Impossible de découvrir sur le Net qui fut exactement Henry Blaha...à condition qu'il soit mort, ce que je suppute: journaliste ou joueur, de foot ou de rugby, américain ou australien ou anglais, allez savoir, et qui m'aime me renseigne! Mais nous pouvons tous citer sa phrase célébrissime, en anglais, ici traduite littéralement: Le rugby est un jeu pour barbares joué par des gentlemen, le football est un jeu pour gentlemen joué par des barbares. (1)
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Impossible de découvrir sur le Net qui fut exactement Henry Blaha...à condition qu'il soit mort, ce que je suppute: journaliste ou joueur, de foot ou de rugby, américain ou australien ou anglais, allez savoir, et qui m'aime me renseigne! Mais nous pouvons tous citer sa phrase célébrissime, en anglais, ici traduite littéralement: Le rugby est un jeu pour barbares joué par des gentlemen, le football est un jeu pour gentlemen joué par des barbares. (1) Rien n'est plus faux, même si la comparaison est de prime abord séduisante. Même si elle vient d'être hyper-réexploitée à l'occasion de ce chouette Mondial de rugby clôturé dimanche! Les footeux épatés ont répété cette citation parce que ce fut effectivement plaisant de voir un sport proche du leur (collectif, de contact, avec deux cibles et un ballon) sans cette saloperie de climat imbibant le leur: au rugby, pas de récrimination envers les décisions arbitrales; davantage de contacts et pourtant moins de gisants; pas de coaches vociférant sur la touche, mais sages comme des images derrière leurs écrans; fort peu d'altercations entre joueurs, qu'elles soient verbales ou pugilistiques; et même pas ces stripteases de singes narcissiques dès qu'un rugbyman est parvenu à faire frétiller un score! Bravo, à méditer, exemple à suivre. Méditons donc. Car Blaha blablate! Le rugby moderne n'est pas naturellement barbare, on ne peut même pas se filer des gnons comme sur un ring! On y pousse, on y tire et on y retient, mais dans un cadre de contacts strictement codifié: d'où la difficulté pour le rugbyman d'être un garnement! Et Blaha blablate aussi en avançant que les footballeurs seraient en revanche naturellement barbares: comme si le gars qui choisit le rugby était un chic type dans ses gènes, alors que le gars qui opte pour le foot était déjà vicelard et bagarreur dans le ventre de sa mère! Là, je m'insurge! Le footballeur ronchonne et conteste parce qu'il a, davantage que le rugbyman, ce sentiment d'un arbitrage qui le couillonne régulièrement! Et il risque alors hélas de s'engouffrer dans cet £il-pour-£il-dent-pour-dent de la tricherie, vu que les nombreuses équivoques interprétables du règlement de foot sont des pommes tentatrices...De leur côté, les rugbymen de haut niveau ne sont pas des poids lourds angéliques, ils sont simplement moins soumis à la tentation, ils ont moins d'occasions de tripoter les lois: mais s'ils pouvaient sans être vus piétiner les tifs de leurs adversaires ou mordre leurs oreilles, ils pourraient succomber. D'ailleurs, ils succombent parfois, quand la télé n'est pas là.En tout état de cause, jouer à Monsieur-le-Curé et gronder les footballeurs en les priant de prendre exemple sur la courtoisie des rugbymen, c'est se tromper de schmilblick: pour faire avancer celui du foot fair-play, il faut plutôt gronder les bonzes du Board! J'ai aimé ce Mondial néo-zélandais: pour les commentaires didactiques de TF1, les incrustations disant la nature des fautes sifflées, les pourcentages respectifs de présence dans le camp adverse, le recours à la vidéo, la voix de l'arbitre, ces matches dans le match que sont les mêlées et les touches, l'absence de nom sur le maillot, les exclusions temporaires, la technique de frappe pour tenter la transformation, l'impossibilité de jouer un rôle sans aller au charbon, l'avancée grappillée par centimètres, et évidemment la magie des essais: même si le véritable amoureux de rugby aime son sport au-delà d'eux, au-delà de ces chevauchées spectaculaires qui charment en priorité le footeux comme moi, venu visiter (2)! Savez-vous d'ailleurs que l' essai ne valait aucun point à l'origine? Il donnait seulement le droit d' essayer (d'où le nom) une transformation via coup de pied: puis il a valu 2pts (1891), 3pts (1894), 4pts (1971), 5pts (1992)! Il y eut d'autres modifs encore! Les législateurs de l'ovale, eux, savent se remettre en question. (1) à noter: les traductions courantes adoptent souvent le mot sport au lieu du mot jeu, tandis que voyous ou brutes remplacent souvent le barbares d'origine. (2) si désir de visite plus approfondie, lire absolument " Petits bruits de couloir", recueil de nouvelles de Ph.Guillard (1999): petit bijou! Guillard qui réalisa également l'an dernier "Le fils à Jo", histoire de passion rugbystique dans le sud-ouest rural (avec G.Lanvin). PAR BERNARD JEUNEJEANLe footballeur ronchonne parce qu'il a, davantage que le rugbyman, ce sentiment d'un arbitrage qui le couillonne.