Des peintures de figures aristocratiques du Cercle de Bruges décorent la pièce, comme cette armoire remplie de fanions, figurines et trophées, qui feraient pâlir les plus grands collectionneurs. Le Cercle nous rappelle qu'il est un club historique de notre football. Kylian Hazard, lui, est moins tradi : training, trousse de toilette et tout nouveau dégradé.
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Des peintures de figures aristocratiques du Cercle de Bruges décorent la pièce, comme cette armoire remplie de fanions, figurines et trophées, qui feraient pâlir les plus grands collectionneurs. Le Cercle nous rappelle qu'il est un club historique de notre football. Kylian Hazard, lui, est moins tradi : training, trousse de toilette et tout nouveau dégradé. Avant de commencer l'interview, on s'était dit, que pour une fois, on n'évoquerait pas avec lui ses deux célèbres frangins. Impossible. D'ailleurs, le troisième de la bande le reconnaît : leurs réussites respectives sont intimement liées. À une éducation, un style de vie, une façon de relativiser les choses qui fait du bien. " On se ressemble tous un peu. Moi, j'étais un peu le plus fou-fou de la bande mais ça c'était avant. " Tu es satisfait de ta saison jusqu'à présent ? KYLIAN HAZARD : Oui, quand même. Je venais au Cercle pour accumuler les matches et je pense en avoir disputé déjà pas mal (17 en championnat pour 4 buts, ndlr). En arrivant ici, je me suis directement senti bien, en alternant les bons matches comme les mauvais. On te reproche toujours un manque de régularité dans tes performances. Tu l'expliques comment ? HAZARD : Je ne sais pas l'expliquer. Quand on est sur le terrain, on veut évidemment toujours faire son max, mais parfois l'équipe ne tourne pas comme on veut. Individuellement, on rate ses premières actions, on se dit que ça ne va pas être notre jour, et ça se termine par un mauvais match. Tu as l'impression d'avoir changé certaines choses ? HAZARD : Oui. À Zulte, je ne me donnais pas à 100%, je vivais ma vie, avec mes amis, je n'étais pas très concerné. Ici, j'ai quand même compris que si je veux sortir un gros match, j'ai intérêt à être bon en semaine. C'est ce que le staff essaie de me faire comprendre. J'ai compris que dans le foot pro, il ne faut rien lâcher. En arrivant au Cercle, en début de saison, tu voulais te rassurer sur ton vrai niveau ? HAZARD : C'est un peu ça. J'évoluais avec les U23 de Chelsea, dans un beau et très grand club, mais je n'étais pas confronté aux réalités du monde professionnel. À 23 ans, tu es déjà passé par le centre de formation du LOSC, le White Star (D2), Zulte Waregem, Ujpest (Hongrie), Chelsea U23, et maintenant le Cercle. Quel bilan fais-tu de cette première partie de carrière ? HAZARD : Je suis passé par des clubs comme Zulte Waregem où j'ai très peu joué, j'ai été en Hongrie où je me suis bien plu, tant sportivement qu'en dehors. Je ne vais évidemment pas me comparer à mes frères mais je fais quand même mon petit bout de chemin et on verra jusqu'à où ça me mène. C'est quoi ton objectif ? HAZARD : Je veux jouer des matches importants, je veux jouer la Ligue des Champions, je sais que j'en suis capable. Il faut que j'arrive à le montrer aux autres sur la durée. Comme Eden, tu es passé par le centre de formation de Lille alors que Thorgan a préféré se détacher de son frère aîné en passant par Lens. Est-ce que tu as souffert des comparaisons qui te sont tombées dessus très tôt ? HAZARD : Non, au contraire. Je pense que j'ai eu beaucoup de chance de suivre Eden et c'est grâce à lui et au nom Hazard que les gens m'ont porté de l'intérêt. Si j'en suis là, c'est grâce à lui. On a toujours entendu à ton propos, tes frères faisaient d'ailleurs régulièrement ta pub, que tu étais un vrai talent. Qu'est-ce qui a bloqué ? HAZARD : J'ai mis du temps à comprendre que le foot, ce n'était pas uniquement une passion mais aussi un travail. Au centre de formation du LOSC, j'étais davantage là pour m'amuser que pour prendre tout ça au sérieux. Alors que tu as intégré à 15 ans un centre de formation plutôt réputé pour son sérieux. HAZARD : Oui, pour ceux qui étaient arrivés à 14 ans, tout était déjà balisé, organisé, il fallait travailler et moi j'étais là pour prendre du plaisir. C'est ce qui a fait que ça n'a pas pris. Ce qui est normal. Ton année au Withe Star lors de la saison 2013-2014 a dû être rocambolesque et très éloignée de la structure du LOSC ? HAZARD : Oui, c'était très différent. Les problèmes n'étaient pas sportifs mais extra-sportifs. Ce que les joueurs ont vécu l'année où j'y étais, c'est impossible de le revivre. C'était un club qui s'est construit à la va-vite, avec énormément de joueurs engagés, c'était un peu le bordel. Mais je ne regrette même pas, ça m'a fait grandir au final. Tu as compris très vite que ça allait être le bordel ? HAZARD : Quand tu débarques au premier entraînement, et que tu vois qu'il y a 50 joueurs sur le terrain, tu te dis que ça va être compliqué quand même... Tu es passé du centre de formation au foutoir du foot business en quelques mois. HAZARD : C'est là qu'on se rend compte que le foot, c'est un métier, avec des paramètres que tu ne maîtrises pas, et que tu n'es pas là pour t'amuser. Les gens sont là pour gagner leur argent et s'ils doivent tacler un joueur à l'entraînement, ils vont le faire. Il y avait beaucoup de joueurs qui voulaient relancer leur carrière. C'était tous des morts de faim et tu comprends que le foot, ça n'est pas tout beau, tout rose, et que tout le monde n'est pas ton copain. Aujourd'hui, tu as le sentiment d'avoir bénéficié de ton nom de famille ou d'en avoir été victime ? HAZARD : Comme je l'ai toujours dit, il m'a aidé très fortement. Même si des fois, on attend beaucoup de moi car je m'appelle Hazard. Sans ce nom, je ne pense pas que je serais aujourd'hui au Cercle. Plus jeune, ce n'était pas difficile à porter ? HAZARD : Les jeunes idolâtraient Eden. Et peut-être, qu'on attendait que je sois aussi fort que lui. C'est une comparaison inévitable, mais au final tu passes au-dessus de tout ça. Il arrivait qu'on me provoque, mes adversaires pouvaient dire que ce qu'ils voulaient, ça ne changeait rien pour moi. Sur un terrain, si tu perds ton sang-froid, tu sais que tu vas passer à côté de ton match. L'an passé à Londres, tu ne donnais pas l'impression d'être pleinement épanoui. HAZARD : C'est normal, j'étais passé du monde des pros aux jeunes. Je bénéficiais de magnifiques infrastructures, je m'entraînais parfois avec l'équipe première mais je restais un joueur des U23. Tu avais le sentiment d'être à la rue par rapport aux joueurs de l'équipe première de Chelsea ? HAZARD : Non, car quand tu t'entraînes avec de tels joueurs, le foot devient facile. Ça va vite, ça joue simple, toi t'as juste à suivre, à jouer en une touche, tu ne te prends pas la tête. Quels joueurs t'ont particulièrement marqué ? HAZARD : Fabregas, c'est très fort au niveau du positionnement, de la passe, il peut te trouver n'importe où, c'est assez incroyable. Au niveau des individualités, il y a Willian ou Eden, à qui c'est quasi impossible de prendre la balle. Et puis avec les défenseurs, tu sais très bien que si tu n'échappes pas au marquage, le tampon tu vas le prendre. Il faut donc réfléchir vite, échapper au marquage, être bien placé. Tu as donc progressé là-bas ? HAZARD : Oui, à force de côtoyer des tels joueurs, tu apprends beaucoup, et tu progresses plus vite. Ce n'était vraiment pas une année de perdue. Je restais sur une saison à Ujpest où j'avais peu joué après m'être fait les croisés alors que la saison précédente avait été bonne. J'avais quelques portes qui s'étaient ouvertes, mais ça remettait tout à zéro. Tu as aujourd'hui besoin de différencier de tes frères ? HAZARD : Il y a des interviews où on vient me voir pour parler uniquement d'Eden. Ça n'a pas vraiment de sens. Tu as l'air de vivre tranquillement avec ce patronyme ? HAZARD : Je suis très heureux de ce qui leur arrive, je n'ai aucune difficulté à les voir réussir. Au contraire, je suis fier de leur réussite. Et si mon petit frère ( Ethan, 15 ans, ndlr) devait percer dans un tout autre domaine, je serais tout aussi fier. Je crois que c'est une marque de famille, de prendre tout ça avec beaucoup de recul. Dernièrement, le directeur sportif du Borussia Mönchengladbach, Max Eberl, t'a décrit comme un très bon joueur. Tu as l'impression, désormais, de te faire une place dans le foot pro ? HAZARD : C'est ce que je faisais remarquer à mon papa hier ( lisez mardi dernier, ndlr) : maintenant que je réalise une saison correcte, il y a plus de gens qui viennent me parler, plus d'interviews, d'intérêt d'autres clubs. Le foot, ça peut aller très vite, dans un sens comme dans l'autre. Tu es content de cette récente médiatisation ? HAZARD : Ce n'est pas trop mon truc mais dans le foot, il faut savoir jouer avec ça. À l'inverse, si tu en fais trop, tu te perds et tu commences à ne plus rien gérer. Plus jeune, t'étais comment ? HAZARD : Les profs disaient que j'étais gentil mais parfois j'abusais. Comme au foot, je n'arrivais pas à être sérieux, à trouver la limite. Eden a toujours réussi à marier un côté un peu je-m'en-foutiste, décontracté et le sérieux d'un joueur du top niveau. HAZARD : C'est ce qui fait sa force : il sait quand il doit être sérieux et quand il peut faire des petites vannes, quand il peut être plus relax. Ce que je n'arrive pas encore à maîtriser. Parfois, je passe à côté de mon match car je n'étais pas assez concentré en semaine. Il y a du mieux, même si ce n'est pas encore parfait. Tu as toujours le sentiment que Thorgan n'était pas assez mis en valeur par rapport à Eden ? HAZARD : On parle plus de Thorgan cette année car il réalise des trucs de fou mais depuis qu'il est en Allemagne, il évolue à un très haut niveau. Il fait partie des leaders de son équipe depuis plusieurs années. Respect. Il a davantage cette personnalité de leader qu'Eden ou toi. HAZARD : Lui, c'est plus un vrai compétiteur. Il sait très bien ce qu'il doit faire. Il tient peut-être un peu plus de papa. Et Ethan dans tout ça ? HAZARD : Ethan, ça reste le meilleur d'entre nous, il faut juste qu'il le comprenne. Et je suis sérieux. C'est parce que vous ne l'avez jamais vu au foot. Mais il est un peu comme moi, il préfère jouer avec ses amis dans le jardin que de jouer au haut niveau. Tu te rends compte du côté exceptionnel de la famille Hazard ? Trois frères qui évoluent chez les pros, une mère qui a joué en D1 et un père en D2. Ça doit être unique mondialement. HAZARD : Je t'avoue que je ne me suis jamais vraiment posé la question... Et les petits d'Eden arrivent derrière ( il rit). Et le pire c'est qu'ils sont trop forts : Yannis, Leo, et même le plus petit Samy, montrent de vraies qualités. L'avenir du Stade Branois est donc assuré. HAZARD : Ouais, le RSB va avoir un recrutement facile ( il rit). Le problème, c'est que Thorgan et moi on fait des filles. On va devoir faire monter le club parmi l'élite du foot féminin car il commence à il y avoir un vrai niveau. Avec maman comme coach. Mais le risque, c'est qu'elle les tue aux entraînements, tellement elle aime le foot. Tu ambitionnes de rejoindre tes frères, un jour, en équipe nationale ? HAZARD : Ce n'est pas un objectif à court terme car j'ai une marge de progression qui est très grande. Même si je reçois comme message des deux autres : c'est quand que tu nous rejoins ? Ce serait évidemment le rêve. À moi de travailler pour mériter d'aller là-bas. T'es toujours un amoureux de la bouffe ? HAZARD : Non je me suis calmé. C'est Eden qui mange le plus. Il est gros Eden, il mange trop ( il rit). S'il va si vite sur un terrain, c'est parce que tout va dans ses cuisses ( il rit). Tu es donc devenu plus pro ? HAZARD : Ici, tout le monde t'aide pour que tu évolues dans les meilleures dispositions. Le Cercle est axé sur la formation pour aider les jeunes venus de Monaco. C'est très français au niveau de la philosophie, et très différent de ce que j'ai connu sous Francky Dury à Zulte Waregem. C'est aussi un club familial, où la pression est très peu présente. J'imagine que ça a dû faciliter ton intégration. HAZARD : Oui, ici tout le monde se connaît. Les supporters peuvent presque rentrer dans le vestiaire, il y a des fêtes un peu plus haut dans le stade. C'est un club qui joue en D1 mais tout en gardant cette ambiance très populaire. Quand tu montes sur le terrain, t'as envie de jouer pour les supporters. Est-ce que tu continues d'être suivi par la cellule des joueurs en prêt de Chelsea ? HAZARD : Oui, bien sûr. C'est dans la culture de Chelsea, beaucoup de joueurs sont prêtés un peu partout dans le monde. Et si tu appartiens à Chelsea, ça veut dire quelque chose. Tore André Flo ( ex-attaquant de Chelsea et international norvégien, ndlr) est venu dernièrement contre Ostende. Il a parlé avec le coach, m'a montré des vidéos de mes matches, on les a analysées. Pour le moment, ils ont l'air satisfait, même si j'ai encore pas mal de points à faire progresser. Je vais te donner un exemple : en début de saison, on me montrait que sur les touches, je ne protégeais pas assez le ballon et je le perdais. Une série de petits détails qui font la différence au plus haut niveau. C'est quoi la suite des événements pour toi ? T'as toujours l'idée d'être à la tête d'une baraque à frites ? HAZARD : Là j'ai mis cette idée sur pause, je me suis dit que je devais quand même un peu me concentrer sur le foot : le projet est donc en stand-by ( il rit). Plus sérieusement, je ne me projette pas pour le moment. J'ai encore deux-trois mois où je dois continuer à prouver. Et tu vas connaître le bonheur des play-offs 2... HAZARD : Pour moi, ça reste des matches de foot, et plus il y a de matches, plus je suis heureux. Tes frères regardent les matches du Cercle ? HAZARD : Oui, tout le temps. Je reçois un message après chaque match : pourquoi t'as raté ça, ce tir sur la barre, etc. Excusez-moi : je ne l'ai pas fait exprès, le but c'était pas de le rater. Mais bon, je les écoute quand même. Et vu le niveau qu'ils ont atteint, si je ne les écoutais pas, je serais un peu bête.