Izzet Akgül (23 ans) fut l'homme de la fin du premier tour pour Charleroi, en marquant quelques buts importants. Il a suffi de ces tirs meurtriers pour qu'il change de statut : joker venant de D3 et ayant encore tout à apprendre de la D1 durant ses premiers mois au Mambourg, il est devenu un titulaire régulier comme pion le plus avancé du 4-3-3 de Jacky Mathijssen. Il commente l'alphabet de son parcours que nous avons composé pour lui.
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Izzet Akgül (23 ans) fut l'homme de la fin du premier tour pour Charleroi, en marquant quelques buts importants. Il a suffi de ces tirs meurtriers pour qu'il change de statut : joker venant de D3 et ayant encore tout à apprendre de la D1 durant ses premiers mois au Mambourg, il est devenu un titulaire régulier comme pion le plus avancé du 4-3-3 de Jacky Mathijssen. Il commente l'alphabet de son parcours que nous avons composé pour lui. Izzet Akgül : " L'affaire de corruption présumée n'a pas touché le groupe. Les joueurs sont restés sereins, comme s'ils étaient sûrs qu'il ne s'était rien passé d'anormal la saison dernière. Mathijssen nous a dit de ne pas nous tracasser. Les dirigeants se sont contentés d'expliquer tous les détails de la situation à Frank Defays, qui nous l'a ensuite résumée en cinq minutes. Et il a ajouté : -Tout ce que je vous demande maintenant, c'est de battre le Beerschot dimanche ; ce sera notre cadeau à l'entraîneur. Nous nous sommes serré les coudes et nous ne l'avons pas regretté en voyant Mathijssen monter sur le terrain dès la fin de ce match : une satisfaction énorme se lisait dans son regard fatigué ". " J'ai dû patienter jusqu'au mois de novembre pour marquer mon premier goal en math officiel avec Charleroi. Avant cela, l'entraîneur me laissait poursuivre tranquillement mon apprentissage de la D1. Je montais cinq minutes, puis dix minutes, puis un quart d'heure. J'ai franchi une nouvelle étape lors de la 13e journée, en scorant à Mouscron, d'une frappe pivotée en dehors du rectangle. Un but décisif. Ce fut mon vrai départ avec ce club ". " Un de mes rêves est de jouer au moins une finale dans ma vie. Charleroi s'en rapproche doucement. Les sensations de la Coupe sont différentes de celles que l'on ressent en championnat : il faut sauter des barrières pour se rendre compte que la ligne d'arrivée est de moins en moins éloignée. On gagne en 16e de finale, on oublie pour se concentrer sur les huitièmes. Une fois passés les huitièmes, on oublie à nouveau tout ce qu'on a vécu pour ne plus penser qu'aux quarts, etc. Notre victoire au Standard restera un des plus beaux moments de ma carrière. Quand l'adversaire a marqué à la 119e minute, j'en ai pleuré de rage, je me suis dit : -Tout ça pour ça, c'est pas possible. En plus, c'était un match spécial pour moi : j'ai passé quatre ans au Standard chez les jeunes et c'était la première fois que j'affrontais ce club en match officiel. En tout début de saison, j'étais resté sur le banc en championnat quand le Sporting avait gagné là-bas. Nous avons peut-être fait le plus dur en battant le Lierse 3-1 en match aller des quarts. S'il le faut, le Sporting fermera tous les angles au retour ". " C'est mon grand frère. Dès mon arrivée à Charleroi, il m'a pris sous son aile. Tous les deux, nous avons grandi et joué à Namur. Nous faisons les trajets ensemble, nous mangeons ensemble au stade, il n'arrête pas de me parler, de me conseiller. Je m'inspire de sa réussite et j'essaye de le copier sur certains points. Il est la gentillesse personnifiée, c'est un tout bon capitaine qui a toujours donné le maximum. Je me suis juré de ne pas le décevoir ". " Quand Aimé Anthuenis a déclaré, en décembre, qu'il me tenait à l'£il, j'ai ressenti comme un choc. Moi chez les Diables ? Je n'avais que quelques matches de D1 dans les jambes. Je me suis dit que tout allait sans doute trop vite. Mais pourquoi ne devrais-je pas y croire ? S'il parle comme ça, c'est qu'il voit des aspects positifs dans mon jeu. Je connais les qualités des attaquants du noyau belge. Ce serait dommage de ne pas espérer en faire partie un jour ". " Pour un Turc, comme pour un Italien, la famille est quelque chose de sacré. Une valeur à laquelle il est interdit de toucher. Qu'on ne s'aventure surtout pas à dire un mot de travers sur mes parents. Ils se sont complètement sacrifiés pour moi. Ils avaient quitté la Turquie pour la Belgique quand mon père avait 22 ans, pour trouver du boulot. Je suis né ici. Pendant quatre ans, il m'a conduit trois fois par semaine aux entraînements du Standard, et il ne ratait pas un match. Quand j'ai pu signer à Galatasaray, à 15 ans, mes parents ont fait leurs valises car ils ne voulaient pas m'abandonner dans la jungle d'Istanbul. Après mes quatre saisons là-bas, ils ont estimé que j'étais assez grand pour voler de mes propres ailes et ils sont restés dans leur pays : c'était à moi de jouer, seul ". " J'avais un grand rêve quand j'étais gamin : Galatasaray. J'en ai réalisé une partie, pas l'autre. J'ai eu la chance de vivre dans la ferveur inimaginable des Turcs pour le foot, de voir des gens pauvres comme la pierre consacrer leurs maigres moyens à ce sport qui est toute leur vie. Des supporters donnaient ce qu'ils avaient pour venir voir les entraînements, puis ils devaient faire la manche ou demander un peu d'argent aux joueurs pour pouvoir retourner en train ou en taxi. A 19 ans, j'ai compris qu'on ne m'offrirait pas la chance de porter le maillot de l'équipe Première, j'ai commencé à bouillir et je suis parti en Suisse, au FC Sion. Avec un certain sentiment d'échec, mais avec une ambition précise et toujours intacte : porter un jour le maillot d'un des trois grands clubs turcs ". " Oh la la... A une époque, Galatasaray, c'était Hagi, tout simplement. Un dieu vivant. Une personnalité unique. Un pied gauche. S'il y avait un footballeur qui savait tout faire, c'était bien lui. Je me suis entraîné à ses côtés : je travaillais en semaine avec le noyau A et je jouais le week-end avec la Réserve. J'en ai encore la chair de poule ". " Wallonia Namur, Standard, UR Namur, Galatasaray, Sion, Bosnaspor, à nouveau l'UR Namur, Charleroi : huit clubs en moins de 20 ans, c'est énorme. Mais j'aime bien bouger. Je n'ai jamais eu envie de me fixer quelque part. Et tous ces déménagements s'expliquent aussi par une certaine impatience : partout où je suis passé, j'ai voulu percer. Pas le temps d'attendre, je souhaitais que ça marche tout de suite. Aujourd'hui, il y a des choix que je regrette. Par exemple, je n'aurais pas dû partir en Turquie à 15 ans car le régime des entraînements à Galatasaray m'a obligé à arrêter l'école. Ce ne fut pas la décision la plus intelligente de ma carrière ". " Un buteur doit être égoïste mais aussi savoir choisir les moments où il le sera. Quand votre coach vous aligne en pointe, il s'attend à ce que vous marquiez un certain nombre de buts. Il faut donc faire mouche de temps en temps pour conserver sa confiance. Alors, quand une vraie occasion se présente, je ne veux pas réfléchir : boum ! " " Un homme dont je retiendrai la correction exemplaire. S'il avait toujours été président de Namur en fin de saison dernière, je n'aurais pas été embarqué dans un procès avec ce club. Il m'avait promis qu'il me laisserait partir si je recevais une offre d'une équipe de D1 et je sais qu'il aurait tenu parole. Au lieu de cela, la nouvelle direction m'a mis des bâtons dans les roues. J'ai appelé Armand Khaïda dès sa sortie de prison et il m'a confirmé que son successeur, Jean-Claude Baudart, n'était pas correct, que les promesses du passé étaient bafouées. J'espère que Khaïda reviendra vite dans le football ". " Je sors avec sa fille depuis trois ans et demi... mais ce n'est pas grâce à cela que je suis aujourd'hui en D1 (il rigole). Dès que nous nous retrouvons, nous parlons inévitablement de foot. Et il n'arrête pas de me répéter que je dois vivre comme un pro : -Surveille ton poids ; -Ne mange pas ceci ; -Ne mange pas cela ". " Une révélation. Avant de le connaître, quand un entraîneur me disait de faire quelque chose, je le faisais sans me poser de questions. Aujourd'hui, je sais pourquoi je le fais. Je ne citerais que trois critères pour justifier la qualité de son travail : notre position au classement, l'ambiance qu'il a mise dans le groupe et le renouveau de joueurs en plein doute la saison dernière ". " J'ai la double nationalité belgo-turque et j'y tiens car je considère qu'il s'agit d'une richesse. Je suis né en Belgique, j'ai grandi ici et je vis essentiellement comme les Belges. Mais je respecte certaines coutumes turques : le sens de la famille et des traditions, la pratique de l'islam non bornée. Je n'oublierai jamais les paroles d'un de mes entraîneurs à Galatasaray : -D'abord le boulot, ensuite les croyances ; votre boulot vous paye, pas vos croyances. Je faisais le ramadan avant d'arriver en D1. Aujourd'hui, ce n'est plus possible ". " Ma force de frappe est innée. Déjà chez les jeunes, j'avais un tir meurtrier. J'ai deux modèles : Ronald Koeman et Roberto Carlos. Je marque plus sur des envois puissants que sur des ballons cadrés. J'adore ressentir le petit choc sur l'avant du pied que procure un obus expédié vers le but. Lors du stage de janvier : sur une reprise de volée, j'ai fait exploser le poignet de notre deuxième gardien, Fabian Gallée ". " Il y a deux procès en cours : entre Namur et Charleroi d'une part, entre Namur et moi d'autre part. J'espère que tout se terminera bien pour le Sporting et pour moi. J'ai la conscience tranquille et je ne peux que regretter l'attitude de la nouvelle direction de Namur ". " Je suis un anxieux de naissance. Après quelques matches où je n'avais pas marqué, en début de deuxième tour, j'ai commencé à me demander si j'étais encore capable de mettre des ballons au fond. Toujours cette impatience. Je travaille comme un malade pour concrétiser mes objectifs, éventuellement jusqu'au moment où je me persuade que je ne les atteindrai plus, et je laisse alors tomber les bras. J'ai un caractère à deux facettes : j'ai le côté zen de mon père turc et le sang bouillonnant de ma mère albanaise û je l'ai par exemple montré en quittant définitivement le Standard parce que mon coach ne m'avait pas titularisé. Quand je me décourage, il faut me donner un bon coup de pied au derrière pour que je reparte de l'avant ". " On me colle parfois une réputation de garçon difficile sous prétexte que j'ai eu des problèmes relationnels dans plusieurs clubs. Mais je m'en défends. J'ai claqué la porte de Sion parce que le club était tombé dans un terrible gouffre financier et ne nous payait plus. J'ai quitté Bosnaspor parce que le staff médical de ce club était incapable de me soigner. Et je suis parti de Namur dans les circonstances que tout le monde connaît ". Silvagni (Fabrice) " Fabrice Silvagni m'a relancé à Namur après plus d'un an sans football. Dès qu'il m'a vu dans un match de test, il a dit : -Celui-là, il me le faut absolument. Il m'a appris des choses élémentaires : ne plus me plaindre pour des queues de cerises, ne plus brosser un entraînement pour un tout petit bobo. Il me répétait souvent : -Si tu veux te faire une place plus haut qu'en D3, arrête d'économiser tes efforts ". " Il m'a fallu une demi-saison pour devenir titulaire régulier dans cette équipe. Si la justice ne m'avait pas empêché pendant trois semaines de travailler avec le groupe en été û j'étais sous le coup d'une astreinte de 10.000 euros par journée d'entraînement, et le club aurait dû payer la même chose ! û, à cause des réclamations de Namur, je serais peut-être entré plus vite dans l'équipe de base ". " On commence à en parler dans le vestiaire. Même Mathijssen. Il nous reste deux routes pour y arriver : la Coupe et le championnat. Nous ne lâcherons rien : Bruges est déjà champion, mais Anderlecht n'est pas loin, on composera avec le retour en forme de Genk, et le Standard n'est pas un épouvantail non plus pour une équipe comme la nôtre ". " Je n'ai plus joué pendant 14 mois suite à mes problèmes avec Bosnaspor. Après avoir refusé de me soigner convenablement et m'avoir obligé à payer moi-même mes frais médicaux, ils ont bloqué mon transfert. J'ai plaqué le football en me disant que ma carrière avait été un gros échec. Et j'ai complètement changé mon rythme de vie : je glandais (pas facile de trouver un boulot quand on a arrêté l'école à 15 ans !), je vivais la nuit, je ne mangeais plus que des saloperies. Je suis monté jusqu'à 98 kilos alors que j'en pèse aujourd'hui 79 ! Le cap des 100 kilos m'a alors effrayé, j'ai vu toute la détresse de mes proches et je me suis enfin repris en mains ". " J'ai terminé deuxième meilleur buteur de D3 la saison dernière, Mirek Waligora a encore marqué plus que moi avec Overpelt-Lommel. Il dégoulinait de talent et d'expérience. Pourquoi c'est moi qui suis en D1 aujourd'hui et pas lui ? Parce que j'ai 23 ans alors qu'il en accuse 35 ! (il rit) " " Tout le groupe de Charleroi. Je ne m'étais jamais senti aussi bien dans un collectif. Nasredine Kraouche, c'est une technique phénoménale et une vision du jeu fantastique. Sébastien Chabaud, un métronome. Frank Defays, on sait... Bertrand Laquait, un gardien hors normes. Mahamoudou Kéré, notre rottweiler. Ibrahim Kargbo, notre pitbull. Ça mord dans l'axe de notre défense, hein ! Et je pourrais citer tous les autres joueurs ". " Comme moi, un footballeur belgo-turc qui rêvait de jouer dans le pays de ses ancêtres. Il a quitté Mons pour Ankaraspor en fin de saison dernière : j'espère qu'il a fait le bon choix mais je n'en suis pas certain. En Turquie, il n'y a que dans les trois grands clubs historiques qu'on est sûr de toucher son chèque à la fin de chaque mois. Les dirigeants des autres équipes sont surtout champions dans l'art de piétiner les contrats et leurs promesses ". " J'aime la comparaison entre Zorro et les buteurs. Frapper sec, quand l'adversaire ne s'y attend pas, c'est une sensation agréable. Quand je suis dans les 16 mètres, et quand on me laisse armer mon tir, il y a entre 60 et 80 % de chances que mon envoi rentre. Je mettrai peut-être le premier et le deuxième hors cadre, mais pas le troisième ". Pierre Danvoye" J'ai le CôTÉ ZEN d'un père turc et le SANG BOUILLONNANT d'une mère albanaise " " J'avais 98 kilos et je glandais. JE VIVAIS LA NUIT "