Un rictus presque dédaigneux, un signe de raquette et une pose lascive sur sa chaise. C'est la scène surréaliste que nous a offerte Nick Kyrgios le 21 février dernier à l'Open 13 de Marseille. Après avoir atomisé Richard Gasquet (17 aces dont 4 de rang pour remporter le match), il balaie Marin Cilic pour s'attribuer son premier titre sur le circuit. Et il semble s'en foutre.
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Un rictus presque dédaigneux, un signe de raquette et une pose lascive sur sa chaise. C'est la scène surréaliste que nous a offerte Nick Kyrgios le 21 février dernier à l'Open 13 de Marseille. Après avoir atomisé Richard Gasquet (17 aces dont 4 de rang pour remporter le match), il balaie Marin Cilic pour s'attribuer son premier titre sur le circuit. Et il semble s'en foutre. Ce manque d'engouement, on le doit à une certaine dose de suffisance mais surtout à beaucoup de ras-le-bol. Il y a quelques semaines, le gamin de 20 ans ouvrait son coeur au quotidien anglais TheTelegraph avec comme punchline : " Je n'aime pas tant que ça le tennis. " Une déclaration qu'il appuie par une image télévisuelle affirmant qu'à choisir entre du basket et du tennis, il préférait caler son poste sur la NBA. Ses propos, il les confirmera à L'Équipe avec un gros " je déteste le tennis et passer du temps dans le salon des joueurs. " Son spleen est énorme et il le doit à ses voyages incessants entre ses tournois et son Canberra natal. " Le voyage, c'est la purge ", avouait-il encore. " Ma famille me manque. " Sa famille est pourtant à l'origine de son état psychologique actuel. Plus jeune, Nick ne rêve que d'une chose : devenir l'un des dieux de la NBA. Talentueux et bien aidé par ses 193 centimètres et ses larges épaules (tout l'opposé d'un petit garçon en surpoids qu'il était), il cartonne en Australie où il peut décemment entrevoir une carrière sous les anneaux. " J'étais à fond dans le basket ", lâche-t-il encore à TheTelegraph. " Mais j'ai choisi le tennis. J'y ai été poussé par mes parents. " Depuis lors, George, un peintre en bâtiment grec venu tenter sa chance en Australie et Nill une princesse de Malaisie ayant renoncé à son titre en quittant son pays avec sa mère à 20 ans ne quittent plus leur gamin au point de tacler ceux qui le critiquent ou de se faire jeter des vestiaires de Wimbledon après avoir fait un scandale pour des bouteilles d'eau pas assez fraîches à leur goût. Les débuts de leur fils cadet leur donnent toutefois raison. Son évolution est croissante et atteint son summum sur le circuit junior à l'aube de ses 18 ans. Il atteint la place de numéro 1 mondial et enchaîne en se payant l'Australian Open 2013. Il faudra attendre plus d'un an pour qu'il explose enfin aux yeux du monde du tennis. Et de quelle manière ! Titulaire d'une wild-card pour Wimbledon, Nick Kyrgios va se transformer en enfant sauvage. Il sort StéphaneRobert, Gasquet et JiriVesely pour s'offrir ce que beaucoup considèrent comme un match de gala face à Rafael Nadal. " Moi, vous savez, Nadal ou RogerFederer, c'est un match comme un autre ", expliquera-t-il plus tard. Cheveux décolorés et taillés à la Cristiano Ronaldo, chaîne en or, tatouages et air nonchalant, Kyrgios fait tache dans le blanc de Wimbledon. Il mettra pourtant tout le monde d'accord au bout de quelques minutes. Nadal lui balance un puissant coup droit dans les pieds. Kyrgios ne réfléchit pas et réalise un tweener qui atterrit juste derrière le filet. L'Australien écarte les bras à la manière d'un joueur de basket, Wimbledon se lève et constate qu'il assiste à la naissance d'une star. Ce shot of the year (" que j'ai vu 100 fois ") le mène vers une victoire historique. Plus qu'un prodige, Kyrgios est un phénomène. Les petites mains du célèbre rappeur Dr Dre voient en lui un gros potentiel marketing et font du gamin une des égéries des casques beats. Le slogan ? " Playyourownrules. " Il ne faut pas le lui dire deux fois. Kyrgios réalise un nouveau tour de force à Wimbledon un an plus tard en réalisant le match de sa vie face à un Milos Raonic pantois face au jeu et aux attitudes de rock star de son opposant. Trop fou pour être constant, l'Australien se vautre au tour suivant face à Richard Gasquet. Le jeune prodige pète un plomb, est averti pour obscénité audible et s'en va même faire un câlin à un ramasseur de balles en signe d'impuissance. Hué par le public londonien, il ne peut contenir sa rage et envoie bouler les journalistes lors de la conférence de presse d'après-match. C'est de ce comportement d'enfant terrible qu'est née la première polémique à son sujet. Dawn Fraser, ancienne championne olympique de natation, sort un " il devrait retourner d'où viennent ses parents " à son compatriote. L'Australie est sous le choc, Fraser présente ses excuses. La famille Kyrgios ne souhaite pas réagir mais qualifie les propos de la nageuse d'" attaque raciste dégoûtante ". Comme si l'été n'avait pas été assez agité pour le jeune homme, il explose totalement début août. Malmené par Stan Wawrinka, il s'approche du filet et lui balance un bien audible " ThanasiKokkinakis (NdlR : un autre prodige du tennis australien et ami de Kyrgios) a couché avec ta copine (NdlR : la jeune tenniswoman croate Donna Vekic). Désolé de te le dire mon pote. " Le Suisse ne semble pas directement saisir la violence des propos et finira même par serrer la main de son adversaire comme si de rien n'était après avoir déclaré forfait pour une blessure au dos. Le scandale est énorme mais Kyrgios réagit tranquillement, comme toujours. " C'était à chaud, sur le moment. Je ne sais pas. Je l'ai dit, c'est tout. " Après ses insultes à Wimbledon, une raquette détruite qui a atterri dans le public et un match balancé au point de refuser de servir, l'Australien est sanctionné de 25 000 dollars d'amende et d'un mois sans tournoi. Cet événement marque un tournant pour lui. Il revient plus concentré, moins excentrique (quoique) et même carrément fair-play au point de conseiller Tomas Berdych de faire appel à l'arbitrage vidéo pour remporter un point. " Certaines choses (NdlR : l'insulte vis-à-vis de Wawrinka) ont effectivement changé un peu ma manière d'être ", confiait-il à L'Équipe. " Mais sur le court, rien ! Ce que je peux apporter au tennis, c'est de l'excitation, de l'amusement. En tout cas je ne regrette rien. " Quoi qu'il en dise, le jeune homme s'est recentré sur son jeu, sur ses services canon et ses coups droits giflés. Le karma l'a toutefois récemment rattrapé lorsqu'il a dû abandonner en demi-finale du tournoi de Dubaï suite à des douleurs au dos. C'était face au futur vainqueur du tournoi... Stan Wawrinka. PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTO BELGAIMAGE