-Allô Dante ? On peut se voir cette semaine pour une interview ?"
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-Allô Dante ? On peut se voir cette semaine pour une interview ?" - Pas la peine : je vais être viré... Son Sporting traîne la jambe mais Dante Brogno conserve le sens de l'humour. " Limogeage à Charleroi " : l'expression est apparue pour la première fois dans la presse après la défaite sur le terrain de Beveren, il y a dix jours. Logique : on est entré en pleine période de premiers C4, et les Zèbres, avec quatre petits points en huit matches, vont mal. Pourtant, Brogno n'envisage pas du tout une mise à l'écart. Il sait que l'actif de son équipe ne devrait û théoriquement û pas grossir dans les prochains jours mais n'est pas plus inquiet pour autant. Ce week-end, c'est en effet Anderlecht qui débarque au Mambourg et on ne s'attend pas vraiment à ce que les Mauves y subissent leur premier revers de la saison en championnat. " Evidemment, nous devrons y croire ", lance Brogno. " Si Heusden-Zolder a mené 2-1 contre Anderlecht, pourquoi pas nous ? On fera les comptes après une heure et demie de jeu. Mais bon, je dois avant tout rester réaliste : ce n'est pas contre une équipe pareille que nous devons espérer notre première victoire ". Dante Brogno : Non, absolument pas. Je sors d'une réunion avec Abbas Bayat et il n'a pas du tout été question de fin de collaboration durant notre discussion. Il n'y a pas d'ultimatum sur la tête de l'entraîneur de Charleroi. Je vais peut-être vous étonner, mais je trouve que, depuis le début de la saison, presque tout est positif dans notre jeu. Sauf les résultats... S'il n'y avait pas de construction, si nous n'avions pas de vraies occasions de but, si nous prenions chaque semaine des casquettes, je serais inquiet. Mais ce n'est pas du tout le cas. Pour moi, le problème du Sporting n'est pas profond. En plus, je ne constate aucun renoncement, aucun écoeurement dans le noyau. J'en suis certain. Croyez-moi : le fil n'est pas déconnecté. L'ambiance reste excellente, et c'est même quelque part étonnant, vu les résultats. Tout le monde est bien décidé à se serrer les coudes. Nous avons commencé la saison en équipe et j'espère que nous la finirons soudés. Au niveau de la solidarité, je n'ai rien à reprocher à mes joueurs. Je sais. Et je ne vais pas essayer de faire croire n'importe quoi au grand public : c'est devant que le bât blesse. Mon gros problème, c'est que j'ai vite perdu Adekanmi Olufade. Avec trois blessures et une exclusion, il n'a pas encore pu nous apporter grand-chose. C'est la poisse. Et c'est sans doute dû au fait, aussi, qu'il n'ait pas beaucoup joué pendant deux ans. Il faut qu'il revienne le plus vite possible à son meilleur niveau parce que c'est l'attaquant par excellence qui peut apporter plus de profondeur dans notre jeu. Idem pour Abdelmajid Oulmers, lui aussi blessé. Avec ces deux-là à 100 %, tout ira mieux, j'en mets ma main à couper. (Il hésite). Je répète que je serais inquiet si nous n'avions pas d'occasions. Peut-être, mais je garde confiance. Je travaille avec mon groupe et j'essaye d'en tirer le maximum. Il est encore trop tôt pour juger Traoré parce qu'il vient d'arriver. Gilson, c'était un coup de poker. Et Di Gregorio a encore tout à prouver en D1. Le club a pu le vendre, c'est la vie. Il faut positiver. On ne peut pas encore tirer de conclusions concernant Olufade et Oulmers, puisqu'ils sont blessés. Loris Reina est un excellent défenseur, on ne peut rien lui reprocher jusqu'à présent. Et Sébastien Chabaud a aussi de grandes qualités, dont une frappe superbe. Le problème, c'est qu'il ne parvient pas à se mettre en position de tir. Peut-être. C'est sans doute le prix à payer quand on aligne une des équipes les plus jeunes du championnat. Cela peut coûter cher dans les moments chauds. On ne peut en tout cas pas nous reprocher de nous replier dans notre camp en fin de match pour assurer un résultat. Dans les trois rencontres que vous citez, nous avons eu des occasions jusque dans les dernières secondes. Il fallait encore bien que ça nous tombe dessus ! Traoré a pu rejouer dès la semaine suivante, à Beveren, mais sur une jambe. Enfin bon, ce n'est pas le premier footballeur qui se blesse comme ça : j'en ai déjà vu à la télé (il rit)... Comparable ? Je ne suis pas d'accord. L'équipe de Delangre avait trois points après huit matches et il a sauté après avoir pris seulement quatre points sur 33. Et analysez notre goal-average par rapport à celui de l'année dernière après huit matches : 2-7 aujourd'hui, 7-20 il y a un an. La saison passée, le Sporting a encaissé deux buts par match en moyenne. Aujourd'hui, il n'en prend même plus un par match. Cela veut dire que nous avons très, très bien travaillé au niveau défensif. ... (il coupe). Delangre avait été vexé, je sais. Je ne veux plus revenir là-dessus. Chaque coach a sa propre façon de travailler. Aujourd'hui, je peux en tout cas dire qu'il n'y a aucun problème de discipline dans le groupe. Je sais, et ça me fait peur (il rit). A nous d'inverser la tendance. Je vais peut-être prendre une bonne claque dans la figure, mais je ne tendrai pas la joue. Je me suis accordé trois jours de réflexion quand on m'a proposé de devenir entraîneur du Sporting. Tous mes proches me conseillaient de refuser. Mon but, c'était de me faire les dents comme adjoint pendant quatre ou cinq ans. Tout est allé plus vite que prévu. Je me suis lancé dans la bagarre, et aujourd'hui, j'assume. Je me souviens par exemple de la période Heylens, qui n'avait pas été euphorique du tout. C'était en 1991-1992. Nous nous étions complètement plantés en début de championnat et nous avions été éliminés au premier tour de la Coupe de Belgique par l'Olympic. Mais tout s'était bien terminé. Comme d'habitude. Des départs manqués, j'en ai vécu pas mal, mais nous nous sommes toujours accrochés et le club n'est jamais descendu. Il faut poursuivre la tradition, cette saison. Non. Avec certains nouveaux coaches, la situation s'est encore plus corsée. En général, quand un nouvel entraîneur débarque, l'équipe se redresse pendant quelques semaines parce que chaque joueur veut lui prouver qu'il mérite sa place. Mais le naturel revient vite. Ici, pour le moment, le naturel est bon, il n'est pas nécessaire de corriger quoi que ce soit dans la mentalité des joueurs. Il faut seulement que notre attaque se mette au niveau du reste de l'équipe. On fera le point en décembre, et si c'est indispensable, nous nous renforcerons à ce moment-là. C'est facile de critiquer quand on ne sait pas ce qui se passe dans les clubs. Il m'a reproché d'adapter mon système à l'adversaire, de le modifier d'une semaine à l'autre. Ah bon ? J'ai quand même toujours imposé le 4-5-1. Ça le dérange que je n'aligne qu'un seul véritable attaquant ? Désolé, je n'ai pas 1.000 solutions dans mon noyau. Un coach choisit un système de jeu en fonction des joueurs qu'il a à sa disposition. Et, de toute façon, je n'ai pas de comptes à rendre à Georges Heylens. Il n'a pas vu le même match que moi. Herman Helleputte m'a avoué que Beveren était très bien payé avec ces trois points. Pour moi, ce commentaire-là a plus de valeur que celui de Georges Heylens. Une semaine plus tôt, Jacky Mathijssen m'a dit qu'il n'y avait eu qu'une seule équipe sur le terrain : Charleroi. Et que, pour St-Trond, c'était un point tombé du ciel. Heureusement, il y a des gens du métier, des entraîneurs de D1 nationale qui voient que nous valons plus que notre classement actuel. Evidemment, je préfère retenir notre déplacement à Genk, où nous méritions de mener 0-2 après une demi-heure, plutôt que des matches où nous avons eu besoin de coups francs et de corners pour nous retrouver dans le rectangle. Pourquoi ces deux visages, d'une semaine à l'autre ? C'est l'un des mystères du football. Pourquoi Gand et Mouscron ont-ils été incroyablement mauvais quand ils se sont affrontés récemment, alors qu'ils étaient dans une bonne période ? Pendant mes 15 saisons en D1, il m'est souvent arrivé de me demander, en rentrant au vestiaire, comment j'avais pu être aussi médiocre. Je n'ai jamais trouvé de réponse, mais la semaine suivante, j'avais retrouvé toutes mes sensations. Et vous croyez que le Sporting va rester éternellement scotché aux dernières places ? Non, ce n'est pas mon avis. De toute façon, nous n'allons pas perdre notre temps à regarder dans l'assiette des autres clubs. Nous nous sauverons par nous-mêmes. Avec un effectif au complet, Charleroi remontera la pente sans problème. Il y a encore 78 points à prendre. Si chacun, dans le club, prend encore un peu plus ses responsabilités, tout ira bien. Que tout le monde doit tirer à la même corde : les joueurs, le staff et la direction. Chacun doit donner 5 ou 10 % d'énergie en plus. Comme on a su le faire au deuxième tour, la saison passée. Quand ça va mal, c'est plus facile de se désunir que de s'unir. Il ne faut surtout pas tomber dans ce piège-là. Avec ce club, j'ai connu beaucoup de moments difficiles, comme joueur. La solution est toujours passée par la solidarité. C'est trop. Beaucoup trop. Ces cartes s'expliquent surtout par une certaine frustration, pas par un retard systématique par rapport aux adversaires directs de mes médians ou défenseurs. Je peux comprendre cet état d'esprit, mais il est clair que mes hommes doivent apprendre à mieux se tenir sur le terrain. " Je vais peut-être prendre une claque, mais je ne tendrai pas la joue "