"Si j'ai décidé de ne plus parler à la presse ces derniers mois, ce n'est pas par mesure de rétorsion mais tout simplement parce que j'ai pensé que je devais laisser la parole à mes coéquipiers. C'étaient eux les acteurs, les protagonistes. Il me paraissait logique qu'on leur demande leurs impressions sur ce qui c'était passé sur le terrain. J'étais un spectateur attentif mais je ne crois pas que cela suffise pour que l'on vienne me demander mon avis.
...

"Si j'ai décidé de ne plus parler à la presse ces derniers mois, ce n'est pas par mesure de rétorsion mais tout simplement parce que j'ai pensé que je devais laisser la parole à mes coéquipiers. C'étaient eux les acteurs, les protagonistes. Il me paraissait logique qu'on leur demande leurs impressions sur ce qui c'était passé sur le terrain. J'étais un spectateur attentif mais je ne crois pas que cela suffise pour que l'on vienne me demander mon avis. J'ai traversé une période difficile. Je ne vais pas nier le fait que j'ai commis une faute la saison passée. J'admets que je devais payer parce que jeter son maillot à la figure d'un arbitre est un geste qui n'a pas sa place sur un terrain, surtout quand on est conscient de l'influence qu'un personnage public a sur le comportement des enfants. Je n'oublie pas que l'on sert d'exemple aux jeunes et, en tant que père, je n'aimerais pas que mes enfants me copient de cette façon. C'est vrai que je n'ai pas aimé être traité comme un criminel. Toute la presse n'a pas été correcte. Que l'on critique mon geste et que l'on affirme qu'il méritait une sanction, je l'ai toujours admis mais j'ai eu du mal à accepter que l'on s'amuse à me charger. Certains journaux n'ont pas arrêté pendant 15 jours de me mettre en première page en demandant que l'on me suspende trois ans, cinq ans, que l'on mette un terme à ma carrière. Pourquoi pas ne pas me couper la tête, tant qu'on y est ? C'était excessif par rapport à la faute commise. Il y a même eu la RTBF qui a trouvé sympa de faire un reportage dans lequel on faisait un parallèle entre ParZetterberg et moi. Je respecte le joueur suédois et l'homme aussi, même si je ne le connais que par ce que j'ai entendu sur lui mais ce reportage était censé faire un parallèle entre le bon et le méchant. Le joli coco et le vilain coco. Exagéré. Je méritais plus de respect. Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes se sont amusées à me massacrer. J'ai 15 ans de carrière, j'ai évolué dans des grands clubs, j'ai remporté des titres, j'ai participé à des Coupes du Monde et à des Championnats d'Europe et je n'ai jamais eu la réputation d'un criminel. Si j'ai pris des cartes jaunes, quasiment toutes pour rouspétance, on peut compter sur les doigts d'une main les cartes rouges ". " Depuis que je rejoue, en tant que capitaine, j'ai recommencé à parler. J'ai respecté la volonté du club qui, deux jours avant un match de coupe d'Europe, estime que je doive rencontrer la presse. Cela ne signifie toutefois pas que j'ai oublié que certains m'ont fait du mal. La presse va parfois très loin. Ainsi, après le match aller contre le Celta Vigo, un membre de la délégation espagnole m'a demandé dans un portugais correct - Vigo n'est pas loin de mon pays - si je n'avais pas rencontré de problème avec mon genou et je lui ai répondu que tout allait bien. Le lendemain, je vois cette réflexion dans un quotidien comme si je lui avais accordé une interview. Il n'en était rien... Bon, pendant toute ma suspension, j'ai toujours répondu brièvement aux personnes, qui s'adressaient à moi. C'est une question d'éducation et de respect. Si le mot criminel revient sans doute souvent dans mon discours, c'est également dû à la répercussion que cette affaire a eue au Portugal. Une télévision a été jusqu'à prétendre que j'avais été une honte pour mon pays. Les quatre chaînes télévisées nationales ont directement envoyé des équipes en Belgique. Elles m'ont toutes demandé des interviews. J'ai refusé : qu'elles tirent leur plan. J'ai été champion d'Italie avec la Lazio, j'ai remporté des coupes, j'ai réussi quelques belles choses pendant que j'étais en Italie et je n'ai jamais eu droit à un reportage portugais. Quand j'ai reçu le Soulier d'or en janvier, ces télévisions se sont contentées de quelques images commandées à la chaîne belge. Puis, pour cette affaire, elles font tout un ramdam. Pour moi, c'était encore plus insupportable que ce que je vivais en Belgique. Là-bas, mes enfants et mes proches étaient la cible de quolibets. Ce n'était pas facile pour mes fils d'entendre que leur père était une honte pour le Portugal ". " A ce moment-là, je me suis demandé s'il ne valait pas mieux mettre un terme à ma carrière. Cela ne me ressemble pas mais sur le coup, dans un instant de dégoût, on se pose la question. Ma famille, le Standard dans son ensemble, de la direction aux supporters, et de nombreuses personnes m'ont encouragé en me disant qu'il ne fallait pas que je parte sur une fausse note. Je les en remercie. C'était vraiment gentil. Avec un peu recul, je me demande si j'aurais vraiment été capable de mettre un terme à ma carrière. J'éprouve toujours du plaisir à jouer et les entraînements ne me pèsent pas. J'ai 31 ans et je crois que si je suis épargné par les blessures, je peux encore évoluer à un bon niveau pendant quatre ou cinq ans. Je ne sais pas encore avec précision ce que je ferai une fois que j'arrêterai de jouer au football et c'est significatif quant à ma motivation, à mon enthousiasme. Ceci dit, j'ai l'impression que toute cette campagne contre moi a influencé les juges. A mon avis, ils avaient déjà pris leur décision avant que je ne passe devant eux. Je crois que si j'avais joué dans un autre grand club belge, j'aurais eu droit à plus de clémence. On ne m'aurait pas suspendu pendant quatre mois avec un sursis jusqu'à la fin de l'année. Si on ne me l'avait pas rappelé je l'oubliais, ce sursis. C'est la preuve que je n'ai pas cette tendance agressive en moi. Lors des auditions, on m'a montré les images de l'affaire ArunaDindane, que je n'avais pas suivie à l'époque. Quand on voit la peine infligée à l'ex-attaquant anderlechtois, on peut se demander s'ils n'ont pas voulu faire un exemple avec moi. En plus, ils m'ont suspendu pour tous les matches amicaux. Une folie ! Je me demande dans quel pays on agit de la sorte. On m'a empêché de faire mon métier. Je n'aurais pas le mauvais goût de rouspéter pour les rencontres de championnat : mon geste devait être sanctionné. J'ai d'ailleurs présenté mes excuses devant le comité sportif ; c'était la moindre des choses. Toutes les semaines, je vois des gestes qui mériteraient d'être pénalisés. Tout le monde a vu le coup direct d' YvesVanderhaeghe sur un joueur de Charleroi : il est difficile de comprendre pourquoi l'arbitre qui se trouve à deux mètres n'a pas exclu l'Anderlechtois. Ce n'est évidemment pas la faute du joueur. On a assez parlé de l'histoire entre ZinedineZidane et MarcoMaterazzi. Il faut faire la distinction entre deux choses : celles que l'on voit, comme les coups, et celles que l'on ne voit pas comme les gros mots. La provocation fait partie de ce sport dans tous les pays du monde. L'important est de ne pas réagir, ce que je n'ai pas su faire. J'ai été provoqué par StijnMeert, le joueur de Zulte Waregem, et j'ai eu un mauvais réflexe mais, contrairement au Français, je n'ai agressé personne. Et puis, je me demande pourquoi le comité sportif n'a pris aucune mesure à l'égard du joueur qui a tranquillement déclaré qu'il m'avait insulté. Contre le Brussels, j'ai revu en face de moi M. PeterVervecken, l'arbitre auquel j'avais jeté le maillot à la figure. Dans le fond de moi-même, je tenais à le revoir. Lorsque je lui ai serré la main, je me suis dit que je n'avais jamais voulu porter atteinte à l'homme. Je n'étais pas d'accord avec l'arbitre mais l'homme méritait tout mon respect. Il a d'ailleurs arbitré comme si rien ne s'était passé entre nous. Depuis, j'ai eu l'impression que les arbitres acceptaient plus facilement qu'on leur demande des explications. Ce sont aussi des acteurs de la rencontre. Ils doivent comprendre que nous ne sommes pas des robots et que cela n'apporte rien de brandir directement le carton jaune. Ils commettent également des erreurs et on a le droit de le leur faire remarquer. J'ai eu le temps de me poser beaucoup de questions. Je ne crois pas que j'ai changé. J'espère seulement que la collaboration entre les joueurs et les arbitres se confirme. Cela m'évitera de prendre des cartes jaunes pour rouspétance car, je le répète, je n'ai jamais blessé un adversaire. " La fin du championnat passé a été dure à vivre. On a terminé sur une mauvaise note au point qu'on en a oublié que le Standard avait décroché sa qualification pour la Ligue des Champions. Chose qui n'était jamais arrivée. Pendant cette période, je ne me suis pas senti coupable de ce qui arrivait. Le Standard ne se limite pas à moi. Je suis toujours resté près de mes équipiers. Je n'ai pas cessé de les conseiller, de les encourager. C'était comme si j'avais été victime d'une blessure. Le plus mauvais moment, c'était le jour du match, quand je voyais les petites erreurs qui étaient commises. Sans celles-ci, le Standard aurait gagné des matches, Le dernier mois, l'ambiance a été plus tendue mais mon comportement a été le même : j'ai toujours essayé de doper le moral de mes équipiers. Mal- heureusement, cela n'a pas été une belle fin de championnat. Dommage ; on est passé près de l'exploit car en Belgique il n'est pas facile d'être champion si on n'est pas Anderlecht ou Bruges. Ces derniers mois, j'ai souvent entendu que le Standard sans Conceiçao pouvait gagner un match, pas deux. Sincèrement, je ne crois pas que j'étais indispensable. Le Standard possédait suffisamment de grands joueurs pour s'imposer face à n'importe quel adversaire. Je ne ferai pas le faux modeste en disant que je compte pour rien. Je ne vais pas être hypocrite car je sais que je transmets à mes équipiers une certaine volonté de gagner et que j'essaie de leur faire profiter de mon expérience. Puisque je ne pouvais pas prendre part aux matches amicaux, j'ai senti une certaine frustration pendant la période de préparation. Injuste ! Je crois que je peux affirmer que j'ai payé cher la faute que j'ai commise. Même si le début de championnat n'a pas été une réussite, je me demande pourquoi on a directement écarté le Standard des pronostics pour les premières places. Les absences d' OguchiOnyewu et d' IgorDeCamargo tout comme la mienne constituaient un fameux handicap. Et puis il y avait trop de nouveaux venus et le marché avait été clôturé assez tard. Je crois que si le noyau est au complet après la prochaine halte pour l'équipe nationale de ce début octobre, le Standard redeviendra un ensemble solide. Et si l'on confirme, on peut lutter pour le titre. J'ai vu des tas de choses en football que l'on ne peut même pas s'imaginer. En début de saison, le Standard ne tournait pas rond mais je sentais chez mes équipiers l'envie de bien faire. Aujourd'hui encore, ce n'est pas parfait, loin de là, mais la progression de l'ensemble est évidente et nous avons pris des points importants pour redonner confiance au noyau et au nouveau staff. Mon retour au Lierse a coïncidé avec notre première victoire mais personnellement, je me donne encore un mois pour être complètement opérationnel. On n'efface pas comme cela six mois sans compétition surtout quand on se retrouve avec de nouveaux équipiers. J'ai ainsi dû assimiler de nouveaux mouvements avec FredDupré et si nos automatismes ne sont pas encore totalement au point, ils sont mieux synchronisés, l'amélioration est réelle ". " Pendant ces semaines, on a parlé de clan des Portugais. Je peux dire que ce sont les joueurs qui sont animés par la gagne et qui se donnent à fond sur un terrain qui forment un clan. On a critiqué mes compatriotes mais je sais que l'on peut compter sur eux. Je connais très bien RicardoSaPinto avec lequel j'ai joué en club et en équipe nationale pendant dix ans. On a déjà pu se rendre compte qu'il est motivé et qu'il est en mesure d'apporter beaucoup au Standard. J'ai moins côtoyé RogerioMatias. Ce n'est pas Roberto Carlos mais il a les qualités techniques pour évoluer en D1 belge. Je suis prêt à prendre le pari. Ce n'est par hasard s'il a été retenu en équipe nationale avant qu'il ne rencontre des problèmes de contrat avec son ancien club S'il n'a pas directement explosé, c'est sans doute parce qu'il est resté longtemps sans jouer. Comme il en est à sa première expérience à l'étranger, il a eu du mal à s'adapter à une autre culture, un autre football. En outre, l'équipe entière ne trouvait pas ses marques et avait des difficultés à effectuer ses mouvements. Nos deux autres arrières ? Je savais qui était Miguel Areias Lopes vu qu'il appartient au FC Porto. Quant à Nuno Coelho, 20 ans, il est au début de sa carrière. De toute façon, cette histoire de clan, je n'en ai rien à faire. Peu m'importe qu'il y ait cinq Portugais, six Flamands, trois Croates ou Africains. Je ne suis pas raciste. Le racisme ce n'est pas uniquement ne pas aimer les Noirs, il se présente sous diverses formes : la nationalité, le sexe, la culture, l'argent, la religion. Personnellement, je ne fais aucune discrimination. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai effectué, via le club, toutes les démarches auprès de l'UEFA afin de participer à son programme de lutte contre le racisme. La fédération européenne a accédé à ma demande et depuis plusieurs semaines, je porte un brassard de capitaine arborant une inscription incitant au rejet de la haine raciale. En tant que footballeur, la seule chose qui m'importe c'est que le joueur donne tout ce qu'il a en lui pour mener l'équipe à la victoire. Et puis, si en dehors du terrain, c'est une chouette personne, tant mieux. Je ne serai pas plus ami avec lui s'il est Portugais ". " J'avais une grande envie de revenir et j'étais prêt à refaire mon apparition contre Genk. J'aurais tenu ma place malgré une légère gêne au genou droit puisqu'il aurait suffi d'un simple bandage pour que je joue. Mais le vendredi 11 août, précisément le jour où ma suspension arrivait à terme, j'ai ressenti une douleur au genou à l'entraînement. Je suis allé passer une résonance magnétique qui a révélé que les deux ménisques étaient touchés. J'ai dû être opéré et mon retour à la compétition était reporté d'un mois. Sur le moment, on a dit n'importe quoi. Certains ont fait passer notre médecin, le Dr NebojsaPopovic, pour un idiot vu qu'il avait annoncé avant l'accident que le mal dont je souffrais était bénin et ne pouvait m'empêcher de monter au jeu. Le seul problème est que l'on a fait une confusion : c'est sur le genou gauche que j'étais mal retombé. Certains se sont demandés comment un chirurgien aussi réputé avait pu se planter à tel point dans son diagnostic : la réponse va de soi, il ne pouvait pas savoir le lundi que j'allais me blesser à l'autre membre quatre jours plus tard. NICOLAS RIBAUDO