On a revu Jonathan Legear dans le poste ! Et ça faisait longtemps... Non, pas dans une affiche du championnat ou de l'Europa League. Non, même pas dans le résumé d'un bête match de championnat.
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On a revu Jonathan Legear dans le poste ! Et ça faisait longtemps... Non, pas dans une affiche du championnat ou de l'Europa League. Non, même pas dans le résumé d'un bête match de championnat. L'homme est repassé à la télé en décembre lors d'une émission tout public style Make a Wish, sur RTL-TVi. Un supporter souffrant d'un handicap physique et mental a pu rencontrer ses idoles, les joueurs du Standard, à l'Académie. Il a eu accès à toutes les salles. Et dans la salle de soins, il s'est retrouvé nez à nez avec Jonathan Legear. Allongé sur une table de massage, des électrodes collées aux jambes. Encore blessé ? Même pas. Et c'est bien ça le paradoxe. Jona et son bilan en Rouche, c'est... comment dire ? Un crash. Une perte totale. Depuis l'été dernier, il y a eu 24 minutes sur la pelouse en Supercoupe contre Bruges, en juillet. 27 minutes le même mois contre Westerlo en championnat. 45 contre Zulte Waregem un peu plus tard. Puis 10 sur le terrain mythique de l'Ajax en Europa League. C'était le 29 septembre. Clap de fin. Depuis, plus rien. Oui, c'est un paradoxe, parce qu'il est en pleine possession de ses moyens, et aussi parce qu'on n'entend que des éloges sur son comportement à l'entraînement. Legear se donne à fond, Legear conseille les jeunes, Legear est en permanence souriant et positif. On en a déjà discuté avec Slavo Muslin, Yannick Ferrera, Aleksandar Jankovic, Olivier Renard. Que des éloges sur le gaillard et son engagement. Mais alors, pourquoi ça coince ? Le Standard a choisi de la jouer silenzio stampa. Pas question que Jonathan Legear lui-même s'exprime. Idem pour le coach et le directeur sportif. Explication officielle : si le club s'exprime sur la situation de Jonathan Legear aujourd'hui, il devra le faire demain sur Dino Arslanagic, sur Mohamed Yattara, sur Birama Touré, sur Samy et RyanMmaee, ... Mais non ! Parce que le parcours des joueurs cités n'a rien à voir avec celui de cette ex-icône de notre foot. Qu'il le veuille ou non, Jonathan Legear est l'un des footballeurs les plus médiatiques du championnat. Sa situation sportive au Standard paraît sans issue, et pourtant tout indique qu'il ne va rien changer dans l'immédiat. Parce qu'il a plein de raisons de rester attentiste, de jouer la montre, de laisser tranquillement pisser le mouton. Voyez plutôt. Jonathan Legear est payé très correctement. Rien à voir avec ce qu'il touchait à Grozny, mais ce sont des chiffres très intéressants quand même. Olivier Guilbaud se définit comme son " homme de confiance ". Il est à la fois son ami, son confident, son conseiller, son agent, son expert en communication, ... " Oui, il a un salaire correct mais il ne faut pas s'imaginer que le Standard risque de se retrouver dans la mouise en conservant un Jonathan Legear qui ne joue pas ", dit-il. Ce contrat porte jusqu'à la fin de la saison prochaine, le joueur est donc à l'aise. " Je dirais que c'est un contrat raisonnable de super joker ! " Jonathan Legear a été malheureux comme la pierre en Russie puis à Blackpool. Dans ce coin perdu d'Angleterre, il n'a jamais été considéré comme un joueur de foot, il n'a jamais joué, il était mis de côté comme les autres étrangers du noyau. Une expérience désastreuse. Il est rentré en Belgique parce que sa priorité était de retrouver sa famille. A Liège, il est comme un coq en pâte, il a tous ses proches autour de lui. A ses yeux, c'est devenu aussi important que le temps de jeu. " Il savoure tous les jours son bonheur d'être à la maison ", raconte Olivier Guilbaud. " Il a connu le pire : la Russie, Blackpool, les crashes en voiture qui ont été hyper médiatisés, les moqueries sur son défaut de prononciation, les accusations dans l'affaire d'un joueur du Standard qui aurait payé son entraîneur pour être sur le terrain. Il était devenu le coupable idéal, c'était devenu chouette pour pas mal de monde de se moquer de Jonathan Legear ! Il a souffert de tout cela, tout en sachant prendre beaucoup de recul. Il s'est fait une carapace. Aujourd'hui, c'est de l'histoire ancienne et il sait se convaincre que son temps de jeu minimum n'est pas trop grave par rapport à toutes ces péripéties. Il a restabilisé sa vie, c'est ça qu'il voit avant tout. " Olivier Guilbaud et Jonathan Legear se sont rencontrés par l'intermédiaire de Mbo Mpenza qui est un ami commun. Un jour, Mpenza a dit à Guilbaud : " Jona, tu le mets dans n'importe quel groupe, avec n'importe qui, ça se passera bien. " Il n'a jamais eu une réputation d'homme de conflits ou de coéquipier difficile à gérer. C'est à nouveau le cas au Standard. " On ne va pas dire qu'il est content à 100 % de sa situation sportive mais il mesure la chance qu'il a de travailler dans un cadre comme celui-là ", explique l'homme de confiance. " Il me dit qu'il a des coéquipiers de haut niveau, que le groupe est sympa, que ça se passe bien avec les gens du club, qu'il prend son pied à chaque entraînement, que l'ambiance est top, qu'il est écouté et respecté. Toutes des choses qui sont devenues prioritaires pour lui. Il a basculé dans une autre dimension... Il est heureux, franchement heureux. Si on enlève la frustration de ne pas jouer le week-end, le Standard n'est que du bonheur pour lui. Il n'a pas du tout l'impression d'être dans un trou. " Ses pertes totales, quelques autres écarts de comportement, des déclarations malheureuses ont donné de Jonathan Legear, à une époque, une image de footballeur trop fou fou et trop bling bling pour être encore pris au sérieux. Ceux qui le connaissent affirment qu'il ne correspond pas du tout à ce profil. Jona est par exemple un bon financier. A 18 ans, il achetait sa première maison. D'autres bâtiments ont suivi. Il possède maintenant un restaurant qui tourne dans le centre de Liège. Il a placé ses économies dans différents paniers. Sagement. " Il n'est ni avare, ni dépensier à l'extrême ", signale son homme de confiance. " Il sait se faire plaisir, en achetant une voiture de luxe par exemple. Mais il n'est jamais allé trop loin dans les dépenses. Il a un budget dépenses et un budget consolidation. " Ce patrimoine explique aussi son attentisme actuel. Il n'est pas obligé d'être chaque semaine sur le terrain pour assurer son avenir. Il n'est pas obligé non plus d'accepter une nouvelle aventure lucrative dans un cadre de vie exotique qui ne lui conviendrait pas. Il l'a fait, plus tôt que d'autres, quand il est parti en Russie. Ça, c'est réglé. Olivier Guilbaud pointe qu'il a " un regard clair sur son parcours, il sait qu'il n'a pas réussi des choses qu'il aurait pu faire mais aussi qu'il a maximisé certains trucs. Il me dit parfois qu'il a construit ce qu'il voulait construire. " Jonathan Legear n'évoque pas sa situation de réserviste à temps plein avec Aleksandar Jankovic. Ce n'est pas un manque d'ambition mais un constat qu'il fait : la concurrence est sérieuse. " Il sait qu'il doit se montrer plus fort que Matthieu Dossevi, Jean-Luc Dompé et Edmilson pour avoir une chance de jouer et il est conscient que ce ne sera pas simple aussi longtemps que ces trois joueurs seront au Standard et en pleine possession de leurs moyens ", signale Olivier Guilbaud. " Il dit que ce n'est pas un scandale d'être réserviste de ces gars-là. A certains moments, il comprend moins bien parce qu'il sait qu'il a été décisif plusieurs fois la saison passée quand il montait en cours de match. Mais il respecte les décisions de Jankovic. Il n'y a pas une théorie du complet à trouver ! " Et même si Jonathan Legear décidait d'aller voir ailleurs, maintenant ou en fin de saison, pas sûr que ça marcherait. Son agent en est persuadé : " En foot, il n'y a que les six derniers mois qui comptent. Tu ne joues pas, tu es mort. On pourrait trouver un club moins ambitieux que le Standard, ou carrément aller voir dans une division inférieure. Mais ce n'est pas le but. Il va aussi avoir 30 ans, c'est un cap, ça n'aide pas quand on cherche un nouveau club. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE