner, je reconnais le mérite de l'audace à rendre publiques ces profondes affirmations, dont la véracité n'est plus à démontrer, en bord de Meuse ou ailleurs. Vous n'imaginez pas à quel point il est jouissif en effet de pouvoir enfin sortir des non-dits, qui sont tellement pathogènes qu'ils pourraient stresser même une pierre gelée. C'est vous dire avec quelle délectation littéraire j'ai pris connaissance de l'intérêt que me porte mon courageux correspondant, dont le talent dévoilé au grand jour mérite mieux qu'un paragraphe dans le Foot Mag. L'alphabet, si je ne me trompe, compte 26 lettres. Pour être Prix Nobel, il suffit de bien les mélanger. Pourquoi donc ce nouvel ami se limite-t-il à ma personne, alors qu'il aurait sûrement mieux à faire que de prouver aux lecteurs que j'existe vraiment, en chair, en os, et... en esprit ? Je pourrais éventuellement l'aider pour la concordance des temps, les participes passés, l'utilisation du subjonctif, les sophismes, les palindromes, les épenthèses, les palimpsestes, les métaphores, les superlatifs qui font mouche, mais surtout lui apprendre toutes les ficelles du sport que je pratique. C'est toujours avec le même plaisir que je lis malicieusement ce type d'écrits élégants qui me rassurent tout en m'inquiétant. Effectivement, après la brillante victoire du Standard contre le Lierse, référencée par l'auteur, et celle contre Genk la semaine dernière, un ami me signifie que mes infos étaient fausses, que c'était Genk le vainqueur... Décidément, ma mémoire me fait parfois défaut, comme la raison à certains moments, dans le feu de l'action... Mais je comprends tellement bien, après 20 longues années d'impuissance manifeste, que cette frustration dont vous parliez si bien, Monsieur, vous fasse transpirer d'éloquence. Sans doute vais-je écoper à nouveau des délicieux " Crasson tu pues " qui résonnent dans la vallée de la Meuse, et dont je me réjouis par avance. En effet, passer une après-midi colorée en compagnie de supporters gentlemen fait partie désormais des classiques de ma saison, au même titre que certains d'entre vous se réjouissent à l'approche du festival de Dour, des Nuits du Bota ou du festival du film fantastique. Une réflexion encore. Combien de Wallons û dont je fais partie û peuvent fièrement arborer six titres de champion de Belgique, deux Coupes de Belgique, détenir le record de matches européens avec Anderlecht ou encore posséder dans l'armoire de leurs souvenirs certains moments parmi les plus beaux ? Mais je vous adore, Monsieur Leisten, vous vous êtes pris au jeu de manière douée et sympathique, c'est ce qui fait encore et toujours le charme de la controverse d'après match. Il est toujours plaisant de savoir qu'on n'est pas passé inaperçu et que les mots entendus à la télévision ne sont que l'illustration paradoxale du proverbe " Verba volant, scripta manent ". Ce n'est pas du wallon, tel que le parlent encore mes parents, mais l'occasion de vous dire que j'ai bien de la peine à vous répéter les mots de César à Brutus, son fils, avant que celui-ci ne l'assassine : " Tu quoque, fili ". " Sans doute vais-je écoper à nouveau de délicieux -Crasson tu pues "