L'année 2008 a bien commencé pour EnzoScifo. Lorsqu'on le voit déambuler entre ses joueurs durant les séances d'entraînement, puis discuter, souriant et détendu, avec les personnes présentes au Canonnier (qu'elles fassent partie du club ou pas), on se rend compte qu'il a repris goût au football et, tout simplement, à la vie. Rien que cela, cela fait plaisir. Mais l'ancien Diable Rouge devra maintenant faire face aux échéances qui se rapprochent à grands pas. A commencer par son premier match de championnat, dimanche prochain, au stade Otten de Gand.
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L'année 2008 a bien commencé pour EnzoScifo. Lorsqu'on le voit déambuler entre ses joueurs durant les séances d'entraînement, puis discuter, souriant et détendu, avec les personnes présentes au Canonnier (qu'elles fassent partie du club ou pas), on se rend compte qu'il a repris goût au football et, tout simplement, à la vie. Rien que cela, cela fait plaisir. Mais l'ancien Diable Rouge devra maintenant faire face aux échéances qui se rapprochent à grands pas. A commencer par son premier match de championnat, dimanche prochain, au stade Otten de Gand. C'est à Valence, dans le jardin du président PhilippeDufermont, qu'il a pu faire connaissance avec ses troupes à l'occasion d'un stage d'une semaine. " Ce n'est pas le stage le plus dur que j'ai connu au cours de ma carrière ", relate le capitaine au long cours, SteveDugardein. " Mais je pense que ce n'était pas l'objectif. Notre nouvel entraîneur voulait d'abord observer ". Les joueurs ont ressenti une hausse du degré d'intensité des entraînements lors des premières séances dispensées en Belgique, la semaine dernière. Ce que Scifo confirme : " C'était le bon moment pour recommencer à travailler le physique. En Espagne, les entraînements étaient aussi conditionnés par les trois matches amicaux qui avaient été programmés en six jours ". Trois matches amicaux face aux équipes Réserves de Villarreal, Valence et Levante (victoire 2-1, partage 2-2 et défaite 1-3) et qui devaient permettre à Scifo de juger ses joueurs. " J'ai vu du bon et du moins bon ", lâche-t-il. Certes, mais encore ? " Le bon, c'était surtout l'état d'esprit. J'ai trouvé un groupe réceptif, qui recèle des qualités et qui, contrairement à ce que j'avais craint, ne doutait pas trop ". Et le moins bon, était-ce les petites erreurs de positionnement ou de concentration, qui avaient déjà été constatées lors des derniers matches de championnat de l'année 2007 ? " Non, pas du tout. C'était aussi lié à l'état d'esprit. Je suis très sensible à l'envie que les joueurs manifestent sur le terrain. Un joueur qui n'a pas envie, cela m'horripile. Je n'ai décelé aucune tension dans mon groupe, mais ce n'est pas tout de former une bande de copains à l'hôtel : il faut aussi que cette solidarité se manifeste sur le terrain. Et là, je n'ai pas été pleinement satisfait. Surtout en fin de stage et lors du troisième match, perdu contre l'équipe B de Levante. Soit certains joueurs ne se sentaient pas concernés, soit ils avaient envie de rentrer. Je n'ai rien dit, mais j'ai pris bonne note ". A part cela, l'effet Scifo se fait-il déjà ressentir ? " Il est trop tôt pour évoquer un changement au niveau du système de jeu ou pour deviner les contours de la future équipe-type ", estime Dugardein. " Disons, sur un plan général, que les joueurs sont peut-être plus attentifs aux consignes qu'ils reçoivent, étant donné l'aura dont jouit notre nouvel entraîneur. Mais ne comptez pas sur moi pour salir notre coach précédent et tirer sur un homme qui n'est plus là pour se défendre. De toute façon, la balle est désormais dans notre camp. Scifo était une icône comme joueur, c'est à nous de faire en sorte, par nos prestations, qu'il le devienne également comme entraîneur ". Scifo lui-même y voit-il déjà plus clair ? " Oui et non ", rétorque-t-il. " J'ai tiré certaines conclusions de ce que j'ai vu, mais pas nécessairement celles auxquelles je pensais au départ ". Actuellement, les changements visibles se résument surtout à une légère modification des horaires d'entraînements. " La séance du matin a été retardée d'une demi-heure ", explique le nouveau patron sportif des Hurlus. " Lorsqu'elle commençait à 9 h 30, les joueurs devaient idéalement se lever à 7 heures. S'ils se levaient à 7 h 45, pour prendre leur petit déjeuner à 8 h 30, ils n'étaient pas dans les meilleures conditions pour s'entraîner. A l'avenir, le petit déjeuner au club ne sera plus obligatoire mais facultatif. Si certains joueurs préfèrent déjeuner chez eux, entourés de leur femme et de leurs enfants, je n'y vois aucune objection. Le bien-être familial est important. L'entraînement de l'après-midi est aussi retardé d'une demi-heure : il débutera à 15 h 00 au lieu de 14 h 30. Les plages de récupération entre les deux séances doivent être suffisantes. Se reposer, cela fait aussi partie du métier ". Sportivement, peut-on déjà deviner certaines tendances ? Au niveau du système de jeu, Scifo a aligné le plus souvent - mais pas toujours - deux attaquants. Est-ce un signe que le 4-3-3 sera abandonné au profit du 4-4-2 ? Pas nécessairement, car le 4-3-3 avait surtout été élaboré en fonction de BertinTomou, qui se trouve actuellement avec les Lions Indomptables. " L'international camerounais s'était révélé comme un pion important sous la direction de mon prédécesseur ", constate Enzo. " Il n'y a pas de raison qu'il ne le soit pas sous ma direction. Mais, durant son absence, je devrai trouver d'autres solutions ". Au niveau de la redistribution des rôles, Scifo avait affirmé qu'il allait s'entretenir avec les joueurs pour savoir quelle était leur place préférée. Il semble qu'il n'ait pas eu de discussions individuelles, ou alors très peu, mais qu'il ait pris ses renseignements auprès de l'entourage ou des autres membres du staff. On constate en tout cas que DaanVanGijseghem, dont MarcBrys voulait faire un arrière droit, a été aligné en défense centrale. Et sans doute pas uniquement en prévision de la suspension de GeoffrayToyes pour deux rencontres. Chacun sait que le jeune international Espoir préfère évoluer dans l'axe. En joueur consciencieux et appliqué, qui préfère travailler que se plaindre, il ne s'est jamais formalisé lorsqu'on lui a demandé d'évoluer sur le flanc, mais il y a parfois des sourires révélateurs. Au rayon des bonnes surprises, on notera les deux buts et l'assist d' AdolpheTohoua, qui avait été rangé dans les oubliettes et qui ressurgit de nulle part. " Je me sens bien ", sourit l'Ivoirien, tout guilleret, qui a été aligné une fois comme flanc gauche et une fois comme soutien d'attaque. Selon ses coéquipiers au Canonnier, il se sentait déjà bien durant le premier tour, mais a rarement reçu sa chance. En fait, beaucoup de joueurs n'ont pas reçu leur chance durant le premier tour, à l'image du médian croate DrazenGovic (auteur d'un des deux buts face à l'équipe B de Villarreal), mais c'était inévitable : on ne nous ôtera pas de l'idée que le noyau hurlu est trop étoffé pour une équipe qui dispute uniquement le championnat de Belgique, même si Scifo ne partage pas cet avis. " Si l'on enlève les joueurs qui étaient à l'essai, on a travaillé avec un groupe de 24 ", calcule-t-il. " On doit également préparer l'avenir, car plusieurs éléments arrivent en fin de contrat en juin prochain - NDLR : ChristopheMartin, Jean-PhilippeCharlet, JérémyHuyghebaert, AlexandreTeklak, Toyes, KarimFellahi, PacoSanchez. Tous ne partiront pas, mais ce sera à eux de plaider leur cause dans les semaines et les mois à venir. Ils devront me montrer qu'ils ont réellement envie de rester. Et ce, dès maintenant. S'ils se réveillent en mai, lorsqu'ils sentiront que la fin approche, ce sera trop tard ". Les joueurs moins utilisés par Brys recevront-ils une nouvelle chance avec Scifo ? " Je ne tiendrai pas compte des noms ", assure l'entraîneur. " Chacun part sur un pied d'égalité et je déciderai en fonction de ce que je verrai à l'entraînement ou lors des matches. Durant le stage en Espagne, certains joueurs ont marqué des points ". Et, logiquement, d'autres en ont perdu. Lorsqu'on évoque les joueurs moins utilisés par Brys, on songe forcément aux Espagnols, surtout lorsqu'on connaît les accointances du président. Joueront-ils davantage avec Scifo ? Cela dépendra évidemment de leur rendement, et dans le cas de Berna et de MiguelPalencia, de leur état physique puisque les deux défenseurs souffrent de petites blessures récurrentes depuis leur arrivée en Belgique. Et CarlosCoto, qu'en pense-t-il ? " D'abord, je suis content d'avoir effectué un stage dans mon pays, dans de très bonnes conditions et sous le soleil ", déclare-t-il. " Je connaissais évidemment Scifo de nom. Qui ne le connaît pas ? C'est l'un des plus grands joueurs qu'ait connu la Belgique, si pas le plus grand. Je devais encore le découvrir comme entraîneur. Ce qui m'a frappé, c'est que les séances de préparation étaient plus axées sur la technique. Le ballon était présent dans quasiment tous les exercices. Cela correspond plus aux entraînements que j'avais connus en Espagne. J'avoue que je me sens plus à l'aise sous sa direction ". Le champion d'Europe des -19 ans avait enflammé les foules lors de ses deux premières apparitions, clôturées par deux buts en 20 minutes de jeu, mais s'était éteint par la suite. " Beaucoup de joueurs marchent à la confiance et je n'échappe pas à la règle ", explique-t-il. " Comment se sentir en confiance lorsqu'on sait qu'on aura droit à 10, 15 ou tout au plus 20 minutes en fin de match pour démontrer ses capacités ? Je vais travailler pour qu'on retrouve le Coto de Barcelone. Car, jusqu'à présent, le public du Canonnier n'a pas encore vu le vrai Coto à l'£uvre ". Travailler, voilà qui n'a jamais rebuté les joueurs espagnols de l'Excelsior. Que ce soit Coto, Palencia ou Berna, on ne les a jamais entendus se plaindre malgré leur temps de jeu réduit. " Ils sont très professionnels ", témoigne Teklak. " Ils se sont toujours entraînés comme s'ils allaient jouer le week-end. Je suppose que, comme tout le monde, ils aspiraient à jouer plus, mais même vis-à-vis du groupe, ils n'ont jamais exprimé leurs griefs ". Pour l'instant, les premiers pas de Scifo à Mouscron semblent se dérouler sans anicroche. " Son approche correspond à ce que nous attendions ", confirme le directeur général BenoîtRoul. " Nous sommes très attachés à la notion de plaisir. Les joueurs doivent bien sûr pratiquer leur métier le plus sérieusement du monde - car c'est bel et bien leur profession - mais, un peu comme dans le monde du spectacle, ils doivent divertir les spectateurs. Et, pour cela, il faut que le plaisir de jouer se ressente également sur le terrain. C'est exactement ce que prône notre nouvel entraîneur. En outre, il est adepte d'un football latin, ce que nous recherchions également. C'est un homme qui est resté très humble, malgré le palmarès qu'il s'est bâti. Il est resté très ouvert, à l'écoute des autres. En tant que capitaine d'un équipage qu'il devra commander, il lui appartiendra bien sûr de prendre des décisions mais il n'est pas têtu ". Scifo lui-même se sent comme un poisson dans l'eau dans la Cité des Hurlus. " Je fais progressivement la connaissance des gens qui travaillent au club ", révèle-t-il. " L'accueil est chaleureux. En Ville aussi, on se montre très sympa avec moi. Lorsque je vais déjeuner dans le centre, il n'est pas rare que des personnes attablées à une table voisine se lèvent pour venir me saluer. Je suis très sensible à ce genre de petits gestes. Je sens que je suis apprécié et respecté, et cela me fait plaisir ". Reste maintenant à obtenir des résultats. par daniel devos - photos: reporters/ mossiat