Le 20 mai, la chaîne de télévision hollandaise NOS diffusera un documentaire sur l'aventure vécue il y a 30 ans par le FC Malines. Pour Sport/Foot Magazine, Aad de Mos est revenu sur ces beaux jours mais il a aussi donné son avis sur ce qu'il se passe au sommet du football belge.
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Le 20 mai, la chaîne de télévision hollandaise NOS diffusera un documentaire sur l'aventure vécue il y a 30 ans par le FC Malines. Pour Sport/Foot Magazine, Aad de Mos est revenu sur ces beaux jours mais il a aussi donné son avis sur ce qu'il se passe au sommet du football belge. Trente ans plus tard, qu'est-ce qui vous vient en tête quand vous repensez à cette finale ? AAD DE MOS : Le sentiment d'avoir réalisé quelque chose d'exceptionnel pour une équipe qui participait pour la première fois à la Coupe d'Europe. Nous étions en pleine découverte. Après le premier match, contre le Dinamo Bucarest, une très bonne équipe, l'entraîneur roumain, Mircea Lucescu, a dit que l'équipe qui se qualifierait pourrait bien aller jusqu'en finale. J'étais très surpris, les joueurs aussi, mais il avait vu juste. Mon principe était simple : il ne fallait pas encaisser à la maison. Car en déplacement, avec un joueur formidable comme Eli Ohana, nous marquions toujours. Pourtant, vous ne le faisiez pas toujours jouer et il le vivait mal. DE MOS : C'était dû aux circonstances. En championnat, nous ne pouvions aligner que trois étrangers. Au début, j'ai essayé de me passer de Graeme Rutjes et d'associer Eli à Piet Den Boer et Erwin Koeman. Mais la paire Clijsters-Degreef ne fonctionnait pas. Rutjes était notre cerveau. Quand il y avait un problème tactique sur le terrain, il le résolvait. À l'époque, ce résultat vous a-t-il surpris ? DE MOS : Oui. Nous ne savions pas que nous étions aussi forts. Nous ne nous en sommes aperçus que plus tard, en lisant la presse internationale et en arrivant encore en demi-finale l'année suivante. Hormis les quatre étrangers, l'équipe était composée de Belges revanchards qui avaient éprouvé des difficultés dans leur club précédent. Les Hollandais, Rutjes et Koeman, n'étaient pas très appréciés du public. Le chouchou des fans, c'était Joachim Benfeld mais Koeman était bien plus fort. Il y avait deux stars à Malines : Eli, qui marquait des buts incroyables, et Preud'homme, qui arrêtait tout. Vous étiez très exigeant. On n'était pas habitué à cela à Malines et en Belgique. DE MOS : Je savais que, pour arriver à quelque chose, on ne pouvait pas s'endormir. Je venais de l'Ajax et là, les gens se motivaient entre eux. À Malines, nous avons mis en place les meilleures conditions en obligeant les joueurs à habiter près du stade, ce qui nous permettait de nous voir en dehors du football et de tisser des liens. Quand on voit jouer le Real Madrid, on comprend qu'on a affaire à une bande de potes. Les joueurs de Malines étaient très motivés parce qu'ils étaient aux portes du succès sur le plan international. Erwin Koeman allait participer à l'EURO 88 avec les Pays-Bas, Rutjes aussi. Clijsters allait livrer un très bon Mondial 90 avec la Belgique et Preud'homme allait être élu Meilleur Gardien de la Coupe du monde 1994. Une équipe qui remporte autant de trophées en si peu de temps ne peut qu'être bonne. Et ça ne nous empêchait pas d'être un club sympa, très ouvert. Avec vous, Anderlecht fut le seul club belge à remporter une Coupe d'Europe. Peut-on revivre cela ? DE MOS : Maintenant, pour gagner, il faut des moyens comme ceux de Chelsea, et encore : même avec beaucoup d'argent, si on a une mauvaise défense comme celles de Manchester City, du PSG ou même de Liverpool, on n'est sûr de rien. Il faut une équipe très forte, du gardien au centre-avant. Rien ne sert d'avoir un Neymar si on a des maillons faibles. Trente ans après sa victoire, Malines descend. Comment s'en sortira-t-il ? DE MOS : La politique des transferts est capitale. Il faut recréer le plus rapidement possible une équipe. Transférer neuf joueurs au mercato d'hiver, c'est suicidaire. Une direction qui emploie trois entraîneurs en une saison porte une part de responsabilité dans la relégation. Dennis van Wijk est capable de faire remonter l'équipe, à condition de bien s'entendre avec ceux qui connaissent le football, comme Fi Van Hoof. En attendant, le championnat touche à sa fin. Il y a un an et demi, vous disiez que le club qui vous séduisait le plus était Gand. Et cette saison ? DE MOS : Bruges et le Standard. J'adore la façon dont le Standard prend l'adversaire à la gorge avec son pressing haut. Vous continuez à croire que Bruges sera champion ? DE MOS : Sur l'ensemble de la saison, c'est en tout cas le Club qui mérite le titre. C'est lui qui a pratiqué, par moments, le football à la fois le plus spectaculaire et efficace. J'ai eu des doutes en début de saison mais après l'élimination européenne face à l'AEK Athènes, Ivan Leko a eu la bonne idée de tout changer. Il a osé prendre des décisions qui ont porté leurs fruits. En mettant Lior Refaelov sur le banc, par exemple. Ou en retirant le gardien Ethan Horvath et en remplaçant Marvelous Nakamba par Jordy Clasie avant de refaire volte-face. Je trouve que c'est un bon coach. Succéder à Preud'homme n'était pas facile. Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert ont pris des risques mais ils ont fait le bon choix. Bravo, c'était bien vu ! Si Bruges est champion, devra-t-il son titre à Leko ? DE MOS : Ce sera la victoire de tout le club : de Mannaert, de Verhaeghe, de Leko... C'est un succès collectif, les buts sont venus de partout. Ruud Vormer a été déterminant avant le Soulier d'Or, j'aime beaucoup Hans Vanaken, l'équipe est bien équilibrée derrière, Brandon Mechele a retrouvé sa sérénité... Alors que Preud'homme ne lui avait pas donné sa chance, Leko lui fait confiance et inversement. C'est une bonne équipe mais, sur le plan international, nous ne somme plus à la hauteur. Les résultats le confirment : les clubs belges ne pèsent plus lourd. DE MOS : La Belgique et les Pays-Bas sont devenus ce que le Danemark était avant : des pays où on trouve de bons joueurs pour compléter une équipe mais pas du top niveau. Nous n'avons plus des joueurs du calibre des Diables Rouges. Edmilson fait de bonnes choses mais il doit encore faire ses preuves pendant un an. Stefano Denswil et Vanaken ont du potentiel, ils peuvent jouer dans un club de milieu de tableau de Premier League ou de Bundesliga mais arriveront-ils à jouer plus vite ? Pour tenir leur place dans une équipe qui domine, ils devront être capables de jouer sur la moitié de terrain adverse. Vous trouvez que Sá Pinto est un bon entraîneur ? DE MOS : Un bon meneur d'hommes, en tout cas. Il faut le prendre comme il est mais il y a du contenu dans son jeu, c'est indiscutable : sa composition d'équipe est bonne et il parvient à transmettre sa mentalité de gagneur aux joueurs. Quand il faut gagner, il gagne. Le Standard doit-il engager Preud'homme ? DE MOS : Le Standard et Preud'homme peuvent tout se permettre mais est-ce bien malin d'engager Michel si le club se qualifie pour la Ligue des Champions ? Le mieux, ce serait de prendre Preud'homme comme directeur technique et de garder Sá Pinto comme entraîneur mais moi, j'attendrais un an. Sá Pinto sait s'y prendre avec ses joueurs, ses principes me plaisent. Avec lui, on sait ce qu'on a. J'ai vu beaucoup de matches dans ma vie et je ne regarde plus tout mais quand un match du Standard passe à la télévision hollandaise, je suis devant ma télé. Ce stoppeur, Christian Luyindama, il est incroyable. C'est un personnage culte. Et Edmilson me surprend, je ne le croyais pas capable de cela. Mehdi Carcela, oui. Le seul truc qui me gêne, c'est le gardien. Parfois, je me demande s'il joue vraiment en équipe nationale du Mexique. À Gand, vous étiez fan de Hein Vanhaezebrouck. C'est toujours le cas ? DE MOS : Un entraîneur dépend du matériel dont il dispose. À Gand, Hein avait des joueurs terribles, du gardien à Laurent Depoitre. C'était très plaisant à voir et le jeu portait sa griffe mais rien ne garantit que ça va fonctionner ailleurs. Il n'aurait pas dû aller à Anderlecht ? DE MOS : Tout entraîneur belge ambitieux veut aller à Anderlecht et le Sporting le sait. À la place de Hein, je l'aurais fait aussi. Du jour au lendemain. Maintenant qu'il est sûr de rester, il pourra peut-être apposer davantage sa griffe sur l'équipe. Il est important que le coach puisse faire des choix. Quel héritage René Weiler a-t-il laissé ? A-t-il camouflé le malaise ou a-t-il enfoncé le club à cause de son style de jeu ? DE MOS : Il s'est adapté aux normes internationales. Même le Real Madrid joue parfois comme ça mais à Anderlecht, il y a encore des nostalgiques de Marc Degryse, Luc Nilis, Jan Mulder ou Robbie Rensenbrink . Il y a longtemps qu'on ne joue plus comme ça. Quant tout allait bien, Weiler pratiquait aussi un foot attractif et les joueurs ne se plaignaient pas. Les critiques venaient des fans et des médias. C'est vrai que sa communication n'a pas toujours été bonne. Dire que la Ligue des Champions n'a pas d'importance... Ou montrer qu'on donne peu de valeur à l'image du club alors que celle-ci est très importante. Anderlecht a aussi eu un peu de malchance : il a dû affronter deux fois un PSG en forme, il y a eu l'affaire Kums face au Bayern...Pas de chance. Tout s'est vraiment ligué contre lui en peu de temps. Et il ne disposait plus du même Teo... La saison dernière, Teodorczyk renversait tout sur son passage. DE MOS : Il avait surtout la chance du débutant. Vous aimeriez disposer d'un joueur comme lui dans votre équipe ? DE MOS : Non. Il a les pieds carrés. Ce n'est pas un attaquant pour Anderlecht. On a parfois besoin d'un déménageur mais pas comme titulaire. Que se passe-t-il avec Kums ? DE MOS : Quand on a trois entraîneurs différents, on doit essayer de trouver une solution ensemble et pas juste tenter de se mettre en valeur individuellement. C'est le problème d'Anderlecht : tout le monde joue pour soi. Kums veut en faire trop. Il doit être plus spontané, plus naturel. Vous êtes toujours fan de Trebel ? DE MOS : Oui. C'est un très bon joueur, un pied gauche fantastique qui joue bien entre les lignes, réfléchit défensivement et peut redresser une situation mais aussi changer d'aile. Vous croyiez aussi beaucoup en Stanciu mais il est parti. DE MOS : Quelle déception ! Lui, il était capable de choses que les autres ne peuvent pas faire. En Ligue des Champions, je l'ai vu, en deux minutes, faire des passes que personne n'avait réussi à faire en 88 minutes. Mais il fallait le faire jouer à sa meilleure place et le mettre en confiance. Au Sparta Prague, il est excellent. Vous auriez aimé travailler avec lui ? DE MOS : Certainement. J'aime ce genre de joueurs. Avec Trebel et Dendoncker dans son dos, ou en losange avec Kums, c'était possible. À condition que les arrières latéraux montent. Mais Anderlecht n'a pas de défense, c'est le bordel. Sans oublier qu'un joueur ne faisait pas son travail défensif : Henry Onyekuru. Il court beaucoup mais en Belgique, ça ne sert à rien puisque tout le monde joue dans son rectangle. Il faut donc aussi défendre et voir où se trouvent les hommes libres. Intrinsèquement, il ne m'impressionne pas. Lui, je ne l'aurais jamais pris, je préférais José Izquierdo.Dendoncker a connu une saison difficile. Doit-il aller au Mondial ? DE MOS : Est-il aussi bon qu'on le prétend ? Poser la question, c'est y répondre ? DE MOS : Moi, je ne pense pas qu'il soit aussi bon qu'on le dit. En tout cas, il ne vaut pas 38 millions. D'ailleurs, ce ne sont pas les grands clubs qui s'intéressent à lui. Ça prouve que ce n'est pas un grand joueur. Peut-il le devenir ? DE MOS : Non. Sa technique n'est pas extraordinaire, ses mouvements ne sont pas coordonnés, il est raide. Van Holsbeeck est-il responsable des problèmes d'Anderlecht ? DE MOS : Il y a des moments où l'entraîneur, le président ou le directeur technique se retrouve seul et doit répondre de tout. Pour moi, Van Holsbeeck est un gentleman qui a une vision. Il a travaillé nuit et jour pour le club. Il a permis à Anderlecht d'avoir du succès et c'est un manager fantastique car succéder à Michel Verschueren n'était pas facile. Qu'attendez-vous de Marc Coucke ? DE MOS : On ne dirige pas un grand club comme un club moyen. Il veut que tout aille vite mais il pourrait s'en mordre les doigts. Il faut du temps et ces gens n'ont pas le temps. Ils peuvent tout acheter mais en football, il y a des choses qui ne s'achètent pas : l'intuition et la sensibilité, par exemple.