La conversation démarre sur fond de dictature... " Mes parents ont fui le Portugal de Salazar dans les années 60, ils se sont installés dans le Nord de la France, j'y suis né, j'y ai grandi. " Fernando Da Cruz raconte brièvement son parcours. " De la période Salazar, ils ont conservé un traumatisme. Les Portugais n'avaient par exemple pas le droit d'exprimer leurs opinions dans les lieux publics. Ceux qui le faisaient, ils prenaient des risques parce qu'il y avait des balances un peu partout. Une police secrète qui rapportait tout au sommet de l'Etat. "
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La conversation démarre sur fond de dictature... " Mes parents ont fui le Portugal de Salazar dans les années 60, ils se sont installés dans le Nord de la France, j'y suis né, j'y ai grandi. " Fernando Da Cruz raconte brièvement son parcours. " De la période Salazar, ils ont conservé un traumatisme. Les Portugais n'avaient par exemple pas le droit d'exprimer leurs opinions dans les lieux publics. Ceux qui le faisaient, ils prenaient des risques parce qu'il y avait des balances un peu partout. Une police secrète qui rapportait tout au sommet de l'Etat. " L'entraîneur de Mouscron passe au sujet foot et enchaîne sur ses années en équipe de France. En futsal. Une grosse demi-centaine de sélections. Il a longtemps été le capitaine des Bleus, il a parcouru le monde et affronté les meilleurs pays : " Brésil, Espagne, Russie, Portugal, Italie, Croatie, République tchèque,... Aussi un tournoi exhibition qui m'a permis de séjourner une dizaine de jours à Singapour. " Quand on l'écoute, on ne s'ennuie à aucun moment ! Il fait, au scalpel, l'analyse de la saison chahutée du RMP. Et quelques révélations croustillantes au passage. Fernando Da Cruz : Je n'avais rien imaginé au départ puisque, dans mon esprit, je n'étais T1 qu'en transit. C'était le deal avec la direction. Je ne faisais qu'un dépannage. J'étais très bien dans mon rôle de directeur du Futurosport. Mais le club avait une priorité, il y avait urgence : il ne fallait pas que les entraînements de janvier reprennent avec Rachid Chihab. Puis, au fil des semaines, j'ai compris qu'on ne cherchait pas vraiment un nouvel entraîneur. Je me suis installé et je me suis dit, à un moment : -Là, ça risque quand même d'être très compliqué. Il y avait la spirale des résultats négatifs, plein de rumeurs à tous les niveaux. Ma principale préoccupation a alors été de sauver l'unité du vestiaire. D'empêcher les mecs de tomber dans un projet individuel. Oui. Tu attends un repreneur, il ne vient pas. Tu attends un entraîneur, il n'arrive pas. Moi, je ne suis qu'un intérimaire. Mets-toi dans la tête des joueurs. Ils se disent peut-être : -Pourquoi l'écouter à partir du moment où il ne va pas durer ? Je ne voulais pas, je ne pouvais pas entrer dans un rapport de force avec eux. On a atteint l'objectif parce que le vestiaire est resté uni. Sans cette unité, on aurait pu aller jusqu'à neuf défaites consécutives. Ah non... On m'a imputé des défaites qui n'étaient pas les miennes ! Les trois premières de la série de dix, c'était pour Rachid Chihab. J'ai lu que j'avais un bilan de 3 sur 36, c'est faux. J'ai fait 3 sur 27. Je ne dis pas que c'est un bon bilan mais il faut être précis ! Ça m'a traversé une fois l'esprit. Une seule fois. En rentrant du match au Standard. On avait pris trois buts dans la première demi-heure. Et on n'avait rien montré. C'est le moment où j'ai le plus douté. Je me suis demandé si le groupe n'était pas occupé à lâcher mentalement. Je ne suis pas d'accord. Les malheurs de l'équipe ont commencé avant Anderlecht. Les résultats dans les matches précédents avaient déjà été très moyens. C'est la victoire contre Anderlecht qui a sauvé Rachid Chihab. Fragilisé, en tout cas. Pendant cette période-là, Mouscron n'a pas su gagner des matches contre des adversaires abordables, style Waasland Beveren, Cercle, Zulte Waregem, Malines. J'ai entendu qu'il y avait une cassure, que les joueurs commençaient à lâcher le coach. Evidemment, il y a eu la victoire contre Anderlecht, mais pour un match pareil, tout le monde se remobilise. Aussi parce que c'est une bonne occasion pour se mettre en vitrine. Inconsciemment, oui, les joueurs ont été influencés. C'est pour ça qu'avant le premier match des PO2, j'ai demandé au président de faire une intervention devant les joueurs. Communiquer, c'est important. Que les joueurs soient contents de ce qu'on leur dit ou pas, c'est autre chose. Mais il faut de la transparence. Il faut dire les choses comme elles sont, belles ou pas belles. Cette communication, elle a manqué par moments, et donc, ils pouvaient tout s'imaginer. Surtout qu'il y en a beaucoup en fin de contrat. Je pense qu'ils ont été perturbés, oui. Non. Simplement des petites tensions. Le LOSC voulait récupérer ses billes, le RMP était prêt à racheter mais pas forcément au prix demandé, donc c'était normal que ça tiraille un peu. Mais on a continué à travailler dans de bonnes conditions à leur centre d'entraînement. Il n'y a jamais eu de laisser-aller dans l'entretien de notre terrain, par exemple. Lille a joué le jeu jusqu'au bout. Une seule fois, à distance... J'avais quitté le LOSC parce qu'on ne s'entendait plus, voilà. J'ai travaillé quelques mois avec lui, comme adjoint, quand il a repris l'équipe de Mouscron en D2. Mais bien avant la fin de la saison, j'ai annoncé à la direction du LOSC que je voulais arrêter cette collaboration. On a mis fin à mon contrat et je suis passé sous contrat RMP, avec des responsabilités au Futurosport. Si je continuais avec le LOSC tout en quittant Mouscron, je retournais près des jeunes à Luchin, et là, j'aurais eu Chihab comme patron puisqu'il est responsable de la formation. Impossible, donc. On ne s'est jamais disputés mais on est trop différents pour travailler ensemble. Au niveau humain, il y a trop de différences. J'estime que quand on fait ce métier, même s'il faut être professionnel, l'humain doit continuer à exister. Tout à fait. Aucun échange entre nous. Je n'allais jamais dans le vestiaire. Je m'installais sur le banc quand le match commençait, je repartais juste après. Point barre. Le club avait un problème, il n'avait pas d'entraîneur avec le bon diplôme. On m'avait demandé si je pouvais dépanner, être un prête-nom. J'ai dit : -OK, à condition de ne pas devoir prendre le bus avec l'équipe et de ne pas devoir dire bonjour à Rachid Chihab. Pour les matches en déplacement, je faisais la route avec ma voiture, je m'arrangeais pour arriver juste avant le coup d'envoi. Je ne vois pas les choses comme ça. Il voulait rentrer à Lille, et à ce moment-là, on pensait que le club allait être repris par des Omanais qui annonçaient des renforts pour janvier. Au bout du compte, je me suis retrouvé complètement démuni offensivement. Sans vouloir chercher des excuses, je rappelle que dans l'équipe de la première moitié de la saison, il y avait Steeven Langil, Anice Badry et Abdoulay Diaby. Moi, j'ai récupéré un Langil hors forme puis blessé, un Badry complètement hors forme, et je n'avais plus Diaby. Je suis bien d'accord, on ne l'a plus vu. Mais tout son parcours montre que c'est un joueur de cycles. Pas un joueur d'une saison complète. C'est un peu normal qu'un joueur comme lui s'essouffle en cours de saison. Il y a trois ans, il était encore en CFA2. On ne met pas assez l'accent sur le fait que pas mal de gars découvraient la D1 cette saison. La D1, son rythme, ses exigences physiques. Je ne me suis jamais posé la question. Maintenant, j'ai cru lire quelque part que Hugo Broos avait été maintenu ici après un 3 sur 27... La direction a senti que j'avais toujours la confiance du groupe, ça a joué. Dans ma première interview, on m'avait demandé quels play-offs Mouscron allait jouer, j'avais répondu : " Les play-offs 2. " On y est. De justesse mais on y est. On m'avait demandé de sauver l'équipe, pas de gagner les neuf matches. Mais bon, j'ai eu la totale. Tout ce qui pouvait m'arriver, ça m'est arrivé. Pour que ce soit encore pire, il aurait fallu qu'on joue les PO3, qu'on les perde et qu'on chute en D2. Il a fait une connerie, d'accord, mais de là à l'accuser de tricherie, de corruption, c'était honteux. On manquait de respect à l'intégrité du RMP. On est un club honnête, pas un club de voleurs. On n'a pas demandé la licence européenne, donc ça ne servira pas à grand-chose de terminer en tête de notre groupe... Mais on se fait plaisir. On a été dans le dur pendant tellement de semaines, ça fait du bien de jouer sans pression. Incroyable ! Comment peut-on enlever la licence à un club trois jours après l'avoir accordée ? Mais bon... Le Cercle perd son premier match de PO3, hop il dépose plainte contre notre licence. Le Lierse perd le deuxième, hop c'est à son tour de déposer plainte. Ces gens-là sont en train de bien paniquer. C'est incompréhensible. En France, si la DNCG refuse la licence à un club, il peut toujours aller devant le tribunal du sport mais la Ligue ne s'en mêle pas. Pourquoi avoir créé une commission des licences en Belgique si on estime maintenant qu'elle n'est pas légitime ? Ce qui est sûr, c'est qu'on dérange des clubs qui ont plus d'argent que nous et qui ont fait moins bien sur le terrain. On voudrait nous priver de la licence sous prétexte qu'on veut faire la saison prochaine avec un budget limité. Mais les gens qui dirigent ce club sont tout sauf des dépensiers. Ils ne feront pas de folies. S'ils ont 100 euros, ils n'en dépenseront pas 150. A la place du président du Cercle, j'arrêterais d'aller voir ce qui se passe ailleurs. Qu'il se demande plutôt comment il s'est retrouvé deux fois dans les PO3 en trois ans avec un budget deux fois plus élevé que le nôtre. Il y a des faits qui me donnent raison. A Lokeren, on perd sur un penalty alors que la faute est clairement commise en dehors du rectangle. Mbaye Leye tombe, il roule, il roule, il roule, et là, oui il est dedans ! Et à Bruges... Je n'invente pas que leur président est allé trouver l'arbitre à la mi-temps, il y avait des caméras. Je me pose des questions. Si je mets le ballon sur la poitrine d'un joueur de Bruges comme Michel Preud'homme l'a fait avec Pieterjan Monteyne, je me retrouve en tribune. Preud'homme reçoit un simple rappel à l'ordre. Juste après, on prend une carte jaune parce qu'on gagne du temps. En tout, on reçoit six jaunes. Et ils ont un penalty qui n'en est pas un en fin de match. Ça fait beaucoup. Je ne dis pas que les arbitres se mettent ensemble contre Mouscron, mais des erreurs en notre faveur, il n'y en a jamais. Si on cherche un candidat en interne pour entraîner la saison prochaine, je pense que je suis légitime. Le bilan en points ne m'est pas favorable, c'est sûr, mais encore une fois, travailler dans des conditions pareilles, ce n'était pas simple. Peut-être que d'autres auraient mieux réussi que moi. Mais je ne suis pas sûr que tout le monde aurait fait aussi bien. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : BELGAIMAGE/ STOCKMAN" On m'avait demandé de sauver l'équipe, pas de gagner les neuf matches. " " Tu attends un repreneur, il ne vient pas. Tu attends un entraîneur, il n'arrive pas. Ça risquait d'éclater dans le vestiaire. "