De son appartement de Salford, Thibaud Verlinden a une vue à couper le souffle sur Manchester et sur l'Irwell, la rivière qui, une quinzaine de kilomètres plus loin, se jette dans la Mersey. Dans le nord de l'Angleterre, Verlinden est connu pour être joueur de Stoke City. En Belgique, il est toujours et avant tout le fils de Dany Verlinden.

Il n'a pas encore cinq ans lorsqu'en 2004, son père dispute son dernier match au Jan Breydelstadion et est porté en triomphe par Timmy Simons et Peter Van der Heyden. " J'allais voir chacun de ses matches à domicile avec ma mère, mon frère Justin et mes grands-parents ", raconte Thibaud. " Je me souviens encore qu'au coup de sifflet final, Justin et moi allions dans le vestiaire. Mon meilleur souvenir de sa carrière, c'est sans aucun doute son dernier match, face au Lierse. C'était la fête avant et après la rencontre. "

À quoi ressemble la vie d'un fils de footballeur pro ?

THIBAUD VERLINDEN : En semaine, on vivait normalement avec papa. On jouait au foot dans le jardin, etc. Le week-end, quand il jouait en déplacement, on regardait le match à la télévision. Je ne me souviens pas d'avoir une seule fois porté son maillot. J'étais en pyjama, près du poêle. J'étais trop jeune pour comprendre ce qu'il faisait exactement. Ce n'est qu'au cours des dernières années que j'ai mesuré tout ce qu'il avait apporté au football belge. Quand on va à Bruges, tout le monde le reconnaît encore.

Il était inévitable que ses fils jouent au football ?

VERLINDEN : Lorsque j'ai disputé mon premier match avec Bruges, je n'avais jamais joué de ma vie. Quelqu'un a demandé à mon père si je voulais jouer au but et je l'ai fait. C'était contre le Cercle et j'ai encaissé huit ou neuf buts. J'ai pleuré, je me suis disputé avec mon père et j'ai juré que plus jamais je ne jouerais au but.

Il n'a plus jamais insisté ?

VERLINDEN : Non. Je n'étais tout simplement pas fait pour ça. J'ai commencé comme arrière droit, mais mon entraîneur à Bruges, un Néerlandais, estimait que j'avais les qualités d'un attaquant. Je suis resté à Bruges jusqu'à l'âge de douze ans puis le Standard est venu me chercher. Mon frère Justin y jouait déjà et, à la fin de la saison, ils lui ont demandé si je voulais le rejoindre. En été, ils ont appelé mes parents, nous sommes allés une fois à Liège et l'affaire était réglée.

Le fils d'une icône du Club Bruges au Standard, ça a du faire du bruit.

VERLINDEN : Bruges n'a pas voulu faire d'histoires mais les gens n'ont pas apprécié. Justin était déjà parti un an plus tôt et j'étais considéré comme un joueur talentueux. Je ne sais pas si c'est lié, mais quand Georges Leekens est arrivé, mon père a été limogé. La façon dont Bruges l'a traité n'était pas correcte. Il n'y pense plus mais ça restera à jamais gravé en lui.

" À 12 ans, je n'habitais plus à la maison "

Qu'est-ce que ce transfert t'a apporté en terme de formation ?

VERLINDEN : À l'époque, je n'aurais pas pu prendre meilleure décision parce que l'académie du Standard était terminée. Ces quatre ans au Standard m'ont également rendu plus indépendant. Le samedi, ma mère venait nous rechercher après les matches mais le dimanche, Justin et moi prenions le train depuis la Flandre-Occidentale vers Tongres, où nous étions à l'internat. J'avais à peine 12 ans, mais je n'habitais plus à la maison et je ne pouvais compter que sur mon frère.

Quels souvenirs gardes-tu de votre période au Standard ?

VERLINDEN : Je dois beaucoup à Alex Moscovoi. Il était entraîneur et l'été, éducateur à l'internat. Cet homme pouvait être très dur avec moi. J'ai du caractère et j'ai appris à encaisser. Avec mon tempérament, j'ai parfois eu des problèmes. On ne peut pas dire que j'avais une grande gueule, mais sur le terrain, je suis agressif. Les arbitres, surtout, en entendaient. Je ne me suis calmé qu'à l'âge de 16 ans.

Pourquoi n'as-tu pas réussi au Standard ?

VERLINDEN : Je devais toujours jouer avec des jeunes de mon âge alors que d'autres étaient autorisés à sauter une ou deux catégories. À la fin, la direction savait qu'un club anglais s'intéressait à moi, mais j'ai été le dernier à qui on a proposé un contrat. Pour moi, ça voulait dire qu'on ne comptait pas sur moi. Pourtant, je faisais partie de la levée 1999 avec Zinho Vanheusden, Ilias Moutha-Sebtaoui et Adrien Bongiovanni. Au Standard, on parlait de génération dorée. Des scouts de toute l'Europe assistaient à nos match et le Standard n'aurait pas pu tous nous retenir. En ce qui me concerne, les choses auraient pu être différentes : si on m'avait autorisé à m'entraîner avec l'équipe première, je ne serais jamais parti.

Sans cette blessure, j'aurais sans doute effectué mes débuts en Premier League. " Thibaud Verlinden

À 15 ans, vous avez surpris tout le monde en optant pour Stoke City, un club qui n'est pourtant pas réputé pour son centre de formation.

VERLINDEN : J'ai visité Liverpool et Everton avec mes parents et mon agent ( Gyorgy Csepregi, ndlr), mais je ne le sentais pas. À Stoke City, par contre, j'ai senti qu'on me voulait vraiment. Le manager, Mark Hughes, m'a pris à part dans son bureau. Il m'a dit : " Regarde, gamin. Ici, tu auras vraiment ta chance ". Ça m'a convaincu de signer à Stoke.

L'aspect financier a-t-il joué un rôle également ? Sans quoi tu n'aurais tout de même pas opté pour un club du calibre de Stoke.

VERLINDEN : L'argent n'était pas ma motivation première. On m'a donné une bourse pour étudier, ça ne représentait pas grand-chose. J'aurais même pu gagner plus en restant au Standard. Mais à Stoke City, on me promettait de pouvoir m'entraîner régulièrement avec le noyau A, où on trouvait des joueurs comme Xherdan Shaqiri et Marko Arnautovic Au Standard, on me garantissait juste une place en U17... Mon choix a donc été vite fait. De plus, Stoke offrait un boulot d'entraîneur des gardiens à mon père.

" J'ai été obligé de rester allongé pendant six mois "

Mark Hughes disait que tu étais un des joueurs les plus talentueux qu'il ait côtoyés. Cela n'a-t-il pas contribué à augmenter la pression ?

VERLINDEN : Dans le chef des supporters, oui. J'avais 17 ans quand Hughes m'a repris plusieurs fois sur le banc en Premier League et l'an dernier, pour ma première titularisation, j'ai été élu Homme du Match. Les supporters attendaient la suite avec impatience, ils pensaient que j'allais remettre ça à chaque match. Les fans de Stoke sont les meilleurs d'Angleterre. Quand les choses vont mal, ils peuvent s'en prendre à un joueur, mais je n'ai aucun problème avec ça... À l'entraînement, je n'avais pas peur de faire une mauvaise passe. Est-ce que ça fait de moi une tête brûlée ? Si, à cet âge-là, on n'est pas capable de se faire respecter, on se fait marcher dessus.

Une blessure au dos a entravé ta progression.

VERLINDEN : Il y a trois ans, à Watford, on m'a envoyé à l'échauffement et j'ai senti comme un coup de poignard dans le dos. Après le match, j'ai dit au kiné que je devais passer un scan. Le lundi, je suis allé à l'hôpital et le mardi, un spécialiste m'attendait. Le diagnostic était sérieux : fracture de stress aux quatrième et cinquième lombaires. Le docteur pensait que c'était dû à une surcharge et il m'a obligé à rester allongé pendant six mois. Que ce serait-il passé si j'étais monté au jeu ce jour-là ? Les choses auraient sans doute été plus graves encore. Mais quand le coach vous dit d'entrer, vous ne pouvez pas refuser. Jusque là, ma carrière avait sans cesse évolué. C'était mon premier coup d'arrêt. Sans cette blessure, j'aurais sans doute effectué mes débuts en Premier League et je serais bien plus loin aujourd'hui.

Si on m'avait autorisé à m'entraîner avec l'équipe première, je ne serais jamais parti du Standard. " Thibaud Verlinden

Comment s'est passée la rééducation ?

VERLINDEN : J'ai passé trois mois en Belgique. Comme je m'ennuyais, j'allais voir Justin s'entraîner à Ostende. Ou j'allais marcher avec ma mère, qui se remettait d'une thrombose. Je pouvais nager et faire du vélo - à condition de ne pas surcharger mon dos. Quand j'ai repris l'entraînement avec le noyau A, je ne parvenais plus à suivre. Moralement, ça a été très dur. Je me demandais si je retrouverais un jour mon niveau.

Début 2018, tu as été prêté six mois à Sankt Pauli, en D2 allemande. Encore un choix étonnant !

VERLINDEN : Le directeur sportif de Sankt Pauli m'avait vu jouer à quelques reprises avec les U23 de Stoke et, après une période d'essai d'une semaine, on m'a proposé un contrat. Il semble que l'entraîneur, Olaf Jansen, avait insisté pour qu'on me transfère. Une semaine ou deux plus tard, il était limogé. La première chose que je me suis dite, c'est : " fuck, et maintenant ? " Le nouvel entraîneur ne venait jamais voir l'équipe B et pour lui, je n'étais qu'un joueur loué qui ne serait plus là dans six mois. Après un certain temps, j'ai dit à l'entraîneur que je ne voulais plus jouer avec l'équipe B. J'en avais marre des tacles et du jeu très physique de la D4. À Sankt Pauli, ils étaient un peu fâchés - ils m'ont renvoyé à une semaine de la fin de la saison - mais à Stoke, on comprenait ma situation. On savait que je n'avais pas été traité correctement. On m'avait envoyé là-bas parce que l'entraîneur me voulait absolument et, pour diverses raisons, je ne jouais pas...

© BELGAIMAGE

La saison dernière, tu as accepté d'être prêté aux Bolton Wanderers, un club de D3 qui, en raison de difficultés financières, devait entamer la saison avec un handicap de douze points.

VERLINDEN : Stoke ne voulait pas me louer, mais j'ai insisté. Après en avoir discuté avec mon agent, mon père et Justin, on en a conclu qu'à 20 ans, il était temps que je joue. Au départ, je voulais être loué à un club belge mais le dernier jour du mercato, la direction m'a fait clairement comprendre que je devais rester en Angleterre. Bolton et Wycombe, deux clubs de League One, étaient intéressés. Bolton n'est pas loin de Manchester, ça a été un élément décisif. Et j'ai fait le bon choix puisque j'ai été titulaire à 12 reprises sur 21 matches et j'ai fait parler de moi à un bon niveau.

Je serais très heureux si, à 30 ans, je pouvais avoir dix saisons de Championship derrière moi. " Thibaud Verlinden

" Je veux être titulaire à Stoke la saison prochaine "

Tu as 20 ans, tu es encore sous contrat à Stoke City jusqu'en 2022 et tu es sur le point de percer en Angleterre. Ton rêve est-il en train de se réaliser ?

VERLINDEN : Mon objectif, c'est d'être titulaire à Stoke la saison prochaine puis de jouer en Premier League. Mais je ne veux pas brûler les étapes. Les joueurs qui percent parmi l'élite ont généralement 23 ou 24 ans. Je ne suis donc pas pressé. Je parle chaque jour au téléphone avec mon père et il est du même avis. Il me dit : " Prends ton temps, reste calme, pas de stress. Joue tes matches et tu verras ce qui arriveras. " Il le répète souvent car il sait que les jeunes sont parfois impatients.

Jusqu'en U19, tu étais régulièrement appelé en équipe nationale mais ta dernière sélection remonte déjà à mars 2018. Tu sais pourquoi Johan Walem ne fait pas appel à toi ?

VERLINDEN : Je n'ai jamais parlé avec le sélectionneur des espoirs, il m'est donc très difficile de me prononcer sur mes chances d'être appelé un jour. Il estime peut-être que je ne suis pas prêt. À moins qu'il y ait une autre raison. Je n'en sais rien mais je dois accepter sa décision. Suis-je d'accord pour autant ? Non, c'est difficile à admettre. J'ai joué en U19 avec tous ceux qui sont sélectionnés maintenant et je veux aussi jouer pour mon pays.

En Belgique, peu de gens savent qu'il y a deux Belges à Stoke : Julien Ngoy et toi.

VERLINDEN : Quand on est petit, on rêve d'être connu dans son pays, mais le fait qu'on ne me connaisse pas n'est pas grave. Je peux jouer sans pression et la reconnaissance finira bien par arriver plus tard.

" Je préfère jouer en D2 anglaise qu'en D1 belge "

Paul-José Mpoku, Charly Musonda Jr, Charni Ekangamene, Ilias Moutha-Sebtaoui, Mathias Bossaerts, Indy Boonen, Ismail Azzaoui... Elle est longue, la liste de noms de jeunes joueurs belges qui ont traversé la Manche pour tenter de réaliser leur rêve de jouer en Premier League sans disputer la moindre minute dans le championnat le plus exigeant du monde. Les histoires de Belges qui ont échoué, sont rentrés en Belgique ou ont complètement disparu des radars n'ont pas effrayé Thibaud Verlinden. Depuis 2015, l'ailier belge n'a encore joué que huit matches avec les Potters mais il ne regrette pas son choix. " Quand on prend une décision, il faut l'assumer. J'ai répété assez souvent à mes parents que, quoi qu'il arrive, je resterais un certain temps en Angleterre. Je m'y sens comme chez moi et je trouverais bizarre de revenir en Belgique dès maintenant. Je vais tout faire pour réussir ici, que ce soit en Championship ou en Premier League. Je serais très heureux si, à 30 ans, je pouvais avoir dix saisons de Championship derrière moi. Je préfère jouer en D2 anglaise qu'en D1 belge, mais on ne sait jamais ce que le futur nous réserve. "

De son appartement de Salford, Thibaud Verlinden a une vue à couper le souffle sur Manchester et sur l'Irwell, la rivière qui, une quinzaine de kilomètres plus loin, se jette dans la Mersey. Dans le nord de l'Angleterre, Verlinden est connu pour être joueur de Stoke City. En Belgique, il est toujours et avant tout le fils de Dany Verlinden. Il n'a pas encore cinq ans lorsqu'en 2004, son père dispute son dernier match au Jan Breydelstadion et est porté en triomphe par Timmy Simons et Peter Van der Heyden. " J'allais voir chacun de ses matches à domicile avec ma mère, mon frère Justin et mes grands-parents ", raconte Thibaud. " Je me souviens encore qu'au coup de sifflet final, Justin et moi allions dans le vestiaire. Mon meilleur souvenir de sa carrière, c'est sans aucun doute son dernier match, face au Lierse. C'était la fête avant et après la rencontre. " À quoi ressemble la vie d'un fils de footballeur pro ? THIBAUD VERLINDEN : En semaine, on vivait normalement avec papa. On jouait au foot dans le jardin, etc. Le week-end, quand il jouait en déplacement, on regardait le match à la télévision. Je ne me souviens pas d'avoir une seule fois porté son maillot. J'étais en pyjama, près du poêle. J'étais trop jeune pour comprendre ce qu'il faisait exactement. Ce n'est qu'au cours des dernières années que j'ai mesuré tout ce qu'il avait apporté au football belge. Quand on va à Bruges, tout le monde le reconnaît encore. Il était inévitable que ses fils jouent au football ? VERLINDEN : Lorsque j'ai disputé mon premier match avec Bruges, je n'avais jamais joué de ma vie. Quelqu'un a demandé à mon père si je voulais jouer au but et je l'ai fait. C'était contre le Cercle et j'ai encaissé huit ou neuf buts. J'ai pleuré, je me suis disputé avec mon père et j'ai juré que plus jamais je ne jouerais au but. Il n'a plus jamais insisté ? VERLINDEN : Non. Je n'étais tout simplement pas fait pour ça. J'ai commencé comme arrière droit, mais mon entraîneur à Bruges, un Néerlandais, estimait que j'avais les qualités d'un attaquant. Je suis resté à Bruges jusqu'à l'âge de douze ans puis le Standard est venu me chercher. Mon frère Justin y jouait déjà et, à la fin de la saison, ils lui ont demandé si je voulais le rejoindre. En été, ils ont appelé mes parents, nous sommes allés une fois à Liège et l'affaire était réglée. Le fils d'une icône du Club Bruges au Standard, ça a du faire du bruit. VERLINDEN : Bruges n'a pas voulu faire d'histoires mais les gens n'ont pas apprécié. Justin était déjà parti un an plus tôt et j'étais considéré comme un joueur talentueux. Je ne sais pas si c'est lié, mais quand Georges Leekens est arrivé, mon père a été limogé. La façon dont Bruges l'a traité n'était pas correcte. Il n'y pense plus mais ça restera à jamais gravé en lui. Qu'est-ce que ce transfert t'a apporté en terme de formation ? VERLINDEN : À l'époque, je n'aurais pas pu prendre meilleure décision parce que l'académie du Standard était terminée. Ces quatre ans au Standard m'ont également rendu plus indépendant. Le samedi, ma mère venait nous rechercher après les matches mais le dimanche, Justin et moi prenions le train depuis la Flandre-Occidentale vers Tongres, où nous étions à l'internat. J'avais à peine 12 ans, mais je n'habitais plus à la maison et je ne pouvais compter que sur mon frère. Quels souvenirs gardes-tu de votre période au Standard ? VERLINDEN : Je dois beaucoup à Alex Moscovoi. Il était entraîneur et l'été, éducateur à l'internat. Cet homme pouvait être très dur avec moi. J'ai du caractère et j'ai appris à encaisser. Avec mon tempérament, j'ai parfois eu des problèmes. On ne peut pas dire que j'avais une grande gueule, mais sur le terrain, je suis agressif. Les arbitres, surtout, en entendaient. Je ne me suis calmé qu'à l'âge de 16 ans. Pourquoi n'as-tu pas réussi au Standard ? VERLINDEN : Je devais toujours jouer avec des jeunes de mon âge alors que d'autres étaient autorisés à sauter une ou deux catégories. À la fin, la direction savait qu'un club anglais s'intéressait à moi, mais j'ai été le dernier à qui on a proposé un contrat. Pour moi, ça voulait dire qu'on ne comptait pas sur moi. Pourtant, je faisais partie de la levée 1999 avec Zinho Vanheusden, Ilias Moutha-Sebtaoui et Adrien Bongiovanni. Au Standard, on parlait de génération dorée. Des scouts de toute l'Europe assistaient à nos match et le Standard n'aurait pas pu tous nous retenir. En ce qui me concerne, les choses auraient pu être différentes : si on m'avait autorisé à m'entraîner avec l'équipe première, je ne serais jamais parti. À 15 ans, vous avez surpris tout le monde en optant pour Stoke City, un club qui n'est pourtant pas réputé pour son centre de formation. VERLINDEN : J'ai visité Liverpool et Everton avec mes parents et mon agent ( Gyorgy Csepregi, ndlr), mais je ne le sentais pas. À Stoke City, par contre, j'ai senti qu'on me voulait vraiment. Le manager, Mark Hughes, m'a pris à part dans son bureau. Il m'a dit : " Regarde, gamin. Ici, tu auras vraiment ta chance ". Ça m'a convaincu de signer à Stoke. L'aspect financier a-t-il joué un rôle également ? Sans quoi tu n'aurais tout de même pas opté pour un club du calibre de Stoke. VERLINDEN : L'argent n'était pas ma motivation première. On m'a donné une bourse pour étudier, ça ne représentait pas grand-chose. J'aurais même pu gagner plus en restant au Standard. Mais à Stoke City, on me promettait de pouvoir m'entraîner régulièrement avec le noyau A, où on trouvait des joueurs comme Xherdan Shaqiri et Marko Arnautovic Au Standard, on me garantissait juste une place en U17... Mon choix a donc été vite fait. De plus, Stoke offrait un boulot d'entraîneur des gardiens à mon père. Mark Hughes disait que tu étais un des joueurs les plus talentueux qu'il ait côtoyés. Cela n'a-t-il pas contribué à augmenter la pression ? VERLINDEN : Dans le chef des supporters, oui. J'avais 17 ans quand Hughes m'a repris plusieurs fois sur le banc en Premier League et l'an dernier, pour ma première titularisation, j'ai été élu Homme du Match. Les supporters attendaient la suite avec impatience, ils pensaient que j'allais remettre ça à chaque match. Les fans de Stoke sont les meilleurs d'Angleterre. Quand les choses vont mal, ils peuvent s'en prendre à un joueur, mais je n'ai aucun problème avec ça... À l'entraînement, je n'avais pas peur de faire une mauvaise passe. Est-ce que ça fait de moi une tête brûlée ? Si, à cet âge-là, on n'est pas capable de se faire respecter, on se fait marcher dessus. Une blessure au dos a entravé ta progression. VERLINDEN : Il y a trois ans, à Watford, on m'a envoyé à l'échauffement et j'ai senti comme un coup de poignard dans le dos. Après le match, j'ai dit au kiné que je devais passer un scan. Le lundi, je suis allé à l'hôpital et le mardi, un spécialiste m'attendait. Le diagnostic était sérieux : fracture de stress aux quatrième et cinquième lombaires. Le docteur pensait que c'était dû à une surcharge et il m'a obligé à rester allongé pendant six mois. Que ce serait-il passé si j'étais monté au jeu ce jour-là ? Les choses auraient sans doute été plus graves encore. Mais quand le coach vous dit d'entrer, vous ne pouvez pas refuser. Jusque là, ma carrière avait sans cesse évolué. C'était mon premier coup d'arrêt. Sans cette blessure, j'aurais sans doute effectué mes débuts en Premier League et je serais bien plus loin aujourd'hui. Comment s'est passée la rééducation ? VERLINDEN : J'ai passé trois mois en Belgique. Comme je m'ennuyais, j'allais voir Justin s'entraîner à Ostende. Ou j'allais marcher avec ma mère, qui se remettait d'une thrombose. Je pouvais nager et faire du vélo - à condition de ne pas surcharger mon dos. Quand j'ai repris l'entraînement avec le noyau A, je ne parvenais plus à suivre. Moralement, ça a été très dur. Je me demandais si je retrouverais un jour mon niveau. Début 2018, tu as été prêté six mois à Sankt Pauli, en D2 allemande. Encore un choix étonnant ! VERLINDEN : Le directeur sportif de Sankt Pauli m'avait vu jouer à quelques reprises avec les U23 de Stoke et, après une période d'essai d'une semaine, on m'a proposé un contrat. Il semble que l'entraîneur, Olaf Jansen, avait insisté pour qu'on me transfère. Une semaine ou deux plus tard, il était limogé. La première chose que je me suis dite, c'est : " fuck, et maintenant ? " Le nouvel entraîneur ne venait jamais voir l'équipe B et pour lui, je n'étais qu'un joueur loué qui ne serait plus là dans six mois. Après un certain temps, j'ai dit à l'entraîneur que je ne voulais plus jouer avec l'équipe B. J'en avais marre des tacles et du jeu très physique de la D4. À Sankt Pauli, ils étaient un peu fâchés - ils m'ont renvoyé à une semaine de la fin de la saison - mais à Stoke, on comprenait ma situation. On savait que je n'avais pas été traité correctement. On m'avait envoyé là-bas parce que l'entraîneur me voulait absolument et, pour diverses raisons, je ne jouais pas... La saison dernière, tu as accepté d'être prêté aux Bolton Wanderers, un club de D3 qui, en raison de difficultés financières, devait entamer la saison avec un handicap de douze points. VERLINDEN : Stoke ne voulait pas me louer, mais j'ai insisté. Après en avoir discuté avec mon agent, mon père et Justin, on en a conclu qu'à 20 ans, il était temps que je joue. Au départ, je voulais être loué à un club belge mais le dernier jour du mercato, la direction m'a fait clairement comprendre que je devais rester en Angleterre. Bolton et Wycombe, deux clubs de League One, étaient intéressés. Bolton n'est pas loin de Manchester, ça a été un élément décisif. Et j'ai fait le bon choix puisque j'ai été titulaire à 12 reprises sur 21 matches et j'ai fait parler de moi à un bon niveau. Tu as 20 ans, tu es encore sous contrat à Stoke City jusqu'en 2022 et tu es sur le point de percer en Angleterre. Ton rêve est-il en train de se réaliser ? VERLINDEN : Mon objectif, c'est d'être titulaire à Stoke la saison prochaine puis de jouer en Premier League. Mais je ne veux pas brûler les étapes. Les joueurs qui percent parmi l'élite ont généralement 23 ou 24 ans. Je ne suis donc pas pressé. Je parle chaque jour au téléphone avec mon père et il est du même avis. Il me dit : " Prends ton temps, reste calme, pas de stress. Joue tes matches et tu verras ce qui arriveras. " Il le répète souvent car il sait que les jeunes sont parfois impatients. Jusqu'en U19, tu étais régulièrement appelé en équipe nationale mais ta dernière sélection remonte déjà à mars 2018. Tu sais pourquoi Johan Walem ne fait pas appel à toi ? VERLINDEN : Je n'ai jamais parlé avec le sélectionneur des espoirs, il m'est donc très difficile de me prononcer sur mes chances d'être appelé un jour. Il estime peut-être que je ne suis pas prêt. À moins qu'il y ait une autre raison. Je n'en sais rien mais je dois accepter sa décision. Suis-je d'accord pour autant ? Non, c'est difficile à admettre. J'ai joué en U19 avec tous ceux qui sont sélectionnés maintenant et je veux aussi jouer pour mon pays. En Belgique, peu de gens savent qu'il y a deux Belges à Stoke : Julien Ngoy et toi. VERLINDEN : Quand on est petit, on rêve d'être connu dans son pays, mais le fait qu'on ne me connaisse pas n'est pas grave. Je peux jouer sans pression et la reconnaissance finira bien par arriver plus tard.