Marc Degryse vit à Sint-Andries, non loin du stade où il a entamé sa carrière il y a trente ans et où il l'a achevée, au poste de directeur sportif, en 2007. Devenu analyste pour Sport/Foot Magazine et d'autres medias, il vient de publier un livre en Flandre. Il y raconte tout.
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Marc Degryse vit à Sint-Andries, non loin du stade où il a entamé sa carrière il y a trente ans et où il l'a achevée, au poste de directeur sportif, en 2007. Devenu analyste pour Sport/Foot Magazine et d'autres medias, il vient de publier un livre en Flandre. Il y raconte tout. Marc Degryse : Si je m'y mettais, c'était pour dire tout, du moins sur le milieu du football. Qu'ai-je à cacher ? Après tout, nous ne sommes pas soumis à l'omerta comme les cyclistes. Aucun. Les gens que j'ai décrits sont assez grands et sages pour encaisser et relativiser les choses. La base, le jeu, est similaire, même si on jouait plus brutalement avant car les arbitres intervenaient moins promptement. C'est l'entourage qui a changé. A 17 ans, je suis passé de trois entraînements par semaine à trois par jour. Ce n'était pas raisonnable. Ensuite, alors qu'on ne retransmettait pas toujours une demi-finale européenne, maintenant, on diffuse même des matches de D2. On repasse tout dix fois et cette attention rend chaque match très important. Le jeu est devenu plus rapide, plus technique. La tactique et le physique font moins la différence. J'étais en effet un technicien et j'étais plutôt l'exception. J'étais souvent le plus léger alors que les joueurs actuels ont souvent mon gabarit. Jadis, le Club est arrivé en demi-finale de Coupe d'Europe en huit matches alors que le Standard doit en disputer plus rien que pour passer l'hiver en Coupe d'Europe. Je serais heureux de jouer maintenant, pour l'argent mais aussi pour l'intérêt sportif suscité. Je ne comprends pas les joueurs qui entrent en guerre avec la presse alors qu'elle fait leur renommée. D'autres sportifs ne savent que faire pour attirer l'attention ! Les footballeurs gagnent bien leur vie grâce à cet intérêt. Jusqu'à présent, la saison a été terne mais je ne veux pas m'épandre en critiques : ce serait l'indice que je vieillis. Il ne faut pas s'attarder sur le passé. D'ailleurs, les joueurs et les entraîneurs qui font trop souvent état de leur carrière m'exaspèrent. Non. Je dis ce que je pense, sans prendre de gants sous prétexte que je connais bien quelqu'un ou que j'ai un passé dans un club. Non. Si des adultes qui sont dans le milieu depuis longtemps prennent mes critiques comme des attaques personnelles, ils se trompent. Je tente de juger ce que je vois, pas d'attaquer les gens. Je n'ai jamais eu de réactions, à part un sms de Francky Dury et de Wesley Sonck. Oui. Je suis heureux de rester dans le milieu après tant d'années. Je ne suis pas placé sous pression, contrairement à ceux qui travaillent dans des clubs. Un footballeur ne connaît pas la pression non plus, d'ailleurs. Je ne pense pas. Moi-même, je n'ai jamais ressenti de pression ni de crainte. Je ne me suis jamais tracassé avant un grand match. Le professionnel qui monte sur le terrain est animé par la volonté de gagner ou au moins de montrer quelque chose. Récemment, contre le Lierse, les joueurs d'Anderlecht ont eu peur. Cela m'a surpris, comme cela a étonné Van den Brom. En devenant directeur sportif du Club, je pensais aussi que je serais éternel mais quatre ans plus tard, j'étais dehors. Il faut faire ce pour quoi on est embauché. Donc, jusqu'à la fin de la saison, j'analyse des matches. Je ne suis pas à la recherche de quelque chose de neuf. Je m'amuse et je ne me trouve pas si mal loti quand je vois le stress auquel sont soumis dirigeants et entraîneurs. Je suis sur la touche mais j'aime faire partie du milieu. Le fait de gagner ensemble me manque. Rien que pour ces moments de joie intense, je suis prêt à recommencer. Je reste un sportif. Pas au point de ne pas m'en remettre. La barre était placée trop haut pour être réaliste. Mais regardez nos prestations et ce qui a suivi. Ce sont des faits. Si je suis parti, c'est parce que ceux qui m'avaient offert ma chance ne me faisaient plus confiance. Il faut mettre les points sur les " i " d'emblée pour se protéger et pouvoir mieux fonctionner. Les responsabilités doivent être clairement définies. En recevant cette chance, je n'ai pas été exigeant, pensant que tout évoluerait et que je conforterais ma position grâce aux résultats. En fait, je me suis affaibli. J'ai plutôt été surpris. De fait, c'est dur. La femme de Gunter Jacob vient de me dire qu'elle ne le voit plus jamais. On n'a plus de vie sociale, le téléphone sonne sans arrêt et on ne peut le couper. On doit être joignable sept jours sur sept. J'ai été impliqué dans tout, même dans des décisions non sportives et quand on en revenait au football, il n'y avait pas de dialogue. Certains clubs laissent quand même leur directeur technique travailler en paix.... Le président a tranché. D'Hooghe voulait Ceulemans et personne d'autre, même s'il n'était pas libre. Il l'idolâtrait. J'ai tenté d'aider Jan. Mais la direction et le coach vivaient sur des planètes différentes. Très. C'est comme parler à un mur. Ils ne comprennent pas. Même quand ils assistent à un entraînement, ils ne savent pas ce qu'ils voient. Quelle journée ! Michel D'Hooghe m'a prié de trouver un autre entraîneur avant le soir. Je réagirais peut-être autrement maintenant mais j'étais encore vert. Trop pour dire : je démissionne... Pas tel que je le connais. Il doit être très fâché de ce que j'ai raconté dans le livre alors qu'il ne devrait pas. Moi, je ne suis pas rancunier. En effet mais pour les promouvoir, il aurait fallu aller à l'encontre de l'avis de l'entraîneur des réserves, Janevski. Mais je le reconnais : je ne croyais pas vraiment en Lombaerts. Nous avons offert leur chance à d'autres, qui étaient plus avancés mais qui ont échoué. Il y en a eu 17 en l'espace de quatre ans. Il fallait d'abord nous assainir : nous accusions un déficit de 4 millions par an. Il fallait le compenser en participant à la Ligue des Champions et en vendant des joueurs. Nous avons joué la Ligue des Champions deux fois en quatre ans et à mon départ, les comptes étaient en positif. Oui, je voulais partir après cette saison fantastique. Si j'avais joué plus tôt à Eindhoven, j'aurais encore progressé. Tout à fait. Van Moer, le sélectionneur d'alors, me l'a confié, plus tard. Son palmarès est nettement supérieur à celui des autres. Je m'entendais mieux avec Boskamp et Houwaart mais la manière avec laquelle Advocaat formait et organisait une équipe était inouïe. Van Gaal. Et Cruijff. Le Portugais a de bons rapports avec ses joueurs. Comme Van Gaal, il fait progresser ses footballeurs, quels que soient ses rapports avec la presse. Il est extrême mais je regrette qu'on ne parle plus de lui. Je n'irai pas jusque-là mais parler football avec lui est toujours intéressant. Bien sûr. On pouvait parler de tout avec Trond. Quand je jouais à Gand, je lui ai prédit un grand avenir. L'alcool est une des raisons de son échec. Tout le monde est au courant, quand même ? Je n'écris pas ces anecdotes pour le démolir mais pour expliquer pourquoi il n'a pas pu réussir dans un grand club anglais ou espagnol. Oui. Trond est au-dessus de tout ça. Peu mais beaucoup de talents ont émigré. Si on fait le compte, c'est Genk qui travaille le mieux. Il se distingue des trois grands clubs traditionnels, même sur la scène internationale : il a vendu beaucoup de joueurs mais cela ne l'a pas empêché d'être champion ni de jouer la Ligue des Champions... Mario Been est un homme agréable et un bon entraîneur. Il est clair, positif quand il le peut, critique quand il le faut, il prône un football soigné, il n'hésite pas à s'adapter et il obtient des résultats. Batshuayi et Thorgan Hazard peuvent viser plus haut que notre championnat. Batshuayi est plus complet que Benteke et Lukaku. La question, c'est : quel est son mental ? Est-il prêt à travailler autant que les deux autres ? Oui. Deux attaquants, c'est trop peu. Non. Je ne le voyais pas entraîner car il ne s'occupait que de lui-même. Ce n'est qu'à Schalke 04 qu'il est devenu un leader. J'espère qu'Eden Hazard va vraiment éclater. Il n'a pas la flamme de Thorgan. Tout lui vient trop facilement. Il ne retire pas le maximum de ses possibilités. Il est trop peu présent dans les matches décisifs et marque trop peu. Il faudrait le lui rappeler jour après jour. ?PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTOS: KOEN BAUTERS" Hazard est trop peu présent dans les matches décisifs. " " L'alcool est une des raisons de l'échec de Sollied. "