Toby Alderweireld livre à nouveau une excellente saison en Premier League et Tottenham, qui est par contre en difficulté, compte sur lui pour faire la jonction avec les plus grands clubs anglais. Cette saison, c'est surtout la FA Cup que les Spurs visent. Un trophée que Mauricio Pochettino n'a jamais pu remporter.
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Toby Alderweireld livre à nouveau une excellente saison en Premier League et Tottenham, qui est par contre en difficulté, compte sur lui pour faire la jonction avec les plus grands clubs anglais. Cette saison, c'est surtout la FA Cup que les Spurs visent. Un trophée que Mauricio Pochettino n'a jamais pu remporter. En novembre, l'Argentin a été remplacé par José Mourinho et tout le monde a dû s'adapter au Portugais. De plus, les Londoniens ont déploré des blessures de joueurs importants. Le Diable Rouge, lui, a retrouvé la forme. Il espère terminer la saison en fanfare avant de prendre part à l'EURO avec la Belgique. Ce mercredi, vous disputez les huitièmes de finale de la FA Cup face à Norwich City. Est-il vrai qu'en 2013, ce club voulait vous transférer ? TOBY ALDERWEIRELD : Oui, c'est le premier club de Premier League qui a fait une offre. Je leur ai dit de s'adresser à l'Ajax et à mon agent mais on ne peut pas dire qu'on ait été proche d'un transfert. Pas que je ne voulais pas y aller mais j'ai laissé à mon entourage le soin d'analyser les propositions. Tottenham peut remporter la Coupe d'Angleterre mais en championnat, vous faites moins bien que les autres saisons. Quelle est votre analyse ? ALDERWEIRELD : C'est une saison difficile mais, depuis plusieurs années, nous ne faisions que progresser et nous avons même atteint la finale de la Ligue des Champions. Un coup d'arrêt, ça arrive à tout le monde. Le tout est de travailler dur pour repartir, comme nous le faisons en ce moment. Il y a des hauts et des bas mais la saison n'est pas finie. Nous pouvons encore nous qualifier pour la Ligue des Champions, nous sommes toujours qualifiés en FA Cup et en Coupe d'Europe. Il faut travailler dur jusqu'en fin de saison. En décembre, vous avez prolongé votre contrat. Cela faisait un bout de temps qu'on en parlait. Vous êtes soulagé ? ALDERWEIRELD : Les gens croient que je ne pensais qu'à ça mais ce n'était pas le cas. Sans faire le malin, j'ai toujours eu confiance en moi et j'ai toujours su que ça finirait par s'arranger. J'étais motivé car je savais que, mieux je jouais, plus j'aurais de possibilités mais j'ai opté pour la fidélité et la stabilité. J'ai toujours essayé de prendre les bonnes décisions : je suis resté assez longtemps à l'Ajax, jusqu'à ce que je gagne quelque chose avant d'aller plus loin. Ici aussi, je pense avoir fait le bon choix. Je n'avais pas envie de jouer dans un autre club de Premier League car j'ai construit quelque chose ici. J'avais joué en Espagne et aux Pays-Bas et je préférais rester que repartir pour une nouvelle aventure, emmener la famille. Mon défi, désormais, c'est de faire mieux ici. Vous avez pu rentrer en Belgique pour assister à la naissance de Jace, votre deuxième enfant. Comment cela s'est-il passé ? ALDERWEIRELD : Nous voulions programmer la date de l'accouchement mais pour cela, il fallait qu'il ait au moins dix jours de retard sur la date annoncée, ce qui était le cas. Je me suis entraîné un jeudi matin, je suis rentré en Belgique et, à 22 heures, on a provoqué l'accouchement. Mon fils est né vers 3h15 du matin. Tout s'est bien passé, ça a été très vite. Le vendredi matin, je me suis entraîné seul car le dimanche, il fallait jouer ( à Aston Villa, ndlr). J'aurais dû rentrer le samedi mais à cause de la tempête ( Dennis, ndlr), le vol a été annulé. Je suis donc reparti en train jusqu'à Londres puis j'ai poursuivi en voiture jusqu'à Birmingham. Un déplacement de huit heures au total. C'était hard, d'autant que le samedi matin, je m'étais à nouveau entraîné seul. Comment faites-vous pour vous entraîner seul ? ALDERWEIRELD : Je cours en rue et j'essaye de trouver un terrain. J'enfilais mon training en sortant de l'hôpital et je cherchais un endroit, à l'ancienne ( il rit). Les gens ont dû se demander ce que je faisais là mais dans ces cas-là, on ne réfléchit pas. Vous aviez également réussi à assister à la naissance de votre fille, Ayla. ALDERWEIRELD : Oui, c'était en septembre 2018, lors d'un rassemblement avec l'équipe nationale. Nous avions joué le dimanche contre Watford, j'étais rentré en Belgique le soir-même et elle est née le lundi. Le sélectionneur national m'a laissé un jour de congé et le vendredi, j'ai joué contre l'Écosse. D'où viennent les prénoms de vos enfants ? ALDERWEIRELD : Ayla c'est moi qui l'ai trouvé. J'ai toujours voulu une fille. J'ai deux frères et mon frère aîné a des jumeaux, deux garçons. Il y avait assez de garçons dans la famille. Dans Ayla, il y a un Y et je trouve que c'est élégant pour une fille. Jace, c'est un prénom anglo-américain. C'est plus rude mais Ayla et Jace, ça va bien ensemble. Je voulais un prénom court car leur nom de famille est déjà suffisamment long. Mes frères s'appellent Steve et Sven, c'est très court aussi. Quand on a un long prénom et un long nom, c'est dur ( il rit). Votre famille est très unie. Votre père est aussi votre agent. ALDERWEIRELD : Avec Stijn Francis. Mon père débutait dans le métier et il s'est adressé à Stijn, qui était avocat. Nous avons monté une équipe, avec des juristes, notamment. Chacun sait ce qu'il a à faire. Revenons-en au foot. Vous avez toujours été défenseur central, même si vous avez parfois joué à d'autres places. Quelles sont les qualités d'un bon défenseur ? ALDERWEIRELD : Une bonne lecture du jeu, de la force physique et de la vitesse. Il faut un peu de tout cela. Mais le plus important, c'est la lecture du jeu, surtout dans l'axe. C'est une de vos qualités. Comment l'avez-vous acquise ? ALDERWEIRELD : Quand j'étais jeune, j'avais des lacunes. J'étais grand mais lent et pas très doué techniquement. En U15, je jouais en équipe nationale et je ne l'ai plus quittée. J'ai donc toujours affronté les meilleurs joueurs et mes lacunes se voyaient encore plus. Quand je suis arrivé à l'Ajax, on a mis le doigt sur ce que je devais améliorer. J'ai donc dû commencer à lire le jeu. Certains joueurs sont forts physiquement et rapides, ils n'ont donc jamais de problème. S'ils sont mal placés, ils corrigent rapidement. Moi pas, je dois savoir où le ballon va aller. Bien entendu, j'ai aussi travaillé ma vitesse, ma puissance, etc. Mais ma qualité première, c'est la lecture du jeu. Sinon je suis trop court. En fait, vous compensez ? ALDERWEIRELD : Oui. Celui qui est rapide mise sur sa vitesse mais ceux qui n'ont jamais éprouvé de difficultés en équipes d'âge en éprouvent souvent lorsqu'ils arrivent au plus haut niveau. Les lacunes obligent à lire le jeu, à voir ce qui est important, sans quoi on se fait prendre. Et c'est pour cela qu'il est important d'être sans cesse confronté à meilleur que soi : pour voir ce qui ne va pas. Votre transfert à l'Ajax à l'âge de 15 ans a donc été crucial ? ALDERWEIRELD : Oui. Et mon passage par l'Atlético Madrid aussi. J'y ai beaucoup appris sur le plan défensif car à l'Ajax, on avait toujours le ballon et les erreurs ne se payaient pas toujours cash. En Espagne, oui. On sait qu'il est important d'avoir le ballon mais aussi de gagner des duels et de faire son boulot défensivement. C'est même le plus important. Diego Simeone vous a-t-il donné des petits trucs ? ALDERWEIRELD : Il m'a dit que quand le ballon vient de très haut et qu'on le dégage de la tête, il faut toujours l'envoyer vers le haut, pas vers le bas car il pourrait très bien arriver dans les pieds d'un adversaire rapide qui partirait avec. Quand on le dégage vers le haut, les équipiers ont le temps de se replacer. À l'Ajax, on mettait toujours l'accent sur la possession de balle tandis que Simeone ne voulait jamais qu'on contrôle le ballon dans notre propre rectangle. Il devenait fou quand on faisait ça car ça pouvait amener un penalty pour l'adversaire. Il ne voulait pas qu'on prenne de risque. J'ai donc commencé à apprécier les deux philosophies : celle de l'Ajax, basée sur le jeu, et celle de Simeone, basée sur la mentalité. Et en Angleterre, on défend encore différemment ? ALDERWEIRELD : En Angleterre, on doit jouer chaque match à fond car l'adversaire aligne toujours un centre-avant de top niveau, même les plus petits. Voyez Crystal Palace, avec Christian Benteke. Il est grand, costaud et fort de la tête. Ce sont ses qualités. À West Ham, il y a Sébastien Haller, encore un type grand et fort. À Norwich, ils ont Teemu Pukki, très mobile. En Espagne, les attaquants sont bons mais sans doute pas aussi bons qu'en Premier League. Je n'y suis resté qu'un an en Liga mais, pour moi, il y quand même une grande différence à ce niveau avec la Premier League. Vous avez parlé du jeu de tête. Dans ce domaine, vous êtes très fort défensivement mais vous amenez également du danger offensivement. Quelle est la différence entre les deux ? ALDERWEIRELD : Offensivement, il faut bouger et être rapide. Défensivement, il faut surtout être bien placé. C'est difficile à résumer en une phrase mais c'est très différent. Un défenseur doit prendre le ballon. Il y a des défenseurs qui rentrent à fond dans le duel. Moi, j'utilise davantage mon corps, j'essaye d'être mieux placé. Tant en équipe nationale qu'à Tottenham, vous avez souvent fait équipe avec Jan Vertonghen. Quels sont les avantages d'une telle paire ? ALDERWEIRELD : Nous connaissons nos qualités mutuelles et ça nous sert. De plus, ça procure un sentiment d'unité très spécial. C'est pourquoi il n'est jamais bon de changer trop souvent de club. Il y a deux ans, dans Sport/Foot Magazine, Georges Leekens disait que vous jouiez davantage avec votre cerveau qu'avec vos pieds et que vous feriez certainement un bon entraîneur. Vous y pensez ? ALDERWEIRELD : Je peux faire une croix dessus. J'ai quitté la maison à l'âge de 15 ans et j'ai tout abandonné pour jouer au football. Si je joue encore trois ou quatre ans, ça me fera vingt ans dans le monde du foot. Il sera temps de me consacrer à ma famille et à tous ceux qui ont tout fait pour le football. Je me connais : si je deviens entraîneur, je vais être très ambitieux et ça va recommencer. Si je commence dans mon club, je vais vouloir montrer ce dont je suis capable. Et à supposer que ça marche, à l'Ajax ou en Belgique, je voudrai aller à l'étranger et ce sera reparti. Je ne veux pas faire ça à ma famille car elle a toujours tout sacrifié pour moi. Je ne vois pratiquement plus mes parents ni mes grands-parents. C'est comme ça. Et mes parents ont déjà presque 60 ans. Ils verront davantage leurs petits-enfants. ALDERWEIRELD : Exactement. C'est pourquoi devenir entraîneur serait très égoïste de ma part. Je veux que mes enfants puissent aller à l'école normalement, se faire des amis plutôt que déménager chaque année. Je veux leur offrir un environnement sain, où ils puissent se sentir en sécurité, être enfants, jouer avec leurs amis, évoluer. C'est plus important que ma petite personne. Vous n'avez pratiquement pas eu d'enfance puisque, à quinze ans, vous partiez aux Pays-Bas. Vous avez avoué que cela avait été un moment difficile et que vous aviez songé à tout plaquer. ALDERWEIRELD : J'ai souvent voulu tout plaquer. Presque chaque année ! Surtout quand je ratais des fêtes de famille. Je fais peut-être le plus beau métier du monde mais les moments importants n'ont pas de prix. Les gens pensent qu'il est normal de faire des sacrifices et je les comprends mais tout n'est pas question d'argent. Le football m'a beaucoup apporté, j'ai vécu des moments formidables mais j'en ai aussi manqué pas mal. Que ferez-vous après votre carrière ? ALDERWEIRELD : Il serait peut-être dommage de tourner définitivement le dos au football. Je pourrais accompagner des joueurs. Les agents n'ont pas bonne réputation, surtout en Belgique. J'aimerais que ça change. Je n'ai pas de boule de cristal mais je pense qu'avec mon expérience, je peux aider les jeunes à faire les bons choix dans un monde parfois difficile. Mais avant tout, je veux être père.