"Je pensais que vous nous prendriez en photo dans un bain moussant ", s'exclame Nicola Wellens (26 ans). Kevin Roelandts et Stijn Mahieu, tous deux âgés de 24 ans, sourient. Roelandts titille son ancien camarade d'équipe et de classe : " Tout le monde n'a pas posé en Une du dernier Menzo ". Thomas Troch, le quatrième larron, manque à l'appel : il est retenu à l'entraînement de l'Eendracht Alost, en Promotion.
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"Je pensais que vous nous prendriez en photo dans un bain moussant ", s'exclame Nicola Wellens (26 ans). Kevin Roelandts et Stijn Mahieu, tous deux âgés de 24 ans, sourient. Roelandts titille son ancien camarade d'équipe et de classe : " Tout le monde n'a pas posé en Une du dernier Menzo ". Thomas Troch, le quatrième larron, manque à l'appel : il est retenu à l'entraînement de l'Eendracht Alost, en Promotion. Kevin Roelandts :J'ai joué avec Stijn en UEFA. Nicola nous a rejoints en Espoirs. Cela ne date que de cinq ans. Notre génération était très douée. Cedomir Janevski était notre entraîneur. Stijn Mahieu : C'était une équipe de champions dont la plupart évoluent encore à un haut niveau, comme Brian Vandenbussche à Heerenveen, Davy Defauw à Roda JC, Hans Cornelis au RC Genk, Karel Geraerts au Standard, Jo Vermast à Courtrai, Christophe Delande au KVSK United, Johan Gerets au FCV Dender et Sam Ysebaert au HSV Hoek. Nicola Wellens : Nous rêvions de nous produire pour le grand Club. Après le match, Cedomir disait toujours : -Une pinte au bistrot, les gars. C'est lui qui restait le plus longtemps. Mahieu : Nous étions toujours à l'école mais nous avions reçu notre premier contrat, de quelque 750 euros, et une voiture du club. Nous avions un peu l'impression d'être des vedettes : nous faisions partie du prestigieux Club Bruges. Wellens : Nous n'avons pas pu nous imposer. Je n'avais pas la résistance mentale voulue pour la D1. Je m'en suis rendu compte au RWDM, où la vitesse d'exécution était très élevée. Il faut aussi un peu de bol. Roelandts : Thomas Troch a vraiment manqué de chance. Il était en concurrence avec Sebastian Hermans pour une place dans le noyau A. Sous l'influence de Chris Van Puyvelde, Seb a été choisi et Thomas a attendu puis est parti à Deinze. Mahieu : En mars 2002, une fracture de stress m'a mis sur la touche. Mon manager, Jean-Claude Lagaisse, m'a parlé de l'intérêt du Sparta Rotterdam pour moi, Brian et Davy. Ils sont partis, pas moi. J'aurais aimé savoir si j'avais le niveau requis. Peut-être suis-je trop lent mais j'avais des possibilités. Roelandts : Deux mois après le début de ma seconde saison en Espoirs, j'ai su que j'allais intégrer le noyau A. Le club n'avait pas trop d'argent à consacrer aux transferts et j'en ai profité. J'ai eu ma chance. Wellens : Tu émergeais aussi, dès les équipes d'âge, Roelie. Kevin est capable de tout : il peut éliminer un adversaire, joue à plusieurs positions, des deux pieds, participe à la défense, a une bonne technique de frappe et en plus, c'est un battant. Mahieu : Sa façon de protéger le ballon est phénoménale. Il est difficile de le lui prendre. Il se sert bien de son corps. Wellens : J'espère qu'il va continuer sur sa lancée. Emilio Ferrera lui fait confiance. C'est un atout qui vous mène loin, en football. Roelandts : Je suis un des rares produits du Club dans le noyau, avec Birger Maertens, Olivier De Cock et Jorn Vermeulen. Les grands clubs ont moins de patience envers leurs propres jeunes car ils doivent remporter des prix. Cela doit être plus facile à Westerlo ou à Mouscron. Mahieu : A 18 ans, la tentation de dérailler est grande. Nous étions tenus et rêvions de nous échapper. Nous l'avons fait durant les tournois à l'étranger. Je me souviens avoir joué au tennis de table contre Kevin toute une nuit. A cinq heures du matin, le score était de 27-28 alors que nous devions être au lit à 23 heures. Wellens : Cela restait entre nous. Roelandts : Je me félicite de la sévérité de mes parents. A 11 ans, j'étais ramasseur de balles au Club. Jusqu'à 14 ans, je ne pouvais faire du patinage à roulettes en rue que le dimanche. Le football est ma vie et ma passion. Je ne suis jamais vraiment sorti car, comme Stijn, j'ai trouvé très vite mon amie. Ces dernières années, nous cultivons une tradition : nous jouons aux cartes le lundi soir. Wellens : A propos, après l'interview, nous nous rendons dans un chouette établissement... Mahieu : Ce n'est plus pour moi car je travaille de 7 h à 16 h du lundi au vendredi. Dans la construction. C'est un métier dur, qui rend les jambes lourdes, parfois. Roelandts : Chapeau de continuer à jouer dans ces conditions. Cette combinaison est très dure. Je réalise à quel point j'ai du temps libre. Je n'ai rien connu d'autre puisque je suis passé des bancs de l'école au statut de professionnel. C'est un autre rythme de vie. Je me lève à dix heures et demie quand j'ai entraînement à 14 heures. Il y a aussi une différence financière. Je suis sûr que Stijn est capable de jouer en D2. Il serait plus haut s'il avait le caractère de Philippe Clement. Wellens : Pourquoi rester dans le noyau A alors qu'on est sûr de jouer dans les divisions inférieures et qu'on y gagne plus ? Je suis maintenant en P1. Le plaisir de jouer est prioritaire, à ce niveau. Nous formons une bande de copains. Roelandts : Il peut jouer en D2 mais il faut que la tête le veuille. Wellens : Je l'admets, c'était un problème. Après deux ou trois mauvaises passes, je m'effondrais. J'ai changé, je fais de mon mieux mais je me suis aussi incliné : je ne jouerai jamais en D1. Je suis le premier supporter de Roelie. Mahieu : Le football ne m'intéresse pas tellement. Je regarde rarement un match. Par hasard, j'ai assisté à Anderlecht - Bruges. J'ai suivi Kevin. Il a toujours le même style de jeu même s'il évoluait au poste de deuxième attaquant, de notre temps. Roelandts : J'aime surgir de l'entrejeu mais j'espère recevoir ma chance comme avant en décrochage. Je dois m'habituer à une autre façon de jouer. Maintenant, je dois davantage être à l'affût, profiter au maximum des chances que je reçois. Je préfère l'avant ou un poste sur le flanc gauche. Wellens : Ses passes sont plus tranchantes. Je pense qu'il les a travaillées spécifiquement. Roelandts : C'est le fruit d'entraînements quotidiens. La seule chose que j'exerce spécifiquement, c'est mon explosivité. Je dois l'améliorer. Je dois aussi m'impliquer davantage dans le jeu, moins penser à ce que je fais. Mahieu : Il court moins avec le ballon. Il joue avec plus de maturité. Wellens : Ferrera a raison de l'aligner en pointe. Même s'il est plutôt l'homme des actions, il sait conserver le ballon, ce qui constitue un fameux atout. Il peut demander conseil à mon père, même s'il n'était pas un vrai finisseur. Roelandts : Cette saison est celle de la confirmation. Wellens : Tu dois faire preuve d'ambition. Quand je vois tous ceux qu'on reprend en équipe nationale, je dis : -Roelie a sa place chez les Diables Rouges. Franchement. Il a les qualités requises. Roelandts : Je n'y pense pas encore. Je dois d'abord devenir titulaire au Club. Le reste viendra de lui-même. J'ai déjà été convoqué deux fois pour un match d'entraînement et j'aspire à davantage. Wellens : Tu es tout près d'une sélection, tu sais ! Mahieu : Kevin doit y aller pas à pas et réfléchir s'il se retrouve sur le banc. Perdre son temps n'a pas de sens car il a le potentiel requis pour la D1. Wellens : Il doit être titulaire au moins 20 fois cette saison. S'il joue vraiment bien, tout coulera de source. Roelandts : Ma titularisation contre Anderlecht m'a donné des ailes. Je dois veiller à conserver ce niveau. En tout cas, ma sélection lors des trois premiers matches de championnat m'a fait du bien. Comme Ferrera l'a dit, cela représente quelque chose. Je sens qu'il me fait vraiment confiance, je suis impliqué dans le jeu et je me rapproche du 11 de base. Tout me réussit à l'entraînement. Ma sélection est une suite logique. Mahieu : Je vous garantis qu'un Kevin Roelandts en pleine forme, ça vaut le coup d'£il ! Roelandts : Je sais aussi qu'un avant est jugé sur sa production de buts. Je marque plus facilement quand ce n'est pas une obsession. Wellens : Tu n'es sans doute pas un voleur de buts mais tu peux améliorer ton placement devant le but. Tu es très fort quand tu peux t'infiltrer. Roelandts : Je suis sous contrat jusqu'en 2008. J'aimerais rester très longtemps au Club car je suis heureux ici tout en gagnant bien ma vie. J'aime être dans un environnement familier, près de ma famille et de mes amis. Si je peux gagner 10 millions ici et 12 à l'étranger, mon choix sera vite fait. Wellens : Roelie n'est pas d'un naturel aventurier, en effet. Il ne s'exilera pas à l'étranger pour gagner des sommes folles. Il doit pourtant être capable de jouer aux Pays-Bas car là, il y a énormément de phases où on se retrouve homme contre homme. Mahieu : Je pense que Kevin disputera la totalité de sa carrière ici, pourtant. Roelandts : Ce serait magnifique et ça m'ouvrirait des portes pour l'avenir. Regardez Gert Verheyen : on le porte toujours aux nues. Rester encore dix ans au Club serait fantastique. Wellens : Nous sommes incapables de nous passer de football. Même en été, nous jouons encore ensemble, dans un tournoi. C'est un chouette moment, pour le fun et le plaisir d'être ensemble. Les enfants qui dorment toujours en nous remontent à la surface, nous nous faisons des farces, par exemple en passant le ballon entre les jambes de quelqu'un. Ou alors, comme avant, je dois me mettre au milieu d'un cercle. Je cultive encore un rêve : d'ici une dizaine d'années, que nous jouions de nouveau ensemble au sein d'une équipe Première et que nous puissions annoncer Kevin Roelandts comme le gros transfert de l'équipe. Mahieu : Mais avec tout le tralala, les sorties, les soirées de cartes et tous les aspects amusants. Roelandts : Nous verrons bien. Je ne veux pas encore y penser ni me sentir vieux ! Mes meilleures années arrivent à peine. Une chose est sûre : je m'appliquerai toujours à faire de mon mieux. FRéDéRIC VANHEULE