Une titularisation, quatre entrées au jeu et un total de 172 minutes de jeu. C'est le bilan famélique de Jonathan Legear cette saison au lointain Terek Grozny, troisième de la Premier Liga russe. Pas de quoi pavoiser, pas de quoi faire parler de lui dans la presse belge. Et pourtant, depuis une semaine et demie, Zona fait la une de l'actualité du royaume. En cause, une nième frasque du blondinet.
...

Une titularisation, quatre entrées au jeu et un total de 172 minutes de jeu. C'est le bilan famélique de Jonathan Legear cette saison au lointain Terek Grozny, troisième de la Premier Liga russe. Pas de quoi pavoiser, pas de quoi faire parler de lui dans la presse belge. Et pourtant, depuis une semaine et demie, Zona fait la une de l'actualité du royaume. En cause, une nième frasque du blondinet. Dimanche 7 octobre, vers 5 h 30 du matin, la Porsche Panamera de l'ex-Anderlechtois a littéralement traversé le magasin d'une pompe à essence de Tongres. Bilan : un blessé léger et environ 300.000 euros de dégâts. Le joueur a de la chance au vu des images - qui font froid dans le dos - les conséquences auraient pu être bien plus lourdes. Contrôlé positif à l'alcootest, son permis de conduire lui a immédiatement été retiré mais Legear ne semblait pas, sur le coup, réellement se rendre compte de la gravité des faits. Selon des témoins, ses premiers mots en sortant du véhicule auraient été : " Ouille, j'ai transformé le magasin en drive-in ! "Quelques jours plus tard, le discours a bien changé. Profil bas, Legear, assisté de son avocat Laurent Denis, présente ses excuses lors d'une conférence de presse, il promet un changement de comportement et assure qu'il ne prendra plus le volant après avoir bu. Le joueur annonce qu'il va prendre des cours de conduite auprès du pilote automobile Marc Duez, qui avait déjà aidé Romelu Lukaku à obtenir son permis de conduire, et qu'il sera sensibilisé au sort des victimes de la route via un travail avec l'association Red. Un acte de contrition qui tranche avec les propos tenus à la presse russe : " J'ai eu un accident en Belgique. Ce n'était pas un gros accident mais pour la presse et les gens en Belgique, il s'agissait d'un gros accident. Il n'y a rien de grave. " Des paroles maladroites qui, selon son avocat, sont dues à sa mauvaise connaissance de l'anglais et qui ne traduisent pas ses pensées. On lui laissera le bénéfice du doute... Mais comment Jonathan a-t-il pu en arriver là ? Après deux saisons à la Jeunesse Thiers et au FC Liégeois, Legear rejoint à 11 ans le centre de formation du Standard. Fer de lance de la talentueuse génération 87, coachée notamment par Simon Tahamata, aux côtés de Kevin Mirallas, Sébastien Pocognoli et autre Paco Sanchez, il dispose déjà de toute la panoplie de l'ailier moderne : vitesse, endurance, technique, qualité de centre. Mais à l'image de ses coéquipiers de l'époque, il ne se sent pas apprécié à sa juste valeur chez les Principautaires où on préfère à l'époque miser sur des vieux briscards sur le retour, type Robert Prosinecki, plutôt que sur les talents du cru. Ajoutez à cela un désaccord sur le plan financier et le constat est vite fait : Jona plie bagage. Il tente sa chance durant 15 jours à Feyenoord sans succès, en raison principalement de la barrière de la langue, puis au RC Lens où on n'accepte pas ses désirs de retour hebdomadaire dans le giron familial. La cellule de recrutement d'Anderlecht flaire le bon coup et malgré le fameux gentlemen's agreement (qui consiste à ne pas voler de jeunes joueurs aux autres clubs belges), les Bruxellois font signer le gamin, ce qui met en colère les dirigeants rouches. L'affaire fait grand bruit et pour la première fois, le nom de Legear fait son apparition dans tous les journaux du pays. L'histoire finit par se tasser et un peu plus d'un an après son arrivée, Hugo Broos lui offre son baptême du feu en D1 en septembre 2004. Entré au jeu à la 72e minute sur le terrain du KV Ostende, il ne tarde pas à se mettre en évidence : alors qu'il ne reste que quelques instants à jouer, il inscrit d'une jolie pichenette son premier goal en équipe première, à 17 ans : des débuts de rêve. Durant la suite de la compétition, il se voit encore offrir quelques apparitions de temps à autre et est même titularisé en Ligue des Champions au stade Giuseppe Meazza pour affronter l'Inter Milan : un souvenir impérissable malgré la lourde défaite (3-0). Un bémol tout de même : son manque d'habileté face à la presse. Alors qu'il est pressenti pour être dans le onze de départ pour le Clasico face au Standard, il lâche dans la presse des déclarations maladroites envers son ancien club. Les supporters rouches, déjà fâchés par sa trahison, ne le loupent pas : à chaque touche de balle, c'est Sclessin tout entier qui le hue, l'insulte. Pas évident à gérer pour un ado : il n'en touche pas une. La saison 2005-2006 doit être celle de l'éclosion. Franky Vercauteren, aux commandes de la maison mauve depuis quelques mois, l'apprécie et semble disposé à lui offrir du temps de jeu. Malheureusement pour le Liégeois, un problème qui deviendra récurrent pointe le bout du nez : les blessures à répétition. Pubalgie, ménisque : plus souvent à l'infirmerie qu'à l'entraînement, Legear connaît une véritable saison blanche : pas une seule apparition en équipe fanion ! Il faut patienter jusqu'à la saison suivante pour revoir Jona en action. Le départ de Christian Wilhelmsson libère de la place sur le flanc droit anderlechtois et, avec une vingtaine de rencontres disputées et deux buts inscrits, Legear, bien qu'irrégulier, a sa part de mérite dans le titre qui vient couronner la saison mauve. Mais les blessures continuent à le contrarier. Ça et là, il se murmure que le jeune homme n'aurait pas une hygiène de vie compatible avec la vie de footballeur pro, qu'il goûterait un peu trop aux plaisirs de la vie nocturne. Son côté bling-bling agace également. Il faut dire que Jona ne cache pas son goût pour les sapes flashys et les belles bagnoles. Déjà la cible des moqueries en raison de son cheveu sur la langue, il ne fait rien pour arranger les choses en se faisant naïvement piéger par une caméra cachée où il se retrouve posant à moitié nu dans des positions ridicules pour un supposé shooting photo. Plus tard, il change les mots en vin en se faisant tatouer par erreur sur l'avant-bras la locution latine " Vini, Vidi, Vici " au lieu du " Veni, Vidi, Vici " (Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu) de Jules César. Malgré tout, ses performances s'améliorent et il se forge petit à petit une place de titulaire. De quoi déjà attirer le regard des recruteurs russes qu'il ne laisse pas insensibles. Mais pas question d'exil oriental pour l'ailier qui vise des championnats plus huppés. Il réalise une de ses saisons les plus abouties en 2008-2009 avec notamment 5 buts et 9 assists au compteur mais ses travers le rattrapent. Fin mai, il " fête " la perte du titre au profit du Standard au célèbre Carréde Willebroek. Éméché, il emboutit une voiture sur le parking de la discothèque avant de prendre la fuite pour finalement encastrer son bolide dans la façade d'une maison de Londerzeel alors qu'il avait déjà été flashé à 180 km/h au volant de sa BMW quelques mois auparavant. Condamné à des travaux d'intérêts généraux pour délit de fuite, il fait amende honorable et jure qu'il vivra désormais en véritable pro. Fini les sorties et les litres de cocas chaque jour. Désormais Jona roule à l'eau, l'eau " c'est fort, ça porte les bateaux ! " Et il semble s'y tenir. Malgré quelques blessures qui viennent lui pourrir la vie, il est performant sur les terrains et est même appelé en sélection nationale. Deux rencontres : face au Kazakhstan et contre l'Autriche (4-4) où il est intenable sur son flanc droit, ses seules jusqu'à présent avec les Diables. Les bruits de transferts refont surface. On le cite avec insistance au Paris Saint-Germain, mais finalement en août 2011, c'est le chemin de la Russie qu'il prend. Il rejoint le Terek Grozny, le club du milliardaire tchétchène Razman Kadyrov. Payé rubis sur ongle - on parle d'un salaire d'1,8 million d'euros par an - il peut un peu plus encore s'adonner au luxe. En stage en Turquie dans le même hôtel que ses anciens partenaires anderlechtois, il ne fait que se cacher du staff russe pour squatter le bar de l'hôtel devant les journalistes belges présents sur place. Au niveau sportif, rien d'extraordinaire. En un peu plus d'un an, Legear n'a disputé que 13 rencontres du championnat russe et est à nouveau fréquemment blessé. Des bobos qu'il soigne chez lui en Belgique à coup de sorties arrosées. Avec les conséquences que l'on sait. PAR JULES MONNIER - PHOTOS: IMAGEGLOBEEn stage en Turquie dans le même hôtel que ses anciens partenaires anderlechtois, il se cache du staff de Terek pour squatter le bar de l'hôtel.