Quelques jours avant son premier match avec l'Antwerp, à Anderlecht, la cheville de Wesley Hoedt avait doublé de volume. Mais il voulait jouer. Il a donc été titularisé. Quelques jours plus tard, le mal est toujours là, donc il se soigne. Car Hoedt est professionnel jusqu'au bout des ongles. Et il sait ce qu'il veut. Après deux jours à Anvers, il avait déjà trouvé une maison. " Je n'ai pas de temps à perdre ", dit-il.
...

Quelques jours avant son premier match avec l'Antwerp, à Anderlecht, la cheville de Wesley Hoedt avait doublé de volume. Mais il voulait jouer. Il a donc été titularisé. Quelques jours plus tard, le mal est toujours là, donc il se soigne. Car Hoedt est professionnel jusqu'au bout des ongles. Et il sait ce qu'il veut. Après deux jours à Anvers, il avait déjà trouvé une maison. " Je n'ai pas de temps à perdre ", dit-il. En préparant cette interview, j'ai vu qu'on vous présentait comme " le défenseur central gaucher de l'avenir ". WESLEY HOEDT( il rit) : C'était il y a longtemps, alors. Vous parlez de l'équipe nationale néerlandaise ? C'était un de mes objectifs et je suis fier de l'avoir atteint mais quand je vois Virgil van Dijk et Mathijs de Ligt... À moi d'essayer de me rapprocher de leur niveau. Après ce que je viens de vivre, c'est difficile mais j'essaye de revenir dans le coup. Retraçons votre parcours. Vous avez grandi à Alkmaar. HOEDT : J'ai d'abord joué dans des petits clubs puis j'ai été formé à AZ. Je suis issu d'une famille de sportifs. Mon père a joué au foot et ma soeur était une danseuse de bon niveau. J'ai eu une jeunesse fantastique. Mes parents et ma famille m'ont toujours soutenu. Vous n'étiez pas le plus doué. HOEDT : Non. Parfois, je ne jouais pas et à 15 ans, AZ ne savait trop que faire avec moi. J'avais grandi de 8 cm en un an, je n'avais pas de course (il rit). J'ai mis du temps à m'affirmer. Finalement, j'y suis arrivé. Grâce à mon état d'esprit et un peu de talent. Sans motivation, on n'arrive à rien. Comment avez-vous percé ? HOEDT : J'ai toujours joué dans l'entrejeu. En U17, le défenseur central s'est blessé. On m'a fait reculer et un an et demi plus tard, j'étais en équipe première. Moins de six mois après, je signais dans un grand club italien et six mois plus tard encore, j'étais en équipe nationale. Tout est allé très vite. Trop vite ? HOEDT : C'est ce qu'on disait aux Pays-Bas mais je ne crois pas. Je pense avoir toujours fait les bons choix. Jusqu'à la saison dernière, j'ai progressé. Jouer près de 70 matches en Italie et 50 en Angleterre, ce n'est pas mal. Vous avez quitté l'AZ gratuitement, ce qui a fait du bruit. C'était difficile à vivre ? HOEDT : L'AZ a retenu la leçon. Maintenant, quand ils ont un joueur talentueux, ils lui font signer un contrat. Les gens ont été très durs envers moi et ma famille mais je m'en moque car ce qu'on me proposait ne correspondait pas à ce que j'avais montré. Cinq ans ont passé et je ne veux pas revenir là-dessus mais tout s'est bien passé pour moi et aussi pour l'AZ. Vous n'aviez que 20 ans mais vous aviez les épaules solides. HOEDT : Je sais ce que je veux et ce que je dois faire pour y arriver. J'ai pris un risque car, si j'échouais, comme tout le monde le prédisait, je serais revenu aux Pays-Bas la queue entre les jambes. Mais ça n'a pas été le cas. Vous parliez déjà italien couramment. HOEDT : Oui, je parle même italien avec Samir Beloufa, l'entraîneur adjoint de l'Antwerp. Et je comprends le français, même si je dis que je ne parle pas. Mais on ne doit pas parler derrière votre dos. HOEDT (il rit) : Non. J'apprends très vite les langues. J'avais signé à la Lazio en janvier et j'ai pris des cours particuliers car Stefan de Vrij m'avait dit que personne ne parlait anglais. Ils ont apprécié. Quand on va quelque part, on doit s'adapter. Au club, à la ville, aux gens. C'est une question de respect. J'ai appris l'espagnol en un mois. Comme je joue derrière, je dois communiquer. Vous êtes devenu un meilleur défenseur à Rome ? HOEDT : C'est la meilleure formation. Quand j'y suis allé, on m'a dit que ce n'était plus aussi bien qu'avant mais je vois que De Ligt a des difficultés... Je suis fier de jouer à l'étranger depuis quatre ans. La première saison, j'avais 21 ans, j'ai eu des hauts et des bas mais j'ai tout de même joué 35 matches de championnat et 10 d'Europa League. C'est quoi, palla libera ? HOEDT : C'est le contraire de palla scoperta. ( il rit). Quand l'adversaire a le ballon mais ne peut pas le donner, la dernière ligne peut jouer haut. C'est palla scoperta. Palla libera, c'est quand personne n'attaque le porteur ballon. Nous devons être prêts à reculer. En Italie, les joueurs doivent arriver à l'entraînement à neuf heures ou à dix heure mais les défenseurs arrivent à huit heures pour travailler le bloc pendant une heure avec l'entraîneur. Pour eux, la défense, c'est un art. La preuve par des joueurs comme Nesta, Maldini, Baresi ou Chiellini. En Angleterre et en Espagne, j'ai appris d'autres aspects du jeu défensif. Je n'aurais pas pu passer des Pays-Bas en Angleterre après 12 matches. L'Italie, c'était une étape idéale. Klose m'a appris comment il se débarrassait d'un défenseur, avec ses phalanges. Maintenant, avec le VAR, c'est impossible mais avant, ça marchait. Les défenseurs valent désormais beaucoup d'argent sur le marché. HOEDT : Les choses ont bien changé, en effet. Virgil coûte cher mais quand on voit son influence sur le jeu de Liverpool... C'est avec une bonne défense qu'on gagne un titre. Il y a enfin du respect pour les défenseurs ? HOEDT : Je ne sais pas. Les gens viennent toujours au stade pour voir des actions et du beau jeu mais le football est devenu tellement rapide qu'il est de plus en plus nécessaire de bien défendre. Étonnant, dans la bouche d'un Néerlandais ! HOEDT : À l'heure actuelle, c'est en défense qu'il y a le plus de talent en équipe nationale néerlandaise. Quel fut votre adversaire le plus difficile en Italie ? HOEDT : Gonzalo Higuaín. Je l'ai rencontré dès mon troisième match et nous avions joué en Coupe d'Europe en semaine. Nous avons perdu 5-0 et il a été impliqué dans 3 buts. Tout le monde m'a descendu. En Italie, tout le monde a son mot à dire. Après avoir perdu le derby 1-4, nous sommes partis en stage en montagne, à 300 km de là. Les fans sont venus nous demander des comptes et nous avons dû les écouter pendant 90 minutes. Ils ne vivent que pour le football, il faut les respecter. Ceux de la Lazio ont mauvaise réputation. Les fans exagèrent. Ce que Lukaku a vécu... HOEDT :... Nous n'approuvons pas. Les tifosi doivent aussi se remettre en question. Pourquoi avoir quitté la Lazio ? Marre des stages et des mises au vert ? HOEDT : J'ai commis une erreur. J'avais un contrat de cinq ans. Après deux ans, ils ont voulu prolonger de cinq ans, à de meilleures conditions. La culture italienne du football est très professionnelle mais tout le monde veut jouer dans le meilleur championnat du monde et Southampton m'offrait un contrat que je ne pouvais pas refuser. Malheureusement, le club a connu deux mauvaises saisons et les choses ne se sont pas passées comme je l'imaginais. On dit qu'en Premier League, c'est chacun pour soi. HOEDT : C'est la jungle mais un joueur pro doit pouvoir se débrouiller seul. Le fait est que, en dehors du top 6, ça ne joue pas bien au football. Il y a beaucoup d'intensité et de sueur, les stades sont pleins mais les fans sont bien plus chauds en Italie, en Espagne ou même ici. N'empêche que ça reste le championnat le plus fort du monde. Le plus impitoyable, aussi : on y gagne bien sa vie mais tout est remis en question tous les six mois. HOEDT : Il y a trop d'argent, ça fausse le marché. Rien qu'en droits télé, le dernier touche autant que le budget total du champion d'un autre pays. Un an et demi après l'arrivée de Ralph Hasenhüttl, c'était fini pour vous. Que s'est-il passé ? HOEDT : Je suis encore sous contrat, je ne veux pas dire de mal mais, depuis le début, il m'a dit que je ne jouerais pas. Je lui ai demandé plusieurs fois pourquoi mais je n'ai jamais eu de réponse. Cette saison, j'étais le meilleur dans presque tous les tests. Il m'a dit qu'il voulait me donner une deuxième chance mais je n'avais pas eu la première. Je me suis entraîné dur pendant six semaines mais rien... Après une discussion, j'ai décidé de me montrer ailleurs. N'avez-vous pas cherché à partir définitivement ? HOEDT : Si mais qui peut payer un salaire de Premier League ? Je suis à l'Antwerp et il m'appartient de montrer ce que je sais faire. C'est un club très ambitieux et ça se voit à la valeur des joueurs. C'est pour ça que j'ai choisi de venir ici. Je ne suis plus tout jeune mais je n'ai encore que 25 ans et déjà pas mal d'expérience. Ici, je dois faire la différence. Jouer au moins 35 matches et terminer le plus haut possible. Votre point fort, c'est la relance. HOEDT : Je suis un Néerlandais, hein. À Anderlecht, ça ne s'est pas vu, à cause de ma cheville. Je dois encore m'habituer à l'équipe. Pourtant, j'ai eu des éloges alors que je pense pouvoir être bien meilleur. J'ai vu les stats. Je n'ai touché que 32 fois le ballon. Ça veut dire que nous avons été dominés. Sauf pendant 10 minutes. Il y a du Manchester City dans cet Anderlecht ? HOEDT : Ils essayent de jouer comme ça mais pas au même niveau car ils n'ont pas les mêmes joueurs. Je les ai trouvés un peu arrogants, ils ne se sont pas adaptés à notre force physique. Quel fut votre adversaire le plus difficile en Angleterre ? HOEDT : Sergio Aguëro. La classe mondiale. J'ai joué deux matches à l'Etihad : une fois bien (défaite 2-1 à la 90e) et une fois balayé du terrain (6-1). Incroyable ! Nous jouions habituellement à trois derrière mais la veille du match, on nous a dit que nous devions jouer en 4-3-3 et presser haut, comme Liverpool. Sans entraînement, ce n'était pas le meilleur choix.