A ngelique Kerber possède la double nationalité allemande et polonaise, son père étant originaire de ce pays. La gauchère, qui a un coach belge, Wim Fissette, s'entraîne en Pologne, où son grand-père a fait aménager un centre pour elle. Kerber, qui a commencé à jouer au tennis à l'âge de trois ans, a intégré le top dix mondial le 21 mai 2012. Quatre ans plus tard, elle a remporté l'Open d'Australie et l'US Open, s'emparant de la première place du classement mondial.

Angelique Kerber, qui s'appuie sur sa course, est capable de jouer défensivement et offensivement. Ça lui permet de s'adapter à la tactique de ses adversaires. Elle est très forte mentalement mais elle n'en traverse pas moins des périodes difficiles. Par exemple, elle a eu un passage à vide après sa formidable année 2016. Il y a quelques semaines, sa victoire à Wimbledon l'a délivrée.

" Elle m'a rendu confiance ", a commenté Kerber, qui avait été battue en finale par Serena Williams il y a deux ans. Cette fois, elle a pris la mesure de l'Américaine. Mais depuis, beaucoup de choses ont changé.

ANGELIQUE KERBER : En 2016, tout était nouveau pour moi. Le chemin du Center Court, les fleurs qu'on reçoit avant le match, l'atmosphère. Tout cela m'a déséquilibrée. Cette fois, j'étais plus détendue en me préparant. La veille, je m'étais entraînée 40 minutes. En finale, c'est le mental qui est déterminant. Il ne s'agit pas d'être nerveuse. La veille, nous avons joué aux cartes et j'ai téléphoné à ma soeur. Au fil des années, on apprend comment se comporter dans un tournoi, à organiser sa journée, à se ménager des moments de repos. Ça peut paraître simple mais ce sont des pièces de puzzle qu'il faut constamment remettre en place, pendant deux semaines.

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Jouez-vous seule à ce puzzle ?

KERBER : Oui. Personne ne peut m'aider, de même que la motivation doit venir de moi. Des millions de personnes s'adonnent au tennis mais peu d'entre elles savent gérer la pression.

" Fin 2016, j'étais vidée physiquement et psychiquement "

On dit que les champions doutent souvent d'eux-mêmes.

KERBER : Les champions tirent des leçons de leurs défaites et remontent la pente. Naturellement, on doute souvent de soi-même. On sait ce dont on est capable et on sent qu'on maîtrise tous les paramètres à l'entraînement mais encore faut-il les appliquer en match. Souvent, un ou deux points décident de la victoire. Les champions gagnent des tournois parce qu'ils savent ce qu'ils doivent faire dans ces moments.

Votre carrière connaît des hauts et des bas. 2016 a été une année de rêve mais il n'en est pas resté grand-chose en 2017.

KERBER : A mes débuts, je poursuivais des objectifs bien précis : gagner un grand chelem, devenir numéro un mondial. J'ai atteint ces buts en 2016. Il n'y a pas eu que les succès en Australie et à l'US Open : j'ai été médaille d'argent aux Jeux de Rio et j'ai disputé la finale de Wimbledon. 2016 a été l'année de ma vie. Mais je m'imaginais pas tout ce qui allait me tomber dessus.

C'est-à-dire ?

KERBER : D'un coup, tout le monde me connaissait et je ne savais pas comment gérer cette situation. J'ai eu un passage à vide à la fin de l'année. La nouvelle saison recommençait au moment où je réfléchissais enfin à ce qui s'était passé. Le break a été trop court. Je n'ai eu que deux semaines de vacances, sans bénéficier du temps nécessaire pour tout passer tranquillement en revue. J'étais vidée, physiquement et psychiquement.

Comment est-ce apparu ?

KERBER : J'ai remarqué que quelque chose clochait. En me rendant aux tournois, je pensais à ce qui s'était passé quelques mois plus tôt. Je n'avais pas encore digéré mes victoires. Je n'étais pas concentrée, je me fatiguais vite. J'avais perdu toute joie de jouer.

" Je devais prendre un nouveau départ "

En 2017, vous avez perdu le premier match dans dix tournois. Comment avez-vous géré ces revers ?

KERBER : J'ai rapidement douté de moi. Je suis déjà d'un naturel critique. Je voulais tout faire parfaitement et être meilleure qu'en 2016. C'était une erreur. Je savais que je devais sortir du trou mais ma glissade ne s'arrêtait pas. J'ai réalisé des tests, pour me retrouver. Par exemple, durant l'été 2017, je me suis consacré plus de temps. J'ai renoncé à certains tournois et, quand j'avais joué, je ne me réentraînais que quand je me sentais prête, même si c'était deux jours plus tard que d'habitude.

Avez-vous changé sur le plan humain ?

KERBER : Un moment donné, en 2017, j'ai décidé de séparer la joueuse de la personne. J'ai dû apprendre à être fière de moi. Après tout, j'avais déjà réussi.

Vos rivales ont-elles changé de comportement quand elles ont vu que vous étiez moins bien ?

KERBER : Elles ont continué à me témoigner un certain respect. Je les avais déjà toutes battues. Mais quelqu'un qui affronte le numéro un mondial n'a rien à perdre. S'il gagne, c'est une sensation. J'ai connu ce sentiment aussi.

En 2017, vous avez mis fin à une longue collaboration avec votre coach Torben Beltz.

KERBER : Je savais que je devais prendre un nouveau départ, me trouver une nouvelle source de motivation. Il me fallait donc une nouvelle structure, une nouvelle voix. A l'issue du dernier tournoi 2017, j'ai décidé de repartir de zéro et de retirer le maximum de mon talent. Pendant les vacances, j'ai réfléchi à la suite de ma carrière puis j'ai discuté avec Torben Beltz. En toute franchise, comme toujours. Je n'ai pas pris cette décision contre lui mais pour moi. Nous sommes toujours bons amis.

" Je vais être plus sélective à l'avenir "

N'est-il pas difficile de limoger quelqu'un ?

KERBER : Naturellement, ce n'est pas facile. Ma décision était émotionnelle. Je connais Torben Beltz depuis plus de dix ans. J'avais seize ans quand nous sommes montés ensemble sur le court.

Wim Fissette a changé votre jeu.

KERBER : Ça n'ira pas du jour au lendemain. Tous mes entraîneurs ont une part dans la joueuse que je suis devenue. J'ai poursuivi mon développement avec Wim. Mes adversaires connaissent mon jeu. J'essaie donc de modifier certains aspects pour les surprendre.

Ce qui signifie ?

KERBER : Par exemple, j'ai modifié mon jeu de pieds sur les services. Je les écarte un peu plus afin d'insuffler de la dynamique à mon jeu. Je suis plus agressive qu'avant.

Quels objectifs poursuivez-vous encore ?

KERBER : Wimbledon était en tête de liste. Je veux gagner beaucoup de grands tournois. Je pense qu'à l'avenir, je vais réagencer mon calendrier, moins jouer, être plus sélective, en accordant la priorité aux grands chelems et aux autres grands tournois comme Indian Wells et Miami. Entre les coups, je vais m'octroyer plus de repos.

Comment occupez-vous vos loisirs ?

KERBER : Je ne joue pas au tennis, en tout cas. Je vais courir, je fais du fitness pour transpirer un peu et j'essaie de beaucoup dormir, de bien manger. Je vais souvent au cinéma.

D'autres joueurs de tennis allemands lauréats de Wimbledon, comme Boris Becker, ont été reçus au balcon de l'hôtel de ville de leur commune. Pas vous.

KERBER : La voie que j'ai choisie me convient. Je sais qu'on suit mes prestations, que beaucoup de gens regardent mes matches à la télévision et qu'ils sont contents quand je gagne. Ça me fait énormément plaisir. Mais il faut placer des limites pour pouvoir travailler sereinement et atteindre d'autres objectifs. J'ai appris en 2017 qu'il fallait parfois pouvoir dire non.

" J'aime le glamour mais je ne le montre pas "

Vous vivez à Puszczykowo, en Pologne, chez vos grands-parents. Comment s'est passé votre retour de Londres ?

KERBER : Ils sont venus me chercher à l'aéroport le lundi soir, nous avons mangé un bout mais il était déjà tard. Nous avons fait un barbecue le mardi. C'était parfait.

Vous n'avez manifestement pas envie de vous montrer à des événements. On vous considère comme une star dénuée de glamour. Ça vous dérange ?

KERBER : En effet, vous ne me verrez pas tous les jours en public. Pourtant, j'aime le glamour. Je ne me replie pas sur moi-même. Je recherche simplement ce qui me convient, ce qui m'amuse. La qualité passe avant la quantité.

Vous avez pourtant bu dans une ambiance assez folle après votre victoire à Melbourne, en 2016. C'était visible le lendemain. Avez-vous aussi appris à gérer autrement les fêtes ?

KERBER : Je savais qu'ensuite, j'avais 24 heures d'avion devant moi et que l'idéal était de les passer en dormant. Ce que j'ai fait. Ce vol n'a finalement duré que deux heures.

Sa fiche

Angelique Kerber est la première Allemande depuis Steffi Graf à avoir enlevé Wimbledon. On le lui rappelle après chaque victoire dans un grand tournoi. En peu de temps, elle a gagné beaucoup plus d'argent que Graf dans ses années de gloire.

A ngelique Kerber possède la double nationalité allemande et polonaise, son père étant originaire de ce pays. La gauchère, qui a un coach belge, Wim Fissette, s'entraîne en Pologne, où son grand-père a fait aménager un centre pour elle. Kerber, qui a commencé à jouer au tennis à l'âge de trois ans, a intégré le top dix mondial le 21 mai 2012. Quatre ans plus tard, elle a remporté l'Open d'Australie et l'US Open, s'emparant de la première place du classement mondial. Angelique Kerber, qui s'appuie sur sa course, est capable de jouer défensivement et offensivement. Ça lui permet de s'adapter à la tactique de ses adversaires. Elle est très forte mentalement mais elle n'en traverse pas moins des périodes difficiles. Par exemple, elle a eu un passage à vide après sa formidable année 2016. Il y a quelques semaines, sa victoire à Wimbledon l'a délivrée. " Elle m'a rendu confiance ", a commenté Kerber, qui avait été battue en finale par Serena Williams il y a deux ans. Cette fois, elle a pris la mesure de l'Américaine. Mais depuis, beaucoup de choses ont changé. ANGELIQUE KERBER : En 2016, tout était nouveau pour moi. Le chemin du Center Court, les fleurs qu'on reçoit avant le match, l'atmosphère. Tout cela m'a déséquilibrée. Cette fois, j'étais plus détendue en me préparant. La veille, je m'étais entraînée 40 minutes. En finale, c'est le mental qui est déterminant. Il ne s'agit pas d'être nerveuse. La veille, nous avons joué aux cartes et j'ai téléphoné à ma soeur. Au fil des années, on apprend comment se comporter dans un tournoi, à organiser sa journée, à se ménager des moments de repos. Ça peut paraître simple mais ce sont des pièces de puzzle qu'il faut constamment remettre en place, pendant deux semaines. Jouez-vous seule à ce puzzle ? KERBER : Oui. Personne ne peut m'aider, de même que la motivation doit venir de moi. Des millions de personnes s'adonnent au tennis mais peu d'entre elles savent gérer la pression. On dit que les champions doutent souvent d'eux-mêmes. KERBER : Les champions tirent des leçons de leurs défaites et remontent la pente. Naturellement, on doute souvent de soi-même. On sait ce dont on est capable et on sent qu'on maîtrise tous les paramètres à l'entraînement mais encore faut-il les appliquer en match. Souvent, un ou deux points décident de la victoire. Les champions gagnent des tournois parce qu'ils savent ce qu'ils doivent faire dans ces moments. Votre carrière connaît des hauts et des bas. 2016 a été une année de rêve mais il n'en est pas resté grand-chose en 2017. KERBER : A mes débuts, je poursuivais des objectifs bien précis : gagner un grand chelem, devenir numéro un mondial. J'ai atteint ces buts en 2016. Il n'y a pas eu que les succès en Australie et à l'US Open : j'ai été médaille d'argent aux Jeux de Rio et j'ai disputé la finale de Wimbledon. 2016 a été l'année de ma vie. Mais je m'imaginais pas tout ce qui allait me tomber dessus. C'est-à-dire ? KERBER : D'un coup, tout le monde me connaissait et je ne savais pas comment gérer cette situation. J'ai eu un passage à vide à la fin de l'année. La nouvelle saison recommençait au moment où je réfléchissais enfin à ce qui s'était passé. Le break a été trop court. Je n'ai eu que deux semaines de vacances, sans bénéficier du temps nécessaire pour tout passer tranquillement en revue. J'étais vidée, physiquement et psychiquement. Comment est-ce apparu ? KERBER : J'ai remarqué que quelque chose clochait. En me rendant aux tournois, je pensais à ce qui s'était passé quelques mois plus tôt. Je n'avais pas encore digéré mes victoires. Je n'étais pas concentrée, je me fatiguais vite. J'avais perdu toute joie de jouer. En 2017, vous avez perdu le premier match dans dix tournois. Comment avez-vous géré ces revers ? KERBER : J'ai rapidement douté de moi. Je suis déjà d'un naturel critique. Je voulais tout faire parfaitement et être meilleure qu'en 2016. C'était une erreur. Je savais que je devais sortir du trou mais ma glissade ne s'arrêtait pas. J'ai réalisé des tests, pour me retrouver. Par exemple, durant l'été 2017, je me suis consacré plus de temps. J'ai renoncé à certains tournois et, quand j'avais joué, je ne me réentraînais que quand je me sentais prête, même si c'était deux jours plus tard que d'habitude. Avez-vous changé sur le plan humain ? KERBER : Un moment donné, en 2017, j'ai décidé de séparer la joueuse de la personne. J'ai dû apprendre à être fière de moi. Après tout, j'avais déjà réussi. Vos rivales ont-elles changé de comportement quand elles ont vu que vous étiez moins bien ? KERBER : Elles ont continué à me témoigner un certain respect. Je les avais déjà toutes battues. Mais quelqu'un qui affronte le numéro un mondial n'a rien à perdre. S'il gagne, c'est une sensation. J'ai connu ce sentiment aussi. En 2017, vous avez mis fin à une longue collaboration avec votre coach Torben Beltz. KERBER : Je savais que je devais prendre un nouveau départ, me trouver une nouvelle source de motivation. Il me fallait donc une nouvelle structure, une nouvelle voix. A l'issue du dernier tournoi 2017, j'ai décidé de repartir de zéro et de retirer le maximum de mon talent. Pendant les vacances, j'ai réfléchi à la suite de ma carrière puis j'ai discuté avec Torben Beltz. En toute franchise, comme toujours. Je n'ai pas pris cette décision contre lui mais pour moi. Nous sommes toujours bons amis. N'est-il pas difficile de limoger quelqu'un ? KERBER : Naturellement, ce n'est pas facile. Ma décision était émotionnelle. Je connais Torben Beltz depuis plus de dix ans. J'avais seize ans quand nous sommes montés ensemble sur le court. Wim Fissette a changé votre jeu. KERBER : Ça n'ira pas du jour au lendemain. Tous mes entraîneurs ont une part dans la joueuse que je suis devenue. J'ai poursuivi mon développement avec Wim. Mes adversaires connaissent mon jeu. J'essaie donc de modifier certains aspects pour les surprendre. Ce qui signifie ? KERBER : Par exemple, j'ai modifié mon jeu de pieds sur les services. Je les écarte un peu plus afin d'insuffler de la dynamique à mon jeu. Je suis plus agressive qu'avant. Quels objectifs poursuivez-vous encore ? KERBER : Wimbledon était en tête de liste. Je veux gagner beaucoup de grands tournois. Je pense qu'à l'avenir, je vais réagencer mon calendrier, moins jouer, être plus sélective, en accordant la priorité aux grands chelems et aux autres grands tournois comme Indian Wells et Miami. Entre les coups, je vais m'octroyer plus de repos. Comment occupez-vous vos loisirs ? KERBER : Je ne joue pas au tennis, en tout cas. Je vais courir, je fais du fitness pour transpirer un peu et j'essaie de beaucoup dormir, de bien manger. Je vais souvent au cinéma. D'autres joueurs de tennis allemands lauréats de Wimbledon, comme Boris Becker, ont été reçus au balcon de l'hôtel de ville de leur commune. Pas vous. KERBER : La voie que j'ai choisie me convient. Je sais qu'on suit mes prestations, que beaucoup de gens regardent mes matches à la télévision et qu'ils sont contents quand je gagne. Ça me fait énormément plaisir. Mais il faut placer des limites pour pouvoir travailler sereinement et atteindre d'autres objectifs. J'ai appris en 2017 qu'il fallait parfois pouvoir dire non. Vous vivez à Puszczykowo, en Pologne, chez vos grands-parents. Comment s'est passé votre retour de Londres ? KERBER : Ils sont venus me chercher à l'aéroport le lundi soir, nous avons mangé un bout mais il était déjà tard. Nous avons fait un barbecue le mardi. C'était parfait. Vous n'avez manifestement pas envie de vous montrer à des événements. On vous considère comme une star dénuée de glamour. Ça vous dérange ? KERBER : En effet, vous ne me verrez pas tous les jours en public. Pourtant, j'aime le glamour. Je ne me replie pas sur moi-même. Je recherche simplement ce qui me convient, ce qui m'amuse. La qualité passe avant la quantité. Vous avez pourtant bu dans une ambiance assez folle après votre victoire à Melbourne, en 2016. C'était visible le lendemain. Avez-vous aussi appris à gérer autrement les fêtes ? KERBER : Je savais qu'ensuite, j'avais 24 heures d'avion devant moi et que l'idéal était de les passer en dormant. Ce que j'ai fait. Ce vol n'a finalement duré que deux heures.