COACH: Carlos Queiroz (POR)

Vous êtes né au Mozambique. Quelle influence cela a-t-il eu sur votre vie ?
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Vous êtes né au Mozambique. Quelle influence cela a-t-il eu sur votre vie ? CARLOS QUEIROZ : Énorme. Je me décrirais comme un African white boy, un peu différent de certains Blancs qui ont vécu un certain temps en Afrique. Je suis heureux d'y avoir grandi. J'ai vu des jeunes africains et portugais travailler et jouer au football ensemble. Cette combinaison est pour moi l'ADN du football sud-américain. À quelles difficultés et limites avez-vous été confronté en Iran ? QUEIROZ : Le manque d'influences internationales constitue le principal problème. Peu de footballeurs iraniens jouent dans de grands championnats européens. Heureusement, la fédération de football a énormément investi dans des stages à l'étranger et des matches amicaux ces dernières années. Depuis votre embauche en 2011, vous avez souvent menacé de démissionner. Pourquoi êtes-vous resté en poste ? QUEIROZ : Avant tout pour les joueurs. Deuxièmement : pour les joueurs. Troisièmement : pour les joueurs et les supporters. Le dévouement, la passion et la mentalité de nos internationaux me touche. J'ai plus de 35 ans d'expérience internationale, du Japon aux USA, de l'Afrique du Sud à l'Angleterre, mais nulle part encore je n'avais travaillé avec des joueurs qui donnaient autant d'eux tout en recevant aussi peu, y compris financièrement. Vous vivez à Téhéran. Que pensez-vous du championnat iranien ? QUEIROZ : Le niveau me préoccupe, comme celui des autres compétitions asiatiques. Le football en Iran, au Qatar et aux Émirats arabes unis est à des lustres de celui de l'Europe et de certains pays d'Amérique latine. L'organisation pose aussi problème. Si elle ne s'améliore pas, embaucher de bons entraîneurs étrangers ne rime à rien. D'emblée, vous avez parcouru le monde à la recherche de joueurs d'origine iranienne. QUEIROZ : J'ai dit à la fédération que ma politique de sélection ne laissait aucune place à la couleur ni à la religion. Je suis une règle simple : celui qui a des racines iraniennes et qui joue bien est le bienvenu. Je suis issu d'une famille de footeux, pas d'un environnement raciste. Le football est ma seule religion. Cette équipe iranienne est plus jeune que l'équipe de 2014. Sont-elles comparables ? QUEIROZ : Nous sommes parmi les quatre ou cinq plus jeunes formations du Mondial. Au Brésil, l'équipe était mûre, expérimentée et très relax. Ce groupe est formé de battants, il est enthousiaste, ce qui comporte des risques. Il est peut-être moins malin que le noyau précédent mais il est plus audacieux. Peu lui importe d'affronter le Qatar, le Japon ou la Russie. Quels sont vos favoris ? QUEIROZ : J'ai le sentiment que le champion du monde sera issu d'un grand pays. Brésil, Allemagne, Argentine, Espagne ou France. Comme le Portugal est le champion d'Europe en titre, je le joins à ma liste. ancien de Mons et du Standard qui évolue en Iran depuis quatre ans " L'Iran est en train de grandir, avec la même ossature depuis le Mondial 2014. Cette équipe me fait penser à la Belgique au début de son renouveau, dans le sens où elle possède beaucoup de très bons joueurs en devenir. Sa force principale, c'est l'attaque. C'est dans son ADN. Devant, il y a Alireza Jahanbakhsh, le meilleur buteur d'Eredivisie, et Sardar Azmoun. C'est une équipe portée vers l'avant, qui joue beaucoup en contre-attaque. Les latéraux iraniens, comme l'Ostendais Ramin Rezaeian, sont très modernes donc très offensifs. C'est justement ce qui peut poser problème contre l'Espagne ou le Portugal. La principale faiblesse de la Team Melli, c'est sa défense. Si ses joueurs sont offensifs et techniques par tradition, ses défenseurs se montrent parfois très peu disciplinés tactiquement et ils peuvent faire quelques erreurs de placement. En Iran, j'ai déjà croisé des backs gauches qui délaissaient complètement leur côté pour se retrouver à l'opposé, au premier poteau. De plus, Carlos Queiroz cherche encore une sentinelle digne de ce nom pour son 4-2-3-1. Si cela va être très difficile de passer le premier tour, cela ne fait aucun doute que l'an prochain, ils seront dans le dernier carré de la Coupe d'Asie. " Il n'a que 23 ans et pourtant, il est déjà le cinquième meilleur buteur de l'histoire de la Team Melli. C'est simple, lors des qualifications, il a trouvé le chemin des filets par onze fois et a été impliqué dans 42 % des buts de son équipe. En août 2016, déjà, le Messi iranien, alors à Rostov, avait fait le break au Parc Astrid et douché les espoirs anderlechtois de C1. Ensuite, celui qui se veut plutôt renard que Pulga avait scoré contre l'Atlético et le Bayern, une première pour un Iranien depuis onze ans. Rien que ça. S'il a dû se contenter d'un fauteuil de réserviste en 2014, la version 2018 de l'Iran tourne clairement autour de lui. Issu de la minorité turkmène, évoluant en Russie depuis ses 17 printemps, l'attaquant de Kazan a mis l'ex-Rouche Reza Ghoochannhejad sur le banc, en patron. Ça tombe bien, puisque les hommes de Carlos Queiroz se cherchent un prophète depuis les retraites des légendes Ali, Karimi et Daei. 36 ans, 101 sélections, mais pas assez pour Carlos Queiroz. L'ancien adjoint de Ferguson se passe de son taulier en défense, Jalal Hosseini, pourtant appelé jusqu'au 19 mai dernier. Par contre, l'éphémère coach du Real a bel et bien sélectionné Ehsan Hajsafi et Masoud Shojaei. Les deux joueurs de Panionios, en Grèce, avaient été exclus de la sélection en juillet 2017 par le Ministère des Sports pour avoir joué contre le Maccabi Tel-Aviv en Europa League. Parce qu'à Téhéran, affronter une écurie israélienne, c'est accepter le sionisme. Début mars, le derby bouillant de Téhéran oppose Esteghlal à Persepolis, sous les yeux de Gianni Infantino. Pour l'occasion, 35 femmes, venues protester, sont arrêtées par la police. Depuis 1979, elles n'ont pas le droit de pénétrer dans des stades de football.En 2014, Messi avait mis 91 minutes pour venir à bout de la Team Melli. L'Iran encaisse toujours aussi peu. Sur les qualifs, Alireza Beiranvand a stoppé 84 % des frappes cadrées et ne s'est retourné que 5 fois sur 18 matches, pour 14 clean sheets, dont 12 de rang. La muraille de chiites.