Le 25 mai, lorsqu'il a retrouvé Purilandia, un minuscule village situé aux environs de Rio de Janeiro, Luciano Da Silva a reçu un accueil inoubliable. Les habitants ont entamé les préparatifs bien avant son arrivée. Le gardien de 21 ans du GBA s'en doutait.
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Le 25 mai, lorsqu'il a retrouvé Purilandia, un minuscule village situé aux environs de Rio de Janeiro, Luciano Da Silva a reçu un accueil inoubliable. Les habitants ont entamé les préparatifs bien avant son arrivée. Le gardien de 21 ans du GBA s'en doutait. "Mon village natal ne compte pas mille âmes mais ils savent vous réserver d'incroyables fiestas brasiliana. Danser la samba du coucher du soleil aux petites heures est excellent pour la condition. Tout le monde me connaît, moi, le fils d' Antonio et Maria. Tous savent que j'ai émigré en Belgique et ils ont suivi mon périple avec intérêt. J'envoie toutes les coupures de presse à mon père. Tous les habitants les ont regardées, étonnés. Ils savent que je suis maintenant le numero uno du GBA. J'ai été accueilli comme un roi. Mais le plus important, c'est que je leur ai fait plaisir en leur apportant des fanions, des autocollants, des t-shirts et des vareuses. Et de l'argent pour mes parents, qui ont fait tant de sacrifices pour moi". Le jeune homme rayonne de bonheur. Il était prêt à prendre patience, à travailler dur... Mais les événements ont pris une autre tournure. En peu de temps, l'expérimenté Peter Maes et l'Australien Vilson Knezevic, à peine enrôlé, ont été renvoyés dans la tribune. Luciano conte son histoire avec une passion désarmante : "J'avais déjà quatorze ans quand j'ai commencé à jouer. C'est beaucoup trop tard, d'après les normes brésiliennes, mais ça m'a immédiatement plu. Je me suis vraiment défoulé à l'école de football de Tombense. Je n'y ai pas appris grand-chose car on vous laisse faire et je me suis beaucoup amusé. Des scouts et des managers passaient régulièrement pour repérer les promesses mais qui irait acheter un gardien brésilien? Ils n'ont pas bonne réputation en Europe, à l'exception de Tafarel. Ils ne sont pas assez solides et manquent d'autorité : un cliché qyu ne correspond pas toujours à la réalité. Un jour, j'ai rencontré Jean-Paul Vreijsen, un jeune Néerlandais de dix-neuf ans, le fils du représentant de l'Ajax au GBA, qui depuis lors est parti. Il était tellement enthousiaste à mon sujet qu'il a immédiatement téléphoné à son père. Celui-ci a pris contact avec mon manager, Eduardo Uram. Ils ont convenu que je passerais un test de trois mois au GBA. Je n'avais jamais entendu parler de ce club mais pourtant, c'était comme si le paradis s'ouvrait à moi". Luciano découvre un autre monde: la formation, le suivi médical, rien de tout cela n'existait à l'école de Tombense."En fait, j'ignorais tout de mon métier de gardien. Je suivais mon instinct. Je commence seulement à apprendre la technique. Mes dégagements sont encore trop précipités et manquent de précision. J'observe attentivement Fabien Barthez et Oliver Kahn. Je dois aussi améliorer ma détente. Certains me trouvent sans doute trop petit, puisque je ne mesure que 1,80 mètre mais je peux compenser ce handicap par mes réflexes et ma vitesse. Monsieur Thijssen, l'entraîneur des gardiens, m'a beaucoup appris. C'est lui qui m'a fait. Et Peter Maes est toujours prêt à m'aider". Ce n'était pas si évident car l'arrivée de Luciano a conduit Maes à se chercher un autre employeur pour la saison prochaine. Le GBA n'a pas levé son option sur Knezevic. Il s'agit d'un revirement notable, surtout que Luciano a été éloigné des terrains jusqu'en novembre, suite à une opération du ménisque. Cette intervention lui a coûté quatre mois mais le Brésilien a saisi sa chance lors de la dix-septième journée, le 16 décembre, en déplacement à La Gantoise. Après vingt minutes de jeu, Knezevic, blessé, a dû lui céder sa place. "J'étais évidemment très nerveux au moment de fouler la pelouse mais en seconde période, je me sentais déjà plus calme. J'ai réalisé quelques bonnes interventions. J'ai encaissé deux buts mais j'étais impuissant sur ces tirs. Nous avons été battus 3-1 mais j'étais animé d'un sentiment positif. Ensuite, il y a eu ce match à domicile contre Mouscron. C'était comme un rêve. Le public ne me connaissait pas. La plupart des spectateurs se sont demandés: qui est ce Luciano? Après quelques interventions, ils ont commencé à applaudir à chaque ballon que je captais, en scandant Brasil, Brasil! Nous nous sommes imposés 4-1 au terme d'un match très brillant. Mon bonheur était intarissable. Tous mes coéquipiers sont venus me féliciter, m'embrasser. C'était en fait le début d'une période faste pour le GBA. Nous avons poursuivi sur notre lancée victorieuse après la trêve hivernale, avec deux matches nuls contre le Standard et le Club Brugeois. MisterVan der Elst m'a accordé sa pleine confiance, ce qui m'a naturellement incité à travailler plus dur encore. Une fois, j'ai rencontré Jean-Marie Pfaff. Il a placé sa main sur mon épaule et n'a prononcé qu'un seul mot: -Trabajo. (il rit de bon coeur)". Toutefois, la jeune carrière de Luciano a connu quelques passes sombres qu'il n'a toujours pas bien digérées. L'élimination en coupe face à Westerlo lui reste en travers de la gorge. Il rêvait de disputer la finale au stade Roi Baudouin."Je n'ose plus penser à ce bête but au match aller. Le ballon a fouetté le bas de la transversale, j'ai voulu m'en saisir alors que Bert Dhont pensait le dégager. Nous nous sommes gênés et le ballon a passé la ligne. C'est vraiment ridicule. Jamais je ne me suis senti aussi gêné. Mais le club m'a aidé à surmonter ce passage. Je sens qu'on m'apprécie beaucoup et je veux rester longtemps ici. Tony Herreman est mon meilleur ami. Il n'arrête pas de plaisanter". Tout en haut de sa liste de souvenirs heureux, il y a évidemment la victoire 3-0 face à Anderlecht en quarts de finales de la Coupe : "J'ai progressé au fil du match, comme si j'étais invincible, face à une des meilleures équipes du pays. Le save que j'ai réussi sur le tir de Bertrand Crasson, de si près, est sans doute le plus beau de ma carrière. Je n'en croyais pas mes propres yeux. C'est pour de tels instants de magie que je suis gardien. C'est vraiment là qu'est ma place. J'ignore la peur. Dieu est sans cesse avec moi, Il m'insuffle ma concentration, Il veille à ce que la chance soit de mon côté. Comme sur ce penalty à Westerlo, en championnat, que j'ai arrêté, préservant les trois points. Dire que mon manager était justement dans la tribune. Il pleurait de joie". On peut évidemment se demander si tout ne va pas un peu trop vite pour ce jeune gardien. Le charme de la sensibilité pourrait le fragiliser. Sa virtuosité devra s'assortir d'un solide réalisme. Mais Luciano Da Silva ne tient pas compte de cette remarque paternaliste. "Tafarel est mon exemple. Un gardien fantasique, the greatest. Je veux suivre ses traces" .Leo De Vos