Noë Dussenne est rentré en Belgique après une saison pour le moins contrastée qui s'est finalement terminée par un sauvetage presque miraculeux. Au début du mois d'avril, Crotone ne comptait que 14 points et accusait un retard de huit unités sur le premier non relégable, Empoli. Finalement, le club calabrais s'est sauvé lors de la dernière journée après une fin de saison fantastique.
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Noë Dussenne est rentré en Belgique après une saison pour le moins contrastée qui s'est finalement terminée par un sauvetage presque miraculeux. Au début du mois d'avril, Crotone ne comptait que 14 points et accusait un retard de huit unités sur le premier non relégable, Empoli. Finalement, le club calabrais s'est sauvé lors de la dernière journée après une fin de saison fantastique. NOË DUSSENNE : C'est forcément différent... Avec Mouscron, j'étais le capitaine, mais ici à Crotone, il y a le côté grandiose de la Serie A. Dans les deux cas, il y a la même joie d'éviter la relégation. C'est juste incroyable ce qui s'est passé en deux mois pour nous. On gagne 7 de nos 10 derniers matchs, on fait 2 partages et on ne perd qu'un match, celui contre la Juventus. On savait que ça allait se jouer à rien, mais ce qu'on a fait là, c'est énorme. On avait très peur que Palerme laisse filer le dernier match contre Empoli compte tenu du fait que les gars n'avaient plus rien à jouer, mais ils ont fait le job. C'était inespéré. Perso, j'ai passé toute la seconde mi-temps à m'échauffer sur le côté et à suivre le match d'Empoli au gré des réactions de nos propres supporters, un moment magique. DUSSENNE : (Il réfléchit). C'était long, je suis donc content de rentrer pour voir mes amis, ma famille. On ne se rend pas toujours compte de la difficulté de se retrouver seul à l'autre bout du monde (sic). Les gens pensent qu'on mène toujours une vie de rêve, mais se retrouver seul à Crotone pendant un an, ce n'est pas toujours le paradis. Rentrer chez soi après les entraînements, n'avoir personne à qui se confier, ça a parfois été très dur. Je ne m'attendais pas à être autant livré à moi-même. J'ai dû apprendre l'italien tout seul puisqu'il n'y avait pas de cours organisés par le club. Ce sont des petites choses, mais qui finissent par miner le moral. D'autant que Crotone, c'est minuscule. À part aller à la plage, franchement, il n'y a pas grand-chose à faire. Il n'y a pas de cinéma, pas de centre commercial... Il parait qu'en été, c'est envahi par les touristes, mais en hiver, je peux vous dire que c'est un brin cafardeux. DUSSENNE : Hormis une saison à Mons en 2013-2014 où j'avais aussi alterné entre le banc et le terrain, je n'avais jamais connu une telle situation. C'était d'autant plus paradoxal que j'ai très vite été balancé dans le grand bain contre Empoli quelques jours à peine après mon arrivée. Je ne parlais pas italien, j'étais perdu et ça s'est ressenti sur le terrain où j'ai fini par me faire exclure. 15 jours plus tard, j'étais à nouveau titulaire contre l'Atalanta. On jouait à Pescara devant 200 supporters étant donné que notre stade était encore en rénovation et je me suis retrouvé avec zéro sensation dans les jambes. Cette impression de jouer un match amical, sans adrénaline, sans pression, quelque chose que je ne parviens toujours pas à m'expliquer. À partir de ce moment-là, c'est devenu compliqué. Déjà que je n'avais presque aucun contact avec le coach. Le matin, je le voyais, c'était un timide " buongiorno " et puis c'était déjà tout. Pourtant, je faisais des efforts, j'ai même très vite commencé à me débrouiller en italien, mais ce n'était visiblement pas la langue le problème. Il paraît que c'est souvent comme ça avec les coachs italiens... Et puis, pour être honnête, je dois avouer que j'étais barré par deux joueurs (Gianmarco Ferrari et Federico Ceccherini, ndlr) qui ont fait une grosse saison, couronnée par une sélection avec la Squadra Azzura. Difficile, dans ces circonstances-là, de rivaliser avec deux jeunes Italiens qui marchent bien. Je suis donc devenu, au fil de la saison, une sorte de joker, mais je ne suis pas amer. J'ai joué neuf matchs, mais j'ai beaucoup appris tactiquement. J'ai eu la chance de jouer au San Paolo à Naples, contre la Roma, contre la Fiorentina. Ça reste des moments exceptionnels pour moi. Quand tu te retrouves à échanger avec Nainggolan dans le couloir, tu te dis qu'il ne faut pas faire le con. Tu es avec les grands, c'est un honneur. DUSSENNE : Ça s'explique par le fait que c'est un football tout à fait différent, difficilement appréhendable quand on vient de Belgique. Nous, à Crotone, en tant que défenseur, on ne nous demande pas de construire. Il n'y a pas une passe latérale autorisée dans la ligne arrière, c'est directement boum devant. J'en parlais avec Kums qui me disait que c'était pareil à l'Udinese et c'est évidemment encore plus regrettable pour un joueur de ballon comme lui. Défensivement, c'est pareil : j'étais habitué au marquage individuel et ici on ne jure que par la zone. C'est comme ça et pas autrement, on te demande d'être carré, tu n'as pas le droit à l'erreur et si tu en fais une, tu sautes, c'est la règle. Je la connaissais avant de venir, j'ai appris à l'appréhender. La preuve, c'est que j'ai peut-être plus appris en huit matchs qu'en deux ans en Belgique. DUSSENNE : Oui et je commence à en avoir sérieusement marre. Après, quand tu as connu la fin de saison qu'on a eue avec le Cercle en 2015 contre Malines (trois buts encaissés dans les trois dernières minutes et un carton rouge pour Dussenne, ndlr), je pense qu'il n'y a plus grand-chose qui peut t'atteindre. Ça reste et ça restera, j'espère, le pire moment de ma carrière. Mais c'est vrai qu'à force, c'est une accumulation de mauvais souvenirs. Ça peut devenir délicat psychologiquement d'avoir l'habitude de monter sur un terrain pour ne pas perdre plutôt que pour gagner. Et en même temps, c'est aussi difficile de dire non à une offre qui vient d'Italie quand tu penses à tous les grands joueurs, aux super stades qu'il y a là-bas. C'était tentant d'aller se frotter à ce monde-là. DUSSENNE : Je savais qu'on ne finirait pas huitième du Calcio, mais j'espérais malgré tout une saison un rien plus sereine. Après, des regrets, je n'en ai pas. C'est si je n'avais pas pris ce risque-là, à ce moment précis, que j'aurais potentiellement pu en avoir. Là, je considère avoir saisi ma chance. D'autant qu'au moment où l'offre de Crotone est arrivée, ça faisait déjà quelques semaines que je rongeais mon frein en Belgique. Il y avait eu des offres, mais ça ne se concrétisait pas. C'est pour ça que j'ai changé d'agent en plein mercato et que je suis allé voir Mogi. Il m'a ramené 2-3 offres dont celle de Crotone que j'ai saisie. DUSSENNE : Je n'étais pas le seul à douter de la viabilité du projet mouscronnois, mais je voulais surtout profiter de ma bonne saison pour gravir un palier. Je ne pouvais pas me contenter de rester à Mouscron en sachant que j'étais assuré de ma place. J'avais peur de perdre l'envie en m'éternisant à Mouscron. C'est pour ça qu'assez logiquement, j'ai joué avec le frein à main en début de saison parce que c'était clair que je voulais partir. On s'est un peu embrouillé à l'époque avec l'entraineur à cause de ça, mais je pense qu'avec le recul, il ne peut que comprendre ma décision. D'autant que j'avais joué la transparence avec le staff à qui j'avais expliqué ma volonté de découvrir autre chose. DUSSENNE : L'intérêt de l'Inter a réellement été concret à un moment, mais ça remonte à janvier 2016. J'en ai eu la confirmation parce que le gars qui gère la communication à Crotone, c'est le meilleur ami de la personne en charge du recrutement à l'Inter. C'est lui qui m'a expliqué que le club avait directement pris contact avec Mouscron à l'époque, mais malheureusement l'information n'est jamais arrivée jusqu'à moi. Il y a eu ça, mais il y a eu beaucoup d'autres choses aussi qui ont fait qu'à un moment, c'était de trop. Je voyais des choses dans la presse, je recevais des coups de fil, je faisais des matchs amicaux, on me demandait pourquoi je ne signais pas là ou là. Et puis, quand j'appelais Jacques, il me disait qu'il n'y avait rien de concret. Il avait peut-être ses raisons, peut-être plus à gagner dans un sens ou dans l'autre, je ne le saurai jamais, mais moi j'ai considéré qu'il n'avait pas répondu à mes attentes. C'est pour ça que j'ai préféré mettre fin à notre collaboration. Si je donne ma confiance à une personne, c'est pour qu'il me dise tout, pas la moitié. C'est là que ça a coincé. DUSSENNE : Dylan, c'est mon meilleur ami. Depuis que je suis rentré, on se voit tous les jours, on va courir ensemble, on fait du tennis ensemble. Ce serait donc super de jouer avec lui, mais on a chacun nos carrières respectives et on ne compte pas s'attendre. Moi, il me reste deux ans de contrat en Italie et je ne vais évidemment pas cracher dessus. Je sais qu'il y a des clubs belges intéressés, mais ça ne dépend malheureusement pas que de moi. Dans l'état actuel des choses, Crotone n'est pas prêt à me laisser partir donc il faudra voir comment la situation va évoluer dans les prochaines semaines, mais je ne désespère pas qu'on puisse trouver une solution qui arrange les deux parties. DUSSENNE : Si je l'ai choisi, c'est que j'ai confiance en lui. Le fait qu'il soit le plus gros agent en Belgique fait aussi partie des raisons pour lesquelles je me suis tourné vers lui. Mogi, c'est le meilleur. Et pour faire une belle carrière, je pense que j'avais besoin de travailler avec un homme capable de m'ouvrir toutes les portes. Je connais d'autant mieux ses qualités que j'avais déjà travaillé avec lui du temps de Mons où Benjamin Niçaise me l'avait présenté. Revenir chez Mogi, c'était un peu le choix de la raison pour moi. DUSSENNE : Je n'ai jamais eu de plan de carrière, mais si j'ai une envie, c'est celle de me poser. Je rêve de rester 2-3 ans dans un club stable pour avoir l'occasion de m'épanouir personnellement et de créer quelque chose. Sur le plan sportif, le fait d'être plus stable pourrait me permettre d'avancer. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS BELGAIMAGE" J'ai plus appris en huit matchs en Serie A qu'en deux ans en Belgique. " - Noë Dussenne