Il a fallu quitter la festive Bahia, cité du Nordeste désormais ivre de nos Diables, repasser par le camp de base des Diables à Mogi das Cruzes, pour finir par la capitale de ce pays, féru de foot, Brasilia, prise d'assaut par... des Argentins. Entre le huitième de finale et le quart face à l'Argentine, retour sur les dernières péripéties de notre voyage dans le sillage de nos Diables Rouges.
...

Il a fallu quitter la festive Bahia, cité du Nordeste désormais ivre de nos Diables, repasser par le camp de base des Diables à Mogi das Cruzes, pour finir par la capitale de ce pays, féru de foot, Brasilia, prise d'assaut par... des Argentins. Entre le huitième de finale et le quart face à l'Argentine, retour sur les dernières péripéties de notre voyage dans le sillage de nos Diables Rouges. Rarement un stade n'aura semblé aussi près du centre-ville. A Bahia, vous quittez le stade, tournez à gauche, descendez une rue en pente, remontez une rue en escalier et vous êtes dans le vieux Bahia, inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco. Le soir, certaines rues sont fermées pour mettre des terrasses et regarder les matches de foot en plein air. Car là-bas, contrairement à Sao Paulo, il fait chaud ! Le soir de la qualification pour les quarts de finale, les rues se résumaient à des Américains, déçus mais bons joueurs, et des Belges ivres de bonheur (et pas que de bonheur d'ailleurs). Lorsque la télévision a montré le résumé du match fou que venaient de remporter les Diables, les Belges commentaient à leurs voisins les qualités de leurs joueurs. Partout autour du Pelourinho, le centre de gravité de la vieille ville, on ne voyait que des vareuses rouges. Et quelques Allemands aussi. La Mannschaft a en effet élu domicile non loin de Salvador et le charme de la ville a manifestement plu aux supporters allemands qui ont décidé de rester. Nous sommes partis vers minuit. Il y avait toujours autant de Belges mais la boisson avait déjà commencé à faire ses ravages, et les prostituées attirées par le monde avaient commencé à faire leur entrée. La bonhomie de la victoire laissait peu à peu la place aux ravages de la nuit. Il était temps de rentrer. Pourtant, nous n'en avions pas fini avec Bahia. Le taxi du retour valait à lui seul le détour. Une fois les portières fermées, le taximan a poussé la musique brésilienne à fond, chantant à tue-tête et faisant zigzaguer sa voiture sur trois bandes au son de la musique. A jamais, on se souviendra du Volare revu et corrigé sur les rythmes de la musique bahianaise. Plus il chantait, plus il appuyait sur le champignon. Dix minutes plus tard, nous étions à nôtre hôtel (pour un trajet qui avait mis le double du temps la veille). Une Coupe du Monde, c'est un nombre incalculable de voyages. Tant que la Belgique était en poules, tout cela était réglé comme du papier à musique, planifié depuis de nombreux mois. Ce fut une autre paire de manches, une fois la qualification acquise. Si les Diables Rouges ont, à chaque vol, un avion à disposition, ce n'est pas le cas des journalistes qui les suivent. Ainsi, pour aller à Bahia, la délégation médiatique a été morcelée en quatre vols, avec certains collègues obligés d'être dans un avion en pleine heure de bouclage. Rebelote pour le retour à Sao Paulo : 4 vols, 4 bus pour rejoindre Guararema, l'antre des journalistes. Le tout étalé de 9 h 00 du matin à 21h ! Mais ce n'était rien comparé à Brasilia. Les vols étant pris d'assaut par les supporters argentins (ils étaient 100.000 pour rejoindre Belo Horizonte pour le dernier match de poules, 130.000 à Rio pour les huitièmes de finale à tel point qu'il fallut réquisitionner à l'improviste le circuit automobile d'Interlagos pour éviter que ces 130.000 personnes ne prennent d'assaut Rio), ce ne fut pas simple de trouver un vol. Ni un hôtel d'ailleurs (celui-ci ne fut bouclé qu'à quelques heures seulement de notre décollage). Cinquième ville depuis le début de notre périple brésilien, Brasilia, la capitale du Brésil, est une ville à part. Fondée sur un plateau désertique dans les années 50 grâce à la volonté d'un président (Juscelino Kubitschek connu au Brésil sous ses initiales JK) et façonnée dans les années 60 par l'utopiste architecte Oscar Niemeyer, cette ville, sortie de terre en 42 mois, ne ressemble pas du tout aux autres villes du pays qui se caractérisent par leur joyeux chaos, tant dans leur plan urbain que dans leur atmosphère. Brasilia a un plan très américain et ressemble à une ville-dortoir ou un musée à ciel ouvert, où l'automobile trouve du sur-mesure. Beaucoup plus calme que Rio ou Sao Paulo, les Brésiliens la trouvent ennuyeuse et la décrivent comme une ville de fonctionnaires. Pourtant, son côté à part lui confère une certaine originalité et un charme peu définissable. On ne le dirait pas du premier regard mais au fur et à mesure des décennies, le plan original et utopiste du début a laissé place à l'improvisation. Ainsi, en périphérie se trouve ce qui est désormais la plus grande favela du Brésil (Sol Nascente qui a supplanté Rocinha, favela de Rio). C'est dans cette ville qu'on a construit l'Estadio nacional ManéGarrincha, du nom du formidable dribbleur des années 50-60. Ce stade est le premier éléphant blanc que l'on rencontre. Il n'y a en effet aucun club de foot qui évolue à Brasilia. Le stade de 70.000 places, construit en 1974 au coeur de la capitale, et complètement rénové pour la Coupe du Monde, est donc voué à accueillir des concerts (Elton John et le groupe Guns and Roses ont déjà donné une représentation), et épisodiquement des matches de foot. Suspendu de Maracana pendant une période, Flamengo avait trouvé refuge à Brasilia. Quant à la Seleçao, elle est déjà venue disputer deux matches dans ce stade monumental qui représente en quelque sorte tout ce que les détracteurs du Mondial dénoncent puisque sa rénovation a coûté 500.000 millions d'euros (soit la plus lourde ardoise de cette Coupe du Monde). Tout cela pour obtenir le match d'ouverture, ce que Brasilia n'a finalement pas eu. Brasilia n'a donc aucune équipe en 1re ni en 2e division. Le Gama (4e division) n'attire que 2.500 spectateurs de moyenne alors que Brasiliense (4e division) ne fait pas mieux. Je vous expliquais les difficultés rencontrées pour rallier Brasilia. Mais que dire pour partir de Brasilia. Tous les vols étant occupés par les supporters argentins, il n'y avait plus de place dans les départs du week-end pour les journalistes belges afin de retourner à Sao Paulo. Pas grave, me diriez-vous : il suffit de prendre le premier vol du lundi matin ! Sauf qu'une fois éliminés, nous devions coupler le vol Brasilia-Sao Paulo avec le vol retour sur Bruxelles dans l'avion affrété par l'Union Belge. Et c'est là que la bât blessa : bien que lié contractuellement avec les journalistes pour partager les frais inhérents à la location d'un vol charter pour l'aller-retour Bruxelles-Sao Paulo, l'Union Belge a en quelque sorte jeté les journalistes par-dessus bord et imposé ses conditions : pas question pour eux de passer une nuit supplémentaire au Brésil et d'attendre les journalistes qui, eux, n'ont pas pu bénéficier d'un vol directement après le match (la FIFA met en effet à disposition des équipes un avion directement après chaque rencontre mais ces vols ne peuvent compter ni journalistes, ni supporters). Pour ne pas rater l'avion du retour (déjà payé), certains journalistes belges ont donc dû prendre un bus de nuit (14 heures de route) et enchaîner avec une journée dans l'aéroport de Sao Paulo et ensuite 14 heures d'avion, les plus chanceux se rabattant sur les rares tickets disponibles, les conduisant parfois dans un aéroport à 100 kilomètres de Sao Paulo. Ou quand le confort des uns se fait au détriment de celui des autres... qui ont pourtant payé leur ticket d'avion au même prix ! PAR STÉPHANE VANDE VELDE AU BRÉSIL - PHOTOS: BELGAIMAGE/YORICK JANSENSL'Union Belge n'a pas voulu attendre les journalistes pour le vol retour vers Bruxelles, les forçant à prendre un bus pour un trajet de nuit de 14 heures ! Les deux clubs de Brasilia évoluent en D4. Pas de quoi remplir un stade de 70.000 places.