Il y a des scènes qui ressemblent à des passages de témoin. Régis Genaux a accueilli son frère Terrence chez lui, le temps que ce dernier déniche un appartement à Liège. Les deux frérots se chambrent un peu. Amusant. Régis est attendrissant quand il s'occupe de ses deux enfants. Terrence observe ce papa poule, ce dur au c£ur tendre, avec un peu d'étonnement. Lui, il pense à sa carrière en phase de relance à Visé. La vie de couple, c'est pour plus tard : le sport d'abord.
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Il y a des scènes qui ressemblent à des passages de témoin. Régis Genaux a accueilli son frère Terrence chez lui, le temps que ce dernier déniche un appartement à Liège. Les deux frérots se chambrent un peu. Amusant. Régis est attendrissant quand il s'occupe de ses deux enfants. Terrence observe ce papa poule, ce dur au c£ur tendre, avec un peu d'étonnement. Lui, il pense à sa carrière en phase de relance à Visé. La vie de couple, c'est pour plus tard : le sport d'abord. Régis a dû prendre du recul et renoncer à son métier de footballeur professionnel. Feyenoord le contacta encore il y a un bon mois afin de passer des tests. Mais l'ancien tigre de Sclessin renonça à cette possibilité car le risque aurait été grand, s'il était remonté sur le terrain, de se retrouver handicapé, miné à jamais par ses genoux. Aujourd'hui, Régis peut encore jouer de temps en temps au tennis avec Terrence. Les enfants, son épouse, la famille, la santé, l'avenir : au moment du grand choix, ce fut plus important que le désir de revenir, de prolonger sa carrière. A 30 ans, c'est tôt, cela suscite des regrets mais aussi une folle envie de battre la malchance sur d'autres terrains. Régis Genaux : " Le Hollandais a indiscutablement été un des meilleurs entraîneurs de ma carrière. Arie Haan était, bien sûr, un bon vivant. On sabrait souvent le champagne en semaine. Je me demande si certains joueurs ne fêtaient pas plusieurs fois leur anniversaire par an. L'ambiance était pétillante mais Arie Haan n'était pas qu'un amuseur. Sur le plan tactique, c'était un crack et il mit au point un beau 4-4-2 avec une défense en ligne de haut vol. En 1991, la défense du Standard jouait comme les arrière-gardes modernes d'aujourd'hui. Son idée était basée sur le potentiel d' André Cruz et Arie Haan fit venir Stéphane Demol. Ce dernier connaissait cette façon de jouer en défense et parlait portugais, comme Cruz, depuis son passage à Porto. En trois ans, nous avons gagné la Coupe de Belgique et été deux fois vice-champions. Le titre nous échappa mais la concurrence était sévère : Malines, Anderlecht, Bruges, même Charleroi et Seraing ". " Ma première maison. Ma famille vit dans un clos où tout le monde se connaît. A la fin août, tous les voisins se retrouvent lors d'une barbecue. Ma fille a ses copines et elle peut jouer dehors sans que nous nous fassions de soucis. Liège est à un quart d'heure de voiture. C'est la campagne... à proximité de la ville. Ici, près de Chaudfontaine, je retrouve mon calme, ma sérénité. C'est chez moi. Philippe Léonard, Ronald Foguenne et BenoîtThans ont leurs racines dans la région ". " André, c'était la classe. Dire qu'on a douté de lui quand en 90, il débarqua à Sclessin en provenance de Flamengo. Techniquement, je me suis amélioré à son contact. Sa frappe, sa décontraction, sa facilité : tout était impressionnant et ce n'était pas par hasard qu'il avait été appelé en équipe nationale brésilienne. Par la suite, il joua à Naples, à l'AC Milan, à Torino, au Sporting Portugal, etc. Cruz est un des plus grands joueurs que j'ai fréquentés. Ce fut en tout cas le meilleur arrière central lors de mon vécu en D1 belge à une époque où il y avait du beau monde dans ce secteur : Erwin Koeman, LeiClijsters, Philippe Albert, Stéphane Demol, Graeme Rutjes, etc. Cruz avait quelque chose en prime, un chromosome footballistique en plus dans son style. C'était un grand Brésilien et on ne transfère plus des étrangers de ce calibre en Belgique. Maintenant, on mise sur des inconnus, pas chers, qui peuvent se révéler chez nous. Mais il y a tellement d'appelés, et peu d'élus, que la quantité est plus chère que la qualité. Un Cruz, c'est jamais trop cher ". " Mon père spirituel. Un bon Bruxellois, j'adorais son accent, sa confiance. Une grande gueule, peut-être, mais quelqu'un de bien. Il aurait donné sa vie pour les jeunes du Standard et il m'a beaucoup appris. On a dit que Stef était un guindailleur. Non, il aime la vie, c'est différent, et le football, c'est le plaisir. C'était un travailleur. Un des joueurs phare de sa génération, un type intéressant qui aime voyager. Un grand ami que j'avais encore vu à l'entraînement des Footballeurs sans frontières de Marc Wuyts. C'est un passionné de football et un entraîneur qui sait de quoi il parle ". " Mon grand regret. Le point noir de ma carrière. Je me suis blessé avant chaque grand tournoi : Mondial 94, Coupe du Monde 98, EURO 2.000. La poisse. J'avais débuté en 1992, à 18 ans, face à la Tunisie (2-1), à l'époque de Paul Van Himst. Ce jour-là, j'ai même marqué un but... contre Michel Preud'homme. J'étais le plus souvent en concurrence avec Eric Deflandre. A 100 %, j'étais plus fort que lui. Avec un peu de chance, j'aurais au moins pu doubler mon nombre de sélections internationales. J'en ai eu 27 " NDLR : mais Régis a effectivement joué 22 fois, soit 22 capes." Mes enfants, c'est tout. Il suffit que je les regarde pour retrouver la confiance quand cela ne tourne pas rond. Summer, c'est une référence à notre séjour en Angleterre. Il n'y avait pas grand-chose à faire là-bas, mais quand je vois Summer, six ans, je me dis que ça, au moins, c'était du bon travail. Je suis incapable de lui dire non. La complicité saute aux yeux. Summer et Mathias (deux mois), ce sont mes trésors. J'avais ce prénom de Mathias en tête depuis toujours ". " Le dernier vrai symbole du Standard. La parfaite définition du numéro 1. GilbertBodart a tout donné à ce club. Un énorme gardien debut qui anticipait comme personne. Un mental d'acier. Il savait, avant que son adversaire ne shoote, où allait filer la balle. C'était un don. Il a collectionné les titres de Gardien de But de l'Année. S'il avait joué à Malines, Gilbert aurait décroché trois Souliers d'Or. Quand il termina deuxième de ce trophée, derrière Paul Okon, je me suis dit que c'était un scandale. Il a été viré du Standard de façon cavalière. C'est un futur bon entraîneur ". " Un autre monument. Un énorme travailleur et un exemple pour les jeunes. Tiens, Guy Hellers aussi... on ne le voit plus à Sclessin ". " Six ans de bonheur. Les Belges se croient très forts tactiquement. Ce sont des nains à côté de ce qui se fait en Italie. Je croyais tout savoir en quittant le Standard mais ce n'était rien à côté de ce que j'ai découvert en Italie. Là, un match est préparé dans les moindres détails. A l'entraînement, on répète des phases durant des heures. Les coaches utilisent des vidéos pour décomposer le jeu adverse. Les joueurs se doivent d'être attentifs car ceux qui ne comprennent pas les idées du coach sont éliminés. Cela demande une énorme énergie. Le Calcio c'est le top : je suis fier d'y avoir joué et d'avoir participé à l'aventure d'Udine, un petit club de province qui a tutoyé les grands et s'est retrouvé en Coupe de l'UEFA. Mais l'Italie, c'est aussi la vie. J'ai changé là-bas. J'ai visité de belles villes. La gastronomie y est devenue un must pour moi. J'y ai aussi appris à m'habiller. Avant, je me mettais n'importe quoi sur le dos. Plus maintenant. Je choisis, je m'intéresse à la mode. Gilles De Bilde a bien compris tout cela. Quand un grand couturier belge comme Dirk Bikkembergs lui demande de défiler à Milan, il ne laisse pas passer l'occasion. Anderlecht et Hugo Broos n'ont pas compris que c'était aussi une promotion impayable pour les Mauves ". " Je suis consultant pour la Gazette des Sports. Pour mes débuts, j'ai eu un entretien avec Robert Waseige. Hyper intéressant. Mais beaucoup plus difficile que je ne le pensais sur le plan de la réalisation. Tout commence après l'interview. Daniel Renard, de la Gazette des Sports, m'a aidé et étonné. Les joueurs n'imaginent pas tout ce que cela représente : l'ordinateur, les codes, l'écriture, les propos à respecter, le titre à trouver, etc. J'ai découvert avec étonnement le travail du journaliste. Moi, évidemment, je suis consultant et je donnerai avant tout des avis techniques sur des matches, des phases de jeu, des changements tactiques ". " Georg Kessler m'a intégré dans le groupe et lancé en D1 en 1991. Le grand chef blanc était très exigeant au niveau de la discipline. A cette époque, je me souviens avoir dit à la presse après un match contre le Club Brugeois : -On ne joue pas avec moi. S'il y a un problème, c'est le moment de le dire. Kessler n'a pas apprécié et il ne tarda pas à me le faire savoir. Quand un jeune se fait sermonner par un entraîneur de ce format, il est dans ses petits souliers ". " Semmeling, c'est une crème. Un immense connaisseur du football, un confident pour les jeunes, un entraîneur adjoint comme on n'en fait plus ". " Michael Goossens est mon meilleur pote. Nous étions comme deux doigts d'une même main, sur le terrain ou dans la vie de tous les jours. C'est un des seuls d'autrefois avec qui j'ai souvent des contacts. D'énormes qualités sportives. Il a été comparé à Marco Van Basten et cela l'a desservi à une époque où sévissaient les Luc Nilis, Luis Oliveira, Marc Degryse, JosipWeber, Marc Wilmots. Un attaquant fait plus difficilement son trou qu'un arrière. Moi, on m'a comparé à Eric Gerets et cela ne m'a jamais dérangé. Je ne sais pas pourquoi Mika n'a pas réussi à Schalke 04. Il n'aurait pas dû revenir au Standard. Au début, c'était super puis il est devenu le bouc émissaire. On ne lui a rien pardonné comme s'il était la cause de tous les malheurs du Standard. Il n'y avait pas d'ambiance dans le groupe. Or, Goossens a besoin de chaleur autour de lui afin de fonctionner à plein régime. C'est son défunt papa qui parla un jour de moi au Standard ". " Ma dernière sélection en équipe nationale, le 26 avril 2000. Nous avons gagné 0-2 avec deux buts de Gert Verheyen ". " C'est Liège en un mot. Même Frans Van Rooy avait appris à prononcer ce mot. Quand quelqu'un dit oufti, on sait d'où il vient. Je suis devenu totalement liégeois. Liège, c'est vivant, il s'y passe toujours quelque chose. Par rapport à cela, Charleroi est infiniment plus gris ". " Une sommité mondiale. Il m'a opéré deux fois. Chez lui, en plus des soins, j'ai aussi trouvé une écoute, un désir d'expliquer. Ce chirurgien m'a affirmé qu'une dernière opération au genou droit pourrait me donner une petite chance de prolonger ma carrière. J'ai été opéré trois fois au genou gauche, deux fois au genou droit, sans oublier une hernie inguinale et un nettoyage des tissus de l'arrière de la cuisse gauche. Une huitième intervention consisterait à me greffer des ligaments croisés au niveau du genou gauche. Cela ferait un an d'immobilisation en plus. Je n'y crois pas. Cela recassera tôt ou tard et dans quel état serai-je alors ? Un handicap chronique serait très difficile à supporter, il me semble. Je sais que l'arthrose va me poser de plus en plus de problèmes. J'ai encore envie de jouer avec mes enfants, de me farcir une petite partie de tennis avec mon frère et des amis. Il ne faut pas tourner autour du pot. Le football m'a abîmé le corps comme c'est le cas pour tant d'autres joueurs : Philippe Albert, EnzoScifo, Marc Wilmots ou Luc Nilis. Je ne connais qu'une exception : Didier Ernst n'a jamais été opéré. J'étais doté d'une excellente condition physique. Mes problèmes s'expliquent uniquement par la forme de mes jambes. Elles sont arquées et mes genoux sont désaxés et les chocs dans les articulations sont moins bien amortis, si je puis dire. Or, j'en ai pris beaucoup car j'étais un joueur engagé. J'ai tout donné. Il y a des limites à ne pas dépasser. A un moment, la santé devient plus importante que la passion et l'ambition. J'ai arrêté de souffrir. J'ai négocié une indemnité de rupture de contrat avec Udine ". " Raphaël Quaranta est un joueur que j'ai apprécié pour son engagement sur un terrain. Il s'était totalement identifié au FC Liégeois mais a réussi aussi à l'Antwerp et au Standard. Son frère a été arbitre en D1 : cette famille a beaucoup donné au football ". " Respect ". " Cinq grandes années. Un public que j'adore car il vit le football avec ses tripes. Sclessin, c'est magnifique. J'ai gagné une Coupe de Belgique avec le Standard, pris part à ma première Coupe d'Europe. Je n'aurais pas dû revenir car cela a détruit, en six mois, des souvenirs extraordinaires ". " Mon frère cadet, 20 ans. Bordélique, je dois même lui apprendre à faire du café. Il a finalement été formé en Italie, à Udine, et je suis sûr que Visé sera sa rampe de lancement ". " J'aime cette région. Je n'ai pas acheté de maison là-bas et je le regrette. Terrence en a une mais je parie que je devrais tondre la pelouse avant de pouvoir y entrer. Le Frioul, c'est idéal pour les vacances. Il y a la mer, la montagne et les plus belles stations hivernales autrichiennes ne sont pas loin ". " Ma femme. Elle m'a donné deux enfants et mon équilibre ". " Marc, c'est le chef. Je ne le cache pas, j'ai voté pour lui lors des dernières élections car je suis persuadé qu'il apportera beaucoup au sport. A sa façon, avec sa force tranquille sans faire de tamtam comme d'autres ". " C'est dur de changer de vie mais c'est ainsi. Je ne peux pas rester éternellement chez moi. J'ai d'autres ambitions XXL, d'autres projets. Je vais suivre les cours de l'école des entraîneurs de l'Union Belge. En plus de cela, j'ai accepté une offre de la société Fulgor qui fabrique et distribue du matériel électroménager encastrable italien. Il est présent dans le monde du football et sponsorise les arbitres. Je serai son partenaire au niveau de la province de Liège et suivrai une formation avant de me lancer dans des missions de représentation. Fulgor se lance au niveau de la Belgique et du Benelux. Je suis connu, cela peut les aider ". " Un mot qui me rappelle l'Angleterre et Coventry. Première expérience à l'étranger. La région de Coventry, c'est la cata. On s'y ennuie à crever. Dès que j'en avais l'occasion, je filais à Londres avec Vanessa. Là, j'ai ouvert les yeux. Ron Atkinson, le manager de Coventry était formidable avec moi. Il était même venu me chercher un jour à l'aéroport au volant de sa Rolls Royce. Mon hernie inguinale me bloqua durant trois semaines quand Gordon Strachan succéda à Ron Atkinson. Strachan était le roi des faux jetons car il n'avait qu'une idée : imposer ses joueurs écossais. J'ai vite compris son cinéma et le courant ne passa pas. J'aurais dû m'accrocher mais je ne l'ai pas fait car je savais qu'Udine était plus que jamais intéressé par mes services. En Angleterre, j'ai joué face à des géants comme Manchester United ou Liverpool et j'ai découvert une autre façon de voir le football : pas de tactique, jamais d'étude du jeu adverse ". " Chapeau pour leur foi. Si Charleroi est une ville de foot, c'est grâce à eux. Et si les Zèbres sont restés en D1, c'est parce que leur soutien a toujours été plus fort que tout. Il y a du talent et un potentiel dans cette région. Je ne comprends pas pourquoi ce club semble toujours en sursis financier. Une D1 sans Charleroi, cela me ferait mal au c£ur et ce ne serait pas une bonne chose pour le football belge ". " Tactiquement, on est des nains à côté des Italiens "" Fit and well, j'étais plus fort que Deflandre "