Malgré un agenda très chargé, Mbark Boussoufa nous a accordé une longue interview dans son quartier général : le restaurant l'Emir, à Leeuw-Saint-Pierre. Depuis votre arrivée en Belgique en 2004, vous avez remporté tous les prix collectifs et individuels possibles. Qu'est-ce qui peut encore vous motiver à rester chez nous ?
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Malgré un agenda très chargé, Mbark Boussoufa nous a accordé une longue interview dans son quartier général : le restaurant l'Emir, à Leeuw-Saint-Pierre. Depuis votre arrivée en Belgique en 2004, vous avez remporté tous les prix collectifs et individuels possibles. Qu'est-ce qui peut encore vous motiver à rester chez nous ? Mbark Boussoufa : Il y a toujours l'un ou l'autre défi à relever. Ce qui m'a interpellé, ces derniers jours, c'est le record du nombre d'assists détenu depuis 1998-1999 par l'ancien buteur du Racing Genk, Branko Strupar. Au moment où je comptabilisais 17 passes décisives, après notre première ren-contre des play-offs face à La Gantoise, je me suis fixé comme objectif d'améliorer ce total. Divers facteurs l'expliquent. Je citerai d'abord la présence de Romelu Lukaku devant moi. Depuis le départ de Mémé Tchité, Anderlecht n'avait plus jamais compté un attaquant aussi incisif. Nicolas Frutos et Tom De Sutter ont toujours eu leur part de mérite aussi, mais comme pivots essentiellement. Lukaku se déplace beaucoup plus en profondeur et constitue une aubaine parce que je peux à la fois l'alerter à partir de mon flanc ou le lancer dans l'axe. La moitié de ses goals proviennent d'un service de ma part. Indépendamment de Rom deux autres éléments se seront révélés précieux pour moi : Lucas Biglia parce qu'il n'a pas son pareil pour me trouver dans les intervalles. Et Jelle Van Damme, qui est mon complément idéal à gauche. Quand je rentre dans le jeu, il n'a pas son pareil pour plonger dans les espaces. Je n'ai jamais compris ses réticences à jouer dans l'entrejeu alors qu'il possède les qualités pour y briller. En regardant ses performances de ces derniers mois, il en est d'ailleurs de plus en plus convaincu. La véritable force du Sporting, c'est qu'après un temps d'adaptation, les différentes pièces du puzzle ont fini par s'imbriquer de façon harmonieuse. Guillaume Gillet s'est complètement affirmé au back droit, avec Ondrej Mazuch à ses côtés. Et dans l'entrejeu, il y a eu la percée de Cheikhou Kouyaté, qui a lui-même contribué à l'épanouissement de Biglia. Au départ, pourtant, j'avais des appréhensions après les blessures de Wasyl et Jan Polak. Et j'ai même redouté le pire après notre défaite à Saint-Trond. Mais notre victoire au Dinamo Zagreb a tout changé. Ce fut le premier déclic de la saison. Le match retour contre l'Ajax. Il y avait un monde de différence entre la qualité du football déployé ce soir-là et celui proposé lors de notre entrée en matière en Europa League. A Zagreb, l'accent avait été mis sur la rigueur défensive. Ce n'était pas très académique, mais cette victoire par 0-2 nous avait réellement boostés. Par la suite, toujours en faisant preuve de réserve, nous étions parvenus à grappiller un point peut-être immérité devant l'Ajax. La manière n'était pas terrible mais les points étaient là. Et puis, on a pris confiance et réalisé un gros match à Amsterdam. Dès cet instant, je me suis dit qu'on allait faire de grandes choses cette saison. Et les événements l'ont confirmé avec, notamment, ce match sublime à domicile face à l'Athletic Bilbao. C'était du grand art. Ce qui vaut pour mes coéquipiers doit sans doute l'être pour moi aussi. J'ai longtemps été d'avis que ma meilleure position était celle d'attaquant en retrait. Ariel Jacobs a toujours soutenu, au contraire, que c'est sur l'aile que j'étais le plus dangereux. Vu mes statistiques, il faut bien que je donne raison au coach. Mais il faut aussi dire que le système pratiqué me convient mieux aussi. Dans le 4-3-3, je n'étais pas toujours très heureux de mon apport. Il en va différemment avec le 4-2-3-1 que nous pratiquons le plus souvent. Cette disposition m'autorise une plus grande liberté de man£uvre. Comme numéro 10, je marquerais peut-être un peu plus mais cette production irait alors au détriment de mes assists. Or, c'est le bien de l'équipe qui prime. Il m'est parfois arrivé de devoir coulisser au centre pour des raisons tactiques. A choisir, je préfère toutefois mon aile. C'est là que j'éprouve mes meilleures sensations. J'ai parfois pesté mais, avec le recul, je me dis que le coach a sans doute eu raison de me maintenir à cette place. Son impact est loin d'être négligeable. Il est à la fois un bon entraîneur, un excellent motivateur et un fin psychologue. Sur le plan de la stratégie, il a prouvé sa maîtrise non seulement en Europa League mais aussi en championnat contre le Standard et le Club Bruges notamment. C'est quelqu'un aussi qui trouve toujours l'astuce pour nous transcender. C'est la raison pour laquelle on n'a pas bâclé notre fin de saison alors que le titre était conquis depuis longtemps. Et puis, il a les mots aussi pour tenir tout le monde en éveil. Ce n'est pas un hasard si Thomas Chatelle a terminé en force alors qu'il n'avait pas été à la fête durant plusieurs semaines. Idem pour Matias Suarez. Ce qui frappe aussi, c'est le haut niveau atteint d'emblée par les jeunots qu'il lance dans le grand bain. Tels Lukas Marecek ou Zigui Badibanga. C'est un peu comme s'ils avaient toujours joué au Sporting. Le groupe est jeune et conquérant. Beaucoup viennent de savourer leur premier titre. Ceux-là ont à c£ur de laisser une trace en Europe à présent. C'est louable mais je pense qu'il sera difficile de rééditer une saison pareille. Cette année, ce n'était pas compliqué de faire mieux. Le club avait été éliminé en 2008-2009 par BATE Borisov et avait dû se contenter d'une deuxième place derrière le Standard. A présent, comment faire pour totaliser encore plus de points en championnat ? Quant à la Ligue des Champions, elle est d'un autre calibre que l'Europa League. Je pars du principe que je serai encore Sportingman la saison prochaine. Mais si on me propose un beau challenge et que toutes les parties sont susceptibles de réaliser une bonne affaire, pourquoi pas ? Un championnat huppé, style Angleterre, Espagne ou Allemagne. Mais pas dans un club du fond du panier. Dans ce cas, je préfère rester ici. Nous ne sommes pas les mêmes types de joueurs. Je ne pense dès lors pas que ce club songerait à moi. Oui, mais pas maintenant. Il doit encore mûrir en Belgique durant un ou deux ans. A ce moment-là, il pourra toujours tenter l'aventure. Exact. Je suis à la croisée des chemins. De deux choses l'une : ou bien je rempile au Sporting, ou bien je signe ailleurs un bail de longue durée. J'ai lu ça également mais rien ne correspond à la réalité. Au même titre que cette date-butoir du 15 juin avant laquelle je dois me prononcer sur mon avenir. Je crois que dans l'euphorie du titre, certaines choses ont été balancées dans la presse trop rapidement. Et sans qu'on m'en ait informé au préalable. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai été convié récemment, avec mon manager, à un premier tour de table. Le club m'a sondé sur mes intentions et j'ai répondu que j'étais ouvert à une bonne proposition. Mais nous n'avons pas parlé de chiffres. Je pense avoir prouvé une fois pour toutes que j'étais capable de tirer mon épingle du jeu en toutes circonstances. Non seulement contre les sans grade mais aussi face aux ténors. Pendant des années, j'ai souvent dû entendre que j'étais trop petit et fluet pour ambitionner une place au plus haut niveau. Cette saison, j'ai bel et bien l'impression d'avoir fait taire les détracteurs. Même s'il reste toujours des sceptiques. Dès l'instant où je n'ai pas marqué ou délivré d'assist, ceux-là font automatiquement la fine bouche. Au Standard, je n'avais été impliqué dans aucun de nos quatre buts, par exemple. Mais je n'en avais pas moins été déterminant. Pourtant, aux yeux de quelques-uns, j'étais passé à côté de mon match. Ce manque de reconnaissance m'attriste parfois. Je me dis alors que je ferais mieux de changer d'air. Il suffit toutefois que je me distingue la semaine suivante pour jouir d'un nouveau crédit. Et ainsi de suite. Il faut s'en faire une raison. Mais ce n'est pas toujours facile. Le 3-2 contre le Club Bruges avec ce dernier but que je mets dans les arrêts de jeu. Sans vouloir me pousser du col, le championnat a sans doute été plié sur cette action. D'autres rencontres me laissent un tout bon souvenir aussi : le 0-5 au Germinal Beerschot, notamment, avec cette reprise acrobatique sur un centre de Lukaku. Je ne suis pas un joueur méchant, tout le monde le sait. Mais je n'ai pas ma langue en poche. Quand l'arbitre se trompe, je n'hésite pas à exprimer mon point de vue. En Hollande, il n'y aurait rien à redire à ce propos. Le problème, ici, c'est que personne n'accepte les critiques. A fortiori les directeurs de jeu. J'ai vraiment dû lutter, par moments, pour ne pas exploser car pas mal de joueurs, au courant de ma situation, ont tout fait pour m'allumer. On essaie de me déstabiliser par tous les moyens, physiquement et verbalement. Il est heureux que je parvienne à me dominer dans ces circonstances. Je me dis que toutes ces paroles dépassent l'entendement et qu'elles sont dictées par le contexte du match. Je refuse de croire, en tout cas, que les joueurs sont racistes. Je connais bien Jelle. Il n'est pas comme ça. C'est sa parole contre celle des autres. Il n'avait pas tout à fait tort, dans la mesure où j'avais été inattentif sur une rentrée en touche. Du coup, Ivan Perisic avait plongé dans son dos. J'ai riposté et le ton était fameusement monté. Mais dans les vestiaires, j'ai été le premier à faire la bise à Oli. Ce n'est jamais méchant. Rien à voir, croyez-moi, avec les noms d'oiseaux que les joueurs s'adressaient à l'Ajax. Mais c'est vrai que quand quelque chose m'exaspère, je n'épargne rien ni personne. Pas même l'entraîneur ( il rit). Après mon exclusion à Roulers, il avait dit à la presse que j'avais abandonné mes partenaires. C'est son bon droit, évidemment, mais j'estime qu'il n'aurait pas dû dire ça en public. Pour moi, ça devait rester dans le vestiaire, c'est tout. Ce n'est pas vraiment anormal. Il ne faut pas oublier que le Sporting a perdu deux joueurs influents en tout début de saison avec Wasilewski et Polak. Des jeunes se sont incorporés et soudain j'ai fait figure d'ancien. Dans ces conditions, il était logique que je prenne mes responsabilités. Je suis à la base de cette initiative, c'est exact. J'avais remarqué que certains étaient quand même déboussolés après les événements contre le Standard. Il fallait réagir et j'ai eu l'idée de former un cercle avec mes coéquipiers avant chaque match et de leur adresser la parole. En fonction de ce qui nous attend, mon discours est chaque fois différent. Mais les gars s'y montrent réceptifs. A ce moment-là, je mesure un impact sur le groupe. Je ne suis peut-être pas capitaine, mais c'est tout comme.par bruno govers"Je refuse de croire, en tout cas, que les joueurs sont racistes. "