Dieumerci, peut-on dire que Genk a déjà fait un grand pas vers le titre et que personne ne saura plus vous en barrer la route ?
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Dieumerci, peut-on dire que Genk a déjà fait un grand pas vers le titre et que personne ne saura plus vous en barrer la route ? Dieumerci Ndongala : Non, certainement pas. Les gens affirment sur tous les toits qu'avec dix points d'avance, plus rien ne peut nous arriver mais en fait, nous n'avons actuellement que cinq longueurs de plus que nos poursuivants puisque les points seront divisés par deux en PO1. Il ne faut sous-estimer aucun adversaire. A un moment donné, cette saison, Bruges était leader et personne n'imaginait que nous en serions là quelques mois plus tard. La clé du succès, c'est l'humilité. L'avantage, c'est que nous avons déjà mangé notre pain noir en novembre et décembre et j'espère que nous ne connaîtrons plus de mauvaise passe.Une défaite contre le Cercle et quelques matchs nuls, ce n'était pas non plus une mauvaise passe dramatique ? Ndongala : Peut-être. Mais, personnellement, je considère que nous avons perdu beaucoup de points alors que c'était évitable. Toutefois, notre force, cette saison, est la confiance qui permet à ce groupe de rayonner et de repartir de l'avant. Et cela, c'est au coach qu'on le doit. Il sait trouver les mots qu'il faut. Je regrette encore notre élimination en coupe de Belgique. Je pense que nous aurions pu lutter sur trois fronts mais nous avons perdu aux tirs au but à l'Union Saint-Gilloise. Dommage... Genk développe un jeu séduisant, peut s'appuyer sur quelques individualités et a la hargne nécessaire pour renverser le cours d'un match. Cela s'est encore vu il y a quelques jours à Saint-Trond. Ces éléments ne sont-ils pas suffisants pour vous désigner comme le futur champion ? Ndongala : J'aimerais vous dire que si, bien sûr, mais ce serait tout simplement prématuré. Personne, dans le vestiaire, ne parle du titre. Peut-être que certains y pensent dans leur coin mais, dans ce cas, ils ont l'humilité de garder cet objectif pour eux parce que nous en sommes encore loin. Je suis convaincu que nous avons ce qu'il faut pour aller au bout mais encore faut-il le faire. La victoire conquise à Saint-Trond, alors que nous étions menés au score à un quart d'heure du terme et que les Canaris n'avaient pas encore perdu à domicile cette saison, est un signal fort. Elle prouve que, sur le plan mental, nous avons aussi des ressources et que nous allons nous battre jusqu'au bout. C'est quoi la " méthode Clement " ? Ndongala : Je pense qu'il a avant tout su remettre les joueurs en confiance, parce qu'en fin de compte, le groupe actuel n'est pas fort différent de celui de la saison dernière. Il a su mettre les qualités de chaque joueur au service d'une cause collective. C'est un coach qui parle énormément avec ses joueurs, qui explique ses choix, qui a une vision du jeu séduisante et qui la partage. C'est aussi un gros travailleur et parfois, j'ai le sentiment qu'il dort au stade. A vrai dire, il me donne presque envie de devenir entraîneur ! Je n'ai aucun souci à le dire : en l'espace de douze mois, il m'a permis de fort augmenter mon intelligence de jeu. Je suis devenu beaucoup plus performant dans mon jeu sans ballon, je crée des espaces pour mes équipiers, ... je m'amuse. Je ne suis plus seulement le gars de couloir qui provoque des " un contre un ". Philippe Clement ne laisse jamais le doute s'installer parce qu'il est proche de nous et qu'il encourage sans cesse. Philippe Clement n'était pas ce que l'on peut appeler un joueur " sexy ", ses qualités étaient surtout défensives, mais il prône un jeu résolument offensif. Cela vous étonne ? Ndongala : Non. Je pense, au contraire, que c'est un signe d'intelligence. J'imagine qu'il a su tirer ce qu'il y avait de mieux de tous les coachs qu'il a côtoyés comme joueur. Cela aurait justement été très réducteur de se dire : 'J'ai été défenseur et je serai donc un coach défensif'. Il a connu une magnifique carrière, a participé à une Coupe du monde, ... en tout cas, sa philosophie de jeu me correspond. Beaucoup plus, par exemple, que celle de Sa Pinto au Standard la saison dernière. J'ai de la chance parce que ces dernières années, il m'a quand même été possible de travailler avec Felice Mazzù, Hein Vanhaezebrouck et maintenant Philippe Clement. C'est avec lui que je progresse le plus et je pense qu'il fera une grande carrière d'entraîneur. Si Genk devait louper le titre cette saison, ce serait quand même un sacré gâchis...Ndongala : C'est sûr. Pour nous, c'est cette saison ou jamais. Avec les Trossard, Pozuelo, Berge, Heynen, Samatta et d'autres, ce sera très injuste que nous n'allions pas au bout parce que c'est véritablement une génération dorée. Hans Vanaken a été récemment sacré Soulier d'or. Êtes-vous surpris qu'aucun joueur de Genk ne l'ait talonné au classement ? Ndongala : Surpris, oui. Genk a été, sur l'ensemble de l'année 2018, l'équipe la plus régulière et celle qui a offert le meilleur football et Philippe Clement incontestablement le meilleur entraîneur. Mehdi Carcela est un ami et je pense que s'il avait joué le deuxième semestre comme le premier, le trophée n'aurait pas pu lui échapper. Quant à Genk, je trouve incroyable que Trossard ne soit pas parmi les mieux classés et que Pozuelo ne soit que troisième. Cela étant, personne n'éprouve un sentiment d'injustice et personne ne s'est plaint de quoi que ce soit. Les titres collectifs sont plus importants que les individuels. Parlons un peu de votre carrière. Dans votre malchance, vous vous en êtes plutôt bien sorti. Cela ne s'est pas très bien passé à Gand et vous avez rebondi au Standard. Ce ne fut pas beaucoup plus brillant à Sclessin mais vous explosez maintenant à Genk. Comment analysez-vous cela ? Ndongala : Quand j'ai quitté Charleroi, j'étais censé aller à Bruges. J'étais d'accord avec le Club mais les directions ne se sont pas entendues. Je me suis retrouvé à Gand où je me suis blessé et où le système ne correspondait pas à mon style de jeu. Quand le Standard s'est présenté, j'ai sauté sur l'occasion parce que j'y avais joué plusieurs années chez les jeunes et parce que j'étais très enthousiaste à l'idée de revenir avec un peu de reconnaissance. Mais je suis arrivé dans un club en difficultés, qui n'a pas atteint les PO1 et où une partie de la direction ne me voulait pas. Ma blessure gantoise s'est également avérée plus sérieuse que prévu. En Flandre, on avait estimé la durée de ma guérison à un mois mais j'avais encore mal. A Liège, on m'a dit que j'en avais au moins pour trois mois. Cela a été un coup dur. J'ai discuté avec Olivier Renard et j'étais tellement motivé à l'idée de réussir à Sclessin que je lui ai proposé de ne pas être payé tant que je n'étais pas à 100%. Il a refusé. Au final, je n'ai jamais pu apporter ce que j'espérais et suis resté quasiment deux ans sans inscrire le moindre but. La pubalgie en question m'a fait souffrir pendant plusieurs mois et à certains moments, j'ai cru que je ne serais plus jamais à 100%. Aujourd'hui, je savoure. Je rattrape le temps perdu. C'est une sacrée perche que vous a tendue Philippe Clement ! Ndongala : C'est vrai. Apparemment, il me voulait déjà quand il était adjoint à Bruges. Dieu seul sait quelle carrière j'aurais faite si je l'avais côtoyé plus tôt. Quand je suis arrivé dans le Limbourg, il m'a dit qu'on allait tirer un trait sur les deux dernières années et repartir de zéro. J'ai saisi cette opportunité. Quand avez-vous compris que votre passage au Standard touchait à sa fin ? Ndongala : En stage, l'hiver dernier. Normalement, les matchs amicaux disputés sont l'occasion de donner du temps de jeu, d'essayer des choses. Sa Pinto ne m'a offert que quelques minutes sur le terrain par-ci, par-là. Je pense que j'aurais eu besoin de plus de temps pour m'imposer chez les Rouches. Mais je ne regrette rien. J'ai voulu revenir au Standard, je l'ai fait mais, malheureusement, cela ne s'est pas passé comme prévu. Le Standard est un grand club, il est exigeant et c'est normal. C'est le foot. Vous avez désormais 27 ans et êtes dans la forme de votre vie. Quel sera votre avenir ? Ndongala : Je n'en sais rien. Genk a clairement fait savoir que je ne pouvais pas partir cet hiver. J'avais des touches avec de grands clubs turcs, dont Galatasaray. Le Racing n'a pas laissé la porte ouverte à la moindre discussion, c'est ainsi. Nous allons donc essayer d'aller chercher le titre et je ferai le point sur mon avenir ensuite. J'ai déjà perdu beaucoup de temps dans ma carrière et désormais, il faut que je pense à l'avenir. Je suis arrivé à un âge où je dois commencer à prévoir mon après-carrière et rentabiliser le temps qu'il me reste.Quelle relation avez-vous avec votre équipe nationale ? Ndongala : Instable. C'est une grande énigme. Personne ne comprend réellement pourquoi je ne suis pas sélectionné, ni les joueurs, ni les supporters... et moi non plus d'ailleurs. Le sélectionneur, Florent Ibenge, ne semble pas avoir besoin de moi. Cela m'attriste parce que c'est une fierté pour moi de pouvoir représenter mon pays mais je n'aime pas la polémique et je ne mettrai pas d'huile sur le feu. J'ai reçu une convocation en mai dernier mais je n'ai pas pu y répondre présent parce que nous jouions la finale des PO2. J'ai prévenu le sélectionneur et depuis, je n'ai plus aucun contact. C'est la vie. Actuellement, mon compteur reste donc bloqué à une sélection contre Madagascar. Êtes-vous satisfait de votre rendement ? Ndongala : Pas vraiment. Je suis content de la qualité de mes prestations mais j'aimerais être plus décisif. Cette saison, j'ai inscrit quatre buts et délivré quatre passes décisives. Est-ce assez ? Pas selon moi. Mais mon équipe se porte bien et mon style évolue. L'un de mes objectifs personnels au second tour est néanmoins d'améliorer mes statistiques.