Dorge Kouemaha se dirige vers le coin lecture du complexe d'entraînement, au premier étage, à l'allure d'un vieil homme. Deux jours plus tôt, dès son premier match pour son nouvel employeur, il s'est déchiré un muscle du mollet droit. Le Camerounais, auteur de seize buts pour le Club Bruges lors de sa première saison, a connu de nombreux problèmes ces quatre dernières années. " Ceci n'est qu'un bobo. J'espère être rétabli d'ici quatre semaines. Je me ménage car je sors d'un long break. Je n'ai rien fait pendant deux mois, à part quelques matches entre copains pendant mes vacances au Cameroun. "
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Dorge Kouemaha se dirige vers le coin lecture du complexe d'entraînement, au premier étage, à l'allure d'un vieil homme. Deux jours plus tôt, dès son premier match pour son nouvel employeur, il s'est déchiré un muscle du mollet droit. Le Camerounais, auteur de seize buts pour le Club Bruges lors de sa première saison, a connu de nombreux problèmes ces quatre dernières années. " Ceci n'est qu'un bobo. J'espère être rétabli d'ici quatre semaines. Je me ménage car je sors d'un long break. Je n'ai rien fait pendant deux mois, à part quelques matches entre copains pendant mes vacances au Cameroun. " Dorge Kouemaha : Parce que la saison s'est achevée très tôt en Turquie. Non, un mois là-bas et un en Belgique. Non. J'habite maintenant Denderleeuw. J'y ai acheté une maison il y a six mois. J'ai rompu mon contrat au Club Bruges il y a un an et je voulais être proche de Bruxelles, notamment parce que ma fille aînée, qui a douze ans, y va à l'école. Parce qu'il me relouait chaque fois et que je voulais être libre de signer un nouveau contrat à Adana Demirspor. Malheureusement, il y a rapidement eu des problèmes de paiement et j'ai donc décidé de résilier ce contrat pour revenir en Belgique et signer au Lierse. La différence, c'est qu'en Turquie, le salaire versé est quasiment net. Ce club de D2 m'a aussi offert un bon contrat parce qu'il m'avait vu à l'oeuvre pendant six mois à Gaziantepspor en Süper Lig. Nous n'avons pas réussi à monter. Nous n'avons pas gagné notre premier match et en Turquie, quand vous ne gagnez pas, il est difficile de toucher votre salaire. Cette année et demie a été une très mauvaise expérience. J'ai eu l'opportunité de signer ailleurs mais connaissant la mentalité qui règne là, je m'en suis abstenu. Au début, on me disait : " OK, on te donne 500 euros. " On m'assurait que j'allais recevoir mon argent, que je ne devais pas me tracasser mais à la fin, le discours était différent : " Nous n'avons pas d'argent pour le moment... " Gaziantepspor me doit 100.000 euros, Adana Demirspor environ 150.000. En un an et demi, cela fait donc 250.000 euros auxquels j'ai droit. J'ai engagé un avocat à Istanbul et un autre à Adana. J'ai également déposé plainte auprès de la FIFA mais il faudra du temps pour toucher mon dû. Un an ou deux au moins. J'étais en Turquie à ce moment-là. Ce n'était rien de grave. Ma femme et un ami voulaient brûler quelque chose dans le jardin. Je ne sais pas. Peut-être des ordures car c'est habituel au Cameroun : on brûle les déchets dans le jardin. Oui. Pendant ma demi-saison à Gaziantepspor, j'ai marqué cinq buts en douze matches. Le club voulait me conserver mais comme il ne me payait pas, je suis parti. J'ai marqué dix buts et délivré six assists pour Demirspor. J'avais été blessé pendant près d'un an en Allemagne mais je retrouvais mes sensations. J'avais très bien entamé ma saison à Kaiserslautern. J'avais réussi à me montrer, je me battais au service de l'équipe comme je le fais toujours quand je suis en forme et j'ai marqué contre Hambourg puis contre Hoffenheim. Hanovre m'a même contacté en prévision de la saison suivante mais je me suis déchiré le tendon d'Achille, ce qui a mis fin aux négociations. Quand j'ai repris le collier, six mois après l'opération, j'avais toujours mal et j'ai dû poursuivre ma revalidation deux mois de plus. Par la suite, l'entraîneur de Francfort ne m'a pas offert ma chance. J'avais été embauché par le manager, qui avait travaillé à Duisbourg. Il me connaissait et croyait en moi mais l'entraîneur avait trouvé son équipe-type et n'en a plus changé. C'est pour ça que j'ai rejoint Gaziantepspor à l'issue du premier tour. Je ne veux pas qu'on m'engage pour regarder les autres jouer. Si on ne m'aligne pas, je m'en vais. Je me sentais très mal dans ma peau car mon rêve de disputer le Mondial sud-africain s'était envolé. J'étais sûr et certain d'être sélectionné. J'ai fait partie des 28 joueurs qui ont effectué un stage en Autriche mais deux semaines plus tard, je ne figurais pas sur la liste définitive des 23. Je n'en sais rien. En Afrique, on ne sait pas toujours ce qui se passe. Mon équipe nationale est rongée par la corruption, dit-on. A voir ce qui s'y passe, je suis enclin à le croire. L'équipe qui était au Brésil était pratiquement composée des mêmes footballeurs qu'il y a quatre ans alors que le Cameroun n'avait pas gagné le moindre point. Pas plus que lors de cette édition. Pourtant, vous allez voir : rien ne va changer. C'est comme ça, le football en Afrique. Personne ne peut le changer. Je ne sais pas car je ne connais pas le système. Si c'était le cas, j'aurais peut-être été sélectionné pour la Coupe du Monde. Le problème, c'est que les joueurs n'avaient pas touché leur argent. C'est l'Afrique, hein. L'organisation est loin d'être aussi bonne qu'en Europe. Pour être performant, un groupe doit former une famille. Il ne faut pas que chacun n'en fasse qu'à sa tête. Mon équipe nationale connaît tant de stupides problèmes... Elle ne peut pas jouer convenablement dans ces conditions. C'est ce qu'on dit mais je ne crois pas qu'il suscite des problèmes au sein de l'équipe. Ce n'est pas un mauvais garçon. J'ai fait partie du groupe, je suis toujours en contact régulier avec lui. L'homme que je connais possède une excellente mentalité et est un capitaine qui défend son équipe. D'après moi, l'origine des problèmes est à chercher du côté de la mauvaise organisation mais les dirigeants qui en sont responsables accusent Eto'o d'être la source de tous les soucis. Je restais sur une excellente saison en championnat de Belgique et en Europa League. J'avais également disputé deux bons matches amicaux contre l'Italie et l'Autriche. Sur base de mes prestations sportives, il était impossible de ne pas me reprendre. Celui qui joue bien est sélectionné. C'est le seul système à mes yeux. Etre repris aurait été très important pour la suite de ma carrière. A ce moment-là, des clubs anglais s'intéressaient à moi mais je n'avais pas joué assez de matches internationaux pour obtenir un permis de travail, en tant qu'Africain. Le Mondial devait me permettre de rejoindre un grand club européen. Apprendre que je devais rester à la maison m'a brisé. J'étais inconsolable. J'ai même failli renoncer au football. Je me trouvais alors au Cameroun. Ce jeune homme n'habitait pas loin de chez nous. Les secours sont arrivés trop tard, il est mort en pleine rue. Ma femme a assisté à son enterrement. Il s'est produit tant de choses à ce moment... J'étais vraiment mal dans ma peau quand je suis revenu au Club Bruges, cet été-là. En effet. J'avais reçu une proposition de Twente mais le président ne voulait pas me laisser partir. Je suis resté, après adaptation de mon contrat, mais je ne me sentais toujours pas très bien. Je n'étais pas concentré à cause de mes problèmes. J'ai pris un mauvais départ puis je me suis blessé à la cheville. Par-dessus le marché, c'était la saison suivant le changement de président. Il fallait tout changer. A moi aussi, on a dit que je pouvais m'en aller si je le voulais, au terme d'une année marquée par de nombreuses discussions. Je ne conserve pas un bon souvenir de tout le monde, même si je n'ai de problème avec personne. L'année dernière, nous avons trouvé que rompre mon contrat constituait une bonne solution. Il y a trois semaines, je suis encore allé au Club pour y prendre un paquet à destination de ma fondation. Oui, la Fondation Kouemaha, dans mon village natal. Je ne dirais pas que c'est une vraie école de football mais j'aide quand même plus de 35 joueurs de moins de seize ans à s'entraîner dans de bonnes conditions, dans l'espoir de leur offrir un avenir meilleur grâce au football. Oui. Deux d'entre eux jouent déjà en D1 camerounaise, dont mon frère cadet. Il a 19 ans et est avant, comme moi, mais il possède une meilleure technique. Je compte lui faire passer des tests dans un club ici les prochains mois. Nous avons déjà demandé un visa. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS CHRISTOPHE KETELS / BELGAIMAGE " Mes deux anciens clubs en Turquie me doivent encore un total de 250.000 euros." " Ma fondation au Cameroun aide 35 joueurs à s'entraîner dans de bonnes conditions. " " Pour être performant, un groupe doit former une famille. Ce n'est pas le cas des Lions Indomptables. "