Il n'y a pas de sot métier mais, lorsqu'on leur demande la profession qu'exerçaient leurs parents, certains joueurs hésitent et cela peut parfois se comprendre. Nous en connaissons ainsi un dont la mère exploite une maison close...
...

Il n'y a pas de sot métier mais, lorsqu'on leur demande la profession qu'exerçaient leurs parents, certains joueurs hésitent et cela peut parfois se comprendre. Nous en connaissons ainsi un dont la mère exploite une maison close... Marius Niculae, l'attaquant roumain du Standard, n'a rien à cacher à ce niveau. Il est même fier de le dire : " Ma mère, Niculina, était femme au foyer. Mon père, Constantine, était entraîneur national de judo. Avant cela, il fut lui-même un grand judoka : il a été deux fois champion d'Europe (-65 et -70 kg) et une fois vice-champion du monde. Personne en Roumanie n'a fait mieux que lui ". Né en juin 1981, l'année du dernier sacre européen de son père, Marius aurait donc pu, lui aussi, prendre le chemin des tatamis. C'est d'ailleurs ce qu'il fit pendant tout un temps, mais toujours en combinaison avec le football. " A 13 ans, j'ai été champion de Roumanie de judo en -50 kg ", raconte-t-il. " Un an plus tard, je me suis classé troisième en -55 kg. Mon père m'avait bien sûr appris la technique mais, comme je ne m'entraînais que deux fois par semaine, je manquais de rythme au combat. Je devais donc tout miser sur ma forme et mon intelligence. C'est pourquoi je remportais la plupart des combats avant la limite : ippon ! " Puis vint le moment du choix. Moins difficile qu'il n'y paraît. " Je préférais le football, j'ai donc opté pour ce sport. Et je n'ai jamais eu le temps d'avoir le moindre regret puisque je faisais partie des sélections nationales de jeunes. Je jouais à la fois avec les -14, les -15 et les -16 ans. A quinze ans et demi, j'effectuais mes débuts en équipe Première du Dinamo Bucarest ". Marius a une s£ur cadette, Anca (21 ans), qui est comptable. " Elle a essayé le judo et le tennis mais elle n'était pas douée pour le sport ", ajoute son frangin qui, malgré les succès rapides, n'a jamais voulu abandonner complètement les études. " En primaires, j'étais toujours premier de classe. C'était nécessaire, sans quoi mes parents me privaient de football. Lorsque j'ai commencé à jouer en équipe Première du Dinamo, j'ai dû abandonner l'école mais je n'ai pas complètement renoncer à étudier. Aujourd'hui encore, je suis les cours de la faculté des sports par correspondance. Je reçois tout par e-mail et j'étudie à la maison. Il me reste deux années d'examens à présenter avant d'obtenir un diplôme de licencié en éducation physique. Ce n'est pas très difficile pour moi car je m'y connais dans pas mal de sports : le judo et le football, bien sûr, mais aussi le basket et le handball. En principe, il y a deux sessions d'examens par an : une en hiver, l'autre en juin. Cette année, quand je rentrerai à Bucarest pour Noël, il sera déjà trop tard pour les examens de décembre. Je présenterai donc tout en été ". Avant cela, un autre examen attend l'attaquant roumain : celui qu'il doit présenter aux dirigeants et supporters du Standard, un club où il n'a signé qu'un contrat d'un an après 18 mois marqués par les blessures. " Nous devons bientôt discuter d'une prolongation ou non ", précise-t-il. " Et je suis tout à fait conscient que personne ici n'a encore vu le véritable Marius Niculae. Mais je ne panique pas car je savais en débarquant qu'il me faudrait le temps de retrouver toutes mes sensations. Je pense que j'ai fait mon travail jusqu'ici et je suis également très content de la façon dont les choses se passent. J'avais pris énormément de renseignements sur le club, notamment auprès de Liviu Ciobotariu, avec qui j'ai joué une saison au Dinamo. Il entraîne à présent le noyau B de cette équipe, où j'ai entretenu ma condition avant de venir au Standard. Il m'a donné des tas de contacts qui me sont très utiles ". Le vrai Niculae, saint Niculae, c'est celui qui a inscrit 12 buts en 25 sélections nationales. Ou encore celui qui, pour son premier match avec le Sporting Lisbonne, secoua le stade d'Alvalade en inscrivant le but de la victoire face au FC Porto de JoséMourinho. Niculae a grandi à Bucarest, une ville qu'il avoue lui-même ne plus toujours reconnaître lorsqu'il y retourne en vacances. " Au cours des quatre dernières années, tout y a beaucoup changé. De nombreux Roumains viennent travailler en Europe et investissent au pays. Nous accusons encore 25 ans de retard sur un pays comme le Portugal - NDLA : qui est lui-même, au point de vue salarial notamment, un des mauvais élèves de la Communauté européenne - et la corruption mine encore le pays mais on note déjà de gros progrès depuis l'arrivée à la présidence de Traian Basescu, qui veut intégrer l'Europe ". Niculae n'avait que 20 ans lorsqu'il quitta Bucarest à l'invitation de Laszlo Bölöni, qui l'avait lancé en équipe nationale et l'amena au Sporting Lisbonne. " J'ai appris quelque chose de tous mes entraîneurs car seuls les imbéciles pensent qu'ils n'ont rien à retenir de chaque expérience ", reconnaît-il. " Mais c'est vrai qu'avec Cornel Dinu, qui m'a lancé en équipe Première du Dinamo, Bölöni est l'un des coaches qui a le plus marqué ma carrière ". A Lisbonne, Niculae allait rapidement connaître le succès mais également l'enfer des blessures. " J'étais très bien parti avec ce but contre Porto et six autres en championnat. Puis tout bascula le 21 décembre, à la 85e minute d'un match contre Setúbal. Je m'étais jeté sur un ballon que j'avais envoyé sur le montant. Je suis resté au sol pour suivre la fin de l'action et un adversaire, revenu en trombe, a heurté mon genou gauche : ligaments croisés, ménisque, ligament collatéral interne... tout y est passé. C'est mon plus mauvais souvenir jusqu'ici : imaginez ce que ressent un poulet auquel on arrache les pattes ! Eh bien... j'ai senti et entendu craquer mon genou de la sorte ". La saison suivante, il reprenait par un match contre l'Inter Milan, où évoluait... SergioConceição. Mais alors qu'il retrouvait petit à petit ses sensations, il se fracturait le pied à l'entraînement, victime d'un tackle d'un équipier. Une nouvelle fois, sa saison se terminait en décembre. " Heureusement, j'ai pu compter sur l'aide de ma copine, CristinaAdriana. Je l'ai rencontrée il y a cinq ans à l'anniversaire d'un ami commun. Elle me rejoint parfois en Belgique et parle très bien le français, qu'elle a appris à l'école pendant sept ans. Elle poursuit des études d'avocate. Sans elle, je ne suis pas sûr que je n'aurais pas fait une bêtise "... Les malheurs de Niculae ne s'arrêtaient toutefois pas là puisque, à l'été 2004, il se fracturait l'autre cinquième métatarse. " Je me demande parfois si c'est juste la malchance ou si j'ai absorbé assez de calcium quand j'étais petit. Vous savez, en Roumanie, la nutrition... ChristianChivu a également eu des problèmes similaires. Nous avons mis trois mois à revenir alors que David Beckham n'a eu besoin que de deux mois. Pour ma part, j'ai désormais une vis dans chaque pied. Quand je suis revenu dans le coup, je n'ai plus beaucoup joué. D'une part parce que la concurrence était très forte et d'autre part parce que j'étais en fin de contrat et que je n'étais donc plus très intéressant. Avec Liedson (meilleur buteur du championnat), RudolpheDouala (international camerounais), Mauricio Pinilla (international chilien), Mota et moi, nous possédions une des lignes d'attaque les plus efficaces d'Europe. Il est très difficile de revenir dans le coup après une absence aussi longue. Il faut d'abord se battre pour une place sur le banc, puis dans le 11 de base... Parfois, même après un bon match, je me retrouvais sur la touche ". Même s'il aurait pu en retirer bien plus encore sur le plan du rendement, ce passage par Lisbonne a marqué Niculae. Il adore la cuisine portugaise et se rend une fois par semaine dans un restaurant lusitanien du centre de Liège. " Mon amie cuisine très bien également mais j'ai envie de me retremper dans cette atmosphère ", explique l'attaquant roumain. Il maîtrise aussi parfaitement le portugais, qui devient petit à petit le langage véhiculaire à Sclessin avec Luciano D'Onofrio, Michel Preud'homme, Stéphane Demol, Wamberto, Carlos Alberto, Almani Moreira, Sergio Conceição, Jorge Costa... " Je connaissais Moreira et Conceição pour les avoir côtoyés à l'infirmerie du Sporting, où ils étaient venus se faire soigner par le passé. Moreira est désormais mon compagnon de chambre lors des mises au vert ". Mais si Niculae a signé à Sclessin, ce n'est ni pour entretenir sa connaissance de la langue de Camÿes, ni pour évoquer des souvenirs d'hôpital. Son objectif est, avant tout, d'ajouter un trophée à un palmarès déjà bien fourni. " Partout où j'ai joué, j'ai gagné des trophées ", assure-t-il. " J'ai été champion et j'ai remporté deux Coupes de Roumanie avec le Dinamo. Là-bas, la deuxième place n'existe pas. J'ai également été champion du Portugal, vainqueur de la Coupe et de la Supercoupe avec le Sporting. Chacun de ces titres a une place spéciale dans mon c£ur, de même que la finale de la Coupe UEFA, que nous n'aurions jamais dû perdre puisque nous la disputions à domicile et que nous menions 1-0 ". Ce soir-là, Joseph Enakarhire, l'ex-Nigérian du Standard, faisait partie d'une défense qui perdit complètement pied en fin de match. " Il avait été blessé et on a précipité son retour pour qu'il puisse jouer car il était très important pour l'équipe ", explique Niculae. " Je me suis souvent heurté à lui à l'entraînement : il est solide comme un roc. Et c'est un brave type, même s'il donne toujours l'impression d'être malheureux ". Doté d'un pied gauche dévastateur et d'un très bon jeu de tête, Niculae aimerait améliorer son pied droit et sa vitesse sur les premiers mètres. Mais il est conscient que c'est d'abord sur ses qualités qu'il doit miser pour redevenir le buteur qu'il était lors de son arrivée au bord du Tage. " Je ne fixerai plus jamais aucune limite à atteindre en terme de buts car, la seule fois où je l'ai fait, je me suis blessé. A l'époque, j'avais prétendu vouloir inscrire 15 buts avec le Sporting mais j'ai dû m'arrêter à sept en championnat et trois en Coupe de l'UEFA ". En Belgique, son score était toujours, avant le match contre Gand, de zéro en championnat, un en Coupe et un en Réserve. Et la remise du choc contre Anderlecht ne faisait pas ses affaires puisqu'il était censé remplacer Mémé Tchite à la pointe d'une attaque où la concurrence est tout de même assez ardue aussi. " Mais c'est une bonne chose. En Roumanie, un dicton affirme : -Dis-moi quel est ton banc et je te dirai la valeur de ton équipe. Pour ma part, je veux avant tout être bien physiquement et bien dans la tête. Après, je serrerai ma vareuse entre les dents et on ne m'arrêtera plus. Je veux que les défenseurs belges aient peur de moi. Ce doit être le but de tout attaquant qui se respecte ". En attendant d'en arriver là, il observe avec beaucoup d'intérêt ce qui se passe dans notre championnat, qu'il peut difficilement comparer à la Liga portugaise. " On joue beaucoup moins au sol en Belgique, le jeu est donc plus lent et c'est sans doute plus difficile ici pour un attaquant car on reçoit moins de ballons. Mais de toute façon, un bon joueur doit s'adapter à tous les styles de jeu ". Amoureux de la nature, Niculae s'est installé au Domaine du Bois St-Jean. " J'aime beaucoup me balader ", explique-t-il. " J'ai d'ailleurs découvert que Liège était une ville petite mais très verte, avec beaucoup de parcs. Il y fait froid, certes, mais ce n'est pas pire qu'en Roumanie. Le seul problème, c'est que le temps change très vite et qu'il est difficile de savoir comment s'habiller. Et la propreté ? Ce n'est pas pire qu'ailleurs, je trouve. En fait, c'est surtout une question d'éducation des gens ". Il collectionne également les maillots des matches importants auxquels il a participé. " J'ai celui de tous les joueurs du Sporting. J'en possède également un de Luis Figo et un autre de Michael Schumacher, que j'ai rencontrés en Algarve à l'occasion d'un match de bienfaisance au profit de la Fondation Figo ". Mais il ne s'agissait là que de matches de championnat, de Coupe UEFA ou de rencontres amicales et Niculae aimerait pouvoir, un jour, rencontrer les meilleures équipes nationales du monde ou d'Europe avec la Roumanie. Pour cela, rien de tel qu'un grand tournoi. Même s'il sait que le chemin risque d'être ardu, il veut y croire. " Le problème est que les gens gardent à l'esprit l'équipe de GheorgheHagi, qui rata d'un cheveu la qualification pour les demi-finales du Mondial aux Etats-Unis ", regrette-t-il. " On n'en est évidemment plus du tout là. Le gros problème, c'est que, hormis AdrianMitu et Chivu, il n'y a plus de leaders dans l'équipe. Deux, c'est trop peu pour faire une grande formation et lutter d'égal à égal avec les Pays-Bas ou la République Tchèque. Nous avons raté le coche en 2001 lorsque nous avons été éliminés lors des barrages de la Coupe du Monde par la Slovénie. Maintenant, il faut attendre une nouvelle génération mais plus personne n'investit dans la formation et c'est bien dommage. Voyez ce que fait le Sporting Lisbonne : il fabrique des jeunes talents à la pelle, pratiquement toute une équipe nationale. J'ai partagé la chambre de Cristiano Ronaldo lorsque je suis arrivé : quel joueur formidable ! Pour moi, s'il garde bien les pieds sur terre, il a tout pour devenir le meilleur ". PATRICE SINTZEN" J'AI UNE VIS DANS CHAQUE PIED "