Impossible de coller à l'actu : quand vous me lirez, il y aura eu 15 ou 20 matches de plus qu'en ce moment où je vous écris ! Et aussi, vu que ce Mondial bat son plein, mon amour des livres ne bat plus rien du tout : trop de matches, plus le temps ! Or, chez Bibi, le plaisir du foot lu a toujours éclairé le plaisir du foot vu, faudra que je me rattrape dès après la finale ! Et je ne saurais trop vous conseiller de faire kif : question de vous aérer sans perdre la main (ou le pied) avant de reprendre le collier ! Voici donc d'abord les 5 derniers bouquins plus ou moins footeux que j'ai lus et aimés.
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Impossible de coller à l'actu : quand vous me lirez, il y aura eu 15 ou 20 matches de plus qu'en ce moment où je vous écris ! Et aussi, vu que ce Mondial bat son plein, mon amour des livres ne bat plus rien du tout : trop de matches, plus le temps ! Or, chez Bibi, le plaisir du foot lu a toujours éclairé le plaisir du foot vu, faudra que je me rattrape dès après la finale ! Et je ne saurais trop vous conseiller de faire kif : question de vous aérer sans perdre la main (ou le pied) avant de reprendre le collier ! Voici donc d'abord les 5 derniers bouquins plus ou moins footeux que j'ai lus et aimés. Dominique Duvauchelle, Le football, le plaisir, la violence (Le solitaire, 1979). Un bijou épuisé, recherché depuis des années, dégotté par hasard et bonheur à la Bourse du foot de Wanze. Décédé jeune, ce journaliste d'Antenne 2 avait tôt formulé sa passion, avec tout plein d'amour et pourtant la critique, constat simultané d'amour et d'ambiguïté. Traquez l'ouvrage dans vos bibliothèques environnantes, la traque en vaut la chandelle ! Et pour vous mettre l'eau à la bouche, ceci sur le foot : première intuition de l'aliénation douce qui ressemble au plaisir (...) Qu'y a-t-il d'immoral à laisser battre son coeur ? Rien sans doute. Et pourtant, j'ai rencontré dans chaque pulsation comme une tragédie, un combat entre moi et moi...Christophe Donner, Mon oncle (Grasset, 1995). Bouquin pas récent non plus, mais d'un auteur à la mode, qui parle souvent de sa vie sans parler de foot ...sauf que son vrai nom est Quiniou, comme cet oncle qu'il évoque ici très particulièrement. L'arbitre Joël Quiniou fut le n°1 français des eighties : à son palmarès 3 Mondiaux, mais aussi le drame de Furiani. L'intérêt réside ici dans la culpabilité, l'exaltation du doute, la peur de la vanité qu'exprime Quiniou : Je suis parfois tellement triste... dit-il. Et de nouveau, cette citation de l'auteur pour appâter : Le foot, le plus bel outil d'abrutissement des masses, mais aussi, il faut le dire, le seul vrai moyen d'échange et de fraternité entre ces masses abruties.Thomas Goubin, Marcelo Bielsa, El loco unchained (Hugo Sport, 2015). Une bio révélatrice de ce tortueux torturé, ce psychorigide de génie qu'est l'entraîneur argentin. Un bouquin pour mieux comprendre que Bielsa réussit à marquer les esprits sans avoir marqué les palmarès : il est en quelque sorte un idéologue de l'échec, mais de l'échec esthétique. Un rien autiste aussi ...sauf quand il s'agit de négocier ses contrats si l'on s'en réfère à son dernier épisode lillois ! Extrait choisi : Juché sur sa glacière, véritable Don Quichotte en jogging, Bielsa semble vouloir sauver le football de la vulgarité. Bernard Chambaz, Plonger (Gallimard, 2011). Triste, éblouissant, littéraire. Variation poétique sur la dépression et la douleur, bien plus que sur le foot. Robert Enke, passé entre autres par Benfica et le Barça, fut la doublure de Jens Lehmann au Mondial 2008, et se suicidait l'année suivante, la souffrance dès 2006 d'avoir perdu sa petite fille y étant pour beaucoup. Plonger, ça n'évoque hélas pas qu'un ballon... Chambaz donne toute sa densité au lieu commun selon lequel on a beau être star, on n'en est pas moins homme... A méditer : Comment expliquer le bonheur à un enfant ? (...) Je ne l'expliquerais pas, je lui offrirais un ballon pour qu'il joue.Olivier El Khoury, Surface de réparation (Notabilia, 2017). C'est du belge. Ce Namurois d'origine nous offre un héros oscillant entre deux rêves : le sexe, et un supportarisme inconditionnel du Club Bruges qu'il partage avec papa ! Introspection très drôle et qui sent les vestiaires, avec un passage inoubliable décrivant le climat/bacs de bière des troisièmes mi-temps : notamment cette stupide culture de la gagne qu'on découvre, même au plus bas niveau. J'avais les dispositions pour gagner, mais je n'en voyais pas l'intérêt. Le talent est plus érotique quand il est gâché...Voilà, prenez et lisez ...et sans croire que je resterai à jeun durant vos lectures, voici 3 nouveautés que je vais dévorer : Philippe Rodier, L'entraineur idéal (Hugo Sport, 2017). Jean-François Larios, J'ai joué avec le feu (Solar, 2017). Daniel Cohn-Bendit, Sous les crampons, la plage (R.Laffont, 2018). Bon appétit.