Mardi, deux jours avant le match de coupe contre Lokeren. Entre une brève séance et un passage chez le notaire, pour acheter une maison au centre de Bruxelles, le nouvel avant de l'Antwerp nous reçoit et avoue que revivre en Belgique lui paraît toujours étrange.
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Mardi, deux jours avant le match de coupe contre Lokeren. Entre une brève séance et un passage chez le notaire, pour acheter une maison au centre de Bruxelles, le nouvel avant de l'Antwerp nous reçoit et avoue que revivre en Belgique lui paraît toujours étrange. Étrange, vraiment ? KEVIN MIRALLAS : ( Rires) Ayant joué des années à l'étranger, j'en suis arrivé à considérer la Belgique comme des vacances. Ma femme est Bruxelloise. N'ayant pas envie de passer une heure sur l'autoroute quand on revenait au pays, j'ai acheté un appartement à Bruxelles. Je n'allais à Liège que pour rendre visite à ma famille et aux amis, à Anvers pour soigner mes blessures chez Lieven Maesschalck. Mais chaque matin, j'ai toujours l'impression que mon séjour n'est que passager et que je vais retourner dans mon club. Comment se déroule ton intégration ? MIRALLAS : Vivre en Belgique, près de ma famille, est positif pour ma femme et mes deux enfants. Juan a sept ans, Julia deux ans et demi. Quant à moi, j'ai essayé de jouer simplement, le temps de retrouver mon rythme. À mon arrivée, l'Antwerp venait d'être éliminé de l'Europa League mais ce noyau peut être performant en championnat. Beaucoup de rivaux sont toujours en lice en Europe... Et tu espères qu'ils perdent des points ? MIRALLAS : Surtout qu'on en prenne. La concurrence ne risque pas de poser problème ? Lior Refaelov a déjà rappelé que le point fort de l'équipe, son esprit collectif, ne pouvait disparaître. MIRALLAS : Il doit être un avantage. Si on veut atteindre quelque chose, les titulaires doivent être déterminants. J'ai été confronté à la concurrence dans tous mes clubs et j'ai dû apprendre à l'accepter. C'est à nous, les joueurs expérimentés, d'expliquer aux jeunes comment la gérer et de leur dire qu'ils doivent se livrer à fond à l'entraînement. Avec l'âge, on apprend à voir les choses du point de vue de l'entraîneur. Qu'attend-il du joueur et quand ? Quand on obtient dix minutes ou un quart d'heure de jeu, on a tendance à jouer davantage pour soi-même. Ça arrive et l'entraîneur le sait. On a le droit d'être individualiste à condition d'apporter quelque chose à l'équipe. Ce groupe a une autre particularité : il comporte beaucoup de caractères forts. Cela peut-il provoquer des tensions ? MIRALLAS : Il y a déjà eu deux ou trois moments tendus mais je pense que c'était surtout lié à la déception, après l'élimination européenne. Passé ce moment de frustration, il n'y en a plus eu. Ceci dit, j'ai toujours connu ce genre de situation. Trente hommes dans un vestiaire, des caractères qui ne vont pas toujours ensemble... Ça se passe dans tous les clubs. J'ai déjà eu des frictions avec certains aussi. Il faut juste veiller à ne pas franchir les limites et à accepter les critiques car le résultat prime tout, dans notre monde. Luciano D'Onofrio et Laszlo Bölöni veulent des tensions. MIRALLAS : Ils veulent une équipe qui a du caractère, en plus de ses qualités. Elle en avait déjà les années précédentes mais elle compte plus de qualités. Et le pouvoir du vestiaire ? MIRALLAS : Il y a concertation avec l'entraîneur. Steven Defour m'a dit qu'il était plus calme qu'au Standard. À Anderlecht, il avait élaboré une stratégie qu'on a respectée jusqu'au repos puis on a proposé de jouer plus haut et demandé si on pouvait attaquer davantage. Pas de problème, allez-y, a-t-il répondu. On l'a fait et on a été plus dangereux. Contre le Cercle aussi, on a changé de système au bout d'un moment. L'entraîneur nous accorde beaucoup de liberté, pour autant qu'on se place bien en perte de balle. Il sait que la plupart d'entre nous a beaucoup d'expérience. Tu joues contre le Standard le week-end prochain. C'est le match du mois pour ta famille et toi ? MIRALLAS : Oui et non. Pour ma famille oui, car elle supporte le Standard. Pour moi, c'est un match contre une équipe que j'ai toujours suivie, qui m'a formé et pour laquelle j'ai toujours voulu jouer mais j'y connais peu de joueurs : Carcela, Pocognoli, Goreux et Gillet. Pourquoi ne joues-tu pas dans l'autre camp dimanche ? MIRALLAS : Quand j'ai dit à mon agent, Christophe Henrotay, que je souhaitais revenir en Belgique, il a contacté Bruno Venanzi, qui était intéressé. C'est normal, on se parle régulièrement. Mais financièrement, il ne pouvait se permettre de m'enrôler que si deux joueurs partaient. Carcela et Mpoku. MIRALLAS : Voilà. L'Antwerp s'intéressait à moi depuis mai. Je lui ai dit que je verrais après mes vacances. Je connais Luciano depuis mon passage au Standard. L'Antwerp m'a téléphoné tous les jours, sans arrêt. Je me suis renseigné, j'ai visionné des matches de toutes les grandes équipes belges mais un moment, on ne peut plus tergiverser. J'aurais sans doute pu trancher avant, par exemple avant les matches contre l'AZ, car j'étais déjà d'accord avec l'Antwerp mais c'était délicat vis à vis d'Everton. Début juillet, il demandait encore entre six et huit millions. Pourquoi n'es-tu pas à Bruges ? MIRALLAS : Début juillet, mon manager m'a téléphoné pour me dire qu'on devait aller à Bruges le lendemain, pour parler au président et à l'entraîneur puis voir les installations. Le lendemain matin, on m'a contacté pour annoncer un contre-temps et ensuite, tout a traîné. Le Club a enrôlé d'autres joueurs et il y avait aussi le prix demandé par Everton. Il a refroidi Bruges mais aussi Anderlecht. Vincent Kompany t'a aussi téléphoné ? MIRALLAS : Oui, il m'a exposé son projet. Mais avant de signer pour l'Antwerp, J'ai visionné tous leurs matches et constaté qu'il n'y avait rien en attaque. Anderlecht a beaucoup le ballon mais il ne se passe rien dans les trente derniers mètres. Par manque de qualité ? MIRALLAS : Je pense. Plus un manque d'expérience dans le chef de jeunes qui n'ont encore jamais joué sous pression à ce niveau. Les supporters conservent leur calme mais je crains que ça ne dure pas si rien ne change. Tu en as parlé avec Nacer Chadli ? MIRALLAS : Oui, quand on a joué contre Monaco, pendant la préparation. Il m'a dit qu'il avait pris sa décision et m'a demandé si je venais aussi. J'ai répondu que je réfléchissais et je lui ai conseillé de faire de même car le projet est beau mais l'équipe est loin d'être une évidence. Il m'a dit que le club allait encore recruter mais je crains que ça ne se soit pas déroulé comme le Sporting le pensait et maintenant, il y a des problèmes. Anderlecht pense qu'il joue bien et domine le match mais ce n'est pas le cas. Contre nous et contre Bruges, il aurait pu s'incliner 4 ou 5-1. Je l'avais pressenti. Quel regard portes-tu sur ta carrière, à la veille de tes 32 ans ? MIRALLAS : Elle est le reflet de mon caractère : que mes choix aient été bons ou mauvais, j'ai regardé droit en avant et je les ai assumés. Mon problème est toujours le même : mes qualités n'ont jamais été un obstacle, c'est le mental. J'ai parfois lâché prise. C'est fatal quand on joue dans un bon club, où règne la concurrence. Je suis ainsi fait, même si j'ai travaillé ce problème. Comment ? MIRALLAS : En me faisant mal à l'entraînement. Mais quand c'est en toi... Tu as consulté un psychologue ? MIRALLAS : Non, ce n'était pas grave à ce point. Ce qui est drôle, c'est que ça ne m'arrivait pas quand je ne jouais pas. Je me demandais alors pourquoi. Je me rendais compte que je m'étais relâché et je m'entraînais plus durement pour revenir. J'ai toujours eu des hauts et des bas, y compris en équipe nationale. J'étais titulaire, je me relâchais, un autre prenait ma place mais revenir était plus difficile à cause de la concurrence. J'ai aussi eu de la poisse en équipe nationale. Durant ma meilleure saison à Everton, j'ai été constamment blessé lors des matches des Diables Rouges. Ça m'a joué des tours : je n'ai pas été repris pour l'EURO ni en Russie. Quand tu as quitté Everton, on a résumé ta situation comme suit : tu es capable du meilleur comme du pire. MIRALLAS : C'est vrai. Ça résume ma carrière en une phrase. Et en Premier League, ça pardonne encore moins qu'ailleurs. Le problème, c'est qu'on pensait, à tort, que je me fichais de tout alors que j'étais vraiment furieux sur moi-même. Un mauvais langage corporel. MIRALLAS : Voilà. Roberto Martinez trouvait aussi qu'après deux ou trois bons matches, tu pensais valoir l'élite absolue. Mieux qu'Everton. Tu le comprends ? MIRALLAS : Oui car mes bons matches avec Everton, sous sa direction la saison suivant le Mondial 2014, ont éveillé l'intérêt d'autres équipes. L'équipe tournait moins bien mais j'étais bon et mon manager m'a appris que Tottenham et l'Atlético Madrid s'intéressaient beaucoup à moi. Il m'a demandé ce que je voulais et je lui ai répondu qu'il fallait sauter dans le train en marche, continuer à évoluer. J'ai tout mis en oeuvre pour partir mais Martinez a refusé. Je ne lui en veux pas. Un entraîneur ne veut jamais perdre un bon joueur. Il avait peut-être raison car au second tour, j'ai mal vécu l'échec de ce transfert et j'ai été moins bon. Sans doute ai-je trop souvent pensé que c'était la faute des autres. On en a discuté quand il est devenu sélectionneur de la Belgique. Tu lui en veux de ne pas t'avoir repris pour la Russie ? MIRALLAS : Oui et non. Oui à cause de la manière dont ça s'est passé. On se téléphonait beaucoup, on était en contact régulier et j'aurais préféré qu'il me l'annonce autrement. D'autre part, ma saison n'avait pas été top top et je le comprends. L'équipe nationale et le prochain EURO ont-ils joué un rôle dans ta décision de revenir en Belgique ? MIRALLAS : Pas tout à fait mais la saison passée, je me suis quand même demandé s'il ne valait pas mieux revenir : je jouais bien et souvent à la Fiorentina mais je n'ai pas été rappelé, contrairement à d'autres. J'ai eu l'impression d'être oublié. Ma famille est la principale raison de mon retour, même si j'aurai peut-être une nouvelle chance si je joue bien ici. Un moment donné, vous avez joué à deux en pointe contre le Cercle. C'est ta meilleure place ? MIRALLAS : Oui. j'ai joué comme ça avec Romelu à Everton. Si on procède en 4-3-3, je préfère jouer à gauche. Avec les Diables Rouges, j'ai souvent évolué sur le flanc droit, comme à Everton, mais ce n'est pas ma place favorite. La polyvalence est un atout et en même temps un inconvénient. La saison passée, la Fiorentina m'a enrôlé pour jouer à gauche mais je me suis retrouvé à droite, dans un système comparable à celui de l'équipe nationale. La position de Thomas Meunier. C'était chouette car j'ai découvert un autre poste mais ça a été catastrophique pour mes statistiques. Les Italiens aiment défendre et c'était donc ma priorité. L'attaque venait après.