"Après le match à Bruges et mon arrêt sur le tir de Maxime Lestienne, dans les ultimes minutes de jeu, j'ai passé en revue ma carrière, ma vie. Tous ces matches sur le banc, ces cruelles déceptions après une énième blessure. J'ai pensé : - Enfin, mon heure est arrivée ! Ce match m'a libéré de l'impatience qui me rongeait. Depuis des années, on vante mes qualités mais je n'avais jamais pu les montrer, puis il y a eu le match de la délivrance.
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"Après le match à Bruges et mon arrêt sur le tir de Maxime Lestienne, dans les ultimes minutes de jeu, j'ai passé en revue ma carrière, ma vie. Tous ces matches sur le banc, ces cruelles déceptions après une énième blessure. J'ai pensé : - Enfin, mon heure est arrivée ! Ce match m'a libéré de l'impatience qui me rongeait. Depuis des années, on vante mes qualités mais je n'avais jamais pu les montrer, puis il y a eu le match de la délivrance. J'ai été encore plus ému en apercevant dans la tribune Philippe Boussard, l'entraîneur des gardiens du RFC Liège durant ma jeunesse. Il m'a toujours soutenu et il continue à le faire. Nous nous téléphonons tous les deux ou trois jours. Il a roulé plus de 500 kilomètres pour venir me voir jouer à Bruges, en effectuant un crochet à Waregem pour emmener puis ramener mon amie. Il a même assisté au match au Standard alors que, fervent partisan de Liège, il avait juré ne jamais mettre un pied à Sclessin. Il l'a fait pour moi... Mon histoire commence à Liège. Ma mère est belge, mon père italien. Ses parents ont quitté la Calabre après la guerre pour travailler dans les mines. J'ai grandi à Bressoux et je me suis affilié au club local, pensionnaire de P3, à cinq ans. Un an plus tard, j'ai rejoint le RFC Liège, comme joueur de champ. Je ne me suis retrouvé dans la cage qu'à 14 ans, suite à la blessure du gardien. Je l'ai remplacé régulièrement cette saison-là et l'entraîneur m'a dit que j'étais fait pour ce poste. Grâce à ce changement tardif, je participe beaucoup au jeu. La formation des gardiens à Liège, alors en D3, était formidable : j'ai été sous les ordres de Philippe Boussard puis, à partir de seize ans, de Christian Piot, pour deux ans. Les séances étaient dures : si je laissais échapper le ballon sur ce terrain boueux, je devais recommencer la série en cours. J'ai appris à me concentrer... Christian m'a beaucoup apporté sur le plan mental, en me contant ses expériences, bonnes et moins bonnes. Sa formation a rapidement porté ses fruits : dès ma deuxième saison comme doublure, j'ai dû pallier la suspension du titulaire contre Bocholt. Le match de ma vie : 0-0, trois ou quatre occasions franches repoussées. Jacky Munaron, qui entraînait les gardiens d'Anderlecht, m'avait visionné en réserves et cette prestation a achevé de le convaincre, d'autant que j'ai disputé un super match en U18 contre la France, en arrêtant un penalty. Sur la recommandation de Munaron, j'ai signé un contrat de quatre ans à Anderlecht en 2007. J'étais le numéro quatre, après Daniel Zitka, Silvio Proto et Davy Schollen. Je n'ai pas hésité, malgré le subit remplacement de Munaron par Filip De Wilde. Celui-ci m'a beaucoup apporté sur le plan technique et c'était logique puisque je passais d'une séance spécifique par semaine à une ou deux sessions par jour. Filip est très fanatique. Les premières semaines, je m'effondrais dans mon lit à peine rentré. J'étais impressionné par les vedettes qui m'entouraient, les terrains en parfait état, tout le matériel. J'étais souvent avec Proto. Nous avons le même style explosif. Franky Vercauteren travaillait avec son noyau fixe de 18 à 20 joueurs tandis qu'Ariël Jacobs, son adjoint, s'occupait des autres, parmi lesquels Vadis Odjidja, Walter Baseggio et moi. J'ai grandi tranquillement, à l'ombre, jusqu'à la blessure conjointe de Zitka et de Proto : je me suis retrouvé sur le banc contre Roulers, Schollen défendant le but. En fait, j'ai savouré ce moment, surtout l'échauffement dans le stade Constant Vanden Stock. J'ai fait banquette une dizaine de matches puis, lors d'un match des espoirs, une collision m'a valu une commotion cérébrale et une fracture de la pommette. Trois mois d'absence. En 2008-2009, rebelote : une déchirure à la cuisse et plusieurs semaines à l'infirmerie. Anderlecht m'a envoyé au tournoi pour espoirs de Viareggio pour que je retrouve mon rythme. Après cinq minutes de jeu, je me démettais l'épaule. J'ai cru que c'était l'affaire d'un mois mais le diagnostic a été terrible : un an de revalidation, sans garantie de rejouer. Mon univers s'est effondré. Le team manager José Garcia, mon seul véritable ami dans le foot professionnel, m'a beaucoup soutenu. J'ai travaillé d'arrache-pied avec le kiné Marc Walravens. Lui, José, Philippe Boussard et ma mère ont sauvé ma carrière. Six mois après l'opération, je rejouais. Cette blessure a freiné ma progression, à la grande déception de Filip De Wilde, qui croyait en moi. En janvier 2010, il m'a même confié que j'étais l'avenir du club, qu'après Proto, j'étais le plus doué des six. Hélas, je manquais d'expérience. Il a évoqué une location à un club de D2 ou de D3 mais je voulais rester au sommet. Gand s'est manifesté lors des derniers jours du mercato hivernal. Michel Preud'homme et Jan Van Steenberghe m'ont accordé quatre mois pour m'intégrer et m'ont promis que, si je travaillais bien, j'entamerais la saison suivante à égalité avec Bojan Jorgacevic et Frank Boeckx. Hélas, ils sont partis après la deuxième place de Gand et sa victoire en Coupe. Mais Munaron a pris la place de Jan : je pouvais enfin travailler avec celui qui m'avait découvert. Cela m'a boosté le moral, d'autant que Francky Dury m'a promu deuxième gardien. J'étais lancé. Jusqu'à l'accident avec Christophe Lepoint en janvier 2010 dont je préfère ne plus parler, si ce n'est pour exprimer ma reconnaissance à Dury, Munaron et au capitaine Bernd Thijs, qui ne m'ont pas laissé tomber. - Réponds sur le terrain, travaille, me répétaient-ils sans cesse. Je me suis exécuté et j'en ai été récompensé en avril, pendant les PO1, grâce à la blessure de Jorgacevic et aux fautes de Boeckx contre le Standard. Dury m'a ordonné de m'échauffer en première mi-temps. Frank est finalement resté dans la cage mais lors du match suivant, contre Anderlecht, mon ancien club, j'ai été titularisé. Dury m'a dit que je le méritais. Quel moment ! Quand Dury a été remplacé par Trond Sollied, et malgré une bonne préparation, je suis redevenu quatrième gardien, suite à l'arrivée de Sergio Padt. Je ne me suis pas laissé abattre : pour obtenir un transfert, je devais travailler et être irréprochable. Gand m'a proposé un nouveau contrat mais Zulte Waregem s'est manifesté et mon choix a été vite fait, puisque Dury me faisait confiance. Évidemment, évincer un monument comme Sammy Bossut n'était pas évident mais j'ai appris à gérer ce genre de situation. Sammy s'est blessé juste avant les PO1. J'ai stressé, cette fois, je voulais démontrer que j'étais plus qu'un réserviste. Cette pression m'a handicapé mais le coach, le capitaine Davy De fauw et Franck Berrier m'ont remonté le moral : - Oublie tes soucis, fais en match ce que tu fais à l'entraînement. Nous croyons en toi. Et voilà : j'ai joué le match de ma vie au Club et alors qu'il y a un an, à Gand, je jouais les bouche-trous comme joueur de champ à l'entraînement... " PAR JONAS CRÉTEUR - PHOTO : IMAGEGLOBE" Il y a un an, à Gand, je jouais les bouche-trous comme joueur de champ à l'entraînement. "