Débarqué au Borussia Dortmund en 2018, Lucien Favre connaît bien la Bundesliga pour avoir déjà précédemment travaillé au Hertha BSC et à Mönchengladbach. Le Suisse compte bien mener la vie dure au Bayern cette saison, avec le concours d'Axel Witsel, de Thomas Meunier, de Thorgan Hazard et de nombreux autres jeunes talents.
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Débarqué au Borussia Dortmund en 2018, Lucien Favre connaît bien la Bundesliga pour avoir déjà précédemment travaillé au Hertha BSC et à Mönchengladbach. Le Suisse compte bien mener la vie dure au Bayern cette saison, avec le concours d'Axel Witsel, de Thomas Meunier, de Thorgan Hazard et de nombreux autres jeunes talents. Comment un entraîneur, en 2020, gère-t-il la nouvelle génération des Jadon Sancho, Erling Haaland, Jude Bellingham, Giovanni Reyna, etc ? LUCIEN FAVRE : C'est vrai que nous avons beaucoup de jeunes grands talents au Borussia Dortmund. Ce sont des joueurs qui ont une grande intelligence de jeu et, pour certains, qui sont très en avance et affichent déjà une belle maturité. Le plus important, c'est l'intelligence de jeu. Mais il faut aussi des qualités techniques, une bonne condition physique et ils réunissent toutes ces qualités. C'est un plaisir de travailler chaque jour avec autant de jeunes si doués. Ils ont encore, et c'est normal, une grosse marge de progression. Pour gérer une telle génération, il faut trouver le bon équilibre entre l'exigence et la tolérance. Franchement, ça se passe très bien. J'ai rarement vu et eu des joueurs aussi talentueux. Vous avez l'impression que les jeunes joueurs actuels s'intéressent beaucoup au foot et regardent beaucoup de matches ? FAVRE : Ce que je remarque à chaque entraînement, c'est que les joueurs aiment le foot. Ils ne le considèrent pas simplement comme un métier, mais aussi et surtout comme une passion. Lorsque nous effectuons des oppositions ou des tournois entre nous, ils sont tous motivés. Ils adorent le ballon. Je n'ai encore jamais croisé un joueur de quinze, seize ans qui me fasse comprendre qu'il débarquait au club dans le seul but de gagner de l'argent. Ça doit exister ailleurs, mais chez nous, j'ai du mal à imaginer qu'un de nos joueurs ait une telle mentalité. S'il n'a pas l'envie et le plaisir de se retrouver au milieu de ses copains à l'entraînement, il n'a pas choisi le bon métier. Ici, je sens chaque jour qu'ils sont tous heureux de jouer et de travailler ensemble. Le plaisir avant tout. Vous arrive-t-il d'échanger avec eux sur les matches que vous avez suivis la veille ? FAVRE : Bien sûr, comme récemment avec le Final 8 de la Ligue des Champions. Ils s'intéressent à la tactique, au comportement des joueurs, aux erreurs commises, si une équipe a modifié son schéma de jeu en plein match, etc. Ils veulent toujours apprendre en observant aussi ce qu'il se passe ailleurs. Ils sont curieux et cette curiosité leur permet de réaliser une belle carrière. Comment vous y prenez-vous pour gérer au mieux autant de nationalités différentes ? FAVRE : Notre langue principale, c'est l'allemand. Après, nous nous exprimons souvent en français avec un bloc de joueurs francophones (Raphaël Guerreiro, Dan-Axel Zagadou, Axel Witsel, Thorgan Hazard et Thomas Meunier) et anglais avec un bloc anglophone (Jadon Sancho, Jude Bellingham, Erling Haaland). Notre base, ce sont ces trois langues. En mars dernier, votre match au Parc des Princes en huitième de finale retour de la Ligue des Champions a été le premier disputé à huis clos. Comment aviez-vous ressenti cette atmosphère si particulière ? FAVRE : L'avant-veille de ce match retour, nous ne savions pas encore s'il allait pouvoir se jouer. Et la veille, nous étions toujours dans l'incertitude de jouer avec ou sans public. Finalement, le match s'est disputé à huis clos. C'est une situation qui nous est tombée dessus de manière abrupte. Jouer sans spectateur, c'est le sentiment d'être à l'entraînement. Il faut se résoudre à cette situation encore un certain temps. En tout cas, il a fallu un temps d'adaptation aux joueurs pour trouver leurs marques avec cette atmosphère si particulière. C'est complètement différent. Certains d'entre eux se sentent sans doute un peu plus à l'aise avec une pression moindre et d'autres, la plupart d'entre eux, ont besoin du public. À domicile, nous avons l'habitude d'évoluer devant un peu plus de 80.000 spectateurs. Le mur jaune nous manque. Comment vivez-vous cette crise sanitaire en tant qu'entraîneur ? FAVRE : Il faut respecter la discipline liée au concept d'hygiène. Nous n'avons pas le choix. Mais cette situation complique notre tâche quotidienne en matière d'organisation. Par exemple ? FAVRE : Durant la préparation, nous avons disputé deux matches amicaux en une journée, un à 15h30 et un autre en début de soirée. Erling Haaland devait absolument disputer le premier match pour se rendre en Norvège le soir-même afin d'y disputer la Ligue des Nations avec sa sélection. S'il avait joué le deuxième match, il se serait rendu dans son pays seulement le lendemain matin et, dans ce cas, il aurait été mis en quarantaine. Cet exemple situe la complexité de cette situation sanitaire inédite. Mi-mars, vous pensiez que la situation serait toujours aussi grave six mois plus tard ? FAVRE : Au début, certains experts évoquaient une simple grippette. Et tout d'un coup, certains hôpitaux étaient débordés avec beaucoup de cas positifs et des morts. Nous avons compris que cette maladie était à prendre très au sérieux. Six mois plus tard, le virus reprend et nous n'aurons pas beaucoup de supporters dans les stades dans les prochaines semaines. Il semblerait que cette situation va durer jusqu'au moment où un vaccin sera trouvé. Quand vous voyez le tableau plutôt favorable du PSG en quarts (contre l'Atalanta Bergame) et en demi-finales (RB Leipzig) de la Ligue des champions, à Lisbonne, vous éprouvez encore des regrets de ne pas avoir éliminé Paris ? FAVRE : Non, je me dis simplement que nous avons été éliminés par le finaliste de cette Ligue des Champions, qui a perdu de justesse contre le Bayern Munich ( 0-1, ndlr). La saison passée, nous avions été battus par Tottenham au même stade de la compétition (huitièmes de finale) et les Spurs avaient également été finalistes. N'y avait-il pas la possibilité de passer ce tour face au PSG ? FAVRE : Nous n'avons à nous en prendre qu'à nous-mêmes. Nous n'étions pas parvenus à reproduire la même prestation au Parc des Princes qu'au match aller, à Dortmund. Il ne faut pas oublier que trois jours avant ce match retour, nous avions laissé beaucoup de forces sur la pelouse du Borussia Mönchengladbach ( victoire 2-1, ndlr) en championnat, pendant que Paris était au repos ( match reporté à Strasbourg, ndlr). Mais je ne cherche pas d'excuses. À Paris, il nous a manqué beaucoup de choses. À l'aller, tout le monde estimait que nous avions fait un grand match, mais à 0-0, le PSG s'était procuré deux grosses occasions qui auraient pu changer le cours de cette première manche. Le seul regret, c'est que nous aurions dû ajouter un troisième but en fin de match. Avec deux clubs allemands en demi-finales de la Ligue des Champions, la Bundesliga a-t-elle affiché sa bonne santé ? FAVRE : Oui, elle est très compétitive. Le Bayern Munich a réalisé une grande compétition à Lisbonne et le RB Leipzig a mérité sa place dans le dernier carré. Mais ce sont des cycles. Pendant de longues années, avec le Real Madrid, le FC Barcelone, mais aussi l'Atlético de Madrid, les clubs espagnols ont largement dominé la Ligue des Champions. Ensuite, les Anglais sont revenus très fort et, cette saison, ce sont les clubs allemands qui ont été les meilleurs. En 2020, la Bundesliga est-elle le meilleur championnat au monde ? FAVRE : À l'heure actuelle, en termes de compétitivité et d'attractivité, je la situe au niveau des championnats anglais et espagnols, même si financièrement, ces deux ligues ont beaucoup plus de moyens. La Bundesliga a été la première à reprendre, mi-mai. Quand vous voyez que la DFL (Ligue allemande) a plutôt bien géré cette crise, vous dites-vous que vous avez de la chance de travailler dans ce pays ? FAVRE : Elle a prouvé qu'elle était en avance sur les autres championnats européens en anticipant les choses avec une organisation parfaite. Aucun match n'a été remis, il y a eu très peu de cas. L'Allemagne a constitué un bel exemple pour les autres pays. À vos yeux, elle a donc repris au bon moment ? FAVRE : Au départ, des discussions ont eu lieu pour savoir s'il fallait reprendre le championnat fin avril, puis début mai, mais à ce moment-là, les clubs n'étaient pas totalement prêts. La date du 16 mai a été idéale, tout s'est bien déroulé et la saison a pu reprendre sans encombre et s'achever dans les délais, avant le 30 juin. Estimez-vous que le sport doit à tout prix continuer dans ce contexte sanitaire sans précédent ? FAVRE : Le plus important, c'est de respecter les règles, de faire preuve de discipline et de rigueur en maintenant les distances. Mais pour des raisons économiques, il faut que le sport continue tant que c'est possible, en attendant le vaccin. Comment comptez-vous gérer votre effectif en vue de cette saison très spéciale et ultra chargée ? FAVRE : À partir de la mi-octobre, nous allons jouer tous les trois jours jusqu'à Noël, avec une mini-trêve internationale en novembre. Nous n'aurons que quatre jours de repos à la fin de l'année, car la Bundesliga reprendra dès le 2 janvier. Il faut aborder cette phase du mieux possible, sachant que nous sommes tous dans la même situation un peu partout en Europe, mais il est clair que ce calendrier s'annonce compliqué. Pour la première fois, la trêve hivernale va être supprimée en Allemagne... FAVRE : Oui, c'est inévitable, mais ce sera une exception. En Allemagne, les gens sont fous de foot. Se réunir, aller au stade et faire la fête ensemble, c'est très important dans la société. Cette trêve est traditionnelle, les Allemands y tiennent, même si cette année, ils ont été tellement privés de foot au printemps qu'ils se réjouissent qu'il n'y ait pas véritablement de pause cet hiver. À un an de la fin de votre contrat au BVB, est-ce une possibilité qu'il soit le dernier club de votre carrière ? FAVRE : Pour le moment, je n'y songe pas. Aujourd'hui, je suis investi à fond dans ma mission et je n'ai pas encore réfléchi à mon avenir. Pourriez-vous envisager de boucler la boucle en Suisse, dans votre canton ? FAVRE : Je ne retournerai pas travailler dans un club suisse. Je suis parti depuis de trop nombreuses années ( treize ans, ndlr). Même pas pour prendre les rênes de la sélection suisse ? FAVRE : Non, ce n'est pas un job pour moi. Je suis quelqu'un qui aspire à travailler tous les jours. J'aime trop le ballon pour m'en contenter quelques jours par mois. Êtes-vous parfois usé par le milieu ? FAVRE : Pas du tout, la passion est intacte. Dès que je vois un ballon, j'ai envie de taper dedans. Lorsque je regarde par ma fenêtre et que je vois des jeunes qui s'entraînent, j'ai aussitôt envie d'aller les guider. Ce qui m'intéresse, c'est le ballon et le terrain. C'est là où je me sens le mieux.