Avant de pénétrer dans l'une des loges du Borussia-Park où va se dérouler l'entretien, on traverse un couloir où, sur les murs, sont épinglés les maillots cultes qui ont griffé l'histoire des vert et noir. Quelques joueurs iconiques sont également mis en valeur afin de rappeler le glorieux passé des Fohlen (les " poulains ", surnom du club) avec leurs 5 titres de champion d'Allemagne et deux Coupes de l'UEFA. Parmi ceux-ci, un Belge : Filip Daems.
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Avant de pénétrer dans l'une des loges du Borussia-Park où va se dérouler l'entretien, on traverse un couloir où, sur les murs, sont épinglés les maillots cultes qui ont griffé l'histoire des vert et noir. Quelques joueurs iconiques sont également mis en valeur afin de rappeler le glorieux passé des Fohlen (les " poulains ", surnom du club) avec leurs 5 titres de champion d'Allemagne et deux Coupes de l'UEFA. Parmi ceux-ci, un Belge : Filip Daems. " C'est une légende ici ", assure l'attaché de presse du club. " Encore aujourd'hui, il est régulièrement ovationné par le public. " L'ancien défenseur a passé dix saisons au Borussia et a disputé plus de 200 rencontres avec le club du Bas-Rhin. Thorgan Hazard en est lui à sa quatrième saison à Mönchengladbach et vient de disputer, le 26 janvier dernier, son 100e match en Bundesliga. " J'ai fêté ça à ma manière, en loupant mon péno ", sourit le numéro 10 local, dont on doute qu'il s'éternise chez ce géant du foot allemand, tant ses performances sont à la hausse. Entretien. Depuis ton arrivée à Mönchengladbach en juillet 2014, tu sembles connaître une progression linéaire. THORGAN HAZARD : C'est exactement ça. Au fil du temps, tu te crées davantage de repères, j'ai également un coach avec qui ça se passe très bien, il me donne beaucoup de confiance. Aujourd'hui, je prends plus mes responsabilités. Avant, j'allais peut-être moins directement au but. Même si je dois encore bosser la finition. Es-tu de plus en plus ambitieux ? HAZARD : Oui mais je me sens bien ici, j'aime ce club et l'ambiance qu'il y a autour. Et ta vie en Allemagne également ? HAZARD : Oui, vraiment. Il faut s'habituer, il faut comprendre la mentalité des gens. Mais quand tu t'es imprégné de ça, tu te fonds facilement dans le moule. Tout fonctionne bien en Allemagne. C'est très carré. Et ça me plaît. Tu as toujours été attiré par le championnat allemand apparemment. HAZARD : Oui, j'ai toujours su que je voulais venir ici. Et je ne suis pas déçu. Je crois pouvoir dire que j'ai fait le bon choix. Et pourtant, les joueurs belges et d'ailleurs sont davantage attirés par l'Angleterre. HAZARD : L'Angleterre attire mais quand tu parles avec des joueurs qui évoluent en Premier League, ils te disent aussi que l'Allemagne semble être un championnat extraordinaire. On a les meilleurs stades, les meilleures infrastructures. L'ambiance est aussi plus chaude qu'en Angleterre. Qu'est-ce qui t'a principalement marqué en arrivant ici, en provenance d'un club modeste comme Zulte Waregem ? HAZARD : Le stade, évidemment. Et puis, le travail physique. Lors de ma première semaine, j'avais mal partout, alors qu'à Zulte, après seulement une semaine de préparation, je disputais déjà mon premier match en championnat. Comment expliques-tu qu'on soit tant à la traîne au niveau physique ? HAZARD : Avec le noyau limité qu'on avait à Zulte, on ne pouvait pas se permettre de travailler de la même façon que l'on bosse ici. Avec tous les blessés qu'on enregistre cette saison, on aurait joué à Zulte avec notre deuxième équipe. Quand tu as un noyau de quinze joueurs, tu dois penser à la récupération. Tu dois penser à ne pas perdre des joueurs en route. Tu as le sentiment d'avoir attrapé un volume de jeu bien plus important depuis que tu es en Allemagne ? HAZARD : Lors de ma première saison, je n'ai pas débuté beaucoup de matches comme titulaire. Quand je rentrais 10, 20 minutes, j'étais mort. Mais c'est une question d'habitude, de rythme. Ici, il faut aimer courir. La course, ça ne semble pourtant pas être un trait de famille ? HAZARD : Moi, ça va encore. Même à Zulte, je courais un peu partout. J'ai toujours eu du fond. A Lens, déjà, je faisais partie de ceux qui couraient le plus. Et aujourd'hui, je répète les sprints, les courses et physiquement ça tient. Cette saison, tu fais partie des joueurs les plus décisifs - déjà 7 buts et 4 assists début février - parmi les cinq grands championnats européens. HAZARD : L'équipe me fait de plus en plus confiance. On me donne plus de responsabilités, je frappe les corners, les penalties, parfois les coups francs. J'ai aussi plus de temps de jeu. C'est rare que je sorte avant la fin de la rencontre. Malheureusement, je rate encore pas mal d'occasions devant le but. Je pense que j'aurais pu être à 10-15 buts cette saison. Comme Eden, j'attends parfois de démarrer, même si on s'améliore tous les deux. Je n'ai pas l'instinct du tueur comme un Lewandowski mais je travaille pour améliorer ça. Où situes-tu tes limites ? HAZARD : Comme je l'ai dit, ma progression est linéaire. Et je pense qu'ici, je peux encore progresser. Tu ne te dis pas qu'il est temps de franchir une étape ? HAZARD : J'écoute ce qu'on raconte à mon sujet. Mais ce sont des choses avec lesquelles je ne suis pas vraiment occupé. C'est mon père qui gère l'extra-sportif. Apparemment, il y a des clubs intéressés mais on analysera tout ça en fin de saison. Tu as le sentiment d'être enfin sorti de l'ombre, d'avoir enlevé cette étiquette de " frère de " ? HAZARD : Moi, ma progression est plus lente. Il faudrait être aveugle pour ne pas se rendre compte que je n'ai pas les mêmes qualités que mon frère. Il fait partie des meilleurs joueurs au monde. Il ne faut pas oublier non plus qu'il a parfaitement géré sa carrière, il a effectué les bons choix aux bons moments. Et sur le terrain, il a fait du Eden, il a été monstrueux. S'il y a cinq ans, on m'avait dit que je serais Diable Rouge, que je jouerais avec Eden, je ne l'aurais pas cru. Mais au fur et à mesure, tu commences à y croire, tu fais tout pour réussir. Et je n'ai pas envie de m'arrêter là. J'ai envie d'aller plus haut. Mais sans brûler les étapes. Beaucoup de jeunes joueurs ont souvent tendance à s'emballer... HAZARD : A Zulte, après ma première saison, j'ai fait le choix de continuer une année en plus alors que j'avais des propositions ailleurs. Ici, c'est la même chose. Après on verra, je ne sais pas où je serai dans deux ans. Dans le foot, c'est très difficile de se projeter. Tu n'as pas l'air malheureux en tout cas... HAZARD : Non, je suis bien ici. Qu'est-ce que tu conseilles en Allemagne ? HAZARD : Quand tu es jeune, il faut venir ici. Mais il faut accepter de travailler, d'être discipliné. Il faut comprendre la mentalité allemande. On a beaucoup de vidéos, on étudie minutieusement l'adversaire, on a plusieurs tactiques, mais je crois qu'au final, c'est une bonne chose, même si ce n'est pas toujours drôle. Il y a aussi cette volonté de toujours vouloir gagner. Même si tu fais un toro, il y a la gagne qui est en jeu. C'est une question de mentalité. C'est plus strict ? HAZARD : Oui, il y a plus de règles. Il arrive que des joueurs débarquent en retard. Mais ce ne sont pas les Allemands, ce sont les " autres " (il rit). En Allemagne, il y a des règles, tu les respectes et c'est tout. On a beau être proche de la Belgique, la frontière semble bien réelle. HAZARD : Oui, il y a une grosse différence. Même en voiture, tu la ressens. Ça va plus vite ici et la qualité des routes est bien meilleure. La famille Hazard est réputée pour ne jamais faire de vagues. On a donc tous été un peu surpris de la récente déclaration de ton père qui faisait écho d'un éventuel transfert d'Eden au Real Madrid. HAZARD : Tu sais comment ça va. Il y a des choses que papa a dites qui ont peut-être été transformées, exagérées. Comme quand on écrit qu'Eden rabaisse mon père, qu'il le clashe suite à sa réponse. On aime amplifier les choses dans le foot. Ce que mon père a dit, c'est ce qu'Eden dit depuis des années : il aime le Real Madrid depuis toujours mais il n'a jamais dit qu'il allait aller au Real Madrid. Contre Chypre, en octobre dernier, tu as marqué dans le même match que ton frère. Mais au-delà de la symbolique, ton statut commence à changer, tu es désormais proche d'une place de titulaire. Tu as le sentiment d'être devenu quelqu'un d'autre dans le paysage footballistique belge ? HAZARD : Je grandis, je me montre plus décisif. J'apporte mes déplacements, mes courses, j'essaie de créer de l'espace. Roberto Martinez est régulièrement critiqué. Tu comprends ces attaques ? HAZARD : Qui n'est pas critiqué dans le foot ? Même quand tu gagnes, tu es critiqué. Même Guardiola a été critiqué l'an dernier. Le foot, ça n'est jamais tout rose. Tu comprends qu'on attend davantage d'une telle génération ? Ou est-on trop exigeant ? HAZARD : C'est normal d'être exigeant vu les joueurs qu'on a. On serait bête de ne pas l'être. Lors du dernier Euro, tout le monde a été déçu de l'élimination. On a peut-être sous-estimé l'adversaire, il y a eu des blessures, c'est difficile à expliquer. Mais l'équipe évolue, progresse. On n'a pas perdu un match, on a marqué le plus de buts des éliminatoires ex-æquo avec l'Allemagne, mais on continue d'être critiqués. Il y a aussi l'association De Bruyne - Eden Hazard qui revient régulièrement sur le tapis. HAZARD : Dire que les deux ne peuvent pas jouer ensemble, ce sont des conneries. Il n'y a pas de rivalité entre eux ? HAZARD : Aucune. Ceux qui pensent que l'un ne va pas faire la passe à l'autre, c'est ridicule, ce sont deux styles différents mais qui peuvent très bien fonctionner ensemble. Tu ambitionnes d'être déjà titulaire ou tu te dis que c'est pour la campagne d'après ? HAZARD : Il y a des joueurs qui font le boulot, qui ont une place plus importante et c'est tout à fait logique vu ce qu'ils montrent dans leur club ou en équipe nationale. Mais je suis très heureux de gagner du temps de jeu. Ton père expliquait que tu étais davantage un meneur que ton frère. Qu'est-ce qu'il veut dire par là ? HAZARD : Avec Eden, tout va toujours bien. Il ne va jamais râler sur quelqu'un. Moi, je suis différent, je suis plus râleur. Sur le terrain, j'essaie de replacer les gens. Eden va moins l'ouvrir, il va faire ce qu'il doit faire, tout simplement. Chez les Hazard, vous semblez prendre les choses avec du recul. HAZARD : Nos parents nous ont toujours inculqué de prendre, avant toute chose, du plaisir sur un terrain. C'est une question d'éducation. Personne ne nous a jamais forcés à jouer au foot. C'est une très grande part dans notre vie, mais il n'y a pas que ça. Vous n'avez jamais grandi avec l'idée que vous représentiez une valeur financière ? HAZARD : Si. Quand Eden a commencé à faire son trou très tôt, on a vu des agents débarquer de partout, des propositions de contrat ont atterri sur la table, mes parents se disaient que tout allait trop vite. Avec le temps, on se rend compte que c'est un monde un peu spécial, vu l'argent en jeu. Mais nos parents nous ont toujours fait garder les pieds sur terre ; on a finalement eu une jeunesse normale. Et nos parents ont toujours envie que l'on reste normaux. Apparemment, ton père continue de nettoyer le vestiaire de son club de Braine-le-Comte... HAZARD : Oui, il fait le gazon, il va voir les entraînements. Il pourrait pourtant vivre autrement. HAZARD : Oui, dans une plus grande maison mais ils n'en ont pas envie, ils sont très heureux comme ça, ils ont leurs habitudes. Pourquoi changer ? J'ai beau avoir acheté une maison en Belgique, quand je rentre, je dors chez mes parents. La dernière fois, Eden et moi étions en sélection, on est rentré chez nos parents, on a dormi dans le même lit, comme des bébés. Chacun fait sa vie de son côté mais quand on se voit, on essaie d'en profiter un maximum. On a de la chance de vivre dans une famille où il n'y a jamais d'embrouilles. Il n'y a pas d'envieux ? HAZARD : Non. Nos parents nous ont appris à ne pas être jaloux. Le nom Hazard n'est-il pas trop dur à porter ? HAZARD : Pour Ethan ou Kylian, c'est peut-être compliqué. Mais je ne leur ai jamais posé cette question. Pour ma part ? On a toujours cherché à nous allumer. Mais je n'ai jamais souffert de ça. Quand j'entends quelque chose, ça passe au-dessus de ma tête. Comme quand tu avais signé à Chelsea avec ton frère alors que tu n'étais encore qu'un inconnu ? HAZARD : Je n'ai jamais caché que je ne me serais jamais retrouvé à Chelsea sans mon frère. Il faudrait être idiot pour ne pas voir qu'Eden a joué énormément dans ce transfert. Mais j'ai toujours été conscient que je devais me faire un nom et bâtir ma carrière. Aujourd'hui, tu t'es fait un nom. HAZARD : Oui je l'espère. Enfin un prénom...