J'ai vécu avec Luc Millecamps un moment historique : le dernier match disputé dans l'ancien Parc des Princes. C'était un match international France-Belgique, en Juniors UEFA. Le vieux stade avait été pris d'assaut par les enfants des écoles. C'était le dernier match disputé dans cette glorieuse enceinte avant qu'elle ne soit vouée à la pioche des démolisseurs pour laisser la place à une arène flambant neuve. C'était en 1967 et nous avions perdu 2-1.
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J'ai vécu avec Luc Millecamps un moment historique : le dernier match disputé dans l'ancien Parc des Princes. C'était un match international France-Belgique, en Juniors UEFA. Le vieux stade avait été pris d'assaut par les enfants des écoles. C'était le dernier match disputé dans cette glorieuse enceinte avant qu'elle ne soit vouée à la pioche des démolisseurs pour laisser la place à une arène flambant neuve. C'était en 1967 et nous avions perdu 2-1. Luc, qui portait déjà la barbe, et son frère Marc, étaient de la partie. Le plus poilu, mais le moins doué des deux, allait atteindre plus tard le cap des 35 sélections : un fait unique dans les annales du SV Waregem, un record qui ne sera probablement jamais battu ! Mais qu'est-ce qui pousse un homme à jouer pendant 20 ans pour le même club ? Pour le savoir, le mieux est de lui poser la question. LucMillecamps : Oui, mais cela n'a pas été aussi simple. Nous habitions à Zulte et la localité possédait deux clubs, le SK Zulte et Zulte Sportief. Ces deux entités se faisaient une féroce concurrence. Pour mon frère et moi, le choix n'était pas évident. Nous ne voulions vexer personne. Notre père était facteur à Zulte, c'était délicat pour lui aussi. Pour éviter les problèmes, nous avons opté pour Waregem, situé à trois kilomètres de Zulte. Je suis toujours resté amateur (il rit). Mon frère et moi travaillions aux Textiles Bekaert. Ou plutôt : mon frère y travaillait, alors que j'étais présent comme comptable, pendant 15 ans. (il rit). Monsieur Bekaert, notre patron, était le président du 'Essevee'. Les étrangers étaient professionnels, mais les joueurs belges avaient quasiment tous un emploi. Je n'aurais jamais laissé tomber le mien. Financièrement, je n'ai sans doute pas retiré le maximum de ma carrière, mais j'avais une certaine sécurité. Le football m'a permis d'arrondir mes fins de mois. A l'époque, je gagnais en moyenne 100.000 francs belges par mois. Je dois être honnête : lorsqu'Anderlecht et Lille m'ont fait de belles propositions, j'ai hésité, mais je n'ai pas voulu abandonner la proie pour l'ombre. Je n'ai jamais regretté mon choix. Lorsque je croisais Constant Vanden Stock, il me répétait toujours : " Voilà le seul joueur belge qui a refusé de venir à Anderlecht !" Plus ou moins (il rit) ! Le meilleur était, sans conteste, Hans Croon. Pendant sa première période à Waregem, précisons-le. Après son retour d'Anderlecht, les joueurs qui avaient travaillé avec lui ne l'ont plus reconnu ! Je ne sais pas ce que les Bruxellois ont fait avec lui, mais il était devenu un autre homme. Ce qui était strictement interdit avant, ne l'était subitement plus. Il lui arrivait de boire et il n'était pas insensible aux charmes féminins. Il a sans doute encaissé un choc, mentalement, à Anderlecht : tous ces succès, et quand même prendre la porte après un an ! Je n'ai pas été étonné d'apprendre qu'il a abouti dans une secte, plus tard, et qu'il est décédé dans un accident de voiture. Ma première prise de contact avec le Néerlandais n'avait pourtant pas été positive. Il avait fait un speech de près de deux heures et j'avais failli m'endormir. Boire une bière, fumer une cigarette : tout était interdit. J'ai cru qu'il allait aller jusqu'à décider de l'heure où nous pouvions rejoindre nos femmes ! J'avais l'habitude de boire une bière et de fumer une cigarette dans la cantine après un match. Aujourd'hui, j'ai arrêté de fumer, mais à l'époque, j'en étais à un paquet par jour. Je n'avais pas l'intention de changer mes habitudes. Un jour, quelqu'un m'a pris par l'épaule alors que je discutais avec des supporters à la cantine. C'était Hans Croon. Il m'a dit : ' Nous avions pourtant convenu que c'était interdit ! ' Je lui ai répondu : " Coach, écoutez : je pourrais tout aussi bien aller boire un verre et fumer une cigarette dans un bistrot, à 500 mètres d'ici, sans que vous le sachiez. Nous sommes à Waregem, pas à Madrid. " Après cela, il m'a laissé tranquille !" Oui, c'est vrai. Pourtant, il n'était pas mon entraîneur préféré. Il avait ses chouchous dans le groupe et je n'en faisais pas partie. Peu m'importait qu'ils lèchent le cul de l'entraîneur, mais ils devaient fermer leur bec dans le vestiaire, sinon ils avaient affaire à moi. A l'entraînement, Haesaert aimait travailler avec des cônes et des piquets. Lorsque je voyais ces engins, je n'avais déjà plus envie de m'entraîner ! Urbain était trop de connivence avec certains joueurs : un jour celui-ci, un autre jour celui-là. Mais il avait ses mérites aussi, soyons clair. Le plus talentueux, mais aussi le plus fainéant, était le Brésilien Giba. Lorsqu'il pressentait qu'on allait avoir un entraînement assez poussé, il avait subitement mal à l'aine. C'était sans doute le seul muscle et le seul mot qu'il connaissait. Il répondait présent dans les grands matches, contre Anderlecht, Bruges ou le Standard, et lorsqu'il y avait beaucoup de monde, mais cela représentait dix matches par an ! Là, il était intenable ! Mais lorsque j'entrais en possession du ballon à l'arrière et que je ne parvenais pas à le trouver, je savais que je ne devais pas compter sur lui ce jour-là. J'ai entendu qu'il gérait une épicerie au Brésil, aujourd'hui. Je me demande comment va son aine ! (il rit) L'Autrichien Richard Niederbacher n'était pas mauvais non plus. Il a été meilleur buteur du championnat de Belgique. Je dois toutefois préciser que Rudy Haleydt et Hervé Delesie, qui évoluaient sur les flancs, se mettaient entièrement à son service. Plus tard, il est parti au PSG. Il était marié avec Miss Belgique. Francis Borelli, le président du PSG à l'époque, était actif dans la mode et voulait faire d'elle un mannequin, mais elle était enceinte. Pas de chance. Richard n'a d'ailleurs pas réussi à Paris. Demandez-le à Wim Reyers. Ce Néerlandais a voulu imposer sa loi au Gaverbeek ! Après une semaine, nous l'avions déjà exclu de l'équipe. Avec sa grande g..., il n'avait qu'à jouer en Réserve ! J'éprouvais toujours des difficultés contre Jan Mulder ! Il y avait un autre joueur assez spécial, Nico Jansen du RWDM. Un jour, avant un match, il m'a dit : ' Toi, le barbu : si tu viens dans mes parages, je te coupe la tête ' ! Et il le pensait vraiment, car j'ai vu ses studs passer très près de mon visage. Goethals ne sélectionnait quasiment que des joueurs des grands clubs ! C'était presque impossible d'être appelé lorsqu'on jouait à Waregem. Oui, c'est possible ! (il rit). Les Juniors UEFA s'entraînaient régulièrement à Bruxelles. Goethals était souvent présent. J'y allais en train et je descendais à la Gare du Nord. J'étais trop tôt et j'avais entendu qu'il y avait moyen de se rincer l'oeil dans le coin ! (il rit). J'ai décidé de partir en reconnaissance et j'ai laissé mon sac de sport, quelque part, derrière un poteau. Lorsque j'ai voulu le récupérer, il avait disparu, forcément. Comment peut-on être aussi stupide ? J'ai dû expliquer à Goethals que je n'avais pas de chaussures. Raymond Wilms, un joueur d'Anderlecht, m'en a prêtées mais elles étaient trop grandes. Cela n'a pas fait rire Raymond ! Marc Baecke, de Beveren, a dû déclarer forfait à cause d'un problème aux reins. Les temps étaient durs pour Thys, qui avait succédé à Goethals. Il avait déjà essayé tout le monde ! Guy a dû penser : nous allons appeler ce Millecamps, comme cela nous aurons fait le tour. De toute façon, cela ne peut pas être plus mauvais (il rit). C'est ce qu'on dit, en tout cas. Et, effectivement, on se comprenait, mais sans beaucoup parler. Walter et moi, ne nous sommes quasiment jamais adressés la parole. Meeuws a beaucoup profité de moi, et il le sait ! Il jouait comme libero, mais il était plus souvent devant moi que derrière moi. Je devais faire le sale boulot, alors que lui s'en sortait avec les éloges. Mais je m'en foutais, je faisais simplement mon travail. Je me souviens d'avoir été très malade après ce match. Il y a d'abord eu un grand banquet. Ensuite, je me suis retrouvé avec Guy Thys dans un bar, où l'on a goûté l'Irish coffee. Lorsque nous sommes rentrés à l'hôtel, j'ai demandé à Thys ce que nous allions faire. Tout était fermé. 'Pas de problèmes !' a-t-il dit. Il s'est rendu à la réception, a demandé la clef de sa chambre et a commandé une bouteille de Whisky. Nous l'avons vidée dans le lobby de l'hôtel en fumant un bon cigare. Lorsque nous avions gagné, tout était permis avec Thys. Nous séjournions déjà depuis un moment dans notre hôtel et Wilfried Van Moer en avait marre ! Il voulait faire une promenade. Nous sommes partis à sept. Nous avons trouvé une petite terrasse agréable. Les verres de bière ont défilé. Lorsque nous sommes rentrés à l'hôtel, nous avions notre compte. Mon frère, qui était resté à l'hôtel, était très fâché sur moi et s'est écrié : 'Tu t'es regardé, pauvre ivrogne ? Et c'est un type comme cela qui va affronter l'Espagne ? Un vrai scandale ! GuyThys afaitsemblant de ne rien entendre et a renvoyé tout le monde dans sa chambre après le dîner. Le lendemain, nous avons battu l'Espagne 2-1 et nous avons ensuite disputé la finale de l'EURO 80 contre l'Allemagne ! Le match d'ouverture de la Coupe du monde 82 en Espagne, contre l'Argentine. Nous avons gagné 1-0. Les Argentins ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes, s'ils ont perdu. Alors que la cérémonie d'ouverture n'était pas encore terminée, nous les avons croisés dans les catacombes du Nou Camp. Nous pensions qu'ils nous auraient salués, qu'ils nous auraient au moins dit un petit mot. Rien du tout ! Ils ne nous ont même pas regardés, nous ne comptions pas ! Même Guy Thys n'a pas eu droit à un petit mot de Luis Cesar Menotti, le sélectionneur argentin. Dans le vestiaire, juste avant le match, Eric Gerets, vexé comme ce n'était pas possible, a tenu un petit speech. Nous étions motivés à 150 % ! Les Argentins se sont eux-mêmes compliqué la vie, j'en suis convaincu ! Oui, Maurice De Schrijver. Un journal espagnol avait écrit que Maurice était parti découvrir Barcelonabynight et s'était laissé aller à la boisson et aux plaisirs charnels. Le titre de l'article était : Whisky yamor. Il devait sans doute y avoir un sosie de De Schrijver dans l'établissement, car je peux vous jurer que tout ce qui était écrit n'était que mensonges. C'est bien simple ; j'ai joué aux cartes avec Maurice, cette nuit-là ! Pour comble de malheur, un journaliste belge de Het Nieuwsblad avait repris l'article sans vérifier sa véracité. Vous devinerez sans peine de qui est venu le premier coup de téléphone de Belgique pour Maurice, après la publication de cet article... (il rit) PAR GILBERT VAN BINST - PHOTOS : BELGAIMAGE/ KETELS" Lorsque je croisais Constant Vanden Stock, il me répétait toujours : 'Voilà le seul joueur belge qui a refusé de venir à Anderlecht !' " " Après notre victoire 1-3 en Ecosse, j'ai vidé une bouteille de whisky et savouré un bon cigare avec Guy Thys. En cas de succès, tout était permis avec lui. "