Sympa, le gars ! Positif. Il ne fait pas de vagues. Il y a un crack devant lui, il se contente du banc et il la ferme. Ça, c'était tout le bien qu'on pensait de Laszlo Köteles (27 ans) la saison passée à Genk. Dans le but, il y avait un Thibaut Courtois extra-terrestre.
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Sympa, le gars ! Positif. Il ne fait pas de vagues. Il y a un crack devant lui, il se contente du banc et il la ferme. Ça, c'était tout le bien qu'on pensait de Laszlo Köteles (27 ans) la saison passée à Genk. Dans le but, il y avait un Thibaut Courtois extra-terrestre. Changement de décor total le 23 août 2011. Les 10 ou 15 millions de la Ligue des Champions se jouent à la roulette des tirs au but. Racing Genk ou Maccabi Haïfa dans les poules ? Laszlo enfile sa tunique de Superman et bloque les envois israéliens. Découverte d'un héros, confessions intimes, rencontre marquante. Laszlo Köteles : Qui ça ? Vladimir comment ? Jamais entendu parler, désolé. Ah oui, OK, maintenant je vois. (Il éclate de rire). Il a donné le premier tir au but, je l'ai arrêté. La fiesta commençait. Quelle soirée ! Il m'a dit qu'il ne pouvait pas m'aider, il ne les avait pas étudiés. Mon coach des gardiens m'a dit : -Clean your head, essaye d'arrêter les ballons avec n'importe quelle partie de ton corps. Tu crois ? Un gars peut avoir tiré ses dix derniers penalties à droite, mais contre toi, il choisit l'autre côté. Toutes les statistiques sont faites pour avoir une fin. Je ne suis pas convaincu que ce scouting-là soit vraiment utile. Très bonne question... (Il réfléchit). Je me suis dit : je sors d'une saison blanche, je n'ai pas joué un seul match la saison dernière, je n'ai encore rien fait pour ce club, maintenant mon heure est venue. Si je veux marquer l'histoire de Genk, c'est maintenant. J'ai fixé mes coéquipiers et j'ai vu une chose : ils sont prêts, ils peuvent le faire. Alors que ceux de Haïfa me paraissaient plutôt effrayés, comme s'ils se disaient : -Ouf, merde, les tirs au but, quelle cata ! Ils avaient longtemps fait la course en tête dans ces deux matches, ils auraient déjà pu nous tuer à l'aller chez eux. Et pourquoi je n'aurais pas été relax ? Un tireur a tout à perdre dans une séance de tirs au but. S'il rate, on le prend pour un nul. Alors que le gardien, s'il encaisse, on estime que c'est normal. Quand j'ai arrêté le premier envoi, j'ai vu les gars de Genk plein de confiance. Et après mon deuxième arrêt, c'était l'euphorie dans toute l'équipe. Tout à fait, je te le jure. Ça concerne le mouvement du tireur, que j'analyse d'une façon très précise. C'est l'entraîneur des gardiens de l'équipe hongroise qui m'a expliqué ça. Grâce à son truc, sept ou huit fois sur dix, je sais de quel côté le gars va expédier le ballon. L'année passée contre Porto, quand j'avais stoppé l'envoi de Hulk, c'était déjà grâce à ce secret. Complètement. Lors de ma première année ici, j'avais été en concurrence avec Davino Verhulst et je n'avais pas énormément joué, sauf lors des play-offs 2 qui nous avaient finalement permis de nous qualifier pour l'Europe. En début de saison dernière, j'étais censé être titulaire mais Diosgyori, le club hongrois qui m'avait prêté à Genk, a fait des problèmes qu'il a fallu régler au tribunal civil et à la FIFA. Pendant ce temps-là, Thibaut a reçu sa chance, et avec les matches qu'il a joués, il est évidemment resté dans le but une fois mes soucis réglés. Je n'avais eu que la victoire en Supercoupe contre le Standard pour retrouver le sourire. Alors, avec ce qui s'est passé contre les Israéliens, j'ai dégusté. Le lendemain, Genk prolongeait mon contrat. Des journaux de plusieurs pays d'Europe m'ont appelé. La presse israélienne s'est intéressée à mon cas. Le magazine de l'UEFA m'a aussi consacré un reportage. Difficile pour moi de devenir pro. Je viens d'un village de 800 habitants, en pleine campagne, pas loin des frontières avec la Roumanie et la Serbie. Là-bas, le foot ne représentait rien. Il n'y avait pas d'équipe de D1 dans un rayon de 100 kilomètres. Le monument de la région était un club de D3 et est-ce que ça valait la peine de tuer ma jeunesse pour y aboutir éventuellement ? Tout a changé quand un coach serbe m'a repéré et m'a permis d'aller à Zeleznik, en D1 dans son pays. J'y ai d'abord joué avec les -19 et j'ai été élu gardien de l'année. J'ai reçu la même récompense avec mes deux autres équipes en Serbie, Graficar et Bezanija. Et ce trophée, je l'ai aussi eu plusieurs fois en Hongrie. Mais tu as raison, c'étaient toujours des clubs modestes, du top de la D3 au bas de classement en D1. Yeah yeah, bullshit ! J'ai fait de la dépression, ou presque. Dès que je rentrais de l'entraînement, je me vautrais devant ma télé et je ne voulais plus voir personne. Alors que j'adore me balader, quand ma femme me proposait de sortir, je lui disais : -Appelle une amie, moi je reste à la maison. J'étais un chien battu. Jusqu'au jour où me femme m'a dit : -Hé ho, ce n'est plus toi, je ne te reconnais plus, fais quelque chose, réveille la bête féroce qui est en toi ! A ce moment-là, j'ai tout compris : ce n'était finalement que du foot, et à part ma place sur le banc, j'avais encore beaucoup de choses pour être heureux. Je ne pouvais pas gâcher ma vie à cause de ce statut de réserviste. Je me suis repris en main et j'ai supplié le staff de me laisser jouer la plupart des matches avec les Espoirs. Il fallait que je sois à nouveau en match, pour me sentir bien. J'ai vraiment retrouvé plein de plaisir dans ces rencontres sans enjeu. Evidemment. Et je ne lui en voulais absolument pas. Nous sommes même devenus de vrais amis, et rien n'a changé entre-temps : nous nous envoyons des sms avant et après chaque match de Genk et de l'Atletico Madrid. Il n'était pas responsable de mes problèmes administratifs de début de saison, moi non plus, tout ça s'était passé au-dessus de nos têtes, c'était la malchance. A sa place, j'aurais aussi pris la place sans me poser de questions. Et j'aurais tout fait pour ne pas la quitter. Comment Frankie Vercauteren aurait pu l'enlever ? Dès le début, Courtois a fait des trucs de fou, des matches de malade. Un jeune gardien comme lui, un club n'en trouve qu'un tous les 100 ans ! Le prochain gamin aussi doué que lui, il n'est pas encore né. Maintenant, il est trois échelons plus haut, en Liga, mais il ne craque pas. Il n'y avait pas de honte à être réserviste d'un gars pareil. A la limite, j'étais même fier d'être son numéro 2. Je suis prêt à parier : dans deux ans, il sera considéré comme un des cinq meilleurs gardiens du monde. Ou il sera même le meilleur, carrément. Bonne question... Oui, Courtois a un côté baby-face, c'est encore un gosse qui aime blaguer, rigoler. Mais dès qu'il est sur le terrain, il est sérieux comme un pape. Et avec sa taille et son charisme, il effraye les adversaires. L'attaquant qui le trouve dans son champ de vision se dit : -Pouf, il est là, ce grand-là ! Je suis aussi impressionné par son calme. Même après un arrêt incroyable, il ne bronche pas. Je suis fort différent. On peut me reprocher de faire le clown, de prendre la pelouse pour une piste de cirque, mais il n'y a rien de calculé, il faut simplement que mes émotions sortent. S'il y en a à qui ça ne plaît pas, je m'en fous, je reste moi-même. Oui, je courais partout comme un fou. Si les grilles du stade avaient été ouvertes, je me serais retrouvé sur le parking. Il fallait me comprendre. Depuis un an, je traînais comme un sac à dos rempli de gros cailloux. J'avais l'impression qu'il devenait de plus en plus lourd. Après avoir arrêté le premier tir, c'était comme si quelques pierres étaient tombées. Et après le deuxième arrêt, je larguais carrément mon ballot. I felt free, suddenly. J'étais comme un oiseau dont on ouvre la porte de la cage, je pouvais enfin prendre mon envol. (Il réfléchit longuement). Difficile à dire. Mais très tôt, la saison passée, j'ai été convaincu qu'il allait quitter le club pour aller dans un meilleur championnat. Je me disais : -Si les grands clubs ne s'intéressent pas à lui, ils sont complètement stupides. Donc, très vite, je me suis focalisé sur cette saison-ci en me disant que j'aurais de grandes chances d'être titulaire. Mets-toi à ma place... Comment j'aurais pu être content alors qu'on me mettait un concurrent pareil dans les jambes ? En plus, Genk a dépensé deux millions pour le transférer. Logiquement, ce ne serait donc pas juste de le laisser sur le banc. Donc, j'ai râlé, oui. Puis on m'a fait comprendre qu'un club comme Genk, qui doit défendre un titre et jouer en Ligue des Champions, devait avoir deux ou trois gardiens de très bon niveau. A ce moment-là, j'ai compris que j'avais été idiot de réagir comme je l'avais fait. Et de toute façon, le titulaire, c'est moi. Si je continue à faire des bons matches, je resterai dans le but. Il faut un malheureux dans des situations pareilles et je sens que ce ne sera pas moi : je suis persuadé que je resterai titulaire toute la saison. Si je n'ai pas de confiance en moi pour le moment, je n'en aurai jamais. C'est quoi, le style de Genk ? Il y en a un ? Aucune idée. Je n'ai pas à réagir à des déclarations pareilles. J'ai lu aussi que Sandomierski avait le même style que Courtois, notamment parce qu'ils sont tous les deux très grands. OK, mais moi, alors, j'ai le même style qu'Iker Casillas : comme lui, je ne suis pas spécialement grand mais je suis rapide et j'ai de très bons réflexes. Je ne suis pas à son niveau mais je lui ressemble... Nous ne lâcherons rien, nous ne serons pas le punching-ball du groupe. Nous savons depuis le tirage que la troisième place serait un miracle mais tout le monde s'accroche. Qui aurait parié que nous prendrions un point contre Valence ? Qui avait déjà joué en Ligue des Champions dans notre noyau ? Daniel Tözser, Daniel Pudil, Thomas Buffel, Anthony Vanden Borre, Elyaniv Barda. C'est tout. A Chelsea, à Leverkusen, à Valence, il n'y a pour ainsi dire que des habitués. Mais ce n'est pas une garantie de grosses claques pour nous. Il n'y a pas de robots dans le groupe, seulement des êtres humains. Si tu mets une grosse BMW contre une Suzuki Swift sur un circuit, la BM gagnera à coup sûr. Quand on oppose des hommes, c'est différent. Les autres peuvent avoir un très mauvais jour, et nous, un très bon. Nous n'avons tous que deux bras et deux jambes, et nous chions tous la même chose ! Je ne plante pas un couteau dans le dos de Vercauteren quand je dis qu'il ne parlait vraiment pas beaucoup avec les joueurs. Je l'affirmais déjà quand il était ici. Mario Been communique beaucoup, et pour les joueurs comme moi qui ont besoin d'être mis en confiance, c'est important. Sur le terrain, la différence est assez marquée aussi. Maintenant, nous faisons beaucoup plus de petites passes et l'accent est beaucoup plus mis sur la possession du ballon. Avec Vercauteren, c'était plus souvent pouf vers l'avant, nous voulions vite passer d'une ligne à l'autre. Just go go go ! Depuis que Been est là, nous prenons plus le temps, nous avons appris à être patients. Ce n'est pas un problème s'il faut plus de temps pour amener la balle près du rectangle adverse. C'est aussi un choix obligé : l'an dernier, Genk était la meilleure équipe de contre-attaque, mais entre-temps, tout le monde a bien décrypté notre jeu et il a fallu l'adapter. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : REPORTERS / GOUVERNEUR" J'étais un chien battu. Jusqu'au jour où me femme m'a dit : -Hé ho, réveille la bête féroce qui est en toi ! "" Sept ou huit fois sur dix, je sais de quel côté le gars va tirer son penalty. "" Si mon concurrent a le style de Courtois, j'ai le profil de Casillas. "