La Commanderie, centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille, à une quinzaine de kilomètres du coeur de la cité phocéenne. Michy Batshuayi y débarque au volant de sa Batsmobile en ce milieu d'après-midi. Décontracté et tout sourire. Un par un, il salue la grappe de journalistes locaux qui s'apprêtent à entrer en salle de presse. Le contraste est grand avec le Michy souvent méfiant qu'on a pu connaître au Standard. Alors que Marseille traverse une période de crise, le néo-Diable échappe à toute critique et est même devenu le chouchou du bouillant vélodrome. Les minots, eux, s'identifient à un personnage qui leur ressemble et l'agrippent à la moindre de ses sorties. Pendant près d'une heure, Michy s'explique sur ce qui ressemble à une vraie métamorphose, de Badshuayi à Batsman.
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La Commanderie, centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille, à une quinzaine de kilomètres du coeur de la cité phocéenne. Michy Batshuayi y débarque au volant de sa Batsmobile en ce milieu d'après-midi. Décontracté et tout sourire. Un par un, il salue la grappe de journalistes locaux qui s'apprêtent à entrer en salle de presse. Le contraste est grand avec le Michy souvent méfiant qu'on a pu connaître au Standard. Alors que Marseille traverse une période de crise, le néo-Diable échappe à toute critique et est même devenu le chouchou du bouillant vélodrome. Les minots, eux, s'identifient à un personnage qui leur ressemble et l'agrippent à la moindre de ses sorties. Pendant près d'une heure, Michy s'explique sur ce qui ressemble à une vraie métamorphose, de Badshuayi à Batsman. Quand je suis arrivé, on m'a dit que j'étais en mode observation, que je devais d'abord m'habituer au pays, à ce club. Mais je me suis rapidement fixé des objectifs. Oui, je suis très ambitieux. Mes coéquipiers m'ont souvent fait remarquer que je ne devais pas brûler les étapes, même si à ce niveau, il faut avoir l'ambition de placer la barre haut. J'ai senti que les regards ont très vite changé. Après, il est évident que quand tu arrives de Belgique, les Français se disent que tu vas devoir évoluer progressivement. Mais j'ai su rapidement saisir ma chance en préparation. Mes équipiers ont été surpris mais surtout très contents que je m'adapte aussi vite. Même si devant moi, il y avait André-Pierre Gignac qui était également très en forme en début du championnat. J'ai essayé de prendre mes marques le plus vite possible. Je suis quand même tombé dans un club excitant, j'avais envie de me montrer. Surtout que chez moi, dès que le challenge est plus important, ça m'excite, j'ai envie de voir si j'ai le niveau. Là où je me suis un peu trompé, - on peut mettre ça sur le compte de la jeunesse,- c'est d'avoir cru que si je marquais contre Benfica en préparation, ça allait rouler tout seul en championnat face à des clubs du type Bastia. Sauf que ça n'a rien à voir, que c'est un autre monde, la compétition, la Ligue 1 et les matches amicaux. T'as pas tort. J'ai rapidement pris mes marques et j'adore ce club. Il me va bien. Quand je ne jouais pas, on m'appelait pour me dire de revenir en Belgique. On a tendance, chez nous, à vouloir nous faire attraper la grosse tête en te faisant croire que tu peux aller jouer en Angleterre et que tu vas prendre la place de tel ou tel joueur. C'est pas toujours facile de garder les pieds sur terre dans ces conditions. Les gens qui tournent autour du foot nous mettent de mauvaises choses dans la tête. Et tu finis par croire ce qu'ils te racontent. Heureusement, j'ai eu la chance en fin de saison dernière d'être enfin encadré par un agent sérieux (ndlr, Meissa N'diaye). Parmi les clubs qui étaient intéressés, je pense avoir fait le bon choix en signant à l'OM, surtout que personne ne s'y attendait. Je ne voulais pas croire mon agent. Marseille, pour les jeunes, c'est quand même immense, c'est un club emblématique. Et puis, c'est en France, je n'allais pas rencontrer de problème de langue. Mon agent m'a rassuré en me disant que c'est le coach qui me voulait après avoir vu plusieurs vidéos de moi. Oui. Bielsa, c'est quand même pas n'importe qui comme coach. Quand je suis arrivé, il m'a décrit en quelques mots, il m'a dit qu'il appréciait mon jeu car j'étais puissant, rapide et technique et que ce qui l'impressionnait le plus chez moi, c'est ma faculté à me retourner pour me retrouver face au but. Et c'est vrai que j'aime ça, aller droit au but. C'est pour ça notamment que je prenais souvent la tête avec William Vainqueur car il aimait bien temporiser quand on menait 2-0 alors que je n'avais qu'une seule envie, c'était de marquer le 3e. Et donc je décrochais souvent en lui faisant croire que j'allais jouer avec lui calmement au milieu... et je prenais la balle pour filer vers le but (il rit). J'aime bien toucher le ballon, c'est vrai, mais je me rends compte que ce n'est pas bon de descendre trop bas car s'il y a un centre qui part, je dois sprinter pour me retrouver dans le rectangle. Et si je n'y suis pas à temps, je suis mort. Oui ou alors de décrocher à droite ou à gauche du défenseur. Mais pas à la hauteur du milieu défensif... En fait, ce club, ses supporters me font vraiment penser au Standard sauf qu'ici tout est deux fois plus important. Tu sens que le club a une grosse histoire. Quand j'étais sur le banc, je regardais souvent les tribunes, l'ambiance, j'étais vraiment impressionné. On s'aperçoit très vite qu'on n'a pas mis les pieds n'importe où. Non, j'étais comme un enfant, tout excité. Et ce premier but à domicile face à Bordeaux est un moment que je n'oublierai jamais. Je sens que les supporters m'aiment beaucoup. Même une légende comme Jean-Pierre Papin m'a félicité. Là, je me suis dit : waouw (!), il se passe quelque chose. C'est vrai que les supporters sont parfois durs avec certains. Je pense que j'échappe aux critiques car je suis jeune et que c'est ma première année au club. On voit aussi que je me bouge quand je monte au jeu, que je mouille le maillot. Je n'aime pas trop parler de ça car ce fut une mauvaise expérience, je préfère retenir les bons moments dans ce club. J'ai pu agacer certains supporters, je faisais des mauvais choix quand j'arrivais dans les derniers mètres, on va dire que j'étais aussi trop perso. Je voulais ce titre de meilleur buteur et cet objectif m'est monté un peu trop à la tête. Ces mauvais choix, je ne dois plus les refaire, surtout ici, sinon je me fais tuer (il rit). Je pense que mon gros problème l'an dernier, c'est que j'étais un peu trop seul. On n'arrêtait pas de me sonner pour me proposer des clubs alors que deux-trois heures après, j'avais match. Pas vraiment l'idéal. On me disait de ne pas répondre à ces agents mais comme ils me harcelaient, ça devenait difficile. J'avais aussi des équipiers qui me disaient que leur agent allait m'appeler, pire il y avait même des joueurs qui voulaient faire mon transfert. Ça partait vraiment en sucette. Comment veux-tu être concentré dans de telles circonstances ? Bien sûr. Obligé. Dès que mon petit frère monte sur le terrain, je suis pour lui. Mais s'il ne joue pas, je suis Rouche, sûr et certain. Il n'en a jamais été question. Ma volonté était de décrocher le titre avec le Standard. Le coach Luzon m'a dit que la volonté d'Anderlecht était de me déstabiliser car l'an dernier, on faisait peur à pas mal de monde. Oui, beaucoup. C'est peut-être parce que je suis simple. Et je pense que je le resterai toujours car je garde le même entourage qu'à mes débuts. Si je ne change pas d'amis, d'entourage, je pense que ça se passera bien pour moi. J'ai aussi été jeune (sic) et fan de foot. J'ai une fois essayé d'envoyer un message à un joueur quand j'étais petit mais il ne m'a jamais répondu. Alors quand je vois des jeunes qui m'envoient des messages sympas, j'essaie d'y répondre car je sais que ça leur fera plaisir. Et puis parfois, j'apprends aussi des gestes quand je surfe sur twitter ou instagram. Je suis une personne comme tout le monde. Oui, mais moins qu'avant. Mais je dois garder ces prises de balle de la rue, c'est aussi une force dans mon jeu. J'ai pas envie de grandir trop vite même s'il faut être sérieux sur le terrain. Je continue à aimer les jeux, les défis. Oui, quand je n'arrive pas à dormir, j'aime bien me mater un dessin animé et c'est souvent " Bob l'éponge ". C'est un peu moi. Si, mais j'aime bien être unique. Je préfère avoir un sac à dos Bob l'éponge que du Gucci ou du Louis Vuiton sur le dos. Je leur dis à mes équipiers que je suis quelqu'un simple et que petit, je n'avais pas beaucoup d'argent. Et puis, il est beau le sac et je sais surtout que personne n'osera le mettre. Comme ces chaussures roses. Je suis quelqu'un qui a du caractère et j'aime bien qu'on me rentre dedans. Je suis dur parce que mon père a été dur avec moi. Et si tu vois tous mes amis, ce sont tous des caractères forts. Ça veut pas dire qu'on peut pas être cool. Mais je n'aime pas les gens qui sont mous, les suiveurs. C'est pour ça que petit, je traînais beaucoup avec les plus grands car je savais que j'allais apprendre plus vite. Je suis quelqu'un de fidèle. Et je suis pas faux. C'est pour ça que j'aime beaucoup André-Pierre Gignac. C'est quelqu'un de vrai, s'il doit t'insulter, il n'hésitera pas. Si t'es nul, mal réveillé et que tu t'entraînes comme une merde, il va te le dire devant toi. J'apprécie les gens comme lui. Oui. Pour lui, c'est sa dernière année à Marseille. Et il m'a fait savoir que j'étais le futur de l'OM. Il me conseille beaucoup. Il est très fort dans le pressing sur le défenseur, dans son jeu de tête et ses frappes sont phénoménales. Et puis, lui, c'est une touche de balle devant le but. Quand je fais cinq touches de balle et que je finis par marquer, il me chambre, il me dit : t'es pas en Belgique ici, en Ligue 1 t'as pas le temps. Et il a raison. Tout le monde me dit qu'il faut aller plus vite. Je trouve qu'on exagère. C'est un peu tôt après une saison. Quand on me parle de ça, je le prends comme une blague. Comme je l'ai dit, on n'a pas la grosse tête de nature, ce sont les autres qui te font attraper le melon. Si on m'avait fait cette comparaison il y a un an ou deux, je sais que ça m'aurait travaillé. Désormais mon objectif, c'est d'atteindre un jour son niveau mais aujourd'hui, je suis loin du compte. Ils m'ont fait venir aussi pour ça, afin de faire une plus-value, c'est normal. Il a l'ambition de me revendre cher et moi de grandir dans ma carrière, c'est juste du football. Parfois il m'envoie des messages pour me dire : qu'est-ce que vous foutez ? après un mauvais résultat. Si, évidemment, mais on verra ce qui va se passer. PAR THOMAS BRICMONT À MARSEILLE - PHOTOS : BELGAIMAGE/ KETELS" Je préfère avoir un sac à dos Bob l'éponge que du Gucci ou du Louis Vuitton sur le dos. " " Quand on me compare à Drogba, je le prends comme une blague. " " L'année passée, au Standard, on n'arrêtait pas de me sonner pour me proposer des clubs deux-trois heures avant un match. "