Il fait partie intégrante de cette génération qui a pris les rênes de l'équipe nationale très jeune et qui est donc appelée dans les prochaines années à battre tous les records de sélections. Axel Witsel n'a que 26 ans et pourtant, vendredi, au Pays-de-Galles, il fêtera sa 60e cap. L'occasion était donc belle de le rencontrer.
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Il fait partie intégrante de cette génération qui a pris les rênes de l'équipe nationale très jeune et qui est donc appelée dans les prochaines années à battre tous les records de sélections. Axel Witsel n'a que 26 ans et pourtant, vendredi, au Pays-de-Galles, il fêtera sa 60e cap. L'occasion était donc belle de le rencontrer. Axel Witsel : Je pense que je vais jouer mon 60e match, non ? Beaucoup. Cela prouve que le temps passe vite et que j'ai déjà fait pas mal de chemin. Je suis déjà à 60 sélections alors que je me rappelle très bien ma première. J'avais 18 ans, c'était en février, contre le Maroc (NDLR : le 26 mars 2008). C'est un objectif, même si tu ne sais jamais quel tour peut prendre une carrière. Mais quand tu reçois ta première sélection, ton objectif n'est pas de t'arrêter là mais d'être repris à chaque fois. Pour cela, tu dois toujours être au top et ne jamais te relâcher. Toute la période des qualifications pour la Coupe du Monde. Et puis cette compétition car on rêvait d'y participer. Et même si on pouvait faire mieux qu'une élimination en quart contre l'Argentine, cela reste un de mes meilleurs souvenirs. J'en ai fait pas mal de bons (Il rit). Plus sérieusement, je dirais le déplacement en Autriche (0-2) lors des qualifications pour l'Euro 2012. Ce match a été un tournant pour moi en équipe nationale : j'ai fait un gros match (NDLR : il a marqué les deux buts) et à partir de ce moment-là, j'ai commencé à prendre une autre ampleur. A l'inverse, si j'avais fait un match normal, j'aurais peut-être pu sortir de l'équipe. Même s'il s'agissait de ma première sélection et malgré un but, on a quand même perdu 1-4 à domicile contre le Maroc ! Et puis, il y a mon exclusion en Bosnie (NDLR : 2-1 en avril 2009) à la suite de laquelle j'ai pris 4 matches de suspension. C'est vrai. Je n'ai jamais dû faire face à beaucoup de critiques en équipe nationale. J'essaye de donner le maximum et jusqu'à aujourd'hui, je touche du bois, j'ai souvent réussi mes matches. Il y a des discussions mais je ne peux pas vous dire que je serai là-bas la saison prochaine. Les deux clubs doivent discuter, moi je n'ai pas les cartes en main à partir du moment où il me reste encore deux ans de contrat. C'est vrai que mon transfert avorté au Real, je l'ai gardé en tête pendant des jours et des semaines. C'était râlant. Un club du top ! Quand tu es joueur de foot et tu apprends que le Real Madrid vient te chercher, tu ne peux pas refuser. Après, ça ne s'est pas fait, c'est la vie, le monde du foot. Il faut savoir tourner la page et retourner au boulot. Pourtant, si ça devait encore m'arriver, je crois que je le prendrais plus facilement. Je n'ai plus 22 ans. Ok, je ne suis pas vieux (il rit) mais j'ai 26 ans, je suis plus fort mentalement et j'ai intégré que cela fait partie du monde du foot. Et puis, je sais que celui qui me voudra devra mettre pas mal d'argent. Le Zenit a mis 40 millions d'euros, ils ont cru en moi, je ne vais pas partir pour 12 millions d'euros, c'est clair. On verra ce qui se passera après les vacances. Dans ma tête, je partais pour maximum trois ans. Mais tu ne maîtrises pas tout : à Benfica, je n'aurais jamais pensé ne rester qu'un an. Puis, je fais une superbe saison et un an plus tard, j'étais transféré. Au Zenit, les choses sont quelque peu différentes. Mes débuts ont été un peu difficiles, j'ai dû m'adapter et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles je suis toujours là après trois ans. Je n'ai pas honte de le dire. Dès mon arrivée, il y a eu certains problèmes, certaines jalousies dans le groupe. L'atmosphère n'était pas au beau fixe. A partir de ce moment-là, tu ne peux pas commencer à faire de bons résultats sur le terrain. Au niveau jeu, je n'étais pas au top de ma forme. Je n'étais pas mauvais mais pas libéré non plus. Comme c'est le cas depuis un an et demi. L'arrivée d'André Villas Boas au poste d'entraîneur. Ça a été un déclic. Il m'a remis plus haut dans le jeu. J'ai joué plus offensif, mon vrai jeu. Il m'a donné beaucoup de confiance et, à partir de là, j'ai commencé à retrouver mon niveau. Mon dernier trophée commençait à remonter puisqu'il s'agissait d'une Coupe de la Ligue avec Benfica, et mon dernier titre de champion, c'était avec le Standard. En championnat, je ne suis pas passé loin depuis trois ans. Ça fait donc vraiment du bien. C'est vrai qu'on est passé de 11 points d'avance à 5 dans les dernières semaines. Mais on n'a jamais calculé. On disposait de la meilleure équipe et on a proposé le plus beau football. On a été beaucoup plus constant cette saison et on n'a jamais perdu contre les grosses équipes. Villas Boas a apporté un jeu typiquement portugais, plus offensif et avec davantage de possession de balle. Evidemment. Mais les adversaires, eux, n'ont pas changé. Et les matches du championnat russe restent des combats physiques. Je ne suis pas un numéro dix. Je rentre davantage dans le profil du box-to-box. Mais malgré cela, je ne cache pas que je ne suis pas totalement satisfait de mes statistiques. A force de jouer en numéro six, j'ai peut-être perdu l'habitude d'être décisif quand j'ai une occasion. Je dois retrouver plus de calme devant le but. Quand je suis arrivé, je n'avais pas spécialement une belle image. Non, je n'avais pas peur. Je ne serais pas allé à Makhachkala. C'était Saint-Pétersbourg ou rien. Rapidement, mes craintes ont été levées. Depuis trois ans, je n'ai jamais été confronté à un incident raciste. Tous les matches à Terek Grozny sont spéciaux. Mais je m'en souviens d'un en particulier. On n'avait pas pu dormir la veille à Grozny. On nous l'avait interdit car trop dangereux. On avait donc passé la nuit à Saint-Pétersbourg, on s'était levé très tôt pour prendre l'avion car le match se disputait à 13 h. On est arrivé en retard, on a pris le bus mais, malgré le retard, le chauffeur roulait à 10km/h. Le match a été décalé de 30 minutes, on n'a quasiment pas eu le temps de s'échauffer et malgré cela, on a fait match nul ! Leur façon de conduire. Ils sont fous. Ils dépassent à gauche, à droite, en pleine ville. Comme sur un circuit de F1. Allez sur youtube et tapez " accident Russie ", vous allez vite comprendre et rigoler. On ne parle pas beaucoup du championnat russe mais il y a une différence entre Lombaerts et moi. Lui est parti vite de Gand alors que moi, j'ai quand même disputé cinq saisons en Belgique. Les arrivées d'Eto'o, de Hulk puis Valbuena ont apporté un peu plus d'attrait. Et si le championnat n'a pas grandi davantage, c'est aussi à cause de la crise du rouble. Des petits clubs ont des problèmes d'argent. Je ne vais pas dire que le championnat russe est du même niveau que celui de l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne mais je le trouve plus compétitif que le championnat portugais où, chaque saison, la lutte pour le titre se résume à Porto et Benfica. Ici, il y a le Zenit, le CSKA, le Lokomotiv, le Spartak qui peuvent décrocher le titre. Une bouffée d'oxygène. Déjà quand ça va bien dans ton club, tu es content de venir en équipe nationale. C'est une fierté. Alors, imagine quand ça va un peu moins bien. Tu respires ! Les clés de la maison, je ne sais pas. Mais il m'a procuré beaucoup de confiance. En équipe nationale, il y a eu une évolution naturelle. J'ai acquis petit à petit un rôle plus important et le coach l'a senti. Je peux jouer aux deux positions. Oui, je l'ai déjà répété une centaine de fois. Comme au Zenit. Et le dernier match où j'ai évolué à cette position en équipe nationale, cela s'est bien passé. Je me suis procuré pas mal d'occasions, même si j'ai manqué de chance. Cependant, le coach sait que je peux aussi évoluer comme numéro six. En 8 car c'est là qu'ils me voient jouer au Zenit. Bonne mais on aurait pu faire mieux. On est premier et dans l'optique de cette première place, le prochain match au Pays-de-Galles sera super important pour prendre le large. Oui. Je pense que c'est une évolution naturelle. On vient de la 71e place au classement FIFA. Et aujourd'hui, on est 2e ; les gens attendent plus et ont donc la critique plus facile. Je ne me souviens pas d'une équipe nationale belge avec autant de qualités. Il y a donc de l'attente. Maintenant, les gens ont-ils raison d'être si critiques ? Je ne sais pas, même si c'est vrai qu'on n'a encore rien gagné. Pour mériter le surnom de génération dorée, il va falloir gagner quelque chose. On a beaucoup plus confiance en nous. Mais une donne a changé : il n'y a plus d'effet de surprise. Toutes les équipes nous attendent, connaissent nos qualités, savent qu'on a des grands joueurs. On doit s'adapter à ce changement. Oui, on doit apprendre à mieux faire le jeu. On sait qu'on peut jouer la contre-attaque facilement : on a des joueurs rapides, capables de faire la différence, on sait rester bien en bloc. Pas de problème. Mais on doit se persuader qu'on a aussi les qualités pour faire le jeu. On se connaît, on possède les automatismes puisque le groupe évolue ensemble depuis des années, ça va venir naturellement. Mais on ne peut pas dire non plus qu'on a des matches faciles. On dit toujours qu'on a plus de qualités que nos adversaires mais encore faut-il entrer sur le terrain, faire son job et gagner le match ! Non, car on tend tous vers le même objectif : la qualification pour l'Euro. Mais on n'a pas le droit de se relâcher. Car c'est à ce moment-là que la catastrophe peut arriver. Eden Hazard ! Je pense que l'année qu'il vient de faire va fermer la bouche à tous ces gens qui le critiquaient quand il revenait en équipe nationale. Il a été le meilleur joueur de Chelsea, le meilleur joueur du championnat anglais. A chaque match, il a été dangereux et décisif. Il a vraiment pris une autre ampleur par rapport à ses deux premières années en Angleterre. C'est vrai qu'à Chelsea, l'équipe joue pour lui car elle sait qu'il peut faire la différence à tous moments, dès qu'il a le ballon dans les pieds. En équipe nationale, il n'a pas encore atteint ce niveau mais nous, nous sommes persuadés qu'il peut faire ici ce qu'il fait à Chelsea. Et si on ne passe pas uniquement par lui, c'est qu'on sait qu'on dispose également d'autres joueurs capables de faire la différence. La saison de De Bruyne a, par exemple, été fantastique. Il n'y a pas d'autres mots ! 21 assists, pfff Un petit peu. La télévision russe ne passe pas les matches. Il faut que je regarde en streaming. C'est vraiment dommage ce qui est en train d'arriver. C'est mon club de coeur. C'est là que j'ai fait toute ma formation. Et le voir à la position qu'il occupe aujourd'hui, ça me fait mal. Oui mais pour moi, il n'a pas une équipe capable de rivaliser avec Anderlecht et Bruges. Il ne lutte pas avec les mêmes moyens. A partir du moment où Lucien D'Onofrio a quitté le Standard, je n'ai plus eu le sentiment qu'il s'agissait du même club. S'il était resté, le Standard serait toujours au top. Il avait cela en lui, c'était son club de coeur, il connaît le football et sait comment le milieu fonctionne. Il avait réussi à monter une super équipe. Je ne pense pas encore à ma fin de carrière. Je n'ai que 26 ans. Non, ça ne pourrait jamais arriver. Si je fais ça, je dois déménager de Liège (Il rit). Je comprends et ne critique pas son choix - même si on l'a charrié entre nous - car si le Standard ne lui a rien proposé, que voulez-vous qu'il fasse ? Mais moi, j'éviterai de faire un tel choix.?PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : BELGAIMAGE / WAEM" Eden Hazard a vraiment pris une autre dimension ces derniers mois. " " Si Lucien D'Onofrio était resté, le Standard serait toujours au top. "