Quoi qu'il arrive en fin de saison, on assistera à la fin d'un cycle. Du moins en attaque. Cela fait trois saisons que le Standard a basé sa force offensive sur une attaque de feu. En juin, le rideau tombera sur ce qui fut sans doute une des plus belles réussites offensives de l'histoire des Rouches. Les départs de Milan Jovanovic (déjà conclu) à Liverpool et celui de Dieumerci Mbokani (qui se précise) laisseront Igor de Camargo orphelin. Rarement, une équipe aura pu compter aussi longtemps sur trois éléments d'un tel calibre. Trois ans ensemble. Quatre pour Jovanovic et de Camargo.
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Quoi qu'il arrive en fin de saison, on assistera à la fin d'un cycle. Du moins en attaque. Cela fait trois saisons que le Standard a basé sa force offensive sur une attaque de feu. En juin, le rideau tombera sur ce qui fut sans doute une des plus belles réussites offensives de l'histoire des Rouches. Les départs de Milan Jovanovic (déjà conclu) à Liverpool et celui de Dieumerci Mbokani (qui se précise) laisseront Igor de Camargo orphelin. Rarement, une équipe aura pu compter aussi longtemps sur trois éléments d'un tel calibre. Trois ans ensemble. Quatre pour Jovanovic et de Camargo. L'histoire retient souvent les paires d'attaque, les schémas laissant peu de place à un 4-3-3. Cette histoire-ci est d'autant plus extraordinaire qu'on parle de trio. Ce qui ne fut pas sans poser problème. Le 4-4-2 voulait qu'un des trois soit systématiquement sacrifié. Et il fallut attendre le 4-3-3 ou le recul de de Camargo dans l'entrejeu pour les voir évoluer ensemble. Souvent avec bonheur. Extraordinaire également parce que durant trois saisons, la ligne offensive du Standard s'est souvent résumée à ces noms. Tous ceux qui ont voulu s'immiscer dans le trio n'ont fait que passer. Soit par manque de talent ( Leon Benko), soit par manque de planches ( Moussa Traoré, Cyriac ou Christian Benteke). Pour le trio, la campagne actuelle ne ressemblera pas au chant du cygne. Quelques partitions splendides mais une inconstance problématique et aux conséquences ravageuses : le Standard en play-offs 2. " Est-ce qu'ils ont progressé cette saison ? Oui, car ils sont restés à leur niveau et ils ont acquis beaucoup d'expérience européenne ", explique l'ancien buteur de Sclessin, Alexandre Czerniatynski (58 buts entre 1985 et1989). Comment ce trio a-t-il fonctionné pendant trois ans ? Pourquoi a-t-il calé cette année ? Et quel sera l'avenir de la ligne d'attaque ? Honneur au plus ancien. Pas en âge (27 ans) mais en nombre d'années de présence. Arrivé en janvier 2006, de Camargo a une demi-saison supplémentaire dans les jambes par rapport à Jovanovic. SUR TROIS ANS112 matches de championnat, 30 buts (un but tous les 3,7 matches). " Sans doute l'élément le moins talentueux mais quel abattage et quelle présence dans le rectangle ! ", affirme Czernia. " Il sait peser sur une défense, notamment dans le jeu aérien. Son timing lui permet de marquer mais également de jouer les pivots dans les matches plus fermés lors desquels la deuxième ligne doit surgir. "De Camargo, c'est également un leader. Vice-capitaine, il sait secouer le cocotier quand cela ne va pas. Son caractère ne plait pas à tout le monde dans le vestiaire (il avait ouvertement défendu Aragon Espinoza face à Olivier Renard) mais il ne fuit pas ses responsabilités. SUR CETTE SAISON" Il fut sans doute le plus régulier des trois ", ajoute Czernia. " Ses qualités, on les connait ", dit l'entraîneur adjoint, Jean-François de Sart. " La régularité fait partie de celles-ci. Sans conteste. On peut toujours compter sur lui. " Son bilan personnel est donc bon. Quatre petits buts, c'est peu pour un attaquant mais sous l'ère Bölöni, il était davantage utilisé comme un ratisseur, en l'absence de Steven Defour, que comme un pur attaquant. Sur la scène européenne, il a fait merveille dans ce rôle de surplus offensif. Ses détracteurs affirment qu'il joue mieux de la tête que du pied. Il a prouvé l'inverse contre Salzbourg, d'une frappe magistrale. C'est d'ailleurs lui qui fut le déclencheur du réveil contre les Autrichiens, en obtenant un penalty et en inscrivant ce but sorti de nulle part. " On ne peut rien lui reprocher mais on a vu également que ce n'était pas lui qui savait constamment faire la différence dans des périodes plus délicates ", tempère Nico Claesen, 13 buts entre 1985 et 1987. " On retient les dribbles de Jova contre Bruges, le talent de Mbokani contre l'Olympiacos ou le Panathinaikos. De de Camargo, on retiendra surtout sa générosité dans l'effort. Et ce but contre Salzbourg. " SON FRANC-PARLERIl a attendu le départ de Bölöni pour dire tout le mal qu'il en pensait. Et le soir de la qualification pour les quarts de finale, il en a remis une couche au micro de la RTBF. A la question de savoir si avec Bölöni, le Standard serait en quart, il fut catégorique : " Certainement pas ". Le plus vieux (il aura 29 ans en avril) et celui qui a déjà obtenu son ticket pour un grand championnat européen. L'année prochaine, il sera à Liverpool. Promotion trois étoiles. Sous la vareuse du Standard, c'est 113 matches, 52 buts. Pas mal pour quelqu'un qu'on voyait davantage comme un médian gauche à son arrivée en juin 2006. SUR TROIS ANSSes dribbles, sa vitesse, sa spontanéité, son caractère imprévisible. " Jova aime les grands espaces. Quand il se lance dans un raid, on ne sait pas l'arrêter ", explique Czernia. " Son départ laissera un vide qu'il sera difficile de combler. Car, son attirail de feintes était tellement vaste qu'en quatre ans, les défenses n'ont toujours pas su trouver les clés pour l'arrêter. " Jova, c'est aussi un caractère. Gagneur mais théâtral. Comme ses simulations dans le rectangle ou ses grands gestes de dépit quand son coéquipier ne le voit pas démarqué. Mais c'est aussi des excuses publiques, des grands gestes d'amitié (non feints), et le seul joueur qui se relève très vite lorsqu'il juge qu'il n'y a pas faute. Il a également apporté de la sincérité. " Quand il dit qu'il aime le Standard, il le pense, j'en suis sûr ", affirme Claesen. " C'est également le premier qui fut réaliste en disant que le titre n'était plus à portée du Standard. "SUR CETTE SAISON" Je ne pense pas à la fin d'un cycle ni à la succession de Jovanovic ", a déclaré Dominique D'Onofrio la semaine passée. Depuis son Soulier d'Or (il a toujours affirmé que les récompenses individuelles comptaient beaucoup pour lui et constituaient une sorte de consécration) et sa signature pour Liverpool, il est resté calé dans les starting-blocks. 10 buts au 5 décembre. Depuis, plus un pion en championnat. " Il est conscient de ne pas avoir été performant toute la saison ", résume de Sart. Certains avancent ses blessures mais cet argument, à lui seul, ne peut expliquer le double visage de Jovanovic. Brillant au Panathinaikos, invisible à Zulte Waregem ou contre Gand. " Quand je vois son comportement à l'entraînement par rapport à celui qu'il affichait il y a un mois, c'est le jour et la nuit ", continue de Sart. " On doit constater que l'engagement est revenu. Il sait qu'il a des échéances importantes : la Coupe du Monde. Et on ne s'y prépare pas en pensant continuellement à la blessure éventuelle. "" Je ne pense qu'il soit capable de choisir ses matches ", renchérit Czernia. " Vu sa mentalité, je n'y crois pas. Par contre, son style de jeu fait qu'il peut passer complètement à côté d'un match. Il tente beaucoup de choses et si ses dribbles ou ses feintes ne passent pas, il ne sera pas dans son match. "En résumé, beaucoup de paradoxes dans la saison de Jova. Un premier tour réussi alors que le Standard sombre. Un deuxième plus discret alors que les Rouches retrouvent des couleurs. Quelques matches clés (Bruges, Panathinaikos) mais des périodes fantomatiques. SON FRANC-PARLER" J'ai montré que mon c£ur était encore ici ". Ce genre de phrases a façonné la popularité du Serbe auprès du public qui l'adule mais qui commence à perdre patience. Contre Gand, des sifflets ont accompagné son remplacement. Etaient-ils destinés à Jova, très mauvais, ou à son entraîneur ? Sans doute l'attaquant le plus talentueux du championnat. " C'est un joueur... spécial ", lâche d'entrée Claesen. Et c'est le moins que l'on puisse dire. Des problèmes privés et des négociations tendues avec la direction l'ont déconcentré. Pourtant, il représente le joueur capable de faire la différence dans n'importe quelle rencontre et peut se mesurer sans complexe à n'importe quel adversaire. Il sait plier un match mais si sa motivation baisse, il devient alors un joueur anonyme. SUR TROIS ANSSes statistiques (82 matches, 36 buts en championnat) pas tellement mais son talent et sa technique parlent pour lui. Ce n'est pas un hasard s'il fut champion trois ans d'affilée (un titre avec Anderlecht, deux avec le Standard). Cette saison, il devra donc abandonner la couronne, pour la première fois depuis son arrivée en Belgique. D'où sans doute une certaine frustration pour celui qui a tout gagné. Sur le plan individuel, ses déclarations lui ont joué de vilains tours. Voilà sans doute la raison pour laquelle il n'apparaît à aucun palmarès individuel. Or, son talent aurait dû le conduire à récolter au moins un titre de Footballeur pro ou un Soulier d'or. " Il manque de professionnalisme ", dit Claesen. " Les choses sont trop faciles pour lui. Il sait que, sauf s'il est blessé, il joue d'office. Il faudrait parfois le laisser sur le banc pour voir sa réaction. " SUR CETTE SAISONQuatre buts en championnat, c'est beaucoup trop peu. D'un autre côté, si le Standard est encore en Europa League, il le doit certainement à Mbokani qui a fait pencher la balance contre les deux équipes grecques. Son but contre le Panathinaikos a été unanimement apprécié. " Oui, mais il a commencé la compétition belge en dilettante ", continue Claesen. " Il pensait déjà à la Ligue des Champions. Cela ne pardonne pas car un titre se joue au mois d'août. "" Il a passé trop de matches dans l'anonymat ", renchérit Czernia. " Au vu de son talent, ce n'est pas normal. Coïncidence ou pas, on l'a vu, à chaque fois, en coupe d'Europe. Je pense surtout que ce type de joueurs n'a jamais été concentré à 100 % sur son sujet, sauf ponctuellement. On lui a parlé beaucoup de gros contrats, de transferts et cela l'a déstabilisé. "Sa carte jaune à Bruges l'a privé des deux derniers matches capitaux de la phase classique. La saison de Mbokani s'apparente donc à des montagnes russes. " Inconstant ? Depuis un mois et demi, je ne trouve pas. Son entrée a été décisive contre Westerlo et il a marqué contre Bruges. Il est dans une phase ascendante ", le défend de Sart. SON FRANC PARLERIl a dit : " Jouer les play-offs 2 ne me motive pas. Je préfère rester sur le banc. " Ces déclarations ont enfoncé le clou. Clairement, le joueur n'a pas envie de démontrer son talent dans des travées clairsemées. Lui, il préfère les ren-contres de gala. Par ses propos, il a également encore une fois fait preuve de maladresse. On le savait ingérable mais le Standard avait décidé de le lâcher face à la presse puisqu'il revenait à un haut niveau depuis un mois et demi. Examen de passage réussi lors de sa première interview. Mais largement raté lors de sa deuxième session où il s'est complètement lâché, alors qu'il avait été largement briefé. Ce qui a obligé son employeur à le protéger, en affirmant " que ses propos avaient été déformés ou mal interprétés " (dixit DD) alors que les déclarations avaient été tenues face à... quatre journalistes. Deux jours plus tard, le Congolais répondait sur le terrain. " C'est ce qu'il faut faire ", expliquait D'Onofrio. " Il est très sensible. Il faut savoir le prendre et il a été très choqué par tout ce qui a été dit sur son compte. "DOIT-IL PARTIR ? Il est en fin de cycle. Soit il se remotive et part après une saison pleine, soit il part en juin. " Cela ne sert à rien de doubler ou tripler son salaire s'il veut partir. Cela risque de nuire à l'ambiance de groupe ", affirme Czernia. par stéphane vande velde"Les choses sont trop faciles pour Mbokani. Il sait que, sauf s'il est blessé, il joue d'office. (Nico Claesen)"