C'est un jeune homme qui nettoie le sol et nous apporte un café arabe. Ce sont des femmes qui, de leur bureau, nous répondent. Susan Shalabi Molano, directrice du département international, se trouve à l'étranger, nous apprend Heba Arikat. C'est Koloud Hanaisheh qui téléphone au secrétaire général, Abdelmajeed Hijjeh, pour nous et enfin, Areej Ghanaim nous sert d'interprète. Plus tard, on nous présentera Niveen Alkoleb, une internationale employée par la Fédération. Elle est la seule de l'équipe nationale féminine à jouer avec un foulard. La Fédération palestinienne est donc tout sauf un bastion masculin.
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C'est un jeune homme qui nettoie le sol et nous apporte un café arabe. Ce sont des femmes qui, de leur bureau, nous répondent. Susan Shalabi Molano, directrice du département international, se trouve à l'étranger, nous apprend Heba Arikat. C'est Koloud Hanaisheh qui téléphone au secrétaire général, Abdelmajeed Hijjeh, pour nous et enfin, Areej Ghanaim nous sert d'interprète. Plus tard, on nous présentera Niveen Alkoleb, une internationale employée par la Fédération. Elle est la seule de l'équipe nationale féminine à jouer avec un foulard. La Fédération palestinienne est donc tout sauf un bastion masculin. " Cela vous étonne ? ", demande Areej Ghanaim. " L'islam accorde tous les droits aux femmes et en Palestine, 60 à 70 % des musulmanes se sont libérées des anciennes idées et coutumes. Beaucoup de femmes sont employées ici, elles sont également représentées en nombre au Comité Exécutif et depuis 2009, nous organisons un championnat féminin. Nous avons des équipes nationales dans toutes les catégories d'âge. Nous ne raisonnons pas en termes de différences, de religions, de nationalités. Nous vivons ensemble. Je veux bien vous montrer toutes nos équipes et vous demander de montrer les chrétiennes. Vous n'y arriverez pas. Non, nous n'avons qu'un seule problème : l'occupation. " La Fédération palestinienne (PFA) est située dans un immeuble en bordure de Ramallah, une ville de Cisjordanie, à quelque quinze kilomètres de Jérusalem. Le bourgmestre de la ville est une femme chrétienne. " Jusqu'en 2008, on n'a joué qu'en amateurs, dans des conditions très difficiles, mais depuis tout a changé ", explique le secrétaire général Abdelmajeed Hijjeh. " Tout a commencé par des élections démocratiques au sein de la PFA et par la réunion sous la même coupole des championnats de Cisjordanie et de la bande de Gaza, la Premier League cisjordanienne et la Gaza Strip League. Depuis lors, les championnats des réfugiés palestiniens au Liban et en Syrie ont également rejoint la PFA. Il y a également un championnat palestinien dans les camps de réfugiés de Jordanie mais il dépend de la Fédération jordanienne. Récemment, le Comité Exécutif a vécu un moment historique : pour la première fois en cinq ans, tous ses membres ont pu être présents. Avant, des neuf membres de Gaza, seuls deux parvenaient à venir, les Israéliens interdisant aux autres de pénétrer en Cisjordanie. Cette fois, ils ont transité par l'Égypte. C'est notre principal problème : la politique d'occupation israélienne empêche la libre circulation des joueurs, des entraîneurs et des dirigeants à la frontière et aux nombreux postes de contrôle en Cisjordanie. Cela détruit notre football. Notre sport est très populaire à Gaza mais il n'y a pas encore de championnat professionnel là-bas et il est donc important que les meilleurs jouent en PremierLeague de Cisjordanie. C'est intéressant pour l'équipe nationale aussi : comme ça, nous les voyons à l'oeuvre. Mais pour cela, nous avons besoin de l'autorisation d'Israël et c'est fréquemment un problème. C'est la même chose en équipes d'âge. Nous avons dû jouer à Singapour avec treize footballeurs car sept autres n'ont pu passer la frontière jordanienne. Une fois, le gardien de l'équipe olympique a été arrêté et emprisonné trois mois, soi-disant parce qu'on l'avait vu en possession d'une arme à Ramallah. Connaissez-vous l'histoire de Mahmoud Sarsak ? Ce footballeur de Gaza a signé un contrat au Merkaz Balata, un club de D1 de Naplouse, en juillet 2009. En chemin, il a été arrêté sans motif au poste de contrôle de Bethléem et emprisonné. " On le soupçonnaît d'être membre du mouvement djihadiste palestinien. " Il a été libéré l'été dernier après une grève de la faim de 70 jours, grâce aussi à la pression internationale et à l'intervention personnelle de Sepp Blatter, le président de la FIFA. Trois ans plus tard ! Beaucoup de footballeurs se retrouvent en prison, certains sont morts et on abîme nos infrastructures. En novembre, quatre enfants ont péri au stade de Gaza, durant une attaque aérienne israélienne. Ils étaient en train de jouer au football. Ils portaient tous les quatre un maillot du Real. " Selon un soldat israélien que nous avons rencontré à Jérusalem, c'est le Hamas qui a mis ces enfants en danger parce qu'il utilisait le terrain comme base de lancement de missiles. Israël ne veut pas que nous développions le football ", conclut AbdelmajeedHijjeh. " Michel Platini, le président de l'UEFA, nous a offert des équipements d'une valeur de 30.000 dollars mais Israël a intercepté ceux-ci à la frontière et nous ne les avons reçus qu'un an et deux mois plus tard, contre le paiement d'une taxe de 19.000 dollars. Il est déjà arrivé que les taxes soient plus élevées que la valeur d'un lot de soutien. On ne nous autorise pas à construire des stades aux environs des colonies juives ni le long des routes qui y conduisent, pour des raisons de sécurité. Cela nous a contraints à renoncer à plusieurs projets de la FIFA. Celle-ci a quand même obligé Israël à libérer nos joueurs à l'occasion des matches internationaux officiels mais le problème se pose toujours pour les stages et les matches qui ne figurent pas au calendrier de la FIFA. Envers et contre tout, nous organisons un championnat à douze équipes depuis trois ans. Chaque club doit offrir à 18 joueurs un contrat d'au moins 1.000 dollars par mois. C'est une des conditions posées pour la participation à des compétitions internationales. Cela nous expose à des problèmes financiers mais le président, le gouvernement, les sponsors et les donateurs nous ont promis leur soutien. La FIFA nous a aidés à construire quatre stades aptes à accueillir des matches internationaux. En juin, nous organisons le championnat d'Asie occidentale et en août, le championnat asiatiques des U16. Tout le monde a le droit de faire du sport, dans le monde. La FIFA et l'AFC, la Confédération asiatique de football, nous soutiennent. " Abdallah Alfaraa est directeur du département de l'équipe nationale et team manager. Il revient justement d'un match amical en Inde. " Nous nous sommes imposés 2-4. Nous voulons nous qualifier pour la Coupe d'Asie 2015, qui se déroule en Australie. " La Palestine est actuellement 150e au classement FIFA, juste devant le Luxembourg. La Fédération compte 13.000 affiliés : 8.000 en Cisjordanie et 5.000 dans la bande de Gaza. " Le football est le sport numéro un. On joue partout : à l'école, en rue et dans les camps de réfugiés. Nous avons des talents, de l'avenir et un championnat professionnel mais nous avons besoin de plus de supporters. Nous devons abattre un travail incroyable pour enregistrer le moindre petit progrès. " Jebril Rajoub, président de la Fédération palestinienne de football et du Comité Olympique, est le moteur du développement du sport en Palestine ces cinq dernières années. L'homme n'est pas un enfant de choeur. Il a été emprisonné à maintes reprises et a passé de nombreuses années en prison, au total, pour " activités terroristes ". Il est devenu chef des services de sécurité de l'Autorité palestinienne en 1994. En 2003, il a été nommé conseiller national de la sécurité par Yasser Arafat et en 2009, il a été élu membre de la direction centrale du Fatah, un mouvement politique. " Jebril Rajoub est puissant ", précise Abdallah Alfaraa. " Il entretient d'excellentes relations avec l'Autorité palestinienne, qui dirige l'État palestinien. Il est ami avec le président Mahmoud Abbas et est également proche du premier ministre, Salam Fayyad. Le président soutient la PFA, il s'intéresse aux jeunes et au sport. Il veut faire quelque chose pour cette génération, pour qu'elle ne passe pas son temps en rue ni qu'elle aille jeter des pierres aux Israéliens aux postes de contrôle. Nos jeunes doivent penser à autre chose et il faut donc développer le sport, à commencer par le plus populaire. Pour cela, nous avons besoin d'un leader charismatique comme Jebril Rajoub, qui a également beaucoup d'amis à l'étranger, en Jordanie, en Égypte et en Arabie saoudite. Ce soutien est bienvenu. Notre participation à des compétitions internationales en Europe et en Asie constitue un message au monde : nous sommes des êtres humains, nous voulons être libres et avoir un état à nous. Nous attendons une solution depuis 64 ans. Cela représente beaucoup de générations. Mon grand-père a raconté à mon père l'histoire de l'État palestinien, mon père me l'a transmise et je la raconte à ma fille. La semaine dernière, alors que nous étions en route pour l'aéroport jordanien, afin d'assister au match en Inde, nous avons été immobilisés cinq heures, sans motif, au poste de contrôle situé sur le pont du Jourdain, à Jéricho. Il est grand temps que cela change car nous avons atteint la limite de ce que nous pouvions supporter. On parle souvent de la paix et d'une solution au conflit israélo-palestinien mais depuis les accords d'Oslo en 1993, rien n'a bougé. Cela fait vingt ans ! Pour moi, les politiciens sont des menteurs. " Jusqu'à présent, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, fraîchement réélu, n'a pas donné l'impression d'être disposé à prendre des décisions historiques pour résoudre le conflit ni même à relancer le processus de paix. Côté palestinien, la division du monde politique semble compromettre la recherche d'une solution : en Cisjordanie, le Fatah mène une lutte modérée et diplomatique contre l'occupation tandis qu'à Gaza, la politique militaire agressive du Hamas ne fait qu'accroître les mesures de sécurité et les mesures de rétorsion d'Israël. " Je ne pense pas que ce soit la principale pierre d'achoppement ", rétorque Abdallah Alfaraa. " Le problème, c'est l'occupation. Les Israéliens doivent comprendre que nous voulons cohabiter avec eux, que nous savons que la majorité d'entre eux sont des gens bien mais que nous voulons avoir un état, que nous voulons être traités en humains et non en bêtes qui doivent attendre cinq heures à un poste de contrôle. " La semaine prochaine : pourquoi le bébé d'un international israélien s'appelle-t-il Vittorio ? PAR CHRISTIAN VANDENABEELE À RAMALLAH" Les Palestiniens veulent être traités en humains et non comme des bêtes qui doivent attendre cinq heures à un poste de contrôle " Abdallah Alfaraa, team manager de l'équipe nationale